Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Le thérapeute face au couple

« LE MYTHE FAMILIAL », Robert Neuburger ESF éditeur 1995

lundi 1er mai 2006 par Neuburger Robert

 Le thérapeute face au couple

 « LE MYTHE FAMILIAL », Robert Neuburger ESF éditeur 1995

 1. La violence dans les couples.

Introduction.

Le couple est un groupe institué, qui dispose d’une structure mythique et rituelle comme tous les groupes.

Appartenir à un groupe, c’est montrer une croyance aux mythes du groupe et participer à ses rituels.

Les différents groupes que nous faisons exister en y appartenant nous confèrent en retour une identité d’appartenance.

Un rapport auto-organisationnel s’établit entre les groupes et nous, chacun contribuant à autonomiser l’autre, à lui conférer vie et identité.

C’est au carrefour de nos diverses appartenances qu’émerge notre autonomie, comme une potentialité de choisir justement nos appartenances.

Cette appartenance à un groupe assure au sujet une protection par le groupe, du fait de son appartenance. Mais cette solidarité va jouer autant que le sujet reste fidèle au groupe. La même solidarité peut jouer contre le sujet et entraîner des phénomènes de violence s’il semble se détacher du groupe.

Couple et désappartenance.

Une situation délicate se pose lorsqu’un individu désire sortir d’un groupe (ou d’un couple), que se soit parce qu’il ne s’y retrouve pas ou parce que le groupe n’accepte pas ses comportements.

S’il veut sortir du couple, c’est peut-être parce qu’il ne peut plus investir le mythe de son couple, soit que ce mythe est trop rigide, soit qu’il a été construit de façon à répondre plus aux besoins des familles d’origine que des deux partenaires ; en tous les cas, il est devenu invivable pour lui.

Dans ce cas, il est fréquent que le sujet soit attiré par un autre groupe qui apparaît alors comme un rival pour le groupe d’origine. Cette nouvelle appartenance va le rendre « étranger » à son groupe, dont il va alors perdre toute protection ; le groupe d’origine peut dans cette situation être violent à son égard, soit avec le but de l’exclure définitivement, soit avec le but de le ramener dans le groupe.

Certaines violences dans un couple pourraient être liées à « l’altérisation » d’un sujet qui perd alors la protection du groupe.

L’un des partenaires peut s’ériger comme gardien des valeurs, du mythe du couple, de son idéal. Si l’autre ne s’y conforme plus assez, il peut agir pour lui demander d’adopter une attitude plus conforme à ce qui est attendu dans leur couple. Mais si la trahison est flagrante, celui qui trahit s’exclu de la communauté du couple ; il est ainsi altérisé. Dans ce cas, il peut être en danger : le partenaire lésé peut le violenter pour l’exclure définitivement, voire l’éliminer, puisqu’il est déjà marqué par une « altérisation ».

Il faut distinguer ces violences qui visent à exclure un sujet du couple parce qu’il est jugé par l’autre incompatible avec son image du couple, de celles qui ont pour but de ramener l’autre dans le giron du couple. Dans ce cas, le partenaire lésé peut être violent contre lui-même pour toucher l’autre et le ramener au couple.

Il faut être très attentif aux interventions des structures d’aide qui par des actes guidés par une intention bienveillante peuvent contribuer à « altériser » un sujet qui se trouve alors en danger.

Dans le travail thérapeutique, il conviendra également d’être attentif au support d’identité que peut être le couple pour les deux partenaires. Une intervention ayant pour but d’aider un des deux partenaires en négligeant la puissance des liens d’appartenance peut faire naître des violences.

Si l’on veut aider un couple à se désengager ou à réinvestir la dimension institutionnelle de leur relation, il est plus adéquat de proposer des rituels ou un travail sur leurs mythes constitutifs.

La thérapie peut constituer un cadre ritualisé adéquat pour autant que le thérapeute respecte son contrat, c’est-à-dire que le client est le couple et pas l’un des deux partenaires.

2. Couples recomposés, couples recréés. Destin et inscription.

Pourquoi les humains se mettent-ils en groupe ?
Pourquoi cette pulsion à s’intégrer à différents groupes, la fan1ille, les clubs,... et le couple, même si cela mène à plusieurs reprises à l’échec ?

L’auteur propose de comprendre ce phénomène à l’aide de la métaphore auto-organisationnelle : nous ne pouvons-nous « reconnaître » nous-mêmes. Nous ne pouvons nous donner à nous-mêmes une identité ; c’est parce que nous participons à l’existence de groupes humains en soutenant leurs rites que ces groupes nous accordent une identité d’appartenance. Si nous acceptons l’idée que notre identité se situe au carrefour de nos différentes appartenances, nous comprenons facilement pourquoi nous nous impliquons dans ces groupes divers que sont la famille, les clubs, et aussi le couple. Et dans notre société actuelle plutôt instable, le groupe que constitue le couple prend de l’importance.

Inscription

Nous avons déjà abordé la question de la fondation ; de l’auto création du couple : ce qui fonde le couple est une histoire, l’invention d’une prédestination, un mythe. A côté de cette notion bien connue, l’auteur développe un second concept : l’inscription du couple.

De la même manière que pour l’individu, le couple doit être « reconnu » pour exister. Ce sont les limites de l’auto-organisation. La reconnaissance du couple est sociale, familiale...

Pour Neuburger, les démarches du nouveau couple auprès de représentants d’autres groupes témoignent de ce besoin de reconnaissance de leur couple, mais aussi d’un autre besoin qu’est celui de l’inscription du couple, c’est à dire un besoin de figurer de façon ineffaçable au delà même du réseau relationnel. Le mariage, l’achat d’une maison, les enfants, peuvent être compris comme des actes qui ont pour effet d’inscrire de façon indélébile le couple, quel que soit son destin ultérieur.

Couples recomposés et inscription.

La souffrance des couples dits recomposes est parfois différente de celle des couples dits premiers : la souffrance du couple serait non pas liée à des problèmes relationnels comme dans les couples premiers, mais serait une souffrance de ne pas être reconnu comme couple.

Ce qui peut entraîner une hyperactivité épuisante pour exister aux yeux des autres, et a leurs propres yeux. Il arrive qu’un couple recomposé existe pour lui-même, mais qu il ne soit pas reconnu, inscrit par le monde extérieur.

Dans ce cas, la présence du thérapeute peut permettre cette reconnaissance de leur couple en tant que couple d’une part, et le carnet de rendez-vous du thérapeute peut être le seul endroit où le couple est inscrit d autre part. Il est l’ultime représentant social chargé de valider un couple.

L’auteur propose au thérapeute de leur offrir un rituel d’inscription avec l’hypothèse que le couple ne peut exister sans être inscrit. Et s’il n’est pas inscrit il ne peut pas non plus se défaire.

Ce type de problème ne concerne pas exclusivement les couples recomposés bien entendu, mais ils y sont plus exposés. Ces couples ont plus souvent des difficultés à être reconnu à ressentir qu’on leur donne le droit d’exister.

3. Couple « normal », couple « idéal » : le test de liberté.

Neuburger propose au thérapeute de s’interroger sur sa définition du couple. En réalité, à travers ces questions, il interroge la vision du couple, mais aussi le mode de lecture de la réalité préféré du thérapeute.

Il demande au thérapeute de classer par ordre d’importance 4 critères concernant le couple :

1-le choix du partenaire ;
2- la qualité des relations ;
3- la stabilité du couple ;
4- le développement personnel dans le couple.

Le thérapeute classe ces 4 items d’une part pour la norme du couple, et d’autre part pour le couple idéal qu’il se souhaite. Cette réflexion permettra à l’individu de prendre conscience de son modèle du couple, et d’être attentif à ce que ce modèle ne soit pas envahissant dans le travail thérapeutique.

Une étude menée par l’auteur (pas uniquement auprès des thérapeutes) montre que l’item 2 prévaut dans tous les cas de figures, signant ainsi la prévalence d’une idéologie de la « bonne communication » dans le couple. Il est intéressant de savoir qu’actuellement cette idéologie du couple prime sur d’autres, qui avaient certainement la priorité à une autre époque.

Les items proposés pour cette réflexion ne le sont pas au hasard. Chacun correspond à un espace mental, à un rapport au monde faisant apparaître des réalités différentes et exclusives les unes des autres, bien que complémentaires.

La première question (choix du partenaire) renvoie au choix d’objet et correspond à une vision linéaire du monde ; la seconde (les relations dans le couple) renvoie à une vision circulaire en feed-back et correspond à une logique cybernétique de premier ordre ; la troisième (stabilité du couple) renvoie au monde systémique classique ; et la quatrième (développement personnel dans le couple) renvoie à une vision auto-organisationnelle le couple étant cocréé par ses deux composants qui, en échange, du fait de leur appartenance au couple, du fait qu’ils soutiennent ses mythes, qu’ils participent à ses rituels, reçoivent du couple lui-même une identité d’appartenance.

Ce paragraphe est très résumé, et nous vous invitons à lire l’auteur pour des explications plus étendues sur le sujet. Mais cette double réflexion nous a paru très intéressante, parce qu’elle ouvre le questionnement à deux niveaux : sur notre norme du couple et notre vision du couple idéal, mais aussi sur la lecture que nous allons privilégier dans la rencontre.

Pourquoi avons nous choisi telle lecture ? Pourquoi telle autre nous est impossible ? Chacun est renvoyé ici a sa propre histoire.
Nous retrouvons ici une réflexion faisant tout à fait partie de notre parcours de formation.

 Suicide et perte d’appartenance.

« LE MYTHE FAMILIAL », Robert Neuburger, ESF éditeur 1995.

Introduction.

La fréquence des tentatives de suicide et des suicides réussis, la gravité de cet acte, ainsi que la difficulté de mettre en place un suivi efficace du patient amènent les professionnels à s’interroger sur la prise en charge adéquate de ces situations.

Les difficultés sont nombreuses : le manque de motivation du patient à poursuivre le travail thérapeutique proposé, ou au contraire sa chronicisation dans un traitement lourd, le désinvestissement du couple ou de la famille lié soit à la rationalisation de l’acte suicidaire, soit à l’attribution de cet acte à la nature pathologique du suicidant.

Récemment, une équipe de thérapeutes familiaux (Oualid J.-C. et Vallée D.) travaillant en collaboration avec un service de réanimation a crée un contexte de prise en charge nouveau, qui semble porter ses fruits : les familles des suicidants sont reçues très précocement, encore sous le choc émotif, avant que n’interviennent les rationalisations secondaires. Le protocole comprend 3 ou 4 entretiens, centrés sur le désir de mourir qu’exprimé l’acte suicidaire.

Les résultats sont très encourageants ! (Baisse importante des récidives).

Pour Oualid, le but de ces entretiens est double : éviter la réorganisation des transactions aboutissant aux tentatives de suicide (faut-il encore savoir quelles sont-elles), et mobiliser l’émotion au sein de la famille en demandant au patient « pourquoi avez-vous voulu mourir ? ».

Neuburger, partant de cette expérience, propose des hypothèses de compréhension des mécanismes à l’œuvre dans ces entretiens.
Il voit au travers de ces deux questions et de ce type d’entretien le travail de deux autres problèmes : l’absence de « common knowledge », c’est-à-dire l’absence de « savoir partagé » dans ces familles, et la désappartenance vécue par le suicidant.

A. Suicide et « common knowledge ».

I1 observe que les familles où interviennent un passage à l’acte sont des familles où règne une absence de « savoir partagé » : tout le monde sait, mais personne ne sait que tout le monde sait... donc tout le monde se tait. Ainsi, personne ne semble s’être aperçu des difficultés du patient ; mais lorsque la question est posée, on s’aperçoit que ce n’est pas vrai. Tous savaient, mais personne ne savait que chacun savait, et chacun comptait sur les autres pour résoudre le problème. Donc personne n’a rien fait !
Pour Neuburger, l’intervention de l’équipe d’Oualid introduit par les questions soulevées devant les proches, un véritable « common knowledge » dans la famille. De ce fait, plus personne ne peut dire qu’il ne savait pas !

B. Suicide et perte d’appartenance.

Qu’il s’agisse du suicide d’un ado en conflit avec ses parents, d’une femme abandonnée, d’une perte d’emploi... il s’agit à chaque fois de situations de désappartenance. Pour Neuburger, il est rarement question dans le suicide d’un rapport à soi-même, mais plutôt d’un rapport à un ou des groupes investis. C’est alors la perte (ou le risque de la perte) de l’appartenance à un groupe qui amène ces différents individus au suicide.

L’hypothèse est que les entretiens précoces dans lesquels se mobilise la famille permettent au suicidant de se réinscrire dans une appartenance à un groupe, sa famille. C’est pour cette raison qu’il est important que l’intervention soit précoce, alors que la mobilisation familiale est maximale : le suicidant peut alors se sentir accompagné, compris, ressentir une solidarité familiale qui l’inscrit à nouveau dans un groupe, celui de sa famille. L’effet thérapeutique des entretiens précoces est certainement lié à la reconnexion du sujet dans un groupe qu’il peut à nouveau investir.

Si l’on poursuit dans cette voie de réflexion, la prise en charge individuelle des cas de suicide pose question parce que tous les individus concernés ne sont pas présents. Le patient se retrouve seul face à son problème et peut s’en sentir entièrement responsable. Eviter la culpabilisation du patient n’est pas facile. De plus, nous devons être attentifs à ce que le patient n’utilise pas les structures d’aide comme groupe d’appartenance et ne devienne un chronique.

La prévention de la récidive (mais aussi la prévention primaire !) inclut dès lors la gestion de nos appartenances ; il est dangereux pour un individu de se laisser enfermer dans une appartenance unique.

Pour travailler ce champ, l’auteur propose un outil : l’appartenançogramme.

Le patient représente ses différentes appartenances par des cercles de grandeurs différentes, en fonction de l’importance que ce groupe a pour lui. Cela permet de se représenter ses appartenances à différents moments de sa vie, et de se voir exister au carrefour de ces appartenances (où est mon autonomie ?), d’évoquer les moments où des choix doivent se faire, où des pertes ont eu lieu.

Les thérapies de fratries - Le mythe de fraternité

« LE MYTHE FAMILIAL », Robert Neuburser. ESF éditeur 1995.

L’auteur s’intéresse ici aux conflits interfraternels, ainsi qu’aux actions des parents pour tenter
de résoudre ces problèmes.

Les deux sous-systèmes que sont le couple et la fratrie (les enfants de ce couple) sont sensibles l’un à l’autre. En fonction de l’histoire des partenaires, une importance plus ou moins grande est accordée à ce qui se passe dans l’autre sous-système, et peut le mener à une mobilisation pour résoudre ses conflits.

Dans certains cas, la gestion des conflits « proposée »
par les parents peut avoir des effets négatifs sur la fratrie et provoquer des symptômes dans celle-ci. (Comme les enfants tentent parfois de gérer le conflit qui existe entre leurs parents,ce sont ici les parents qui interviennent dans les conflits de leurs enfants).

Quels sont les parents qui gèrent inadéquatement les conflits de leurs enfants ? Quels sont les
effets de cette gestion de conflits ? Que proposer au niveau thérapeutique ?

Le mythe de la fraternité des parents.

Les motivations qui incitent des parents à créer une fratrie sont multiples : pour certains parents, elles sont purement narcissiques, pour d’autres elles montrent un désir spécifique comme par exemple pour que le premier enfant développe un sens social ou un sens de la fraternité.

Pourtant, même si la fraternité n’est pas exclue des relations fraternelles, elle n’en fait pas toujours partie. D’autres sentiments par contre y sont plus fréquents comme la jalousie, le désir d’exclure, de faire disparaître ou de tuer l’autre, ou inversement des liens d’amour (voire sexuels) qui n’ont rien de fraternel !

Quels que soient les fantasmes de fraternité qui animaient les parents (ceux-ci semblent plus marqués chez les parents qui ont été enfant unique), ils sont confrontés dès la venue du second enfant à se préoccuper non seulement de leurs propres relations avec leurs enfants, mais également des relations qu’ils entretiennent entre eux.

A ce propos, deux préoccupations seront centrales pour les parents parce qu’elles concernent de près leur mythe de la fraternité : empêcher les enfants de s’entre-tuer d’une paît, et les empêcher de fusionner d’autre part. En effet, les parents vont rapidement découvrir chez l’aîné des conduites montrant clairement son intention d’éliminer le nouveau venu (Lacan parle du complexe d’intrusion), ce qui peut heurter violemment leur mythe de fraternité. Plus tard, ils devront être attentifs à ce que leurs enfants ne soient pas trop proches, qu’ils ne forment pas une relation de gémellité fusionnelle, une dyade fermée, considérée alors comme anti-sociale ou anti-familiale.

Il existe à l’intérieur de la famille des dispositifs destinés à gérer la relation entre les enfants. En générale, l’intrusion des parents dans ces relations n’est pas efficace. Par contre, la façon dont la relation entre les parents (ce qui se passe entre eux) mobilise les enfants est un outil puissant pour influencer les relations fraternelles. Lorsque les parents semblent uniquement préoccuper par leur couple - soit dans le conflit soit dans la passion - et se désintéressent des enfants, ceux-ci se rapprochent les uns des autres. Au contraire, si les parents cherchent chacun un allié parmi les enfants dans le conflit qui les oppose, les enfants s’éloignent les uns des autres.

C’est lorsque !es fantasmes fratricides ou de fusion entre les enfants sont extrêmement actifs (autrement dit le mythe de la fraternité) chez les parents que la gestion qu’ils ont des relations entre leurs enfants (et donc de la distance entre ceux-ci) peut devenir inadéquate Ce jeu familial peut alors conduire à la psychose d’un ou de plusieurs enfants de la famille.

Les parents, excessivement préoccupés à maintenir une distance de sécurité entre leurs enfants, peuvent dans les cas extrêmes « inventer » un conflit de couple qu’ils utilisent Our réguler ces relations entre leurs enfants. Un parent obtient qu’un (ou plusieurs) enfant prenne son parti dans le conflit et soit particulièrement odieux avec l’autre parent. En échange de ses efforts, l’enfant reçoit la promesse implicite d’une relation privilégiée future avec ce parent à qui il s’allie.

Comme nous l’avons mentionné plus haut, ces parents font ce qu’apprennent à faire tous les parents lorsqu’ils essayent d’intervenir sur les relations fraternelles.

Mais ici le conflit n’a pas de fin puisqu’il est imaginaire (et alimente par les fantasmes puissants des parents concernant leur idéal de fraternité). L’investissement des enfants par rapport au conflit des parents n’a lui non plus pas de fin, pas plus que de résultats.

La lutte à laquelle ils participent est interminable. L’enfant (ou les enfants) qui a été amené à prendre parti dans le conflit n’obtient jamais la récompense implicitement promise : en échange de ses efforts, l’enfant reçoit la promesse implicite d’une relation privilégiée future avec ce parent à qui il s’allie, promesse d’amour qui n’est pas tenue. L’enfant ne peut réclamer explicitement une relation transgénérationnelle à partir d’un contrat secret et illicite ! Une issue pour lui est de devenir « psychotique », et d’obtenir par là l’attention à laquelle il pense avoir droit. Malgré sa pathologie, il sera jalousé par ses frères et sœurs à cause de l’énorme attention et des soins particuliers que ses parents lui accordent.

Comme nous le voyons, ce jeu peut avoir de lourdes conséquences : mener un (ou plusieurs) enfant(s) à la psychose, et provoquer un réel clivage entre les enfants.

Dans cette compréhension des « jeux psychotiques dans la famille », Neuburger se détache de Selvini Palazzoli pour qui le conflit familial et de couple est réel, et pas créer par les parents pour réguler la distance qui existe entre leurs enfants.

Psychoses« fraternelles » et thérapies de fratries.

Différents auteurs travaillant avec le modèle systémique ont fait des recherches sur les comportements psychotiques des adolescents, notamment Bateson puis l’école de Palo Alto avec le « double lien » où la psychose est comprise comme un comportement adapté à des messages paradoxaux des parents.

Lynn Hoffman décrit plus tard le « simple lien », également mode communicationnel paradoxal entre les parents et leurs enfants qui n’entraîne pas la pathologie comme le double lie11, mais est générateur de changement des modes relationnels.

L’hypothèse est faite ici que la différence entre des modes de communication pathologisants ou non serait plutôt liée à la capacité de l’adolescent visé de comprendre le contexte des communications dont il est l’objet. Au niveau thérapeutique, il ne s’agirait plus alors de rendre des parents cohérents mais de chercher un contexte de lecture qui rende cohérente, pour l’adolescent, l’intentionnalité des parents. Les comportements parentaux qui sont pathogènes pour l’enfant sont pourtant cohérents pour 1e groupe puisqu’ils renforcent ses valeurs, ses mythes, qui soudent le groupe.

Cette hypothèse donne à l’adolescent une grille de lecture qui éclaire 1’apparente ambivalence parentale. Le « mythe de fraternité » d’égalité dans la fratrie, sera souvent fonctionnel pour mobiliser les membres de la famille vers des changements.

Ex. : Une famille qui compte 4 filles (28 ans à 18 ans) consulte pour l’anorexie de la cadette.
La mère s’auto accuse en expliquant qu’elle a toujours été inquiète pour sa fille et qu’elle l’a d’emblée trop maternée Les trois filles aînées sont très critiques à l’égard de leur mère, qu’elles estiment responsables de la maladie de leur sœur. Une grande rivalité les oppose et elles se disputent jusqu’aux mains pour des broutilles.
Le thérapeute découvre que la mère a tout de suite très fort protégé sa dernière fille craignant des violences et, des mauvais traitements de la part des trois aînées, très jalouses. Une relation d’aide ne pourra s’instaurer que si elle n’est pas vécue comme une critique contre l’aide intrafamiliale qui s’est instaurée entre la mère et sa fille cadette, aide qui a été pointée jusqu’à présent par les intervenants comme la cause du problème.

La difficulté est : comment connoter positivement cette relation d’aide sans encourager des attitudes pathogènes ?

Il leur a été suggéré l’hypothèse suivante : pourquoi Madame serait-elle devenue une mauvaise mère, abusive, à la naissance de sa quatrième fille ? Son attitude aurait peut-être eu comme but de protéger la dernière de la jalousie de ses sœurs, en la rendant victime à plaindre plutôt qu’à envier ! Il est donc compréhensible qu’elle continue dans ce sens tant qu’elle craint pour sa fille les conséquences de la jalousie des aînées. Aucune aide extérieure ne peut se substituer à elle dans ce rôle.

L’intervention thérapeutique doit permettre la gestion de la fratrie en préservant le mythe fraternel. Le recadrement peut rendre des attitudes incohérentes compréhensibles pour l’adolescent et acceptables pour tous, comme dans l’exemple ci-dessus.

A côté du recadrement, l’auteur évoque aussi l’intérêt de proposer parfois une « thérapie de fratrie », qui est souvent accueillie avec soulagement par les parents épuisés par la gestion de la fratrie et parfois impliqués dans des attitudes pathogènes pour celle-ci. Ce soulagement est identique à celui vécu par les enfants préoccupés par un conflit parental lorsque le couple entame une thérapie. Les techniques utilisées sont les mêmes que celle utilisées en thérapie de couple. Le but aussi : que ce groupe puisse devenir un cadre où s’exprime la créativité de chacun.

Conclusion.

Les interactions entre le groupe parental et le groupe fraternel recouvrent essentiellement communications dans la famille conjugale.

Le groupe fraternel devient le support d’identité familiale, le témoin du bon ou du mauvais fonctionnement de l’ensemble.

Le mythe fraternel est peut-être plus marqué aujourd’hui que par le passé, il prend parfois la place de mythe familial plus compliqué à maintenir dans la société actuelle.

Plus il est important dans la famille, plus les parents feront des démarches pour gérer les relations fraternelles puisqu’elles témoignent du bon fonctionnement de la famille.


enregistrer pdf
Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 2871 / 972197

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SAVOIR THÉORIQUE  Suivre la vie du site Échanges à partir de livres et des notes de lecture  Suivre la vie du site Échanges à partir des notes de lecture   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License