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La demande en psychanalyse et en thérapie familiale

Chapitre 1 du livre de Neuburger (1984) : « L’autre demande. Psychanalyse et thérapie familiale ».

jeudi 7 décembre 2006 par Froidecoeur Christelle , Renglet Geneviève , Balaes Lorraine , Vanbellinghen Melanie , Coomans Anne-Catherine , Borsetto Vanessa

Tant dans le travail de l’analyse que dans celui de la thérapie systémique, il convient d’explorer les différents éléments de la demande afin d’orienter le travail thérapeutique vers l’approche la plus appropriée (individuelle ou familiale).
Dans ce chapitre, Neuburger propose une réflexion et une technique destinées à évaluer l’importance de l’appartenance familiale sur la formulation de la demande.

 La demande en psychanalyse

Le travail de la psychanalyse se base sur la demande individuelle.
Une demande n’est pas la simple expression d’un besoin qu’il suffirait alors d’assouvir. La demande exprime un désir, socle du travail de l’analyste.
A travers une demande, s’exprime souvent une demande d’amour sur laquelle il convient d’agir. Le travail de l’analyse se base donc sur la formulation progressive d’une demande individuelle.

La demande au sens analytique comporte trois éléments :

  • le symptôme (témoin d’un conflit)
  • la souffrance qui en découle
  • une allégation (une mise en avant, une invocation).

 La demande en systémique

Lorsque l’on est face à une famille, on est appelé à se demander qui est porteur de la demande. Il est en effet bien possible que ces différents individus devant nous soient porteurs d’intérêts différenciés.
Les différents éléments de la demande évoqués par la psychanalyse peuvent se retrouver dispersés dans le système.
Un individu peut être porteur d’un symptôme, et ne pas ni en souffrir, ni exprimer une allégation.
Un autre individu peut être porteur d’un symptôme et en souffrir, mais ne pas présenter d’allégation.
Les cas évoqués dans l’article sont éloquents à ce propos.

Par ailleurs, il y a des systèmes familiaux qui rendent impossible la formulation d’une demande individuelle. La thérapie familiale peut alors permettre une désaliénation du système familial pour permettre ensuite l’expression de demandes individuelles.

  Le travail de la demande et l’approche thérapeutique à proposer

Que l’on soit dans la position du psychanalyste ou du thérapeute systémicien, il convient d’explorer la demande afin de déterminer la logique qui prédomine et le type d’approche à préconiser.
Lorsqu’il y a un symptôme, il y a toujours deux logiques en jeu :

  • la logique « symptôme du malade », c’est à dire la logique du désir sur -laquelle se base la psychanalyse
  • la logique « malade-symptôme », c’est à dire la logique systémique.
    La question consiste alors à se demander si le système familial autorise ou non l’expression d’une demande individuelle.
    Donc ce n’est pas le fait d’être face à un individu seul qui va orienter le travail vers une analyse, ni le fait d’être face à une famille qui va orienter d’office le travail vers une thérapie systémique.
    En effet, une personne seule peut échouer dans l’expression d’une demande individuelle parce que son système familial ne lui autorise pas. Par ailleurs, dans une famille, les trois éléments de la demande évoqués dans le premier point peuvent se retrouver rassemblés chez une seule et même personne. Dans ce cas, le travail individuel est à recommander.

 Proposition d’une technique d’exploration des éléments de la demande

A partir du moment où on est confronté à une dissociation des éléments de la demande dans le système familial, il convient de pouvoir juger de son importance.
Neuburger propose donc une technique permettant d’explorer les éléments de la demande.
Trois questions sont proposées :

  • Pour explorer le symptôme : « Qui pose le plus de problème à la famille actuellement ? »
  • Pour explorer la souffrance : « Qui, pensez-vous, souffre le plus de la situation ? »
  • Pour explorer l’allégation : « Qui se montre le plus préoccupé par la situation ? »
    Bien entendu, ces questions sont à utiliser sans aucune rigidité, en fonction du contexte de l’entretien et de ce que la famille apporte spontanément.
    Le thérapeute de cette manière peut recevoir un certain nombre de feedback de la famille en réponse à l’information qu’il lance.
    En respect du principe de circularité (Selvini, 1983), ce sont les différences dans l’expression des membres de la famille à propos de ces questions qui seront exploitées pour pouvoir émettre progressivement des hypothèses quant au fonctionnement familial (relations, rôles, fixité de ces rôles etc.).

 Commentaire suite à la journée du 14 novembre, déposé par Marc Melen

Afin de stimuler la discussion, les débats du 14 novembre seront non pas résumés mais « répercutés » à travers les questions qu’ils inspirent.

  • Qu’est-ce que la demande ?

S’agit-il d’un objet à multiples facettes qu’il suffirait d’examiner sous toutes ses coutures à l’aide d’un questionnaire systématique pour le circonscrire ou bien d’une réalité plus « flottante », au sens de Ph. Caillé. La question de la demande doit alors être mise en perspective avec celle relative à la position du thérapeute.

Mettre l’analyse de la demande en rapport avec la question de la position du thérapeute invite à s’interroger sur la place du thérapeute par rapport au système consultant.

  • Comment trouver la bonne distance, la distance critique, celle qui permet de ne pas être assimilé au système et de pouvoir interoger son fonctionnement ?
  • Comment s’affilier au système et jusqu’à quelle point ?
  • C’est toujours dans l’espace intermédiaire entre le thérapeute et le système que se construit l’espace thérapeutique, mais quelle taille et quelle forme doit avoir cet espace ? Ou plutôt, comment le thérapeute peut-il négocier l’étendue de l’espace thérapeutique avec le système. Il se peut que dans certains cas, l’espace soit étroit, les attentes soient très précises. Le système accepte alors difficilement de sortir des sentiers battus (ceux qui risqueraient d’aller contre son homéostasie).

L’espace thérapeutique se construit, parfois implicitement, dès le stade de l’analyse de la demande. Dès ce stade, le système présente le problème d’une manière qui « protège » son mode de fonctionnement. Le thérapeute peut sentir qu’« on » essaye de lui faire jouer un rôle qui soit compatible avec l’homéostasie du système. Se pose alors la question de l’isomorphisme.

Que faire ?

Accepter cet isomorphisme et tenter de s’en dégager plus tard ou le refuser d’emblée ?

Comment ouvrir des perspectives ? Notamment à partir des résonnances.

Toute demande est relative, la signification à lui accorder est relative. Une même demande peut être interprétée différemment par le professionnel selon la manière dont elle est entendue. Dès le stade de la demande, le thérapeute fera appel à ses résonnances, tiendra compte de sa position institutionnelle, resituera la demande dans un contexte plus vaste (pourquoi la demande arrive-t-elle ici ? pourquoi à ce moment ? pourquoi d’autres tentatives de consultation ont-elles échoué ?), etc.

La relativité de ma demande dépend aussi de la manière dont elle est formulée. Un patient a donc intérêt à formuler sa demande dans des termes qui soient compréhensibles par celui à qui il l’adresse. Exemple : un monsieur téléphone à l’hôpital pour être hospitalisé parce qu’il veut être débarasser de sa femme. Il s’entend répondre qu’on n’hospitalise pas pour de tels motifs. Plutôt que de se décourager, le monsieur fait une tentative de suicide, il est emmené cette fois aux urgences. Transféré ensuite dans un autre service, il reste là plusieurs semaines. Donc, le monsieur avait simplement oublié de formuler sa demande dans des termes qui soient compréhensibles pour son interlocuteur.

Enfin, on peut se demander quand se termine l’analyse de la demande et quand commence la thérapie ? Faut-il penser avec Mara Selvini que « la thérapie (et en particulier son avenir) commence dès le premier contact téléphonique. » ? A ce sujet, voir l’article de Matteo Selvini Techniques de prise en charge psychothérapeutique d’un patient non demandeur

Quoi qu’il en soit, et c’est aussi ce que suggère le chapitre de Robert Neuburger, il apparaît que l’analyse de la demande est plus qu’un simple relevé factuel d’informations (qui a appelé, pour qui, pour demander quoi, etc. ?) et pour en faire une analyse dynamique, il convient sans doute de la désacraliser (cf. l’article de Philippe Caillé concernant la demande en thérapie familiale joint en annexe)

A suivre...


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29 janvier 2007
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