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Construction d’un totem en thérapie familiale, Jean-François Le Goff

Résumé de l’article par C. Bilocq : Thérapie familiale, Genève, 2006, Vol. 27, No 4, pp. 361-375

mardi 10 avril 2007 par Bilocq Céline

« Dans le cadre de séances de thérapie familiale avec des familles monoparentales, le thérapeute propose aux enfants la création d’un Totem en s’inspirant des célèbres Totems érigés par les Haïda, un des peuples premiers de l’Alaska. Ainsi l’enfant attribue aux ancêtres des figures animales. Cette expérience introduit une dimension symbolique dans les relations intergénérationnelles. Cliniquement, les résultats de cette technique s’avèrent tout à fait intéressants. L’article s’articule autour d’une situation clinique et il examine les points communs avec d’autres techniques permettant la participation active des enfants à la thérapie. Il conclut sur la nécessité d’une confrontation à la théorie. »

L’auteur a élaboré la création de Totems dans sa pratique de thérapie avec des familles monoparentales. Celles-ci sont souvent isolées socialement, elles ont peu de lien avec la famille élargie, hormis les grands-parents qui sont en quelque sorte des parents de substitution pour l’enfant. Le réseau social est souvent perçu comme intrusif et culpabilisant. L’auteur a pensé à l’intérêt de réintroduire la généalogie de manière positive avec ces familles.

Le Goff propose un cas clinique qui ne sera décrit que dans les grandes lignes dans ce résumé. Manu a 9 ans, il vit seul avec sa mère qui est en conflit permanent avec le père du garçon. Manu s’est donné la responsabilité de protéger sa mère qui voit en lui les côtés négatifs du père. Au vu de ces éléments, il n’était pas possible pour le thérapeute d’imaginer une séance avec le père comme levier. Lors d’une rencontre, Manu dessina un « affreux bonhomme, son arrière-arrière-arrière grand-père ». Ceci inspira le thérapeute qui proposa la construction d’un Totem, « de dessiner une généalogie symbolique à partir d’images d’animaux qu’il choisira lui-même ».

Les mères seules sont souvent accusées d’éloigner les pères de plus en plus absents. Les objectifs d’une thérapie mère-enfant(s) dans ce contexte peuvent être de diminuer l’isolement, reconnaître la famille monoparentale comme une vraie famille, et de mettre en place un dialogue entre mère et fils. L’auteur se base sur « une thérapie centrée sur les liens (…) avec pour perspective de délier les liens trop étouffants et de relier les liens trop distants. »
La thérapie est alors « une série d’événements critiques non prévisibles et peu modélisables qui imposent de nouveaux fonctionnements et de nouvelles opportunités de dialogue ».

  Pourquoi le Totem ?

1. L’auteur est intéressé par le peuple Haïda (côte nord-ouest de l’Amérique du Nord) qui crée des totems représentant les « ancêtres sous des formes animales auxquelles sont attribuées des qualités qui en se transmettant se transforment en fonction de l’animal suivant. Les totems racontent généralement l’histoire d’une famille ou d’un événement important ». Le mot Totem, à présent connu de tous aurait pu se traduire par parenté. « Le Totem peut être une possession de groupe définissant des appartenances à une famille, à une histoire, à une génération et à un sexe ou une possession individuelle qui permet d’accéder à certaines qualités et des savoirs. » L’auteur tient à rectifier ce qui est généralement faussement transmis comme idée du Totem, il représente une lignée d’ancêtre mais n’est pas un lieu de prière comme la croix chrétienne.

2. Le Goff se montre critique sur les thérapies intergénérationnelles car il lui semble que certaines se contentent uniquement de décrire et d’accentuer le pathos des « secrets de famille ». Il est particulièrement méfiant de la psychogénéalogie et des constellations familiales qui se rapprocheraient selon lui des « sciences occultes en renforçant la dépendance au thérapeute devenu un mage extralucide ». L’auteur renvoie le lecteur intéressé par ces nouvelles théories à l’ouvrage Préhistoire de la famille (2004) du psychanalyste Alain de Mijolla.

3. Il se dit soucieux de la participation active des enfants en thérapie de famille. Dans le cas particulier de la famille monoparentale, la place active de l’enfant est d’autant plus importante pour ne pas tomber dans une thérapie individuelle de l’adulte.
Il n’est pas rare que ces enfants méconnaissent leur famille élargie, le Totem peut alors leur permettre de s’inscrire dans une « continuité/discontinuité générationnelle ».

  Procédure

Le thérapeute propose à l’enfant de dessiner un Totem en lui expliquant que le Amérindiens en sculptent et y figurent leurs ancêtres par des animaux. L’enfant dispose de quatre rectangles superposés (un par génération), disposés sur une grande feuille de papier. Le thérapeute précise à l’enfant « qu’il ne s’agit pas de faire un portrait réaliste ni des ancêtres, ni des animaux, mais de dessiner l’animal ou les animaux qui représentent le mieux la génération ».
L’enfant peut raconter son dessin en le réalisant ; ce média amène une dimension symbolique de représentation des ancêtres en mêlant la créativité et l’imaginaire. Il permet d’ouvrir la discussion entre la mère, son enfant et le thérapeute. Cependant, il est important de ne pas interpréter ce qui est produit, c’est à l’enfant de choisir de dire ce qu’il veut ou pas.
Si la fratrie est composée de plusieurs enfants, le thérapeute propose au plus jeune de commencer afin qu’il apporte sa touche spontanée sans que sa représentation ne soit imbibée de celles des autres. Si l’enfant souhaite continuer sa création, le thérapeute l’invite à le faire en dehors de la séance en créant un objet.
Pour certaines familles, la proposition est de réaliser un Totem collectif, ce qui permet « d’activer les notions de cohésion dans la différence et de fierté familiale ».

Dans la situation présentée, les Totems ont été réalisés en deux séances. Lorsque le premier était dessiné, le thérapeute a proposé à Manu et sa mère de terminer la séance afin de les laisser à leurs réflexions.
Durant l’entretien suivant, Manu a dit qu’il avait discuté avec sa mère, qu’il savait à présent plus de choses sur sa famille et voudrait redessiner son Totem. A la fin de la séance, il s’est dessiné au milieu de ses parents qui donnent eux aussi la main à quelqu’un (la grand-mère paternelle donne la main au père et une amie donne la main à la mère) ; à l’arrière-fond de son dessin, il y avait un Totem.
La thérapie s’est interrompue peu de temps après ces trois réalisations. Un an plus tard, mère et fils sont revenus en parlant des deux Totems. Ils avaient repris des contacts avec plusieurs membres de leur famille élargie.

  Résultats et perspectives

L’auteur avait, lors de l’écriture de l’article, utilisé le Totem dans une dizaine de familles ; voici les améliorations observées :

  • le Totem permet à l’enfant d’être actif en entretien et de dépasser le stade des accusations qui lui sont formulées ;
  • se référant à des aspects symboliques, il permet de dépasser la dimension informative ;
  • le parent est mis en position de soutenir la créativité de son enfant ;
  • la technique réactive l’envie de l’enfant et de son parent à reprendre contact avec des membres de la famille ;
  • elle « ouvre des effets dialogiques entre les protagonistes » et « renforce un principe d’espérance ».

Cependant, des études empiriques sont nécessaires pour confirmer l’intérêt de l’utilisation du Totem. Il serait, par ailleurs, intéressant que cette technique soit utilisé dans d’autres types de familles que la famille monoparentale. Un approfondissement théorique semble également important.

Le Goff expose ensuite les similitudes et différences avec d’autres techniques de jeu et techniques d’entretien (dessin, métaphore, jeu de sable, objets flottants et génogrammes).

Il termine cet article en émettant différentes critiques et en se demandant si le Totem peut être vu comme un objet flottant.

Philippe Caillé a publié une réponse à ce sujet ; il considère que le Totem permet de créer un espace non conventionnel en entretien. Cependant, il ne flotte pas entre tous les membres de la famille car s’adresse particulièrement aux enfants. Caillé trouve intéressant que le Totem soit introduit rapidement en séance avec la famille (avant que des règles de relation ne soient établies) et qu’il puisse éventuellement ouvrir vers d’autres objets flottants.


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