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LES B.A. BA DE LA SYSTÉMIQUE..

3ème B.A. BA : COMMENT DÉFINIR LES RELATIONS ?

Vous avez dit « Relations » ?

jeudi 29 septembre 2005 par Balta François

LES B.A. BA DE LA SYSTÉMIQUE...

3ème B.A. BA : COMMENT DÉFINIR LES RELATIONS ?
François BALTA

“Définir la relation” est une opération mentale, le plus souvent totalement implicite et involontaire, qui consiste à situer l’autre vis-à-vis de soi et soi vis-à-vis de l’autre.

Cette “opération” est indispensable pour rendre le monde cohérent, prévisible (relativement “maîtrisable”), et pour avoir le sentiment de sa propre identité.

Toute théorie psychologique propose une façon de catégoriser les individus, c’est-à-dire en réalité de définir des coordonnées qui permettent de situer les personnes les unes par rapport aux autres, en repérant le même et le différent.

L’approche systémique utilise une conceptualisation simple qui porte non sur les individus, mais sur les relations qui existent entre eux.

Cette conception des relations est issue essentiellement des travaux de Grégory BATESON (complémentarité/symétrie) et d’Edgar MORIN (relation dialogique, relation de jeu).
La différenciation et l’identité des individus, comme celle des groupes, s’appuient sur ces deux types de relation.
Mais il est indispensable de comprendre que, quelle que soit la définition que ses participants (ou ses observateurs) donnent à une relation, ce n’est que leur vision d’une situation éminemment plus complexe, ce qui permet d’ailleurs les interventions thérapeutiques que nous envisagerons à la fin de ce texte.

Ainsi les relations ne « sont » pas complémentaires ou symétriques, mais seulement « vécues comme », « perçues comme », « décrites comme » complémentaires ou symétriques.

Il s’agit, là encore, d’un construit. (Cf. le B.A. BA « qu’est qu’un système ? »B.A.BA sur la notion de systèmes par Dr François Balta )

Pour chaque type de définition de la relation nous distinguons deux cas possibles : une relation vécue comme fonctionnelle (c’est-à-dire non problématique) et une autre vécue comme dysfonctionnelle, soit par l’un au moins de ses participants, soit par des « observateurs » de cette relation.

  • La relation complémentaire (cf. Tableau n°1)
    Tableau 1
    La relation complémentaire

La relation complémentaire se définit par une répartition des places en fonction de rôles différenciés ; l’un des partenaires occupe la position dite « Haute », (ou dominante, ou « up ») et l’autre la position « Basse » (dominé, « down »).

Dans cette structure de relation, le premier commande (dirige, mène, ordonne, impose, etc.), l’autre obéit (suit, est mené, subit, accepte, etc.)

Cette répartition des rôles correspond aux rapports hiérarchiques (ou hiérarchisés) tant en famille qu’en entreprise.

Lorsqu’elle est fonctionnelle, c’est le type de relation qui convient bien à l’action efficace.
Lorsqu’elle devient dysfonctionnelle, chacun se spécialise de plus en plus dans son rôle, indépendamment des compétences, des contextes et des circonstances, ce qui éloigne les points de vue de chacun des partenaires qui finissent par vivre dans deux mondes totalement étrangers l’un à l’autre (situation de « divorce émotionnel » dans les couples, « d’incompréhension » dans les relations professionelles).

Jusqu’au moment où la relation est totalement vidée de tout échange, pure forme de rôles complémentarisés qui garde paradoxalement chacun extrêmement dépendant de l’autre.

D’ordinaire, la personne en position haute méconnaît cette dépendance, alors que la personne en position basse se croit trop « faible » (ou « incapable », « nulle »...) pour pouvoir se passer de son tuteur/persécuteur.

Ce qui rend cette relation dysfonctionnelle à la fois extrêmement stable (la dépendance, le ressentiment et l’insatisfaction alimentant un lien émotionnellement fort) et très fragile puisque profondément insatisfaisante, et allant dans le sens de la séparation réelle et non seulement affective (schismogénèse complémentaire).

  • La relation symétrique (cf. tableau n°2)
    La relation sysmétrique

La relation symétrique se définit fondamentalement comme une relation d’égalité.

« Égaux mais différents » pourrait être la devise de la symétrie fonctionnelle.

Les opinions, les idées, les caractères, les comportements, etc, peuvent être différents, mais chacun pense que les opinions, idées, etc, de l’autre méritent respect et attention.

Comme on le voit, c’est l’état relationnel le plus adapté pour la discussion, la négociation, le brainstorming, la créativité, la recherche commune de solutions équitables à des difficultés.

Elle est sous-tendue par le désir de comprendre le point de vue de l’autre, de l’intégrer comme un des éléments importants de la situation.

La position symétrique dysfonctionnelle est à la base de nombreuses difficultés. C’est l’escalade symétrique.

Pour la comprendre, nous avons besoin de la notion précédente de relation complémentaire.

Dans l’escalade symétrique, chacun cherche à transformer une relation égalitaire en relation complémentaire. Le problème, c’est que chacun souhaite y occuper la même place (soit la place haute, soit la place basse) et cherche donc à imposer « sa » définition de la relation.

Ce qui entraîne une surenchère, une lutte de plus en plus dure, c’est-à-dire un processus de feed-back amplificateur - (cf. B A BA « ça tourne ou ça va tout droit »circularité et linéarité." 2ème B.A. BA : ÇA TOURNE OU ÇA VA TOUT DROIT ?).

Tout cela ne se termine que par la victoire de l’un sur l’autre (avec tout ce que cela sous entend de ressentiment et de désir de revanche) ou par l’éclatement de la relation et la séparation (schismogénèse symétrique).

Pour toutes les personnes qui s’occupent d’aide ou de conseil, ce concept d’escalade symétrique éclairera souvent les situations bloquées dans lesquelles ils peuvent se retrouver.

En effet le désir d’aider l’autre à changer amène volontiers dans des situations hiérarchisées dans lesquelles les affrontements de points de vue peuvent être très forts.

  • Il n’y a pas plus de relation complémentaire que symétrique. Où l’on voit que tout ce qui vient d’être dit, pour être juste, n’en est pas pour autant « vrai ». (Cf. tableau 3)
La relation dialogique

Tableau n°3

Ce qui vient d’être décrit, et l’on trouvera facilement des exemples du bien fondé de ces descriptions, doit être maintenant regardé d’un autre point de vue.

Il ne s’agit pas des relations elles-mêmes, mais de leur définition, c’est-à-dire de leur description.

Or, une description est toujours faite à partir d’un certain point de vue, et, si l’on change de point de vue, la description que nous pouvons alors faire du même objet, devient totalement différente.

Dire qu’il n’y a pas plus de relation complémentaire que symétrique, cela veut dire qu’il est toujours possible de décrire une relation en termes de complémentarité et de symétrie selon les éléments et les niveaux de cette relation que l’on met en avant.

La complexité du monde relationnel, c’est justement cette possibilité de lectures multiples. Il reste donc à justifier le point de vue pris. Comme toujours en systémique, c’est l’objectif de l’observateur qui va déterminer sa position et ses stratégies.
Du côté fonctionnel, cette double lecture, nous la faisons (nous l’éprouvons avec plaisir) dans les relations de jeu ou de compétition amicale. Un des plaisirs du jeu, c’est justement de s’amuser avec la possibilité de passer rapidement de la perception de la position haute à la position basse et inversement dans un contexte d’égalité face aux règles du jeu.

C’est aussi la complexité des relations amoureuses, celle des jeux de séduction réciproque. (Cf. la différenciation réciproque. Jacques Miermont. Dictionnaire des thérapies familiales. Payot. Paris 1987).

Du côté dysfonctionnel, nous pouvons retrouver là une vieille connaissance de la systémique : la double contrainte.

Et là, le terme de « double lien » reprend son sens puisque la relation est doublement liée : symétriquement et complémentairement, par le refus justement de la définir clairement.

Des ouvertures thérapeutiques...
Cette possibilité d’une double description est fondamentale, car elle rend possible le recadrage de toute relation, sans pour autant entrer dans une méta-escalade symétrique pour imposer son point de vue.

Mais il faut aller chercher dans la réalité vécue et agie des participants les éléments descriptifs qui corroborent tel ou tel point de vue inapparent à première vue.

Ainsi, une relation fortement complémentaire peut-elle être décrite comme une lutte sourde pour le pouvoir, la position basse étant une position de résistance au pouvoir de la personne en position haute elle-même réduite le plus souvent à l’inefficacité sinon à l’impuissance.

Et une escalade symétrique prolongée présuppose-t-elle nécessairement un accord profond des deux partenaires pour continuer leur guerre et maintenir leur relation à travers le conflit. (cf. les notions de pseudo-mutualité et de pseudo-hostilité).


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