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Modélisation

samedi 29 avril 2006 par Reiter Annelise , Laurent Billiet

3. La modélisation

Référence : « Assemblages et production de subjectivité en psychothérapie familiale »
Mony Elkaïm et Isabelle Stengers

Que se passe-t-il dans les premières minutes d’une thérapie de famille ?

Pour Mony Elkaïm, il y a trois niveaux différents quand on approche une situation de psychothérapie ou de supervision.

Les modèles explicatifs

Le premier niveau, que Deleuze et Guattari appelle la partie stratifiée est celui des modèles explicatifs ou des grilles explicatives. C’est ce qu’on enseigne à l’étudiant comme étant ce qu’il faut savoir pour pouvoir se réclamer de ce champ particulier.

Pour illustrer cela, nous pourrions prendre l’exemple de l’approche structurale développée par S. Minuchin (développée dans le second point de ce travail).

Cette théorie nous permettrait ainsi d’offrir une cartographie de la famille qui indiquerait l’aspect perturbé de la structure familiale et la voie à suivre pour aller vers une restructuration et une amélioration. Il y a donc un plan à suivre, des stratégies et des tactiques à employer.

Dans cette perspective, l’étudiant à tout de suite une idée sur la manière de comprendre le problème potentiel et les étapes à effectuer pour sa résolution.

On pourrait également avoir un autre modèle, une seconde grille explicative, par exemple de type systémique où le thérapeute, pour mieux comprendre la fonction du symptôme, se poserait la question : « Depuis quand Monsieur X présente-t-il des difficultés, et quelles sont-elles ? », « Est-ce que cette famille a rencontré des difficultés qui pourrait expliquer la fonction du problème du fils dans ce contexte ? ».

On pourrait aussi parler de la grille stratégique : « Dans quelle mesure les solutions qu’emploient les membres de la famille pour résoudre le problème ne le maintiennent-elles pas justement et comment donner des tâches pour les aider à ouvrir de nouvelles voies ? ».

Un autre modèle explicatif serait, pour quelqu’un qui s’intéresse plus au sens, de se demander pourquoi c’est tel symptôme qui pose problème plutôt qu’un autre.

On peut également penser à une grille intrapsychique,...
Il y a autant de modèles explicatifs qu’il y a d’écoles.
Ce qui compte, pour Mony Elkaïm, c’est que ces modèles soient assez proches de nous pour qu’ils puissent faire sens pour nous, et par ailleurs assez proches de la famille pour faire sens pour elle.

Les résonances

Le second niveau, la partie autoréférentielle, c’est ce que vous vivez par rapport à cette famille.

Comment notre vécu peut être utilisé dans un contexte de thérapie de famille ?

Ce que nous vivons à affaire à la fois avec nous mais aussi avec la famille. On pourrait appeler cela une intersection entre ce que la famille offre et ce que le thérapeute vit. On peut aussi dire que c’est un pont unique et singulier qui se crée entre le thérapeute et les membres de la famille sur un thème spécifique.

La richesse de la résonance, c’est qu’à côté des modèles explicatifs, le thérapeute est concerné personnellement dans le système.

Le thérapeute ne doit pas foncer sur ce pont commun sans analyser la fonction de son vécu pour l’ensemble du système thérapeutique. S’il accepte ce pont sur lequel il se tient mais en se méfiant un petit peu, il y a alors une chance pour qu’il puisse rendre ce thème plus flexible pour la famille comme pour lui.

La résonance n’est pas une affaire de pathologie ! Neuf fois sur dix, comme thérapeute, nous sommes dans des résonances flexibles. En effet, leur famille n’est pas la nôtre et il y a une plasticité, un décalage, une distance qui permettent d’éviter la redondance.
Ainsi, quand le thérapeute va intervenir, il le faire à la fois en fonction de la grille explicative qu’il a appris et en fonction de cette résonance dans laquelle il est pris.

Quand un thérapeute voit une famille, il doit penser à deux étapes :

1. Qu’est-ce que je vis ?

2. Il faut que je vérifie si mon vécu les concerne aussi ou pas.

Si cela ne les concerne pas, ou s’ils ne semblent pas concernés par ce thème, il vaut mieux ne pas trop insister. Il ne faut pas les envahir. Il se peut qu’ils ne soient pas prêts à entendre ce que le thérapeute leur dit.
Mais si on découvre que ce thème est important pour eux, le thérapeute peut réaliser qu’il est en train d’emprunter ce pont unique et singulier entre lui et la famille.

Les singularités

Le troisième niveau est celui des composantes hétérogènes ou celui des singularités.
Il comprend tout ce qui n’est pas inclus dans le modèle explicatif.
Pour illustrer cette notion d’élément hétérogène, Mony Elkaïm prend l’exemple d’une famille qu’il a reçu où la règle était « Nous sommes des gens qui avons comme règle d’aider », mais en même temps, il existait une autre règle : « On ne doit demander de l’aide qu’en toute dernière extrémité ». Lorsque Mony Elkaïm est entré dans la salle de consultation où était installée la famille, il a trébuché dans le fil du micro. Le mari l’a attrapé, ce qui fait qu’il l’a aidé tout de suite, et que donc, sans faire exprès, un élément singulier non prévu a agi pour amarrer, pour créer une sorte d’assemblage entre l’aspect résonance et l’aspect grille explicative.

Ces éléments hétérogènes sont généralement décelés après coup. En effet, si on pouvait les identifier dès l’abord, ils ne seraient plus hétérogènes mais homogènes.

Lorsque Mony Elkaïm évoque les théories et les modèles explicatifs qui peuvent être utilisés en thérapie, il parle avant tout de la production de subjectivité du thérapeute lui-même.

Selon Isabelle Stengers, ce qu’il y a d’intéressant dans les modèles explicatifs, ce qui fait que l’activité du thérapeute ressemble à une activité de type scientifique au sens classique, c’est que le modèle a le pouvoir de dire au thérapeute quoi faire.

Que penser alors du concept de résonance de Mony Elkaïm ?

Selon Isabelle Stengers, non seulement la famille à laquelle on a affaire ne légitime plus rien, mais en plus, le thérapeute porte la responsabilité de l’accès qu’on va y trouver, puisqu’on sait que cette famille aurait permis éventuellement d’autres résonances avec d’autres thérapeutes. La famille est donc immédiatement sur le régime de la multiplicité. Cette famille est n familles possibles, et il ne sert à rien de chercher le meilleur parce que le fait est que l’événement s’est produit, et constitue un « fait ».
Toujours selon I. Stengers, ceux qui se prêtent aux modèles, disent souvent que ceux-ci permettent de les garder du sentiment de toute-puissance. Ils ont peur de cette factualité qui les désigne comme créateurs.
Or, dans la résonance, dans sa dimension de factualité, il y a une production de risque dans le sens où le thérapeute n’a pas une théorie qui lui sert de garantie. Selon Mony Elkaïm, ce risque est le sens même du métier de thérapeute.

En tant qu’étudiants en deuxième année de formation en thérapie familiale, lorsque nous prenons connaissance du concept de résonance de Mony Elkaïm nous ressentons un mélange de sentiment de déception et de sentiment de curiosité.
Nous nous sentons déçus car nous espérions apprendre au long de ces quatre années des théories et techniques à utiliser pour devenir « de bons thérapeute familiaux ». Or, au plus nous avançons dans cette formation, au plus nous sentons perdus face à la multiplicité d’écoles de thérapies familiales (cfr le second point de ce travail). Il nous semble en effet difficile d’en choisir une ou l’autre et de l’appliquer telle qu’elle. En effet, ces modèles, ces théories sont, semble-t-il, indissociables de la personnalité de leur créateurs, personnalité elle-même indissociable de l’expérience de vie (famille, études, rencontres, contexte socio-historique, etc.) de ces derniers. Il semble par conséquent appartenir à chaque thérapeute de famille de créer son propre modèle de thérapie.
C’est pourquoi nous sommes également curieux : curieux de découvrir notre style personnel de thérapie. Pour cela, le détour par la connaissance des différents modèles évoqués dans second point de ce travail nous paraît indispensable, de même que le travail sur nos familles d’origine commencé en première année de formation.

Nos recherches sur le thème de la « modélisation », nous ont fait penser à la métaphore du thérapeute et d’une personne qui cuisine. Prenons l’exemple de la sauce bolognaise car deux sauces bolognaise n’ont jamais tout à fait le même goût.

Le thérapeute/cuisinier pourra réaliser sa sauce :

  • En s’inspirant de différents livres de recettes existant (cfr différents modèles de thérapies familiales)
  • En utilisant, peut-être sans s’en rendre compte, une partie du savoir faire familial transmis de génération en génération (cfr importance de la famille d’origine du thérapeute).
  • En tenant compte des personnes pour lesquelles il cuisine (cfr importance de la famille qui consulte)
  • Etc.

En plus de nos propres modèles en tant que thérapeute nous sommes également confrontés en thérapie aux modèles des familles qui viennent nous consulter
Texte à venir inspiré du DVD de Ph. Caillé (I. di Martino)


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