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L’enfant parent de ses parents (suite)

lundi 24 avril 2006 par De Mulder Vincent

Cet article complète le résumé des premiers chapitres du livre de Jean françois LE GOFFE proposée par Pascal Minotte.Il sera principalemnt question de l’inceste comme impasse entre les générations, de l’ouverture de la parentification et de la place du concept de parentification dans la thérapie familiale.

L’inceste,une impasse entre les génération.

La prise en charge des situations d’inceste représente un travail particulièrement lourd et angoissant.

Il est impératif pour le thérapeute de distinguer l’inceste de la pédophilie. L’inceste impliquant deux membres d’une même famille ( quelle que soit la forme de celle-ci : nucléaire, élargie, reconstituée...), le plus souvent de génération différente. La pédophilie étant un abus sexuel extra familiale.

Pour élaborer des objectifs thérapeutique en vue d’apporter le soutien nécessaire à la victime d’un inceste il faut inclure les facteurs déterminants suivants :

  • La parenté entre la victime et l’agresseur,
  • L’impossibilité de pouvoir compter sur le soutien des deux parents,
  • L’atteinte de la confiance parent-enfant,
  • Les traumatismes infligés ne transforment pas le père en étranger et ne libèrent en rien la victime de ses liens de loyauté envers lui,
  • Ce n’est pas parce que la confiance a été trahie que la victime en a perdu le besoin et le désir.

Ces éléments amènent à insister sur les liens familiaux entre la victime et le responsable de l’inceste. Ethiquement et ontologiquement parlant ce sont des liens existentiels profonds en rapport avec le « donner et le recevoir » qu’une séparation entre la victime et le membre de la famille incestueux, ne saurait rompre. L’inceste reste une affaire de famille pouvant impliquer plusieurs générations à venir et conduire à une impasse. D’où l’importance d’un travail pour restaurer la confiance, qui implique la reconnaissance des responsabilités et devient un travail de prévention.

 L’utilisation de la thérapie familiale dans les situations d’inceste.

L’utilisation des thérapies familiales classiques dans le cas de l’inceste à ses limites, les attitudes classiques des thérapeutes familiaux comme la connotation positive ou la prescription de symptômes sont impossibles et intenables éthiquement et légalement.

Deborah Luepnitz reconnaît l’importance de l’articulation entre loyauté et pouvoir dans les situations d’inceste.

 L’inceste, problème éthique : Dialogue et impasse entre les générations.

L’utilisation d’une analyse tenant compte des quatre dimensions de la réalité relationnelle -les faits, le psychisme,les transactions,et l’éthique relationnelle- permet d’avancer dans la compréhension des situations d’inceste.

Il est nécessaire de prendre en considération l’ensemble des personnes concernées par la situation.Outre les trois acteurs principaux:le père la mère, le fille il faut tenir compte que les générations antérieures et celles à venir seront elle aussi impliquées (par exemple les répercussions de l’inceste sur la vie sexuelle et familiale à venir de la victime.)

Dans cette optique l’inceste est l’exemple même de situation ou l’action d’une personne envers une autre est suivie de multiples conséquences relationnelles touchant l’ensemble des personnes qui leurs sont liés.

L’éthique de la relation parent enfant permet de situer certains enjeux dans l’inceste :

  • La parentification extrême de l’enfant et l’abandon de l’adulte de sa responsabilité vis à vis de l’enfant ou de l’adolescent.
  • Alors que l’enfant se montre loyal, le parent incestueux se montre déloyal vis à vis de lui.

L’inceste est une atteinte profonde de la confiance, le parent utilise pouvoir et violence et exploite la loyauté de l’enfant.

L’autorité parentale est déviée de sa fonction protectrice et bienveillante :

  • l’abus de pouvoir et l’absence de culpabilité sont des éléments s’appuyant sur la légitimité destructrice du père.
  • Dans l’inceste père-fille, l’asymétrie de pouvoir entre homme et femme est un élément essentiel de la situation. -La mère a souvent été une enfant parentifiée qui à son tour parentifie sa fille.

 Loyauté et parentification dans l’inceste.

Les notions de loyautés et de parentification apparaissent comme extrêmement utiles pour comprendre les situations d’inceste et pour entreprendre un travail thérapeutique avec les membres des familles.

Quant l’inceste est exclusivement envisagé en terme peu adaptée d’abus de pouvoir ou de sexualité déviante, la proposition de reconstruire la confiance apparaît naïve et peu adaptée.

La prise en considération de la dimension éthique de la relation parent-enfant amène à proposer des modalités de prise en charge de l’inceste dont les principes s’articulent autour des éléments suivants :

  • Chaque fois qu’il ya contact sexuel entre adulte et enfant, c’est toujours de la responsabilité de l’adulte.
  • Les enfants sont extrêmement loyaux à leurs parents. Cette loyauté doit être explicitement soutenue dans le travail thérapeutique.
  • L’adulte est tenu responsable de l’inceste, mais le thérapeute ne doit jamais le transformer en bouc émissaire ou autoriser quiconque à le faire.

Pour Nagy quand l’enfant est réduit à devenir l’objet de satisfaction sexuelle de l’adulte,il y a fragmentation des possibilités de dialogue puisque l’enfant est amené à se taire et,pour ne pas trahir l’adulte, à faire comme si il oubliait.Il s’agit d’une exploitation extrême de sa loyauté.

Nagy et Barbara Krasner soulignent dans Betweengive and take :« la construction de la confiance est la tâche thérapeutique principale dans les situations d’inceste parent-enfant. »

Judith Grunebaum à systématisé les principes de base d’une approche contextuelle de l’inceste en la distinguant d’un point de vue systémique des thérapies familiales
classiques :

  • Premièrement, une attention multilatérale vis à vis de chaque membre de la famille est plus important que le fait de rencontrer tout les membres de la famille ensemble. Cette attention équitable pour tous permet à chacun de gagner la sécurité et la liberté pour parler des faits.
  • Deuxièmement, le contact sexuel entre un adulte et un enfant est toujours de la responsabilité d’un adulte. Un enfant abusé, ne devrait pratiquement jamais être retiré de chez lui car cela aggrave son isolement et son risque d’être désigné comme un bouc émissaire.
  • Troisièmement, si le coupable doit être tenu pour responsable, sa condamnation définitive et sa transformation en bouc émissaire sont à proscrire. Il doit être aidé à regagner la confiance et l’estime des siens.
  • Quatrièmement,le thérapeute doit explorer toutes les composantes de pouvoirs et de loyauté dans la famille et aborder le problème en encourageant explicitement les actes réparateurs. Le concept de légitimité destructrice est fort utile pour comprendre comment certains parents sont inaptes à sentir les droits et les besoins des autres et abusent de leur pouvoir avec si peu de remords.
  • Cinquièmement,la parentification des femmes, autant des filles que de la mère quant elle était enfant,joue un rôle de premier plan dans la réalisation de l’inceste.

Le plus souvent, la loyauté de la victime envers son père est invoquée pour expliciter des attitudes qui apparaissent contraire à son intérêt:Hésitation à dénoncer les faits, rétraction voire « acceptation » de nouvelles approches incestueuses.
La révélation de l’inceste réactive les conflits et les clivages de loyauté entre les familles d’origine.

 La parentification

D’un point de vue éthique elle n’est pas principalement un problème de frontière entre les générations, c’est l’exploitation de l’enfant qui se retrouve dans l’obligation de donner sans recevoir la reconnaissance de ses parents et finit par se retrouver dans une position d’adulte par rapport à leurs demandes régressives et répétées.

Dans les familles où l’inceste devient posiible, la mère a souvent elle- même été une enfant parentifiée. Sa parentification précoce a entrainéun épuisement relationnel de celle-ci, qui face aux demandes multiples, délègue à ses enfants de nombreuses tâches de la vie quotidienne en particulier celle de s’occuper affectivement du père.

Ouvrir la parentification

 La reconnaissance de la parentification

Le processus de parentification est au centre des thérapies familiales intergénérationnelles dans une position comparable au transfert dans les thérapies d’orientation psychanalitique.

Dès les premiers contacts,les membres de la famille ont tendance à parentifier le thérapeute.Lorsqu’il l’accepte cette parentification,comme un élément de rencontre avec la famille,elle constitue une véritable ressource permettant de commencer la thérapie sans passer par une longue phase d’évaluation ou d’affiliation.

Au début même si c’est difficile à l’admettre le thérapeute,reçoit plus que les membres de la famille. Il doit veiller à donner à son tour pour éviter de parentifier la famille.Le thérapeute peut alors reproduire sans le vouloir et le savoir,l’attitude des parents ou le fonctionnement de sa propre famille.

La thérapie générationnelle ne met pas l’accent sur la disparition d’un symptôme mais cherche à révéler et à activer les ressources cachées ou inexpliquées au sein des relations familiales et intergénérationnelles.

Ouvrir la parentification en passant par sa reconnaissance,est un moment thérapeutique fondamental en thérapie familiale.

Les parents par cette reconnaisance accorde à l’enfant un nouveau soutien,une nouvelle compréhension.En acceptant ce que l’enfant donne,les parents gagnent eux mêmes une légitimité en devenant à leur tour des parents qui donnent.Ainsi s’ouvre un chemin vers la restauration de la confiance et du dialogue authentique entre les générations.

Plus la parentification est ouverte,plus elle est reconnue,et moins elle entraine de troubles et de dommages,moins elle est pathologique,moins elle atteint la confiance relationnelle.

Dans le processus thérapeutique,les parents en reconnaissant la contribution de l’enfant marquent un réengagement éthique dans la relation.

Pour le thérapeute,il ne s’agit pas d’observer ou de décider quelles seront les meilleures techniques mais de s’engager au travers de l’empathie dans la situation en reconnaissant les contributions et les souffrances de chaque membre de la famille.

La partialité multidirectionnelle décrite par Nagy en 1967 apparait comme l’attitude la plus adéquate pour favoriser un engagement thérapeutique qui tienne compte à la fois du contexte global et en même temps de chaque personne impliquée dans la thérapie.Cette attitude qui allie l’empathie et la reconnaissance,permet d’exprimer ses griefs,ses blessures et de parler des injustices passées et actuelles.Son objectif est de permettre à chacun de gagner une validation de soi au travers un dialogue authentique.

L’ouverture de la parentification s’effectue au travers du dialogue construit entre le thérapeute et les membres de la famille.

L’intervention thérapeutique intègre les éléménts suivants :

  • La reconnaissance par les parents de la contribution positive de l’enfant quelqu’en soit l’expression clinique.
  • l’exploration par le thérapeute de la mannière dont les parents ont été eux mêmes parentifiés dans leurs familles d’origines.Il les conséquences passées et présentes.
  • La tentative de faire le lien entre la reconnaissance de la parentification de l’enfant et l’expérience de parentification des parents, permet d’atténuer les culpabilités et de se réengager dans la trame des loyautés sans opposer les générations.
  • L’aide offerte à chaque membre de la famille pour réquiliber les relations familiales et le soutien des parents vis-à-vis de leurs responsabilité parentales.
  • Les possibilités offertes à l’enfant de gagner une légitimité constructive en continuant à donner à ses parents.

Dès qu’un membre de la famille est disponible pour s’engager sur l’une de ces questions,le processus d’ouverture de la parentification se met en route.

 La partialité multidirectionnelle, une forme d’engagement thérapeutique

Le but de la partialité multidirectionnelle,est la construction de la confiance par l’intermédiaire d’un dialogue et del’équité du « donner et recevoir »entre les membres de la famille.

D’un point de vue descriptif,l’utilisation de la partialité multidirectionnelle se présente ainsi :

  • le thérapeute d’adresse à tour de rôle aux membres de la famille.Il se montre partial avec celui à qui il s’adresse et l’encourage à se faire entendre.Son écoute attentive à propos de l’ensemble de ses demandes favorise la reconnaissance de ses « mérites »et des injustices qu’il a subies. Cette situation offre la possibilité d’être entendu et toléré par les autres.Ceux-ci trouverons, à leur tour l’espace, l’encouragement et le courage de se faire entendre et de défendre leur point de vue.

Le thérapeute s’engage activement et témoigne concrètement que tout individu mérite d’être entendu et que sa contribution doit être reconnue.Chaque personne est créditée pour ce qu’elle a tenté de faire pour rétablir l’équilibre du « donner et du recevoir »et pour le bien être des autres mais aussi pour avoir été, dans l’enfance, confrontée à des injustices, sources de légitimitées destructrices.

L’équilibre du « donner et recevoir » à l’intérieur de la famille et entre les générations est considéré comme déterminant pour le bien être de chacun.

  Reconnaissance des parentifications

La parentification entraîne un déficit de reconnaissance qui touche tous les membres de la famille.Dans le cadre de la partialité multidirectionnelle,de la reconnaissance donnée par le thérapeute se développe dans deux directions :

  • Le thérapeute reconnaît des injustices et les blessures donc les sources possibles de légitimité destructive.Par sa partialité il confirme que cela à eu lieu ;il témoigne que la personne peut en parler pour sortir de la honte de l’humiliation et de la nécessité de revanche.La reconnaissance ouvre la perspective d’un nouvel engagement non destructeur envers l’autre.
  • Le thérapeute reconnaît « les mérites » de chacun et leur contribution vis à vis des autres même si ceux-ci sont rejetés ou déniés par les autres membres de la famille.

Si la partialité multidirectionnelle peut être attirante,elle n’est pas facile à appliquer.

 Ressources de confiance et de reconnaissance et de la parentification

Il n’y a que la famille,en tant que contexte intergénérationnelle qui recèle des ressources et des options concrètes pour sortir les membres de situation destructrice.
C’est elle qui en détient les clefs même si elle passe par un travail thérapeutique.
Le thérapeute suscite la création d’un espace pour créer un nouveau dialogue:dire,c’est dire ce qui a été reçu et donné,et préparer un « donner et recevoir »qui tienne compte d’autrui et de soi.

 Des enfants,des femmes,des hommes

La participation des enfants à la thérapie familiale à la lumière du processus de reconnaissance de la parentification

Il est indispensable de faire participer les enfants.

Même si au décours d’une thérapie familiale,un entretien individuel ou un entretien avec les enfants sans les parents peuvent s’avérer nécessaires,le coeur de la thérapie reste la rencontre et le dialogue avec l’ensemble des membres de la famille.

Selon JF LE GOFFE la participation des enfants quelle que soit leur âge est indispensable pour construire le processus d’ouverture de la parentification.

Pères et mères en thérapie familiale

Les hommes et les femmes ont souvent des attitudes différentes vis à vis de la participation et de l’engagement dans un travail thérapeutique.Elles traduisent des différences quant à la manière de « donner et de recevoir » des hommes et des femmes et,aussi l’utilisation de critères différents pour en apprécier le juste équilibre. Ce dont le thérapeute doit pouvoir tenir compte.

L’ENFANT, PARENT DE SES PARENTS - Parentification et thérapie familiale par Jean-François Le Goff aux éditions L’Harmattan.


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