Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique
La psychiatrie et l’intervention systémique en ambulatoire ou en institution.

Schizophrénies au quotidien. Approche systémique en psychiatrie publique.

Par Jean-Claude BENOIT, Erès, 2006.

mercredi 30 mai 2007 par Renglet Geneviève

Peut-on travailler avec les familles des patients présentant des pathologies mentales ? Comment aborder ces familles ? Jean-Claude Benoît propose dans son ouvrage une pratique relationnelle positive dans l’approche des soins.

 Introduction

Le contexte qui précédait l’approche systémique en psychiatrie : celui de la logique médico-sociale qui cherchait à donner des réponses à des souffrances souvent prolongées, avec des durées d’hospitalisation indéfinies et une absence de contact précis avec l’environnement personnel, en particulier familial, des patients et patientes.
J-C. Benoît propose une pratique relationnelle positive dans l’approche des soins psychiatriques.

La pathologie mentale sur laquelle l’approche se centre dans ce livre : la schizophrénie (ou autisme lorsqu’on parle d’enfants).

Symptômes concordants dans les 2 principaux types de classification (OMS – DSM –IV) :

  • Idées délirantes de thème bizarre
  • Hallucinations auditives ou modifiant le monde extérieur
  • Propos discordant ou mutisme
  • Inhibitions ou excitations corporelles
  • Affaiblissement de l’affectivité
  • Troubles et dysfonctionnements sociaux
  • Bizarreries comportementales.
    Trait principal : ambivalence – refus de soi et des autres.

Schizophrénies et autisme sont les pathologies les plus difficiles à soigner. Elles nécessitent des traitements complexes et de fréquentes hospitalisations.
Actuellement, et grâces aux avancées en matière d’aides médicamenteuses, les hospitalisations diminuent et les familles et l’entourage proche de la personne schizophrène deviennent les principaux pourvoyeurs de soins.
Les déraillements (pp. 21) peuvent être progressifs, mais au fil du temps, les paradoxes s’accumulent et le désarroi gagne la famille. Faisant suite aux premiers traitements, une perte de soi quasi définitive se confirme. La maladie se fait incompréhension voire violences sur autrui et sur soi. Le contexte familial épuise progressivement ses ressources affectives.
Les communications paradoxales s’observent dans les relations patient-famille-soignants.
Ce thème a d’abord été abordé par Grégory Bateson, autour de la notion de double-lien (ou double-contrainte).

 Chapitre 1. Un pas vers ceux qui ont perdu leur identité

.

Il est difficile de soigner cette clientèle car les améliorations sont brèves et les rechutes nombreuses. Les bonnes volontés s’émoussent, des usures réciproques avec le malade s’installent, les relations familiales se figent, des prises de distance définitives de certains proches apparaissent.

Que se passe-t-il lors d’une hospitalisation psychiatrique ?
C’est alors la délégation par les proches de l’aide au patient. Ceci entraîne une restriction relationnelle de plus en plus close : l’environnement du malade devient les quelques personnes qu’ils rencontre dans son quotidien (médecin, infirmiers, autres malades etc.).

Paradoxe présent des années avant l’éclosion du trouble chez la personne : une souffrance à l’égard des proches, qui pourrait se résumer comme suit : « Vous m’empêchez de grandir avec vous, tout en affirmant le contraire ».
Dans les familles des patients schizophrènes est présente une stabilité dans les échanges : chaque membre vit quotidiennement la négation de soi.

L’apport des approches médicamenteuses est indéniable, mais l’inconvénient de ces traitements c’est qu’ils altèrent les systèmes relationnels avec les proches.

Ce dont J-C Benoît est convaincu, c’est que la maladie mentale ne peut plus être traitée sans l’implication des membres de la famille.

Paysage de la psychiatrie publique en France

Le territoire national est découpé en secteurs. Aux hospitalisations sont associées des prises en charge ambulatoires, gratuites et sans limites.
Chaque secteur comporte aussi des lieux de soins sur le terrain, qu’ils appellent centre médico-psychologiques (CMT), centre d’accueil à temps partiel (CATTP), appartements protégés, clubs thérapeutiques, placements familiaux, …
Ces centres thérapeutiques sont coordonnés et visent à limiter les hospitalisations.

L’hypothèse systémique d’une « contamination psychotique »

On observe une fréquence des scissions relationnelles dans l’univers soignant, scissions qui sont tout à fait similaires à celles qu’on observe dans les relations des usagers avec leurs familles.
Ces scissions sont donc similaires à l’ambivalence psychotique.
Cette ambivalence existe déjà en nous de part notre rôle en tant que soignant : contrôler et libérer …
Penser à ces scissions créés par les patients leur donne un réel pouvoir : celui de diviser pour mieux régner.

Deux modes des manipulation relationnelles.

Mara Selvini décrits ces manipulations comme caractérisant les familles des patients présentant de l’anorexie ou des psychoses.
Ces manipulations existantes entre les patients et leurs familles se retrouvent entre les proches des patients et les institutions, et entre soignants.

  • L’instigation : alliance séductrice et secrète entre deux participants d’un système, pour critiquer ensemble un tiers impliqué dans la situation mais absent au moment-même. Le pouvoir du tiers absent est donc mis en cause sans qu’il comprenne pourquoi. Dans les familles des patients psychotiques, chacune des ententes en duo s’accompagne d’une disqualification du tiers absent. Exemple : les cancans entre 2 soignants en l’absence d’un autre.
  • L’imbroglio ou embrouillamini : contexte de confusion affective qui altère l’influence psychologique égalitaire qui caractérise les relations saines.
    Ex. de M. Selvini : situation d’un père qui manifeste un lien préférentiel vis à vis de sa fille aînée, dans un contexte de conflit conjugal, et où, une fois la fille ayant atteint l’âge de la puberté, il se tourne alors vers sa cadette.

Le vécu affectif qui ressort de ces 2 mécanisme est celui de « trahison ».

Comment travailler dans ce contexte de scissions et de manipulations pathogènes ?

En utilisant une approche éco-systémique, incluant familles-patients-soignants, afin de créer un contexte global thérapeutique, et ce, afin d’obtenir des résultats thérapeutiques minimaux.

Dans le sens de cette prudence dans le travail auprès de ces familles, J-C. Benoit parle également de s’efforcer de se faire admettre dans cet univers clos. Pour cela, il faut faire « circuler l’information », en faisant découvrir aux membres de la familles des choses qu’ils ne savaient pas qu’ils savaient sur leur relation.

Chacune de ces familles a échoué dans sa tâche d’autonomisation de l’un de ces membres.
Illusoire donc de vouloir repartir vers une croissance adulte idéale.

  • L’élément essentiel de ce travail avec les familles des patients est celui de la loyauté, dont parle J-C. Benoit à plusieurs reprise : il préconise une loyauté absolue d’emblée donnée au patient, c’est à dire que le patient doit toujours être présent dans tous les contacts entre l’institution et sa famille (afin d’évite les manipulations pathogènes). Pas de duo en coulisses, pas de contacts téléphoniques en son absence.
    Quel que soit son état, le patient sent de façon positive notre geste : on lui assure authentiquement un statut de sujet.
    Ex. Si le ton monte en entretien, et que le patient se sent agressé par l’un des siens, levez-vous en même temps que lui. S’il quitte la pièce, suivez-le dans le couloir. Demandez-lui éventuellement de revenir.
  • Le second élément important dans ce travail est celui de laisser au patient par la suite l’organisation de telles rencontres, ou tout au moins lui demander conseil : qui inviter, quand, dans quel but ?
  • L’implication dans ces réunions des autres membres de l’équipe, et ce, afin de créer une confiance réciproque patient-institution.

Au niveau du travail entre les différentes équipes concourant autour d’un même patient, il est nécessaire d’échanger des informations réciproques avec une certaine souplesse, afin de contrer la rigidité de nos obligations de contrôle des comportements. D’où la nécessité d’organiser des réunions de synthèse autour des patients dès que cela est nécessaire. Importance donc des échanges entre professionnels, pour limiter les réactions pathologiques des patients en institution, et du passage d’un pseudo-consensus à un vrai consensus entre professionnels pour guider ces échanges.
L’auteur rappelle également que derrière toute crise institutionnelle se trouve une potentialité prospective. A nous de trouver dans chaque crise des éléments pour un changement évolutif.
Des accusations classiques autour desquelles s’articulent ces crises, tournent souvent autour du thème d’un laisser-aller ambigu et d’une rigidité autoritaire. C’est un thème connu.

 Chapitre 2. Grégory Bateson : du double-lien pathogène au double lien thérapeutique.

Un rappel de la bibliographie de G. Bateson est fait par J-C. Benoit, des pages 47 à 53. Etant donné que cela a été brillamment présenté par un groupe en 1ère, je vous propose de ne pas y revenir spécifiquement ici.
Rappelons simplement la notion de double lien, car toute l’approche de J-C. Benoit s’appuie dessus.

Le double-lien : vers une théorie de la schizophrénie (Bateson, 1956)

Principe : il s’agit de deux affirmations/injonctions qui s’oppose et d’une troisième qui empêche toute sortie (exiger le choix dans une situation de choix impossible et qui interdit tout refus, et tout commentaire sur l’absurdité de la situation).

Exemple de Watzlawick : une mère offre deux cravates à son fils : une rouge et une verte. Son fils porte la verte lorsqu’il lui rend visite le lendemain, la mère réagissant ainsi : « Pourquoi tu mets celle-là ? Elle ne te plaît pas la rouge ? ». Ainsi quelle que soit la cravate portée, le fils sera dans l’impossibilité de satisfaire sa mère.

J-C Benoît évoque les 6 points indispensables d’une situation de double lien pouvant aboutir à une situation de schizophrénie :

  • Situation collective, comportant au moins 1 victime
  • Situation répétée
  • Une première injonction paradoxale
  • Une seconde injonction paradoxale, qui nie la précédante
  • Une troisième injonction paradoxale, qui bloque la situation
  • La victime ne contrôle plus ses émotions

Dans ce type de situation, l’identité de la personne est mise en cause et niée.

Exemple (vignette clinique de Bateson) : une mère vient rendre visite à son fils à l’hôpital. Il est heureux de la voir et spontanément, met sa main sur son épaule. Elle sursaute (1ère injonction : refus de son geste d’amour) et il retire sa main. Elle lui dit alors « tu ne m’aimes plus » ? (2ème injonction, qui nie la première) Et enfin de conclure : « tu ne devrais pas avoir peur de tes émotions » (3ème injonction, qui le place dans une impossibilité de sortir de la situation.

Bateson et coll.(1956) identifient par ailleurs des éléments relationnels complémentaires à ces situations, tels que par exemple l’ancienneté de l’existence de ces tensions familiales, ou l’absence du père suffisamment robuste pour compresser la pression maternelle.

L’anthropologue et le schizophrène en visite familiale, et des principes pour rendre thérapeutiques les double-liens

Bateson se promenait avec des patients schizophrène, et utilisait leurs « néologismes » ou salades de mots, comme des « métaphores non étiquetées comme telles ».
Exemple : un patient parle de « sécurités apparentielles ». Il interprétait cela comme une angoisse parentale qui comporte un soucis des apparences.

J-C. Benoît évoque un cas de Bateson, d’une visite qu’il a faite dans la famille d’un patient schizophrène, et où, Bateson lui offrant des fleurs, elle re-cadre son intervention de manière à étiqueter son message comme un message de faiblesse, ce qui n’était pas son intention. Cette façon de communiquer devait être celle qu’elle utilisait avec son fils.
(Pour plus de détails, voir page 56).
A cette rencontre en famille, il vient donc avec le patient qui, même s’il ne dit rien, est présent dans la situation.
Par les fleurs offertes, le thérapeute utilise ici à son tour un double message, à son tour double lien, pour aider le patient. C’est un acte mineur, qui ne peut pas être blessant, mais si juste que chacun des 3 personnes est impliquée dans la situation. Les fleurs, c’est simple, naturel, vivant. Le message se veut nuancé, affectif, libérateur.

Cette pratique d’étude des familles des patients, en leur présence, était pratiquée par l’école de Palo Alto. Une manœuvre thérapeutique était alors de parvenir à placer chacun sur un pied d’égalité et de négociation, avec toute la prudence nécessaire dans ces contextes de souffrance chronique.
Dans ces négociations triadiques, Bateson insiste sur les notions d’authenticité des intervenants : de naturel, d’humour compréhensif et de disponibilité affective.

Benoit utilise le magnétophone et retranscrit ses séances, afin de décoder ses maladresses, mais aussi de décoder les messages échangés, verbaux et non verbaux. Apparemment, une seule fois il lui aurait été refusé par un père agressif.

 Chapitre 3. Le Centre Médico-Psychologique pour adulte (CMP) : vers un système thérapeutique global.

Les CMP sont des centres ouverts, qui s’adresse à une clientèle vivant des épisodes de rechute après une hospitalisation psychiatrique, ou une chronicité de la pathologie devenue invalidante. Ce type de structure permet d’offrir une continuité dans les soins proposés.
Ces services sont liées fonctionnellement aux structures hospitalières.
Ils offrent des prises en charge directes dans la cité ou permettent de prévenir les rechutes.
Ils humanisent les soins.

Sur le plan administratif : leur avantage est qu’ils sont accessibles sans formalités abondantes. Par ailleurs, ils sont gratuits.
Il s’agit d’un accueil diurne, les jours ouvrables.

Equipe « type » : médecin, infirmiers, assistants-sociaux, art-thérapeute ou ergothérapeute, secrétaires.
Des réunions sont organisées pour faciliter la distribution du travail, et y sont parfois invités des soignants de l’hôpital.

Au sein de ces CMP, les pratiques familio-systémiques sont utilisées. En effet, il s’agit d’un travail qui s’articule directement avec la réalité des patients. Nécessité donc de prendre en compte leur contexte proche.

Les avantages d’un travail familio-systémique en CMP

D’après le Dr Waternaux, ce type de travail permet :

  • ne meilleure observance des traitements ;
  • l’amélioration des contacts entre les patients et les siens ;
  • une réflexion sur la place du patient dans sa famille.
    Il s’agit d’un travail à remettre cent fois sur le métier. En effet, dans le cas des psychoses, on est souvent confronté à un « gel de la pensée », de part la chronicité qui s’est installée et qui fait tache d’huile auprès des soignants.

Découverte d’une pratique à travers un cas exposé dans l’ouvrage (pp 69) : « A propos des entretiens familiaux, nous savons l’importance particulière d’un temps de réflexion avant toute conclusion ». Il est tout à fait nécessaire donc que les soignants se concertent avant de faire une proposition thérapeutique. Ceci malgré la pression que peuvent exercer des tiers extérieurs pour une réponse pressante.

L’offre de « penser ensemble » permet d’ouvrir le champ des possibles tant pour les soignants que pour les familles.
Elle apporte des clés pour faire circuler l’information, et offrir plus de transparence à l’égard des patients.

A partir des années 70, J-C Benoît a participé à la naissance en France du mouvement familio-systémique et en particuliers de ses applications en psychiatrie publique adulte. Dans son équipe et en tant que chef de service, il lui appartenait d’implanter progressivement ce type de travail. Peu à peu, les familles ont été intégrées, et une cohérence systémique s’est réalisée, au coup par coup, lentement.
Intégrer cette approche, notamment à travers la formation du personnel accompagnant, c’est créer une « espérance professionnelle » dans les équipes. C’est la création d’une anticipation positive. Son obtention exige la prise en charge des interférences familiales négatives.
Cette méthode offre aux équipes une capacité unifiante, et diminue l’impact des manipulations familiales sur les équipes (ce qui, comme nous l’avons déjà abordé, est fréquent dans un travail en psychiatrie).

L’avantage, et l’inconvénient, des formations en systémique, est qu’elles vont mettre en cause les rigidités habituelles induites chez les soignants par la psychose de leurs patients.
Via l’emploi du modèle batesonien, il devient possible de passer du pessimisme à un optimisme au moins relatif.

J-C Benoît évoque l’attitude indispensable dans l’implantation de ce type de travail au sein d’une institution :

  • Position basse et négociation ;
  • Petits succès qu’on se garde de s’attribuer ;
  • Bonne volonté pour une participation aux cas difficiles ;
  • Eviter de mettre en cause l’idéologie régnante.
  • Voire…hypocrisie positive…
    Les formations à cette approche donnent aux intervenants une assurance dans leur pratique quotidienne. Ils sont capables de se faire accepter dans leurs équipes.

 Chapitre 4. Des mère essentielles, mais…

J-C Benoît introduit ce chapitre en rappelant l’importance du lien mère-enfant, et ce dès les toutes premières heures de la vie, comme le creuset des émotions fondatrices.
Il parle de cette totale dépendance légitime du petit vis à vis de sa mère qui le satisfait dans ses besoins biologiques et physiques et progressivement l’emmène dans un dialogue verbal.
De ces instants d’immense importance pour le devenir de chacun, resteront non pas des images claires d’aspects mémorisés, mais « corps et vie quotidienne dans le sentiment de grandir ». Ceci également lors de l’entrée en jeu progressive d’autres participants, et de la traversée de moments parfois moins faciles voire angoissant.

Dans le cas de l’autisme ou de la schizophrénie, ces images de croissances ne peuvent être mémorisées clairement.
C’est la confusion qui règne dans les relations. Le corps alors partage cette confusion qui reste fusion. Les liens familiaux s’organisent autour de cette faible autonomie. Dans un duo fusionnel mère-enfant, la mère devient le cerveau qui commande l’enfant lié.

Trois situations pour étayer ce sujet sont décrites dans l’ouvrage.

Le message batesonien qui en ressort

Dans le cas de troubles mentaux grave, on a très précocement l’installation d’une matrice spécifique. Bateson parle de « deutéro-apprentissage ».
C’est un niveau d’apprentissage qui dépasse les apprentissages factuels.
La nature de cet apprentissage se fait dans le lien affectif à autrui.

Cet apprentissage se fait normalement lorsqu’il y a clarté d’expression des partenaires d’une relation affective essentielle.
Cela soutient la croissance positive et le devenir de chacun.

Au niveau de la maladie mentale, la mère (mais le père aussi, on le verra plus loin), manifeste des attitudes affectives ambiguës à l’égard de l’enfant.
Pour résumer simplement et en utilisant les termes de J. Haley : « la mère du schizophrène punissait l’enfant parce que celui-ci se montrait en attente de cette punition ».
Elle le punit donc parce qu’il a appris que l’attente d’une punition est un apprentissage nécessaire pour lui.
Il s’agit donc de manipulation niées. Il faut que ce contexte relationnel soit présent dans la durée pour que s’installe des troubles mentaux.
Il s’agit donc pour l’enfant d’apprendre à être puni quoiqu’il fasse et cela, pour satisfaire celui qui le punit et en lui donnant raison du fond du cœur…puisqu’il est celui destiné à soutenir sa croissance.

Des séances d’entretiens collectifs familio-systémiques permettent dans ces situations d’ouvrir au patient le champ d’expression qu’il a perdu et dont on le prive de façon constante.
Dans ces drames collectifs s’installe alors un climat d’affectivité créatrice, où la confiance s’installe auprès de tous.
L’humour peut également contribuer à l’ouverture de ces entretiens.
Il s’agit donc du paradoxe batesonien : situations de drames, de manipulations, de fermeture, de non-dit – entretiens ouvrant à l’humour, à la confiance, à l’optimisme et à l’expression.

 Chapitre 5. Le procès-verbal, de J.M.G. Le Clézio …Vers un crash de la pensée.

Dans ce chapitre, J-C Benoît évoque un livre de Le Clézio, intitulé « le procès- verbal ».
Ouvrage de 1963, d’une rare intensité d’après lui.
Dans ce livre, l’auteur accompagne un homme dans cette chute progressive vers la schizophrénie. C’est à travers le regard de l’homme lui-même que nous découvrons cette chute.
Le livre se termine par l’internement psychiatrique.
Ce qui intéresse particulièrement J-C Benoit, c’est le fait que l’on trouve aussi dans l’ouvrage la face familiale de ces troubles mentaux, à travers une lettre de la mère de l’homme (Adam Pollo) à son fils. Cette lettre est remplie de grands moments de manipulation. On y voit assez clairement les embrouillamini et doubles-liens dont on a déjà parlé plus haut.
Inutile de recopier cette lettre ici. Je me propose peut-être de vous photocopier les quelques pages et de vous les apporter au cours, tant cette lettre illustre merveilleusement bien les relations familiales de familles de patients psychotiques.

 Chapitre 6. Des pères énergiques ?

Ce chapitre aborde le thème de l’énergie des pères appliquée au destin du sujet schizophréne.
Cette énergie peut se manifester :

  • soit via un autoritarisme en entretien, que la mère soit présente ou non (qui peut devenir un jeu de pouvoir avec le thérapeute, dont le père soulignera l’échec par ses critiques impératives mais ambiguës « vous ne ferez pas mieux que moi, n’est-ce pas ?)
  • soit via un comportement de faiblesse. Ils utilisent alors leur incompétence montrée comme stratégie d’accès au pouvoir.

Dans de telles situations difficiles, J-C Benoit pointe la mixité des intervenants comme une source de soutien pour jouer une rôle de réponse efficace à cette énergie paternelle.
Exemples :

  • Soit par exemple qu’une intervenante va jouer la carte de la compétence professionnelle pour éviter l’escalade conflictuelle virile (à la place de l’intervenant homme).
  • Soit utiliser l’inversion des rôles sexués pour renvoyer une reflet du couple parental.

Trois cas détaillés sont également proposés.

En conclusion du chapitre, l’auteur souligne la possibilité de travailler tant avec ces « mères essentielles » que ces « père énergiques » afin de les relancer vers une croissance encore susceptible de diluer la psychose.
Les interventions familio-systémiques se montrent frutueuses, aidant à réfléchir au-delà des étiquettes classiques, si confuses d’ailleurs.
Cela éclaire des situations souvent complexes, nées dans un vécu de crise, qui peut devenir un vécu de croissance.
Il parle également de l’usage du génogramme comme outil conceptuel et thérapeutique. Cette figuration mise en forme des membres de la famille peut devenir un travail thérapeutique très positif, pour cette famille, ce patient désigné et pour les intervenants. Il permet notamment d’inclure ceux que l’on tente d’ignorer.

 Chapitre 7. La nef des fous.

Dans le domaine de la psychiatrie, une pratique reste encore courante : celle de l’isolement du malade mental.
Par ailleurs, dans ce domaine, l’accompagnement thérapeutique de ces patients a fait bien des progrès grâce à la chimiothérapie. Mais elles apportent une inhibition notoire.
Le malade se trouve dans des services avec d’autres malades. Il ne se voit pas. Il voit les autres et partage avec eux une ambiguïté relationnelle et une certaine agressivité liée au confinement.
Il s’agit d’un climat de solitude, renforcé par ailleurs par le fait d’avoir été séparé de son intimité familiale pour les soins dont il a besoin.
Ce désarroi peut franchir un pas de plus lorsque les manipulation familiales franchissent les pas de l’institution : fausses visites, fausses caresses, fausses promesses.

Quelques cas sont alors présentés dans l’ouvrage.

Le soin psychiatrique consiste donc à ne pas compliquer davantage des vies déjà menacées par l’angoisse, la frustration, la rage.
Il s’agit donc de ne pas traiter la personne comme un objet, mais de rechercher les personnes qui constituent son environnement d’origine et les relations qu’il a crées à travers sa croissance.
J-C Benoît a été frappé par l’importance d’une figuration relationnelle des participants aux crises graves. Au fur et à mesure d’une cure positive, apparaissent et disparaissent tel ou tel participant, non seulement familial, mais aussi social.

 Chapitre 8. L’anticipation, une fonction mentale essentielle.

« L’épreuve d’anticipation »

Durant la première partie de ce chapitre, il présente un test projectif intitulé « l’épreuve d’anticipation », de Mario Berta, psychiatre Uruguayen (né en 20).
Dans une exemple présenté dans l’ouvrage, J-C Benoît utilise ce test avec une équipe de soignants, pour parler du couple parental d’une patiente.
Pour l’épreuve, il faut donc « un cobaye », quelqu’un qui va devant, au tableau.

J’invite les personnes intéressées par ce test à aller lire le descriptif détaillé de la passation dans l’ouvrage.
En gros : il s’agit de récolter des images autour du « positif idéal » (ex. si on donnait une nouvelle vie à ce couple, quelle vie leur souhaiterait-on ?) et autour du négatif redouté (qu’est-ce que vous voudriez que ne soit pas ce couple). Le test permet de rassembler 8 images : 4 positives et 4 négatives.

Dans l’interprétation, l’hypothèse est qu’il y a dans les images négatives, des contre-valeurs positives et d’anticipation, jusqu’à présent méconnues. Exemple : une pierre peut être décrite comme dure, blessant. Cela peut aussi être quelque chose de solide, de beau.
Cette dialectique permet donc de déboucher sur de la créativité. Le négatif vécu se révèle alors comme un message, une chance à saisir pour percevoir le thème spécifique du changement souhaitable.

La rapidité de la conduite de l’épreuve est un garant de spontanéité du sujet.
Ce test peut également être utilisé en thérapie individuelle.
Il peut se compléter par la tâche suivante : chacune des 8 image obtenues : l’attribuer à un des membres de la famille.

L’expérience des omnia, ces « objets métaphoriques négatifs inducteurs d’anticipation.

Les omnia sont des objets concrets faisant partie de la réalité des rencontres avec les patients, et qui peuvent être le premier pas d’une thérapie « activatrice ».

Alors qu’avec les névrosés, un travail sur les images, comme décrit plus haut, est envisageable. Ceci ne l’est pas avec les patients présentant des psychoses. Cependant, certains objets peuvent jouer le même rôle éclairant, offrant la possibilité d’une réouverture d’un devenir personnel.
Ces objets apparaissent au moment où on s’y attend le moins.
On a tendance à les situer immédiatement parmi les symptômes. Exemple : bic, cigarettes, chaussure, parapluie etc.
Le patient les apporte avec une sorte d’hésitation ou de discrétion, qui tranche avec le reste de sa pathologie vibrante.
Ces objets peuvent avoir un sens familial ou institutionnel.
Les nommer, s’y référer, en parler, permet parfois d’initier un travail et d’acquérir la confiance du patient.

Le tact : méthode d’anticipation

Il s’agit d’une méthode également décrite dans l’ouvrage, et qui permet d’appliquer le test de Berta et les omnia à la vie quotidienne.
Elle permet une auto-observation prospective de soi, dans le quotidien.
Tout comme une prière, ou un cahier personnel, c’est une tâche que l’on peut réaliser chaque jour.
Elle part d’une question, et à travers d’autres questions et affirmations enchaînées, permet de déboucher sur des ouvertures.

En conclusion, J-C Benoît souligne que l’anticipation s’offre à nous dans le travail familial, avec sa question : « qui seras-tu et qui serons-nous demain, ensemble ?

 Chapitre 9. Un métalogue « post-moderne ».

Il reprend ici l’idée des métalogues de Bateson, sortes de fables ou la naïveté d’une jeune enfant interroge un savant sur des questions complexes.
Ici, c’est un intervenant qui a suivi une formation en systémique et qui interroge son formateur. Ils sont au bord d’une piscine à siroter des verres et discutent. La question de l’intervenant et de savoir s’il est finalement possible de faire de la thérapie dans une institution psychiatrique.
La réponse est non.
Est également pointé le paradoxe de l’institution qui a validé la demande de formation en thérapie systémique, et qui ne permet pas que cette thérapie puisse s’effectuer.
Un dialogue très profond se poursuit à ce propos. J’épinglerai quelques phrases qui me parlent énormément, mais il y en a tant d’autres !
« Apparemment, les patients vont mieux quand on reçoit les familles avec eux. Mais il vaut mieux ne pas se venter des résultats ».
« Travailler dans les zones d’ombre »
« Le noyautage, une sorte d’influence. Comme la petite flamme très minime, qui chaufferait l’eau, et à un moment les bulles apparaissent et se multiplient ».
« Les systémiciens renoncent au pouvoir »
« Les petites alliances discrètes, cela aide beaucoup (…). Cela légitime votre rêve de faire des thérapies familiales ! ».
« Il vous appartient de créer vous-même et pour vous-même, votre style psychothérapeutique avec les patients et en présence des gens de leur famille ».
« La réputation des systémiciens dans les institutions les décrit souvent comme manipulateurs de leurs collègues et provocateurs à l’égard des hiérarchies ».
« Après une séance, j’ai l’impression que le client est devenu quelqu’un pour moi, quelqu’un que je n’oublierai plus et qui ira mieux, enfin ! ».
« Un intervenant bien formé refuse de faire des thérapie familiales dans son institution ».

Mes impressions suite à la lecture de cette ouvrage

Dans mon contexte de travail en psychiatrie, est encore souvent véhiculée cette idée que on ne sait pas travailler avec les familles des patients présentant des psychoses. Leur étiquette de familles « manipulatrices » fait peur et repousse. « Surtout pas touche » est un peu l’injonction que l’on reçoit lorsqu’on initie un travail systémique avec les familles.
Situation de double lien du praticien : « Surtout pas touche », mais « forme-toi en thérapie familiale ». Les issues possibles pour sortir de ce paradoxe sont la fuite, ou l’accrocher, mais en se donnant la possibilité de pouvoir prendre du recul et critiquer certaines absurdités de ce type.
Le livre de J-C Benoît m’y aide, et me donne à penser que « tout n’est pas perdu d’avance » dans ma volonté de laisser davantage de place aux familles dans le travail de soin auprès de personnes psychotiques.
Le livre m’aide également à faire vœu d’humilité et à ne plus chercher par où commencer un travail thérapeutique impossible à réaliser dans ce contexte-là et avec ce mandat.
Le livre permet aux soignants qui traville dans une institution de « penser » à tous les doubles liens dans lesquels ils vivent. Cette approche permet une meilleure connaissance de l’approche des familles, de la hiérarchisation et de l’indiffération du soi.


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