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LES B.A. BA DE LA SYSTÉMIQUE...

Les contextes par le Dr François Balta

contextes, vous avez dit contextes ?

dimanche 9 octobre 2005 par Balta François

LES B.A. BA DE LA SYSTEMIQUE...

6ème B.A. BA : contexte, vous avez dit contextes ?

par le Dr François Balta

« Les différents contextes nous déterminent
tout autant que nous cherchons à les organiser »

Edgar MORIN

Le phénomène Figure/Fond

La perception visuelle se structure à partir d’un phénomène décrit par la Gestalt-théorie, en rupture par rapport aux théories associationnistes, comme la prise en compte globale d’une figure se détachant sur un fond, ce dernier servant de support à son interprétation.( ) De même, au niveau auditif, un mot ne prend-il son sens qu’en fonction des autres mots de la phrase dans laquelle il s’insère. (Et aussi grâce aux éléments non verbaux qui accompagnent le discours). Si le « fond » n’attire pas l’attention, son importance dans le phénomène même de la perception est essentielle : la même couleur rouge paraîtra différemment rouge sur un fond vert, bleu ou jaune, et elle disparaîtra sur un fond d’un rouge identique ; le même mot, même en dehors de toute homophonie, peut renvoyer à des signifiés différents que les autres composants de la phrase et de l’énonciation permettent de distinguer...

Le contexte donneur de sens

Ce lien entre sens et contexte, l’approche systémique va en faire une donnée de base, et un point de travail fondamental.

Le sens n’est pas contenu dans l’objet (le mot, le comportement, le problème...), mais il est produit par la relation perçue par un observateur donné entre cet objet et ses contextes.

Le sens n’est plus ainsi considéré comme inhérent à un objet particulier, une de ses propriétés personnelles, une caractéristique de son identité, mais comme lié aux relations que cet objet entretient avec d’autres éléments. Le sens est donc le fruit d’un processus (de contextualisation), le plus souvent implicite de la part de la personne qui l’attribue. Ainsi, quelqu’un n’est-il pas « fou », « mauvais » ou « passif ». Il ne manifeste ces (on pense alors « ses ») propriétés aux yeux d’un « observateur » que dans le cadre d’une certaine relation, à un certain moment, et dans certaines circonstances précises et limitées.

Le contexte n’est pas un décor

Le contexte apparaît comme la toile de fond sur laquelle les actions et les vécus de la personne se détachent, prennent leur sens, leur justification et leur valeur. Il semble immobile, passif, sans lien particulier avec l’événement perçu qui monopolise l’attention.
Mais il n’est pas un décor passif. Non seulement, il n’est pas inerte, toile figée et indifférente devant laquelle s’agiteraient les « acteurs », mais il est même un élément essentiel de la pièce qui se joue, puisque c’est lui qui va permettre d’interpréter l’action, de nuancer, de confirmer, de détourner, d’inverser, en un mot de « choisir » (inconsciemment le plus souvent) le sens de l’action. Il est tout autant construit que les éléments mis au premier plan. Plus exactement fond et figure sont co-construits par les « observateurs ». Dans la triade observateurs-acteurs-contextes, chaque élément dépend des deux autres : l’observateur est compris dans son observation, l’observation construit l’action qui construit l’observation qui construit le contexte qui construit l’action... Dans la circularité de ce processus, l’observateur n’a pas plus d’existence indépendante que les objets supposés contenus dans son observation, ou, plus exactement peut-être, ils en ont autant, ce qui n’a pas d’intérêt, puisque ce n’est pas l’existence des choses en elles-mêmes qui est en question, mais l’importance qui leur est accordée à travers le sens donné à un moment précis.

Le contexte en tant que processus

Le contexte n’est donc pas (qu’)une chose, pas plus que ne le sont les systèmes (cf. B A BA n°1). Il est considéré ici comme un processus permanent, nécessaire au maintien de notre cohérence, de notre vision du monde. Il peut donc à chaque instant évoluer, selon le nombre et la qualité des éléments. Des perceptions différentes se réfèrent à des contextualisation différentes. Il ne s’agit plus de s’affronter sur le « vrai sens » des choses, mais simplement de les (re)contextualiser, de voir quel est le cadre de référence le plus signifiant ou le plus utile par rapport à un objectif donné. S’il est perçu par la personne comme extérieur à elle-même, donnant sens à son action, le contexte n’en reste pas moins validé en permanence dans un processus actif et inconscient de différenciation intérieur/extérieur, soi/non soi, objet/sujet, décor/acteurs.

Il n’y a pas de « contexte objectif » à proprement parlé.

Pour bâtir ce contexte une personne donnée utilise :

  • une partie (seulement) des éléments disponibles dans l’environnement immédiat
  • ses attentes, besoins, et objectifs
  • ses connaissances et croyances, fruits de ses expériences passées
  • les attentes et pressions des autres membres du système
  • les pressions de ses systèmes d’appartenance
  • etc.

Ces éléments impliquent le Passé, le Présent et le Futur de la personne. Ceci rappelle ce que nous savons par ailleurs sur la construction des images corticales : 20% seulement des informations viennent de la rétine, 80% viennent de toutes les autres parties du cerveau. La perception du contexte est plus construite que donnée...

Il existe toujours une infinité de contextes
Le fait qu’un même objet puisse être resitué dans une multitude de contextes différents donne une liberté et une souplesse (et une responsabilité) inhabituelles à l’intervenant. Un questionnement cherchant à intégrer des éléments supplémentaires ou des aspects négligés des éléments perçus peut ainsi élargir et faire varier le sens donné à tel ou tel événement ou comportement.
Ce qui va limiter cette recherche, ce sont les objectifs que l’on a. Ce qui va la guider, ce sont les cartes du monde des interlocuteurs en jeu dans l’échange.

Quelques exemples de contextes utilisables
On peut appeler contextes les dimensions permettant de penser/classer/percevoir les éléments de la réalité.
Ainsi, on peut prendre comme guide les quatre dimensions proposées par Ivan BOSZORMENYI-NAGY (fondateur de l’approche appelée justement « contextuelle ») : dimension des faits, psychologie, système, et éthique relationnelle ( ).
On peut tout aussi bien utiliser des catégories plus « psychologiques » : émotions, sentiments, pensées, croyances, intentions, valeurs, comportements...
Ou encore, le comportement d’une personne peut être resitué comme lié à des relations avec telle ou telle personne importante, présente, passée, ou même rêvée.
Il est aussi possible de recontextualiser en fonction des valeurs du groupe considéré (couple, famille, famille élargie, entreprise, communauté professionnelle, classe sociale, groupe culturel d’appartenance ...)
La division cartésienne entre le corps et l’esprit, permet de nombreuses variations (la psyché et le soma, l’inné et l’acquis, le génétique et l’apprentissage, le physique et le moral...) à complémentariser plutôt qu’à mettre en rivalité.
Les diverses théories de la maladie mentale ouvrent de nombreuses possibilité et peuvent être utilisées pour éclairer telle ou telle réaction (peurs, préjugés, culpabilisation, etc.). Les diverses catégorisations utilisées par telle ou telle théorie (le Moi, le Ça, le Surmoi ou le Conscient et l’Inconscient, le Réel, le Symbolique et l’Imaginaire, l’individu et le système, par exemple) offrent aussi des descriptions alternatives et contrastées enrichissant la vision d’une situation donnée.
Tous les modes de causalité reconnus peuvent être l’occasion de variations. Si l’intervenant considère que tous les éléments coexistants dans une situation en sont des paramètres (et donc des causes parmi d’autres), il peut « déplacer » l’accent de la causalité sur tel ou tel et assouplir ainsi les attributions et les désignations rigides...
Il semble que la complexité de la moindre situation permette une infinité de définitions de contextes. Il est logique d’ailleurs de penser que tout élément de la réalité, si petit soit-il, appartient totalement au réel, et donc reflète, toute la complexité du monde

Les recadrages

Il est donc possible, pour changer la signification d’un événement de « travailler », plutôt qu’à en changer l’idée que quelqu’un s’en fait, à modifier la perception de son contexte, c’est-à-dire à opérer un recadrage.
On distingue classiquement deux types de recadrages :

  • les recadrages de sens : dans un contexte défini, on suppose à un comportement un sens différent de celui qui lui est donné. Par exemple une attitude silencieuse peut tout aussi bien être interprétée comme « timidité » que comme « mépris ».
  • Les recadrages de contexte : remis dans une perspective différente, un comportement donné en acquiert un sens tout différent. Par exemple tel comportement de fuite a été utile dans un contexte de faiblesse, même s’il n’est plus adapté aujourd’hui, dans un contexte de puissance.
    Quel que soit le type de recadrage choisi, on pourra, pour le rendre opérant :
  • souligner des éléments « dormants », dimensions diverses de la complexité (cf. ci-dessus)
  • modifier la nature des relations entre éléments du contexte (redéfinition d’une relation complémentaire en symétrique ou d’une relation symétrique en complémentaire. ( )
  • inverser l’ordre hiérarchique des éléments apportés spontanément ou mis en évidence par le questionnement (par exemple : « vous dites que votre enfant est désobéissant, et je constate qu’il vous désobéit effectivement. Comment savoir s’il ne le fait pas pour vous obéir, par crainte de ne pas être conforme à ce que vous lui indiquez d’être ? »)
  • utiliser l’absence de certains éléments autant que la présence d’autres. Ainsi, comment expliquer l’absence de certains actes hostiles, pourtant faciles à commettre, de la part de quelqu’un défini comme un ennemi haineux ?
  • utiliser le cadre même de l’intervention comme un élément contextuel (donc modifiable). Par exemple, la simple présence de quelqu’un à une séance de thérapie est une manifestation d’intérêt, un souci de la relation, même si cette présence est surtout l’occasion d’affrontements symétriques violents ou d’accusations particulièrement dures.

De la co-évolution au co-développement
Les moyens ne manquent donc pas de jouer sur ce phénomène figure-fond. La conviction que peut emporter un recadrage est essentiellement fonction de la congruence des éléments utilisés avec la hiérarchie de valeurs (le plus souvent implicite) de la personne dont on veut modifier le point de vue.
Rappelons qu’un excellent exercice de recadrage, indispensable, c’est celui qui consiste, pour soi-même, à travailler à la transformation d’un point de vue négatif (sur une personne ou une situation) en une vision positive et enrichissante. C’est une des étapes de la « méchante connotation positive » décrite par Guy Ausloos. ( ) En deux mots, rappelons de quoi il s’agit : de transformer ce qui nous a été le plus difficile dans un entretien en une ressource pour la thérapie, ce qui suppose de transformer son point de vue sur la difficulté rencontrée. Ainsi, avant d’utiliser les ressources de la rhétorique et celles des sophistes pour ses patients, il n’est pas inutile de les expérimenter pour soi-même, de manière à améliorer la souplesse de ses points de vue et à développer une réelle compassion...


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