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Les objets flottants -Ph.Caillé

Résumé de l’introduction

dimanche 12 novembre 2006 par Julémont Carine

 Les objets flottants : méthodes d’entretiens systémiques

Philippe Caillé et Yveline Rey
Editions Fabert, 2004

Avant de vous livrer un résumé des deux premiers chapitres, voici quelques concepts importants développés par Ph.Caillé et Y.Rey :

  • Atouts du langage analogique
  • Création d’un espace intermédiaire
  • La famille comme thérapeute d’elle-même
  • Les paradigmes du savoir et la crise du paradigme
  • L’espace du thérapeute, l’espace de la famille et l’espace intermédiaire
  • Les objets flottants dans cet espace intermédiaire

LE RESUME

 1. En guise d’avant-propos : un métalogue

« Il faut se rencontrer avant de se séparer »
Dialogue entre Yveline Rey et Philippe Caillé

Ph. Caillé considère que la parole ne peut suffire à un dialogue entre le thérapeute et la famille.
Les mots ont un extraordinaire pouvoir de condensation, c’est leur force aussi... mais comme toute communication comprend un message et un contexte relationnel (cfr : contenu et relation de Watzlawick), il est difficile d’utiliser les mots pour contester le contexte relationnel. Par exemple : si je reçois le message : « nous nous voyons demain à 14hoo ! », je peux être d’accord sur le message mais ne pas être d’accord sur le fait que ce soit l’autre qui décide du moment de la rencontre.

Yveline Rey répond que les mots sont des condensations de sens et donc ils permettent d’ordonner la complexité des relations humaines. On peut ainsi tracer une carte du territoire. Comment pourrait-on se déplacer sans carte ?

Philippe Caillé dit que les cartes ou modèles bien adaptés nous permettent de ne pas naviguer au hasard. Les familles qui consultent possèdent des cartes qui les font tourner en rond. Le langage analogique qui neutralise le pouvoir des mots, permet de retrouver le territoire existentiel que cachent les cartes utilisées par les familles.

Yveline Rey confirme : Les objets flottants proposent un nouveau cadre thérapeutique.

Philippe Caillé : L’objet flottant a une force de communication propre, c’est un espace de liberté car il permet à ceux qui se rencontrent de sortir du conventionnel. Il est plutôt comme une mongolfière qui élève des redites.

Yveline Rey : La métaphore de la mongolfière libère de la réduction de la famille au symptôme et la resitue dans son histoire propre.

Ph.Caillé : En thérapie, il y a un croisement du vécu du thérapeute et de la famille, il y a création d’un espace intermédiaire où ces vécus se rencontrent mais ne se confondent pas. Les objets flottants ouvrent et étendent cet espace intermédiaire. Ils en sont le symbole et en resteront la trace.

Yveline Rey : Espaces relationnels et objets médiateurs, y a-t-il une parenté avec l’objet transitionnel de Winnicott ?
Philippe Caillé : Le concept d’objet transitionnel de Winnicott a beaucoup évolué...
Quand Winnicott dit dans un ouvrage posthume : « La psychothérapie se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute... », il y a effectivement une parenté. Winnicott s’intéresse au développement individuel, notre cadre est l’épistémologie systémique. S’il y a un air de famille entre les deux, c’est simplement parce que les humains ont besoin de jouer ensemble pour se rencontrer...

Yveline Rey :..... et pour pouvoir se quitter. Quand la famille aura retrouvé son autonomie, le jeu avec le thérapeute n’aura plus de sens pour elle.

L’objet flottant n’invite pas à la dépendance, il élargit le champ des possibles et le système change à son heure et suivant ses propres modes...

 2. Le champ thérapeutique

Complexité du champ thérapeutique

Le champ thérapeutique est constitué de l’ensemble des représentations mentales activées par une rencontre particulière, celle d’un demandeur d’aide et d’un thérapeute.

Le monde de la famille et le monde du thérapeute fonctionnent comme des caisses de résonance, elles sont activées par les termes de la rencontre.

La demande d’aide apporte un problème à résoudre... au thérapeute de trouver la solution ? On est alors dans l’optique de la panne et de la réparation.
Or le symptôme porte un signe, un message, il est pesant de sens indicible. La réponse à la demande d’aide passe par une implication réciproque du demandeur et du thérapeute, deux mondes étrangers l’un à l’autre doivent entrer en interaction. La rencontre va créer un espace intermédiaire, un espace de jeu, c’est là que le thérapeute exerce son art.

L’espace propre de la famille

La famille comme thérapeute d’elle-même

La famille est un système vivant, elle possède des propriétés adaptatives et elle est son propre thérapeute. Elle survit et se renouvelle pour répondre aux besoins d’appartenance de ses membres. Ce projet thérapeutique premier est organiquement commun à toutes les familles !
Au fil des années, les « auto-thérapies » par lesquelles une famille doit passer sont nombreuses.

Comprendre comment une famille peut revoir et transformer ses projets thérapeutiques est un des sujets centraux de ce livre.
Il y a un paradoxe : Pourquoi les familles qui consultent refusent l’idée d’être détentrices du pouvoir d’auto-thérapie ?

Le savoir familial, organisé par la famille, se rigidifie et devient une carte qui ne correspond plus du tout au territoire. La dissonance cognitive entre l’image qu’elle a d’elle-même et les comportements de ses membres crée beaucoup d’angoisse donc pour redevenir thérapeute d’elle-même, la famille doit révolutionner son savoir.

Savoir familial et savoir scientifique

Le savoir familial, comme le savoir scientifique émergent de l’exigence profonde de donner un sens au monde et à la place de l’homme dans celui-ci. Le savoir familial est plus intuitif, moins codifié que le savoir scientifique. Chaque famille, chaque école scientifique se distingue par un savoir et une partie occulte qui sont des principes sous-jacents - ou paradigmes - sur lesquels se construisent les théories.

Au sein de la famille, on peut parler d’Absolu familial ; au niveau métaphorique, c’est le « Plus-Un » de la famille.
Le savoir familial participe au savoir culturel mais il se nourrit en amont de sources riches spécifiques ; ce sont celles des traditions familiales qui se mélangent de façon complexe...

Le sentiment d’autonomie et d’identité propre de la famille se trouve menacé si elle ne peut plus interpréter des évènements, construire des stratégies adéquates et réaliser une carte face aux difficultés qui arrivent. Les paradigmes fondamentaux sont mis en doute.

Les paradigmes de la connaissance et leurs crises

Kuhn dit que les théories scientifiques dépendent de postulats sous-jacents si évidents pour ceux qui en font usage que leur nature axiomatique n’est pas reconnue.
Ces paradigmes dirigent de manière occulte la façon dont les scientifiques construisent leurs savoirs. Les grandes transformations de la pensée scientifique comme concevoir que la terre n’est pas plate mais bien ronde ou encore que la terre tourne autour du soleil, et non l’inverse, sont des révolutions paradigmatiques.

L’Absolu familial repose sur un paradigme inconscient et détermine la carte du monde de la famille. En période de crise, les problèmes ne peuvent plus être résolus, le paradigme est insuffisant, les conditions sont propices à l’émergence d’un paradigme neuf.

La demande comme expression de la crise du paradigme familial

La demande apparaît quand la famille ne se considère plus comme thérapeute d’elle-même. Le paradigme vacillant représente une sécurité à laquelle on voudrait retourner. Il faut passer à un nouveau paradigme tout en oscillant entre les deux.

Il y a deux versants de la demande :

  • l’un de réhabiliter le paradigme blessé,
  • l’autre le désir d’un nouveau paradigme.

Explorer le paradigme régnant permet de relativiser et de lui retirer son statut de vérité incontestable. Soutenir le statu quo( = l’ancien) est la meilleure aide au saut dans l’inconnu.

Cette phase d’oscillation est délicate et s’inscrit dans le champ thérapeutique.

L’espace propre du thérapeute

-Le savoir du thérapeute

Le savoir du thérapeute est en partie inconscient, intuitif et résulte d’une formation théorique et d’une pratique. Ici, nous travaillons avec le paradigme constructiviste et celui de la nouvelle systémique.

En thérapie, le but est de créer une stratégie d’apprentissage particulier où la famille retrouvera sa capacité d’être thérapeute d’elle-même.

Le thérapeute facilitera l’émergence d’un nouveau paradigme.

Le savoir du thérapeute repose aussi sur son expérience individuelle et donc chacun conduira différemment une thérapie.

L’espace de la famille et l’espace du thérapeute sont séparés par la mise en place d’un espace intermédiaire, site des créations communes de rencontre.

La supervision du thérapeute peut aider le thérapeute qui bloque dans ses résonances ( ex : test de liberté de Neuburger). Les objets flottants permettent au thérapeute de découvrir les limites de son propre paradigme et transformer ses réticences en ressources pour un dialogue thérapeutique.

-Savoir et métasavoir

Le savoir du thérapeute est de façon importante un métasavoir ; il est un apprentissage des niveaux II et III selon g.bateson. La thérapie apprend à apprendre.

Faire usage d’un métasavoir est donc avant tout créer des contextes qui surdétermineront tout dire et toute action. Les techniques analogiques vont créer des contextes où la famille va se placer en position méta par rapport à son propre savoir qui est contenu dans l’Absolu familial, elle va pouvoir réincorporer le symptôme en lui donnant un sens.

La famille doit s’étudier elle-même, être son propre anthropologue et puis redevenir thérapeute d’elle-même.
Le résultat de ces techniques est imprévisible, c’est un voyage plein de surprises.

Les expériences faites dans l’espace intermédiaire reflètent le contenu mental des espaces propres du thérapeute et de la famille ; ces espaces se découvrent peu à peu et se transforment en interaction. Les différents exercices analogiques qui peuvent prendre place dans l’espace intermédiaire de la thérapie sont appelés objets flottants :

  • la famille et le thérapeute y mettent leur empreinte
  • ils sont flottants c’est à dire nomades : ils sont introduits selon les besoins en cours, un ou plusieurs, en ordre variable...

Les espaces intermédiaires et les objets flottants

-L’espace intermédiaire

Espace intermédiaire = champ d’expérimentation et de découverte partagé par le thérapeute et la famille.

L’espace intermédiaire est une métaphore du cadre thérapeutique et est aussi un phénomène directement observable (il y a une trace d’une séance à l’autre).

A un autre niveau de lecture, l’espace intermédiaire est un message décrivant l’épistémologie dans laquelle le thérapeute se meut. L’espace intermédiaire et l’espace du thérapeute sont mis en contact, mais empêchés de se fondre l’un dans l’autre. L’espace intermédiaire en neutralisant la tentation de fusion, crée un vide qui doit être rempli par les interlocuteurs. Il pourra se peupler de contenus importants.

-Les objets flottants

Ces techniques analogiques ont été découvertes de façon plus ou moins accidentelle, elles sont apparues dans une situation qui paraissait bloquée et on appelle ces techniques objets flottants car elles fonctionnent comme des balises révélant une direction à suivre sur la mer embrumée.

Elles ne sont qu’un moyen, les résultats qu’elles produisent sont difficiles à prédire... ils dépendent de la personne qui les met en oeuvre.

Ce sont des instruments d’ouverture et pas des outils de réparation.

  • Survol des objets flottants
  • la sculpturation du modèle organisant la famille
  • le protocole invariable
  • la famille Plus-Un ou technique de la chaise vide
  • carte systémique
  • technique des masques
  • jeu de l’oie systémique
  • blason familial

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