Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Quelques considérations autour du changement

mercredi 24 janvier 2007 par Pugin Julyane

Nous avons choisi le changement comme thème théorique.

Nous avons établi une bibliographie non exhaustive sur ce thème.
Nous y avons associé le contexte, les mythes et les rites car nous pensons qu’en systémique le changement est surtout un changement de contexte.

Il sera alors fonction du système d’appartenance du système thérapeutique, fonction des mythes et des rites familiaux du système consultant et du thérapeute.

Quelques considérations et résumés autour du thème du changement illustrés par les textes suivants :

I. Contexte, vous avez dit contexte ?, in Les B.A BA de la systémique…
Dr François Balta
www.systemique.be

II. D’îlots en îlots, créer du lien, in La famille adolescente, Chap. 1
J.C Bouley, P. Chaltiel, D. Destal, S. Hefez, E. Romano, F. Rougeul,
Ed.Erès, Coll. Relations.
www.systemique.be

III. Le rôle de l’enfant : de patient désigné à celui de guide du processus de changement, P. Kahn, in Thérapie Familiale, Genève, 1995, Vol. 16, N° 3, pp. 255-271

I.

F. Balta explore la notion de contexte de façon claire et imagée et nous permet de « planter le décor ».
Considérons un objet sur un fond (apparenté au contexte) ; nous ne percevrons pas de la même manière cet objet en fonction du fond en arrière-plan.
De même, la couleur rouge paraîtra différemment rouge suivant qu’elle sera sur un fond vert, bleu ou jaune, et elle ne se verra plus sur un fond rouge.
L’on peut donc dire que « si le « fond » n’attire pas l’attention, son importance dans le phénomène même de la perception est essentielle. »

« Le sens n’est pas contenu dans l’objet (le mot, le comportement, le problème…), mais il est produit par la relation perçue par un observateur donné entre cet objet et ses contextes (…), le sens est donc le fruit d’un processus (de contextualisation), le plus souvent implicite de la part de la personne qui l’attribue. »
Le fond, le contexte, est indissociable de la perception que l’on se fera d’un objet, du sens qu’on lui donnera, « il est même un élément essentiel de la pièce qui se joue, puisque c’est lui qui va permettre d’interpréter l’action, de nuancer, de confirmer, de détourner, d’inverser, en un mot de « choisir » (inconsciemment le plus souvent) le sens de l’action. »

On peut alors avancer avec F. Balta que « ce n’est pas l’existence des choses en elles-mêmes dont il est question, mais l’importance qui leur est accordée à travers le sens donné à un moment précis (…), il ne s’agit plus de s’affronter sur le « vrai sens » des choses, mais simplement de les (re)contextualiser, de voir quel est le cadre de référence le plus signifiant ou le plus utile par rapport à un objectif donné. »

On ne va donc pas essayer de changer les choses, de considérer le changement comme un changement de l’objet, mais appréhender le changement comme un changement du contexte de l’objet, des choses.
Et des contextes, il en existe une infinité !
« Le fait qu’un même objet puisse être resitué dans une multitude de contextes différents donne une liberté et une souplesse (et une responsabilité) inhabituelles à l’intervenant. Un questionnement cherchant à intégrer des éléments supplémentaires ou des aspects négligés des éléments perçus peut ainsi élargir et faire varier le sens donné à tel ou tel événement ou comportement. Ce qui va limiter cette recherche, ce sont les objectifs que l’on a. Ce qui va la guider, ce sont les cartes du monde des interlocuteurs en jeu dans l’échange. »

Pour travailler au changement de la signification d’un événement, on essayera davantage de modifier la perception du contexte de cet événement, c’est ce que l’on nommera un recadrage.
Rappelons aussi qu’avant d’utiliser ces ressources avec ses clients, il n’est de loin pas inutile de les expérimenter pour soi-même, de s’exercer personnellement à améliorer la souplesse de ses points de vue.

II.

Dans le chapitre du livre « La famille adolescente », les auteurs abordent différents points de façon riche, détaillée et avec de nombreux exemples. Ils élaborent tout d’abord longuement autour de symptôme et problème, passent ensuite aux détails, aux pactes, au thérapeute qui avance à l’aveugle, à la fonction du bouffon, et finalement aux silences du père.

Nous retiendrons de ce texte différents extraits qui corroborent, avec leur propres formulations, avec les notions avancées par F. Balta dans la première partie.

Tout d’abord il est possible de comprendre le titre du chapitre « D’îlots en îlots, créer du lien » comme ce que F. Balta exprime lorsqu’il décrit le rôle de l’intervenant à savoir ; questionner pour intégrer des éléments supplémentaires, des aspects négligés des éléments perçus, élargir, faire varier le sens donné à tel événement ou comportement. Et l’on pourrait dire ici, en ajoutant des îlots et des liens possibles entre eux.

Dans un autre passage qui illustre ce point, les auteurs parlent également d’une « règle relationnelle à laquelle les membres de la famille vont adhérer », que l’on peut comprendre comme agie par les rites et mythes familiaux, donnant le contexte de perception d’un événement. Ils expriment alors, en parlant du thérapeute, que « l’attitude qui consiste à vouloir modifier cette règle qui a un fort pourcentage de validité n’est pas utile, qu’il est plus judicieux de la compléter par des « curiosités » qui vont donner à la famille la possibilité d’envisager d’autres alternatives relationnelles, « même si elles sont exceptionnelles ». Les changements se produisent alors essentiellement par le biais de transformations discrètes de la règle initiale. »

Autrement dit : « il n’y a pas de solution possible dans la résolution d’un mécanisme homéostatique, il est plus simple d’intervenir autour. » De faire exister des îlots différents et variés, des îlots pour recontextualiser.
Les auteurs ajoutent encore plus loin que « le rôle du thérapeute consiste à complexifier, c’est-à-dire à interconnecter différents phénomènes, jusque-là isolés les uns des autres. »
« L’entrée progressive et attentive du thérapeute dans la narration va alors produire un élargissement de la description intrafamiliale, en offrant l’occurrence de bifurcations que chacun peut, ou non, emprunter et qui proposent des changements à plusieurs niveaux. »
Le thérapeute pourra demander à la famille de détailler ses dires, cela permettra un élargissement. En effet, « ce recours et cet intérêt pour les détails peuvent se comprendre comme une fonction de loupe qui livre au regard un paysage plus complet, plus complexe et plus riche. »

Pour terminer et faire lien avec la troisième partie de ce texte, je citerai une dernière phrase des auteurs : « nous aimerions renforcer l’idée que la thérapie familiale se fait avec le thérapeute mais que c’est la famille qui fait la thérapie. »

III.

Dans cet article, au moyen de réflexions, d’un protocole et d’illustrations, l’auteur nous montre qu’il est possible de considérer différemment le rôle de l’enfant, sa position de patient désigné. Cette dernière peut en effet se modifier en une position de guide du processus de changement.

Sans entrer dans le résumé de l’article, nous voyons déjà qu’il ne s’agit pas ici de vouloir changer le patient, mais bien de changer le contexte qui fait que l’enfant est désigné comme patient.

Pour ce faire, P. Kahn fait souvent référence à M. Andolfi notamment dans l’importance que ce dernier accorde à l’enfant en tant que « cothérapeute », au fait que « la famille dispose de ressources thérapeutiques telles qu’elle peut être meilleur thérapeute que le thérapeute lui-même. »
Cette façon de considérer la situation procède bien d’un élargissement du contexte, d’une proposition d’une vision autre de la situation. On ne va pas proposer de nouvelles façons de résoudre les problèmes, mais bien considérer ce que le système (ici l’enfant) fait déjà dans ce sens, ce qui revient en quelque sorte à faire aveu d’impuissance, à procéder à un changement du contexte.

L’auteur conclut en disant que l’aspect qui lui paraît le plus intéressant dans ce travail avec et pour leur jeune client, « c’est le changement de paradigme épistémique qui très vite se dessine au début du processus thérapeutique : l’enfant, de « victime » incompétente et/ou symptomatique, devient un acteur important et compétent pour décider. »

Julyane Pugin


enregistrer pdf
Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 599 / 1004525

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SAVOIR THÉORIQUE  Suivre la vie du site Échanges à partir de livres et des notes de lecture  Suivre la vie du site Échanges à partir des notes de lecture   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License