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LES B.A. BA DE LA SYSTEMIQUE... par le Dr BALTA

Y a-t-il un objectif aux thérapies familiales systémiques ?

Vous avez dit objectifs ?

jeudi 2 novembre 2006 par Balta François

LES B.A. BA DE LA SYSTEMIQUE...

9ème B.A. BA :

 Y a-t-il un objectif aux thérapies familiales systémiques ?

par François BALTA

Tous les auteurs qui théorisent sur la pensée systémique insistent sur la nécessité d’un but comme indispensable à la structuration d’un système. Ainsi dès 1975 Joël de Rosnay définit-il un système comme un “ensemble d’éléments en interactions dynamique, organisés en fonction d’un but.”. Ce « but » fut-il seulement de maintenir l’existence du système en question, parfois même autour d’un problème. En effet, circularité oblige, nous pouvons tout aussi bien affirmer que les systèmes génèrent des problèmes que soutenir que ce sont les problèmes qui permettent de maintenir l’existence des systèmes...

Ainsi l’objectif permet-il de définir la finalité d’un système donné, le pourquoi de son existence. En ce qui concerne les systèmes thérapeutiques, on peut donc penser que ce sont des finalités thérapeutiques précises qui vont permettre de structurer les échanges entre patients/familles et thérapeutes. Pourtant, paradoxalement, l’objectif, sa définition, son choix, son utilisation, est sans doute un des éléments le moins travaillé dans la plupart des séances de thérapie familiale... La définition d’un objectif fait le plus souvent l’objet d’une négligence totale, d’un désintérêt marqué... de la part des thérapeutes en tout cas !...

 L’objectif est-il nécessairement un mensonge ?

Dès les débuts de la thérapie familiale systémique, la demande de la famille a été regardée avec suspicion. Mara-Selvini insiste sur la duplicité de cette demande : « guérissez-nous du problème mais ne touchez à rien de notre mode de fonctionnement », « nous voulons changer (le symptôme) sans changer (notre manière de vivre) ». Tel serait le paradoxe même de toute demande d’amélioration, demande à laquelle le thérapeute, supposé fine mouche, ne se laissera pas prendre. Il répondra par un contre-paradoxe dont la structure de base renvoie la demande à l’envoyeur : « gardez votre problème et ne changez rien sinon il faudra modifier votre mode de fonctionnement et cela risque d’être encore pire pour vous ».

Ce n’est pas la reprise des discours classiques sur « la demande cachée » ou à propos du travail « d’explicitation de la vraie demande », « d’une demande réelle »... Il s’agit là d’un pessimisme structural beaucoup plus radical... Mais nous sommes encore dans la tradition qui considère toute demande comme suspecte.

Comment des gens en difficulté, probablement dysfonctionnants, pourraient-ils formuler une demande recevable alors qu’ils sont incapables de se débrouiller seuls de leur problème ?

Il s’ensuit qu’en pratique, le plus souvent, on se contente d’accepter sans discussion et sans approfondissement l’idée du souhait d’un mieux-être qui se définira au fur et à mesure que le travail avancera. L’équipe thérapeutique se préoccupe bien davantage d’une alliance qui permettra le retour de la famille aux séances suivantes que d’une explicitation d’une demande de toute manière sujette à caution.

Outre l’incapacité supposée du système d’expliciter une demande « honnête » ou même seulement « valable », un autre argument vient renforcer ce désintérêt pour la définition d’un objectif. Et c’est un argument de poids tir de la théorie même des systèmes : l’imprédictibilité du devenir d’un système complexe comme l’est nécessairement tout système humain. À quoi bon définir un but puisqu’en chemin ce but va devoir être réévalué, et qu’il sera très probablement remis en question. Se fixer un but, c’est risquer de se construire une situation bloquée, limitée, et, pire encore, s’interdire des solutions nouvelles, imprévues, créatives. Non seulement se fixer un but précis à atteindre c’est se contraindre, et cela à partir d’un système encore inchangé et générateur du problème lui-même, mais c’est peut-être empêcher ce changement même.
Pourtant, si, si souvent, le problème discuté dans les équipes à la fin d’une première séance est encore celui de savoir si l’on a « gagné » l’éventuel retour de la famille à la deuxième séance, c’est la plupart du temps à un manque de concordance et de précision sur le but visé ensemble qu’on le doit me semble-t-il.

 Les objectifs du système

En effet, le « système », c’est-à-dire chaque personne qui y participe et leur réunion même, a une idée non seulement de ce qu’il vient chercher en thérapie mais aussi de comment l’obtenir. Tout objectif est un mélange de buts visés et de moyens envisagés pour les atteindre. Quand quelqu’un se décide à demander de l’aide, et à plus forte raison quand un ensemble de personnes prend cette décision plus ou moins commune, c’est qu’ils ont désespéré d’y parvenir sans aide extérieure, mais non parce qu’ils ont renoncé à leurs objectifs (et/ou aux moyens qui y sont imaginairement attachés).

De plus, l’analyse des objectifs du système est une excellente porte d’entrée pour en repérer les tensions, en explorer l’histoire, en comprendre les règles de fonctionnement, et en connoter (positivement) les valeurs. C’est aussi faire alliance plus facilement avec ce système en manifestant intérêt et compréhension pour ce qui amène chacun à participer à cette démarche délicate d’aller confier son intimité, et ses points « faibles », à des inconnus.

Bien sûr, ces objectifs ne sont pas dénués de contradictions (mais les thérapeutes en sont-ils dénués ?), et ils sont porteurs de désaccords et de conflits (mais les thérapeutes vivent-ils une absence totale de conflit ?). L’indistinction fréquente entre les moyens et les buts, c’est-à-dire entre le comment et le pourquoi, est, dans la vie de chacun, source d’hésitations, de doutes, et d’affrontements. Elle est d’ailleurs normale puisque cette distinction même dépend de la prise en considération du temps, du court ou du moyen terme qui hiérarchise différemment moyens et buts. Pourquoi considérer qu’il devrait en être autrement pour les personnes qui nous consultent ? D’ailleurs, si les thérapeutes faisaient eux-mêmes plus clairement la différence entre les buts immédiats et le but de ces buts, peut-être pourraient-ils plus facilement contextualiser les demandes qui leur sont faites...

 Les objectifs des thérapeutes

L’équipe thérapeutique n’est pas elle-même dénuée d’objectifs, même si ceux-ci ne sont que rarement explicités. Bien sûr, il n’est sans doute pas nécessaire de rappeler que les thérapeutes n’ont pas à avoir un désir à la place de la famille, qu’ils n’ont pas à savoir quelle solution pourrait être la bonne. Mais le rôle d’accompagnant du changement n’est pas pour autant dénué d’intentions, et peut-être vaut-il mieux qu’elles soient, sinon explicitées, au moins un peu conscientisées.
Un certain nombre d’approches contemporaines de la psychothérapie se sont penchées sur ce que devait être une définition efficiente de l’objectif.

La Programmation Neuro-Linguistique en particulier a listé sept critères nécessaires pour préciser un but à atteindre et le rendre plus sûrement accessible. Parmi ces conditions, j’en retiendrai une ici, celle qui stipule que la réalisation de l’objectif visé doit être sous le contrôle effectif de la personne qui l’a choisi. Ceci est certainement une vision très restreinte, d’autant que toute réalisation concrète doit s’insérer dans un contexte qui n’est pas inerte, c’est-à-dire que le résultat final de toute intervention sera la résultante d’inter-influences entre une action particulière et des réactions diverses à cette action. Les thérapeutes ont intérêt à se donner comme objectifs successifs la résolution pas à pas des « problèmes » rencontrés dans la conduite du traitement. Tout sentiment de malaise, toute résonance particulière, toute hésitation, doute, questionnement doit être traité. Le souci des thérapeutes étant de savoir comment restituer aux participants ces mouvements qu’il vit.

En somme, les intervenants ont à s’occuper de « leurs » problèmes, c’est-à-dire ceux qu’ils rencontrent dans la construction de l’espace thérapeutique partagé avec les personnes consultantes. L’idée d’une homothétie entre ces problèmes et ceux dont la résolution constitue l’objectif de la thérapie soutient cette conception du travail thérapeutique centré sur la résolution des difficultés apparues dans l’espace de la thérapie elle-même.

 Un système d’objectifs ?

Comme on vient de le voir, il n’y a jamais UN objectif. Il y a un enchevêtrement de buts, de moyens, d’objectifs, de finalités, d’attentes, de demandes, de valeurs, de contraintes, d’héritages, de règles. On peut appeler cet ensemble un système d’objectifs. Et les relations entre ces objectifs sont à la fois, comme toutes les relations complexes, complémentaires et antagonistes selon le point de vue que l’on adopte.

Il est possible de se centrer sur cette diversité et de la considérer comme une richesse plutôt que de voir comme un handicap le fait qu’il n’y ait pas un objectif unique, clair et bien délimité. Le travail autour de cette complexité des buts poursuivis se révèle alors porteur d’alliance, de dynamisme et d’ouverture sur une vision plus réellement complexe. Comment en effet trouver un équilibre entre toutes les problématiques concomitantes conscientes et inconscientes qu’un système humain doit affronter ? Le thérapeute systémique ne peut que tout naturellement se trouver en position basse face à une telle tâche et manifester compréhension et compassion pour ce travail.

Tout au long de l’histoire particulière que sera la thérapie, le retour (à ce travail) sur les objectifs servira de boussole et de mesure quant aux avancées ou reculs éventuels. De plus, il permettra de maintenir la motivation des consultants et légitimera les questionnements et les prescriptions des thérapeutes.

 Pour un objectif complexifié ?

Sinon la recherche d’un but commun, du moins la prise en compte de la disparité des logiques d’intérêts et de l’inévitable compétition entre les besoins et les désirs individuels permettra seule de trouver la juste position entre ce qui est donné et reçu par chacun. Travail toujours en chantier, dynamique même de la condition humaine.

Encadré 1

Les 7 conditions d’un objectif
« bien défini »
en Programmation Neuro-Linguistique

  • spécifique (précis)
  • formulé positivement (quelque chose à atteindre et non quelque chose à éviter)
  • avec des critères d’évaluation de réalisation
  • contextualisé (où ? Quand ? avec qui ?...)
  • préserve autant que possible les bénéfices « secondaires »
  • écologique (tient compte des liens et des valeurs de la personne)
  • sous le contrôle de la personne (qui peut agir pour l’atteindre)

Encadré n°2

Quelques conditions pour un objectif utile
en Thérapie Brève Orientée Solution

  • important pour la personne (source de motivation et d’alliance)
  • « petit » (technique d’avancer pas à pas en se félicitant de chaque succès même partiel)
  • plutôt le début que la fin ultime (le plus difficile est de repartir dans la bonne direction)
  • réalisable plutôt que réaliste (qui sait ce qui est réaliste ?)
  • perçu, requalifié et décrit comme « un dur travail » (pour éviter l’échec en cas de non réalisation immédiate)

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