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Sur le thème de MYTHES ET SECRETS

mardi 9 mai 2006 par Schiepers Olivier , Jacquemin Géraldine

« MYTHES ET SECRETS »

Lecture faite par :
ALBASSIR May,
DESSEILLES Catherine
JACQUEMIN Géraldine
SCHIEPERS Olivier
STEVENS Carole

L’introduction du livre de Patrick VAN EERSEL et Catherine MAILLARD ,
« J’ai mal à mes ancêtres » (des Editions Albin Michel), évoque que les médecines chinoises ou africaines, par exemple, à la différence de la médecine occidentale, envisagent la maladie dans son contexte familial et généalogique.

Le guérisseur sait une chose que le médecin ignore : la loi généalogique et le rapport aux ancêtres définissent pour une large part les liens, les droits, les devoirs et les identités qui structurent l’être humain, dans sa culture et dans sa biographie. Le guérisseur sait aussi les mots et les rituels qui permettront de conjurer l’apparition, le fantôme (ancêtre disgracié ou qui a déshonoré sa famille) synonyme de désordre inconscient transmissible de génération en génération.

Certaines personnes cherchent à échapper à leur famille, comme si l’histoire de leur lignée menaçait de les tuer.

Ce qui est important, c’est de comprendre qu’à partir du moment où l’on entreprend une démarche en psychogénéalogie, on active une mémoire qui traverse le temps, les époques, les événements et peut surgir dans un souvenir jusqu’à ce que la conscience lui donne sens.
Des centaines de « psy » reconnaissent désormais l’importance de la filiation et surtout des ratés de celle-ci, non-dits, secrets de famille et autres grumeaux que les générations se refilent les unes aux autres.

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER]
Aïe, mes aïeux !
Editions Desclée de Brouwer

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER a introduit la dimension transgénérationnelle (que certains appellent trans- ou psychogénéalogie) par le biais du « syndrome d’anniversaire »,

Elle travaille avec des malades atteints d’un cancer et a commencé par découvrir dans leurs biographies d’étonnants phénomènes de répétition, avec identification à des personnes aimées disparues. Elle a inventé la méthode du « génosociogramme », une sorte d’arbre généalogique privilégiant des faits frappants et des événements chocs en bien ou en mal, ainsi que les liens affectifs majeurs positifs, négatifs ou oubliés, niés à tel point d’en devenir des « impensés généalogiques ».

Pour elle, nous avons la possibilité de conquérir notre liberté et de sortir du destin familial répétitif de notre histoire en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille et en éclairant les drames secrets, les non-dits et les deuils inachevés,
Sa méthode ? La « thérapie transgénérationnelle psychogénéalogique contextuelle clinique », dont la mission première est de taquer nos « loyautés invisibles » et nos identifications inconscientes répétitives (bonnes ou tragiques), qui nous obligent à « payer les dettes » à nos ancêtres, que nous le voulions ou non, et à respecter les « tâches interrompues » tant qu’elles ne sont pas « closes ».

Répéter les mêmes faits, les dates ou les âges qui ont fait le roman familial de notre lignée est une manière pour nous d’être fidèles à nos parents, grands- parents et ancêtres, et donc à leurs faits, gestes et tragédies, une façon de poursuivre la tradition familiale et de vivre en conformité avec elle.

Connaissez-vous l’histoire de la mort de l’auteur Brandon LEE ? Il a été tourné au cours d’un tournage parce qu’on avait malencontreusement oublié une balle dans un revolver censé être chargé à blanc. Or, vingt ans auparavant, son père, Bruce LEE, était mort en plein tournage d’une hémorragie cérébrale, au cours d’une scène où il devait jouer le rôle d’un personnage tué accidentellement par un revolver qui aurait dû être chargé à blanc.

Prenez n’importe quel arbre généalogique et vous verrez qu’il est rempli de morts violentes, d’adultères, d’anecdotes secrètes, d’enfants bâtards et d’alcooliques. Ce sont des choses que l’on cache, des plaies secrètes que l’on ne veut pas montrer. Or, que se passe-t-il quand, par honte, ou par esprit de convenance, ou pour « protéger » nos enfants ou notre famille, nous ne disons pas l’inceste, la mort suspecte, les faillites du grand-père ? Le silence créera une zone d’ombre dans la mémoire pour combler le manque et lever les lacunes,la personne répètera dans son corps ou dans son existence le drame que l’on tente de lui cacher.

La honte comme le secret n’ont nul besoin d’être évoqués pour passer la barrière des générations et venir troubler un maillon de la famille ; maillon fort ou faible, ou se vivant comme « délégué » par la famille, ou programmé par elle ou encore agissant par loyauté familiale, par sur-identification.

Alexandro JODOROWSKY
La danse de la réalité (autobiographie)
Editions Albin Michel
L’arbre du Dieu pendu (roman)
Editions Métaillé
Pour Alexandro JODOROWSKY, si le non-dit est si traumatisant, c’est que nous sommes tous des êtres abusés. Abusés de mille manières. Or, les abus subis pendant l’enfance, nous avons tendance à les reproduire sur d’autres, une fois devenus adultes.
Il y a des abus mentaux, des abus de langage, des abus émotionnels, des abus sexuels, des abus matériels, des abus d’être...
La liste des abus est très longue et également celle des culpabilisations.

L’abus le plus simple, à notre époque, est souvent décrit par défaut : c’est l’absence du père, l’absence de la loi du père. Quand le père est absent, la mère devient dominante, envahissante, et ce n’est plus une mère. On peut donc parler d’absence totale de père ou de mère.

Bert HELLINGER et Ten HOVËL GABRIELE
Constellations famIliales
Editions Souffle d’Or
Après des études de philosophie, de théologie et de pédagogie, Bert HELLINGER a travaillé pendant une quinzaine d’années comme « missionnaire-enseignant » en Afrique du Sud. De retour en Europe dans les années 80, il quitte les ordres et devient psychanalyste et psychothérapeute. Il finit par inventer Sa méthode, la constellation familiale, qui touche à des profondeurs psychologiques où la langue fait parfois défaut et où le « ressenti » sert Souvent d’unique boussole.
Les constellations familiales révèlent d’une manière extraordinairement simple et poignante, la façon dont nous sommes inconsciemment ligotés à nos groupes de
référence.
La méthode des constellations familiales est une psychothérapie phénoménologique, c’est à dire non régie in situ par une élaboration théorique. La phénoménologie est une approche philosophique qui ne s’appuie pas forcément Sur la verbalisation. Cette perception phénoménologique constitue l’outil essentiel du thérapeute en constellations.
Selon Bert HELLINGER, la libération de la personne passe par la reconnaissance de liens ancestraux. La réconciliation réelle repose Sur une reconnaissance des « torts » de chacun et s’accompagne d’un dialogue entre les personnes
concernées.

Didier DUMAS
La Blole et ses fantômes
Et l’enfant créa le père ’
Editions de Brouwer
L’Ange et le fantôme
Editions de Minuit

Pour Didier DUMAS, le non-dit (ou l’impensé) transgénérationnel que l’on appelle un fantôme et qui cause des dégâts considérables en se transmettant aux descendants, cache essentiellement des questions de sexe et de mort.
L’inconscient transgénérationnel repose sur des structures mentales à la fois individuelles et collectives. Notre esprit se construit dans la relation à l’autre(d’abord à la mère et au père). Il ne prend existence que dans le « Deux » : la communication et la relation aux autres.
Dans les termes de Nicolas Abraham, le fantôme est « une pathologie de l’inconscient qui se transmet d’inconscient à inconscient dans les relations de filiation ».
Ce concept modifie considérablement la vision psychanalytique ; pour Freud, l’inconscient n’est constitué que des vécus oubliés de notre petite enfance.

Chez Nicolas Abraham, il s’agit aussi de vécus oubliés, mais ceux-ci peuvent concerner nos parents ou des ascendants plus éloignés, même à plusieurs générations de nous.

Aujourd’hui, nous pouvons être plus précis : le fantôme est toujours un traumatisme concernant le sexe ou la mort et rarement autre chose.
Un traumatisme qui se transmet aux générations suivantes sous forme de « secret de famille ». Ces traumatismes individuels peuvent évidemment s’associer à des traumatismes collectifs, guerres, déportations,...
Cette dimension collective de la transmission des traumatismes, ni Freud, ni Nicolas Abraham ne l’ont perçue.
Tout ce que Freud a appelé le Sur-Moi est en fin de compte la psyché collective.
En clinique, le fantôme n’est donc pas un ancêtre mal mort qui chatouille les pieds de ses descendants, mais une structure émotionnelle, familiale ou collective faisant que l’on ne l’a pas vraiment enterré.
La clinique transgénérationnelle permet de comprendre que la transmission de l’esprit implique le croisement de deux lignées.

Le fantôme se transmet en partie d’une activité mentale inconscient de nature empathique ou télépathique qui est celle qui est à l’œuvre dans la psyché du fœtus ou du petit enfant et qu’on appelle l’activité mentale originaire.
La psyché individuelle ne se forme que vers 3 ans. Jusque là, le bébé vit dans une psyché communautaire qui est celle de sa famille. Cette activité mentale permet alors un mécanisme de structuration psychique appelé « le processus originaire ». L’originaire est une dynamique mentale qui permet d’être tout à la fois soi-même et l’autre. Cette dynamique est celle à l’œuvre dans l’identification qui permet à l’enfant de dupliquer les structures mentales de ses parents, et se faisant, il reproduit leurs fonctionnements mentaux. L’originaire est ainsi le processus par lequel nous intégrons psychiquement les autres. Ce qui implique un fonctionnement continu, sans fin, dans lequel la psyché se construit comme le corps, en puisant en permanence des matériaux à l’extérieur de soi.

L’être humain est ainsi fait qu’il est constamment poussé à se donner des représentations. Lorsque certains événements vécus par les membres du groupe de façon intense ne peuvent pas recevoir de représentation verbale, ceux qui les ont vécus vont les traduire à leur insu.
Lorsqu’un enfant perçoit qu’il y a un non-dit, un secret dans la famille, il se pose trois types de questions :
Premièrement, il se demande : « Est-ce de ma faute ? Ai-je fait une bêtise s’en m’en rendre compte ? »
Ensuite sa question devient : « Mes parents ont-ils fait quelque chose dont ils ont honte et dont ils n’osent pas me parler ? »
Enfin, il s’interroge : « Peut-être que je me fais des idées ? »

Pour essayer de lever le voile, il faut éviter de dire : « Tu m’as caché quelque chose ! ». Il est préférable de proposer :
« J’ai l’impression que dans notre famille, un jour, quelqu’un a caché quelque chose ».
Le thème du secret de famille est de plus en plus abordé. Sa reconnaissance actuelle provient essentiellement de deux facteurs.
Le premier, c’est tout simplement l’évolution des mœurs. Un grand nombre de problèmes étaient tabous il y a encore vingt ans, alors qu’on en débat ouvertement aujourd’hui. Citons en vrac : les enfants adultérins, ceux conçus avant mariage ou adoptés, et puis du côté de la pathologie, le fait d’oser parler des maladies mentales, de la dépression, de la toxicomanie, de l’alcoolisme...
La presse grand public a abordé toutes ces questions, les a restituées dans leur dimension sociale, pas seulement dans leur dimension individuelle. Le sentiment de honte qui en découlait a donc été relativisé. Le second facteur est l’évolution sociale.

Chantal RIALLAND
Cette femme qui vit en nous
Editions Marabout
Quand bien même toute notre famille aurait disparue, il n’est pas exagéré de dire qu’elle se perpétue en nous : sous forme de qualités, mais aussi de pathologies.
Cela dit, connaître l’origine de certains problèmes est une chose ; intégrer et guérir en est une autre.
Chantal RIALLAND encourage ses patients à mener en particulier un travail sur le corps : il est le lieu de l’inconscient, dit-elle. La psychogénéalogie sait prendre conscience de l’inconscient familial.
Pour elle, il n’y a rien de plus toxique qu’un secret de famille... et les répétitions sont claires. A partir du moment où un événement ou un comportement est dissimulé, il se répète immanquablement. Pour qu’il y ait secret de famille, il faut qu’il y ait eu honte... Et la honte engendre la toxicité. Le secret de famille est vraiment un poison. L’inconscient l’a engendré et il ressortira. La famille nous a donné la vie, des joies et souffrances. Plus on retrouvera son propre sens et moins on transmettra des choses toxiques à nos enfants.

Serge TISSERON
Secrets de famille, mode d’emploi Editions Marabout Vos secrets de famille
Editions Ramsay
Serge TISSERON s’appuie Sur la théorie du « fantôme » de Nicolas Abraham et Maria TOROK, qui furent les premiers à explorer le champ clinique du secret de famille mortifère, engendrant de la souffrance dans la famille.
Il importe de rappeler que de nombreux secrets sont légitimes et sains.
Par exemple, la vie sexuelle des parents est gardée secrète, il est interdit à l’enfant de passer le nez par la porte pour voir ce qui se passe dans leur chambre, mais en même temps, même si on ne leur dira pas, c’est une source de bonheur pour ses parents. L’enfant le sent donc il ne s’en préoccupe pas.
Les « secrets de famille », eux, ont pour effet d’exclure certains membres. Ils prennent Souvent racine dans le désir des parents de « protéger l’enfant ». Chaque fois, tout se passe comme si l’enfant tenu à l’écart « savait
inconsciemment » la vérité et s’arrangeait pour faire comprendre par une maladie ou par une conduite déviante.
Le secret de famille toxique possède 3 caractéristiques :

  • il est dissimulé ;
  • il est interdit de le connaître ;-il provoque une souffrance
    chez un membre de la lignée, que son enfant peut déceler.

Le secret ne s’oppose pas à la vérité, il s’oppose à la communication. Quand un enfant grandit dans une famille à secrets, il a évidemment l’impression qu’il
existe un domaine qui lui est interdit de connaître, mais surtout il pense qu’être grand c’est entretenir des secrets. Il se mettra donc à en fabriquer lui-même et à dissimuler des informations, ce qui s’opposera à la communication authentique. Les secrets font « des ricochets » de génération en génération.
Si nous avons vécu une situation dont nous ne pouvons pas parler parce que c’est interdit ou douloureux de le faire, nous développons d’autres modes d’expression : des attitudes étranges, des phrases équivoques... qu’ inconsciemment nos enfants perçoivent.
Quand le clan familial s’impose le silence, ces enfants fabriquent des images.

Vincent de GAULEJAC
L ’histoire en héritage et les sources de la honte
Editions Desclée de Brouwer
La névrose de classe
Editions Hommes et Groupes
Selon Vincent de GAULEJ AC, l’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet.
C’est au travers du regard distancié du sociologue qu’est abordée la tension entre déterminisme et liberté.
Les travaux entrepris par Vincent de GAULEJ AC montrent combien le souvenir de la violence passée est une « mémoire vive » qui perdure à travers les t générations.
L’une des fibres porteuses de cette persistance est le désir des parents que leurs enfants assument leur héritage et ne rejette pas la tradition familiale, un peu comme si le but ultime de l’éducation était la reproduction de cette tradition.
Le projet parental peut consister à « réussir », c’est à dire, à connaître une promotion sociale. On voit ainsi se dessiner les contours d’une contradiction entre, d’une part, le souci de loyauté à la tradition familiale et donc à une
certaine classe sociale, et d’autre part, la soif de promotion et donc l’accès à une autre classe,
Vincent de GAULEJAC utilise la notion « d’impasse généalogique » étroitement .liée à celle du secret familial de Serge TISSERON : le secret mène à une
impasse généalogique à partir du moment où un sujet se retrouve coincé entre des parties de lui-même identifiées inconsciemment à des ascendants, mais qu’il rejette car elles sont attachées à des sentiments négatifs où à des situations détestables, avec en plus une loyauté familiale invisible qui empêche de s’en libérer.

V. de GAULEJAC soutient l’idée que les crises identitaires se développent avec les décalages qui peuvent exister entre notre identité héritée, notre identité acquise et notre identité espérée.
L’identité héritée, c’est notre origine sociale, la position de nos ancêtres. L’identité acquise, c’est la place que nous occupons dans la société aujourd hui. L’identité espérée, c’est la place que nous rêverions d’occuper.
Des écarts importants entre ces trois identités engendrent des questions sur SOI et sur ses origines : « qui suis-je ? » et le « où vais-je ? ».

L’idéologie ambiante repose sur la notion de réalisation de soi : il s’agit de construire et d’être responsable.
Il faut « être soi » et pour cela, comprendre qui l’on est et d’où l’on vient.
Le conflit survient lorsqu’il existe un écart important entre l’origine sociale et ce que l’on devient, entre l’identité héritée et l’identité acquise.
Par rapport aux secrets de famille, GAULEJAC préfère parler d’occultation.
Le terme d’occultation définit le processus qui se met en place autour du secret, qui est à la fois individuel et collectif. Le secret est événement survenu dans une famille. Un acte a été commis et l’on ne souhaite pas le transmettre. L’expression qui paraît la plus pertinente à l’auteur pour parler du secret de famille est celle de : « défaut de transmission ». Le paradoxe est là : d’un côté on ne veut pas
transmettre une histoire, de l’autre on transmet tout de même quelque chose : le silence et le désir d’occultation, en quelques sortes une forme inconsciente de loyauté. Le lien familial se tisse donc sur la méconnaissance et sur le respect inconscient du secret.
On dit souvent que les parents ne souhaitent que la réussite de leurs enfants...
mais, en même temps, ils vivent très mal que leurs rejetons fassent mieux qu’eux. Cela peut réveiller chez eux de vieilles rancœurs et d’anciennes haines parce
qu’ils n’ont pas pu réaliser leurs propres désirs. Donc, lorsque l’enfant réalise un
de ces désirs, ils peuvent à la fois se sentir fiers et envieux.
En réalité, il peut y avoir beaucoup d’ambivalence entre les parents et les enfants.


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