Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Considérations autour du changement et du recadrage, suite

mardi 17 avril 2007 par Pugin Julyane

J’ai trouvé dans certains des articles suivants (http://www.ling.ch/lettre/lettre23.htm - cliquer sur l’ « entier du numéro en PDF » pour avoir les articles), complément et élargissement à nos discussions autour du changement de contexte.
J’ai trouvé intéressant en les lisant, de me pencher sur ce qui pourrait, à mon sens, sous-tendre une recontextualisation, un recadrage.
Je retranscrirai de longs extraits de ces textes, tant je les trouve explicites.

Ces textes se trouvent sur le site de la fondation Ling (http://www.ling.ch/historique.htm). Cette dernière, fidèle à sa vocation d’échanges entre diverses pratiques et diverses approches, a voulu dans ce numéro, initier un débat entre divers points de vue sur la question du changement.

Nous avons envisagé le changement comme pouvant provenir d’un changement de contexte, d’une recontextualisation, d’un recadrage.

Nous avons considéré qu’une recontextualisation passait, de la part du thérapeute, par une reconnaissance de l’isomorphisme et une utilisation de ses résonances, de ses ressentis ; une façon de partager et symboliser ses souffrances (1).

Ceci demande de la part du thérapeute de pouvoir être sensible à soi et sensible à l’autre, d’être présent à l’autre et à soi….de pouvoir « écouter ailleurs ».

Ce qui implique qu’un contexte de confiance soit présent au sein du système thérapeutique, qu’une alliance (2) existe.
Cela permettra au thérapeute de saisir les « moments présents (3) », d’en faire des moments de rencontre (4), de les restituer et qu’ils puissent être reçus...suscitant alors peut-être un recadrage.

}

(1)

ÉLUCIDER LA SOUFFRANCE POUR PROMOUVOIR UN CHANGEMENT
Marco VANOTTI

Souffrance du sujet et souffrance du thérapeute

Le paradigme constructiviste propose une vision épistémologique basée sur l’idée (récurrente dans la tradition philosophique) que la réalité ne peut être connue et décrite sur un mode purement objectif ; la description ne peut jamais se soustraire à une attribution de sens ni, de ce fait, à la subjectivité de l’observateur. Ainsi, ce que nous percevons est toujours une conséquence de la manière dont nous participons à ce que nous percevons.
C’est dire que l’accès à la réalité clinique est toujours codéterminé par le contexte du thérapeute et par l’histoire de vie qui l’a porté à choisir un métier de soin. Comme la phénoménologie l’avait déjà souligné, observer, décrire et a fortiori soigner sont autant d’actions qui reposent sur l’unique et même acte constitutif de se rapporter à…ou d’être en relation avec….

La compréhension de la souffrance des patients et le pressentiment de leurs ressources supposent des aptitudes particulières du thérapeute, notamment la disposition à une implication affective forte, dans le cadre d’une rencontre de personne à personne.

L’engagement du thérapeute obéit assurément à la règle déontologique qui l’oblige à faire le bien du patient.
Mais il répond à vrai dire aussi à une nécessité plus subtile et plus exigeante : à la nécessité que le thérapeute éprouve de fonder son estime de soi sur son aptitude à aider et à soigner les autres. Cette nécessité interne peut mettre en jeu les intentions réparatrices les plus radicales, qui sont enracinées aussi bien dans l’exigence identitaire des thérapeutes que dans leur histoire personnelle.

Les thérapeutes aussi peuvent avoir souffert d’une blessure fondamentale ; ils utiliseraient alors leur profession pour se réparer en voulant réparer les autres.

Que nous enseigne la clinique sur l’histoire personnelle des thérapeutes ?
Que leur blessure ne consisterait pas seulement dans le fait d’avoir souffert, mais souvent dans le fait d’avoir eu précocement à réparer des personnes proches souffrantes ou malades.

Le psychiatre et psychanalyste hongrois L. Szondi, fondateur de l’“analyse du destin”, parle de la personnalité des sujets qui exercent une profession d’aide comme étant dominée par le “vecteur paroxysmal” ; celui qui Intègre à la fois les affects coléreux de haine, de vengeance, voire de meurtre, et ceux qui émanent de leur renversement ou de leur sublimation, tels le dévouement, la compassion, l’aspiration à “faire le bien” (cf. Szondi, 1972,1983).
On peut supposer que le futur thérapeute a connu un parcours intérieur caractérisé par une parentification qui s’est accompagnée du pressentiment d’être utilisé pour les besoins des parents et d’un sentiment d’injustice. Le sentiment d’avoir été utilisé comme enfant peut au demeurant rendre compte de la méfiance quasi universelle que les soignants éprouvent à l’idée d’être “manipulés” par leurs patients.

L’esprit de réparation, qui constitue l’une des motivations fortes des thérapeutes, n’est en lui-même ni bon ni mauvais. Il émane d’une partie intéressée du moi, en ce qui concerne la reconnaissance d’une souffrance passée, et d’une partie du moi très sensible à la souffrance de l’autre ; cette constellation particulière de la personnalité
incline le sujet à choisir une profession d’aide.

Mais afin que la disposition à aider puisse se transformer dans un changement majorant, il importe que la rencontre singulière et forte entre le thérapeute et la famille réside aussi dans la rencontre entre l’histoire des patients et celle des soignants, sans dissimulation de leurs souffrances respectives.
C’est la capacité d’élaborer sur un plan symbolique le vécu de souffrances liés aux événements douloureux du soignant qui permet de légitimer et donner un sens nouveau à la souffrance du vécu traumatique des patients.
C’est dans cette participation à une dimension pathique partagée que se trouve à notre avis un des leviers les plus puissants du changement, celui qui permet justement l’apprentissage de nouveaux savoirs relationnels.

(2)

L’ALLIANCE THERAPEUTIQUE : UN PETIT QUELQUE CHOSE EN PLUS QUI CHANGE TOUT ?
Yves de ROTEN

(…)
La question que j’aimerais évoquer, et qui est à l’origine de bien des malentendus, se rapporte aux caractéristiques du patient, du thérapeute ou de leur interaction, nécessaires à la constitution et au maintien d’une bonne alliance thérapeutique.

Trois tentatives de réponses différentes ont été apportées :
La première, et qui nous intéresse le moins, consiste à considérer certaines qualités propres à chacun des partenaires : capacité empathique du thérapeute, capacité d’auto-observation du patient, par exemple. Au mieux, ce critère fonctionne par exclusion : il marque les limites – plutôt larges, toujours mouvantes – en dehors esquels
la question du changement ou de la guérison ne s’applique plus.

La deuxième reconnaît le caractère coconstruit de l’alliance, et en fait un élément général, non spécifique de toute rencontre et commun à toutes les formes de psychothérapie. Ce critère fonctionne par inclusion : quelle que soit la forme de psychothérapie, l’alliance garantit la validité du processus mis en place. Luborsky et col. (1999) ont nommé ce phénomène « le verdict de l’oiseau Dodo : tout le monde a gagné et tout le monde doit recevoir le prix », en référence à un épisode de « Alice au pays des merveilles » et décrit également comme « le paradoxe de l’équivalence ».

Dans cet esprit, nous avons développé la notion « d’alliance communicationnelle » pour rendre compte des conditions nécessaires – mais pas suffisantes – à toute interaction thérapeutique productive (de Roten & col., 1999, 2000). L’étude de Daniel Stern en constitue un prolongement séduisant.

Au contraire de la précédente, la troisième perspective sur l’alliance en fait un élément très spécifique, crée par l’application de techniques adéquates au modèle thérapeutique auquel on se réfère. En d’autres termes, l’établissement d’un cadre thérapeutique rigoureux crée une forme particulière de relation dont l’une des caractéristiques est de faire émerger et de maintenir une alliance thérapeutique. Le processus est également coconstructif : il ne dépend pas de l’addition des qualités du patient et du thérapeute, mais émerge de la coordination de leurs actions.
(…)

(3)

LE PROCESSUS DE CHANGEMENT THERAPEUTIQUE
Daniel N. STERN

Les « moments présents »

Au cours du processus de cheminement, soudain un moment qualitativement différent et imprévisible surgit.
Il s’agit d’un moment présent « à chaud », une sorte de « moment de vérité » qui est affectivement chargé. Il est aussi chargé de signification potentielle pour l’immédiat ou pour le futur à long terme. C’est un moment que les anciens Grecs appelaient Kairos, le moment que l’on doit saisir si l’on veut changer sa destinée ; et si on ne le saisit pas, sa destinée sera changée de toute façon pour ne pas l’avoir saisi.
C’est aussi un moment qui propulse les deux participants pleinement dans le présent (nous autres – particulièrement les thérapeutes – nous passons la plupart du temps avec seulement un pied dans le présent). C’est pour ces différentes raisons que nous avons appelé ce moment un « moment présent ».
(…)

Un « moment de rencontre »

Un « moment présent » qui est thérapeutiquement saisi et mutuellement reconnu peut devenir un « moment de rencontre ». Cela requiert de chaque partenaire qu’il apporte quelque chose d’unique et d’authentique lui appartenant en propre en réponse au « moment présent ».
La réponse ne saurait être une application de la technique ni une motion thérapeutique habituelle. Elle doit être créée sur le champ pour s’ajuster à la singularité de la situation inattendue, et elle doit porter la signature du thérapeute en tant qu’elle provient de sa propre sensibilité et de sa propre expérience, au-delà de la technique et de la théorie.
Cela est nécessaire dans la mesure où le « moment présent » a déséquilibré le contexte intersubjectif initial qui prévalait entre les deux participants. Et s’il doit se produire un changement dans le contexte intersubjectif, celui-ci doit être mis en scène mutuellement.
C’est seulement lorsque cette mise en scène aura été réalisée, mutuellement reconnue et acceptée, qu’un nouvel état intersubjectif pourra naître.
(…)
Un « moment de rencontre » est l’acte qui transforme le paysage intersubjectif de la connaissance relationnelle
implicite du patient.

Autres destins du « moment présent »

Si l’occasion n’est pas saisie et si le « moment présent » ne devient pas un « moment de rencontre », il peut avoir diverses autres issues.

On peut tout simplement manquer le « moment présent ». C’est une opportunité perdue mais qui réapparaît généralement par la suite.

Il peut y avoir un « moment présent » raté. Dans ce cas, ce n’est pas que le moment passe inaperçu ; il s’agit plutôt d’un échec à réaliser un « moment de rencontre ». Si cet échec n’est pas rattrapé, les deux conséquences les
plus graves sont :

  • une partie du terrain intersubjectif demeure fermée à la thérapie, comme si on avait dit : « Nous ne pouvons pas aller là » ;
  • un sens fondamental de la nature profonde de la relation thérapeutique est mis si sérieusement en question que la thérapie ne peut plus se poursuivre dans sa pleine dimension (qu’elle soit interrompue ou non).
    (…)
Voir en ligne : Fondation Ling

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