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Notes de lecture du livre de Neuburger

Les rituels familiaux

mercredi 24 janvier 2007 par Dave

Commentaires sur deux parties du livre de Neuburger « Les rituels familiaux », d’abord sur la première partie, rituels et ensuite sur la cinquième partie, le thérapeute.

Rituels

Neuburger commence par la présentation de ce qu’il entend par mythe familial.

Le mythe familial est la représentation, partagée par les membres du groupe, du groupe lui-même comme ensemble et de ses relations au monde. Le mythe engendre des règles de fonctionnement, c’est-à-dire des convictions sur les rôles que chacun doit prendre dans la famille, qui donnent des indications sur le mythe, lui-même n’étant qu’involontairement ou indirectement dévoilé.

Ensuite, il lie mythe et rituel.
Malgré son importance pour structurer la famille, le mythe présente l’inconvénient d’être du domaine du non-dit. Plus la famille est « rigide », moins on peut donc l’aborder. En revanche, le rituel, qui est le complément du mythe, est d’un accès plus aisé. Le mythe qui est langage, on ne saurait rien dire, et du rituel, qui est acte, on peut parler sans difficulté.
Le ritus est ce qui détermine l’ordre d’un groupe, c’est-à-dire l’adaptation harmonieuse des parties d’un ensemble ou des ensembles entre eux. C’est pourquoi ritus précède à la fois la loi interfamiliale et la loi intrafamiliale (coutume, règle, usage). Ce qui importe dans le rituel est sa fonction pour constituer et donner leur identité aux groupes humains.

Par après Neuburger relie les rituels au sentiment d’appartenance au groupe.
Il semble à Neuburger que tous les comportements familiaux peuvent à l’occasion prendre valeur de rituel, cela ne signifiant pas qu’ils soient tous des rituels, car ce qui caractérise un rituel ce n’est pas tant sa forme que sa fonction, celle de renforcer le sentiment d’appartenance au groupe.

Neuburger présente l’utilisation en thérapie des notions de mythe et de rituels dans deux types de familles (rigide et en crise).
Dans le cas d’une famille rigide, il semble que toute critique du mythe familial, voire toute allusion péjorative, se traduit immanquablement par une rupture avec le thérapeute ; en revanche, on suscite des ouvertures thérapeutiques en acceptant, reconnaissant leur valeur, en renforçant même les rituels les plus contraignants, ceux qui semblent le mieux protéger l’unité du groupe, son identité, sa différence (quitte à faire remarquer les contraintes que cela constitue). Ainsi, énoncer, renforcer, positiver les efforts de la famille pour « se protéger » a souvent pour effet de dérigidifier les rituels.
Dans une famille en crise, il ne s’agit plus de déritualiser mais au contraire de redonner corps à la famille, de telle sorte que les changements soient tolérés sans déclencher trop d’angoisse. Il peut arriver alors de prescrire le rituel.

C’est ainsi que le rituel est considéré comme un outil thérapeutique non négligeable. C’est une notion vivante, opératoire, un élément essentiel pour tout groupe organisé, et en particulier pour le groupe familial.

Dans le chapitre suivant, Neuburger parle des notions de groupe d’appartenance et de groupe d’inclusion et du type de rituels utilisés afin de renforcer ces groupes.

La relation d’appartenance à un groupe implique un certain conformisme, idéologique ou autre ; paradoxalement, elle est destinée à valoriser l’individu du fait de son appartenance au groupe, en le préservant de la banalisation, de l’assimilation au reste de la société. Les rituels d’appartenance formalisent l’intégration au groupe et renforcent la solidarité de ses membres.
La relation d’inclusion, elle, gomme les différences entre individus, s’attache à un caractère partiel qui, seul, les représente, favorisant leur classement dans des « catégories ». Les rituels d’inclusion sont destinés à imposer un ordre, à favoriser l’assimilation d’un sujet à une catégorie, à empêcher la solidarité des membres inclus contre les garants de l’ordre prédéterminé.
Les groupes constitués par appartenance et ceux constitués par inclusion concernent bien entendu les mêmes individus, ils peuvent se compléter ou à l’occasion s’opposer.

Un groupe d’appartenance particulier est la famille. L’entrée dans l’appartenance familiale est caractérisée par des rituels (baptême, circoncision, nomination, ressemblances familiales alléguées, …). Le maintien des enfants dans l’appartenance est assuré par la transmission du mythe familial. Les rituels familiaux sont les vecteurs de cette transmission, c’est même en cela que le mythe se distingue d’un autre croyance. Le rite donne une forme analogique au mythe sans donner accès à son contenu. Le rituel va autorisé des discussions sur la forme du rituel, mais permet d’éviter toute discussion sur le bien fondé de la croyance mythifiées (contenu). L’appartenance à une famille a plus à voir avec cette participation à des rituels qu’avec les liens du sang ou les liens légaux.

Comment se vivre comme individu ?
L’individuation ne se déduit pas de l’appartenance, pas plus que l’inclusion.
On n’a guère de possibilité de s’individuer dans un groupe d’appartenance strict, comme l’est une famille au fonctionnement rigide, par exemple, une famille au fonctionnement psychotique, ni en s’adaptant, ni en s’opposant. Dans ce type de famille, l’appartenance au groupe, sa solidarité, son identité imposent le sacrifice des destins individuels (ou des processus d’individuation).
L’individuation est tout aussi problématique dans des groupes fortement structurés par inclusion.
L’individuation se fait sur le mode du désir individué qu’elle autorise : une émergence entre appartenance et inclusion.

Le thérapeute

J’ai particulièrement apprécié cette partie car elle reprenait mais en d’autres termes l’idée qu’il faut en tant que thérapeute se détacher de l’image que veut nous donner une famille qui vient en consultation. Il se passe donc quelque chose entre le thérapeute et la famille. Je vais reprendre les grandes lignes de l’approche de Neuburger sur le sujet.

Quand un thérapeute rencontre une famille, ce n’est pas une « famille en soi », c’est une « famille que rencontre un thérapeute ». Ce que la famille va montrer est destinée au thérapeute, donc à quelqu’un dont elle suppose qu’il désire les aider. En ce sens le jeu consistera à mettre dans la tête du thérapeute une image spécifique d’eux-mêmes, en fonction du projet qu’ils supposent au thérapeute. C’est devenu un problème depuis que l’on a décidé (à raison) que pour aider les familles, il fallait les changer. Le thérapeute que la famille rencontre aujourd’hui est un thérapeute convaincu de la nécessité de changer la famille pour aider le patient désigné.

Mais quelle famille devra-t-il conduire au changement ? Celle dont l’image s’impose à lui lors de cette rencontre, ou bien celle qu’il ne connaîtra qu’indirectement ?

Que la famille tente d’imposer une image le plus souvent causaliste d’elle même ne devrait pas poser problème, puisque c’est la règle, et une source d’information : pourquoi, dans son arsenal, la famille a-t-elle choisi de se présenter ainsi : famille désarmée, agressive, paradoxale, … ? Cette source d’information est une aide pour le thérapeute pour autant qu’il conserve une liberté de pensée, lui permettant de considérer l’image transmise comme une image parmi d’autres possibles, c’est-à-dire tant qu’il a la possibilité de créer des images alternatives. Le problème serait que le thérapeute confonde ce que lui montre la famille et ce qu’elle serait par ailleurs.

Neuburger propose quatre types de questions pour aider à l’exploration de l’interaction thérapeutique, du processus de cocréation, dans ce chapitre, dans le cadre d’un travail de supervision mais qui pourrait peut-être nous aider à nous détacher de la première image que nous montre la famille.

  • Que pense le thérapeute des différents membres de la famille en termes d’adjectifs qualificatifs ?
  • Que pense le thérapeute de la famille en terme de qualificatifs ?
  • Que pense le thérapeute de ce que la famille pense des systèmes d’aide et de thérapie en général ?
  • Que pense-t-il qu’ils pensent de lui en particulier ?

Ces questions permettent de s’assurer que le thérapeute n’est pas aliéné par l’image immédiate qu’il a de la famille.
Si la croyance en cette image est telle que le thérapeute la confonde avec ce que serait la famille, avec le problème, les hypothèses aussi belles soient-elles, ne serviraient non pas à provoquer un changement dans la famille, mais à essayer de changer l’image que lui donne la famille en thérapie.

C’est ainsi que nous plongeons à deux pieds dans une situation et nous laissons d’abord capté par le fonctionnement que la famille nous montre car cette image est aussi en lien avec nous-même. Le travail de préparation de la suite des entretiens sera de tenter de se dégager en utilisant les informations amenées par la famille afin de susciter, créer de la créativité chez nous ce qui aidera la famille à créer chez elle de la créativité à son tour.
Neuburger précise qu’il s’agira d’un recadrage d’une relation thérapeutique entre une famille précise et une thérapeute précis, que ce recadrement n’est pas plus « vrai » que la première image, mais qu’elle est plus fonctionnelle dans le cadre thérapeutique. Cette différence si elle initie le processus thérapeutique engendrera d’autres différences permettant au thérapeute d’élaborer d’autres hypothèses. Ce recadrement ne concerne pas que la famille. Si l’image de la famille change pour le thérapeute, l’image du thérapeute change dans la famille.

Commentaires sur le livre de Neuburger « le mythe familial »

Dans le livre de Neuburger « le mythe familial », je me suis attardée sur le cinquième chapitre traitant de l’adoption et du mythe de vérité. Pour la simple raison que je me trouve confrontée dans ma pratique professionnelle à une situation d’adoption et j’ai cherché à en connaître davantage sur le lien avec la notion de mythe.

Neuburger parle d’abord de l’intérêt et de l’impact du dévoilement de l’adoption à l’enfant et ensuite rapporte que suivant ce souhait de dévoilement n’est pas évalué en lien avec le sentiment d’appartenance de l’enfant eu groupe mais plus en fonction d’un principe pur de ne pas cacher cet aspect à l’enfant

Adoption et mythe de vérité

Les dysfonctionnement d’un enfant adopté sont souvent mal vécus et dénoncés avec violence par ses parents adoptifs, car ce qui est en cause n’est pas seulement l’état de l’enfant, ses propres difficultés : elles sont interprétées comme échec d’un groupe familial qui n’a pas été à la hauteur de ses propres valeurs mythiques.
L’adoption peut dans certains cas, être un élément mythique support de l’identité du groupe familial, valorisant ses qualités telles la solidarité, le générosité. En cas de difficultés, des comportements irrationnels sont observés qui donneraient à penser que l’adoption est un échec.
La révélation de l’adoption à l’enfant depuis toujours est habituellement considérée comme un point positif. Ce point n’est pas remis en cause mais la question posée est de savoir si au préalable on s’est assuré de la solidité des liens entre l’enfant et sa nouvelle famille, qu’une certaine sécurité quant au lien d’appartenance familial existe.

Les malentendus de la filiation

L’hypothèse proposée par Neuburger est que la formulation « tu es un enfant adopté » serait à l’origine de malentendus, voire de violences. Cette formule implique l’existence d’un statut particulier, celui d’un enfant adopté à distinguer d’autres enfants qui jouiraient d’un autre statut, enfants « légitimes » du fait du lien biologique. L’enfant adopté va le plus souvent conclure au primat du biologique, malgré ou peut-être en raison des dénégations des parents. Il ne lui restera plus, alors, qu’à prouver la justesse de son opinion, à savoir qu’il n’est pas aimé pour lui-même, comme un enfant biologique, mais en raison de son aptitude à faire plaisir à ses parents adoptifs. Il va mettre à l’épreuve l’amour allégué par ses parents par des provocations et des passages à l’acte. Les limites de tolérances des parents une fois atteintes, il se sentira confirmé dans son hypothèse, à savoir qu’il n’est pas réellement aimé. Il ne lui restera plus qu’à se venger.

Or l’enfant adopté jouit des mêmes droits et des mêmes devoirs que l’enfant biologiquement. La différence concerne exclusivement le mode d’entrée dans la famille. Ainsi l’enfant adopté ne devrait s’attendre à aucun avantage particulier ; sa présence dans sa famille n’est pas plus liée au « désir des parents » que celle d’un autre enfant. S’il agresse ses parents, il lèse sa propre famille, famille dont il fait partie au même titre qu’eux.

On retrouve alors la notion d’appartenance ainsi que celle de mythe et de rituel dans l’approche de Neuburger.
L’important en cas d’adoption est donc, pour Neuburger, la création du lien, non seulement aux parents, mais de l’enfant à son groupe. Or l’appartenance à un groupe suppose un certain conformisme des idées, des attitudes. Pour autant que l’on veuille appartenir à un groupe, il convient de montrer que l’on partage certaines idées, convictions, croyances concernant le groupe et aussi une certaine conception du monde. La famille est un groupe particulier surtout en ce qui concerne son mode d’entrée. Mais c’est un des rares groupes où le désir d’appartenance de ses membres est présupposé. Il convient donc ici de ne pas confondre inscription légale et appartenance au groupe : dès la naissance, il est entendu qu’il sera attribué à l’enfant des qualités, des particularités qui le lient au groupe, des signes physiques ou psychiques qui lui sont allégués et qui le rendent « familier », qui lui confèrent des avantages et des devoirs liés à son appartenance. Or il faut préciser que les « liens de sang » n’ont pas grand chose à voir avec ce processus purement imaginaire et qu’il peut donc s’opérer dans d’autres circonstances. Il s’agira de ce qu’on peut appeler un greffe mythique, une création d’un lien d’appartenance à une famille. Toutefois, la manière d’exprimer cette appartenance peut être diamétralement opposée alors encore faut-il pouvoir trouver ce qui fait lien entre les membres d’une même famille et arriver à formuler un recadrage pour montrer que le rituel d’adoption a fonctionné.

Ainsi, il m’apparaît qu’une part importante du travail avec une famille ayant un enfant adopté qui pose des problèmes entre autre de violence sera de déterminer quel est le mythe de la famille, comment peut-il s’exprimer par les différents membres de la famille et est-ce que cette manière différente de l’exprimer peut être lue par la famille comme participant à la transmission du mythe et ainsi par des recadrages montrer que le rituel d’adoption a fonctionné et inscrire l’enfant dans sa nouvelle filiation. Il est nécessaire de savoir si la greffe mythique a pris afin d’en déduire les liens d’appartenance possibles, ainsi on parlera autour de la même chose, le mythe familial. Car une fois l’enfant admis dans sa famille, inscrit dans son appartenance, les motifs de l’escalade de violence s’effacent.

Les familles lisent trop souvent ces comportements déplacés comme un échec et baisse les bras ou renforcent l’enfant dans son sentiment de rejet. Neuburger attire l’attention sur le fait que le mythe de la nécessité de révéler le plus tôt possible la vérité sur la filiation est en partie imposé par la norme sociale. Il ne faudrait pas que cette morale de vérité paralyse le tissage des liens entre l’enfant et ses nouveaux parents. La croyance pour les enfants adoptés, en un lien de filiation particulier distinct en raison du mode d’entrée dans le groupe familial, et la mythification sociale d’une idéologie de vérité, peuvent être de sérieux obstacles pour la réussite d’une greffe adoptive.


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