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Les secrets de famille, Serge Tisseron

dimanche 30 mars 2008 par Pugin Julyane

Le secret ne s’oppose pas à la vérité, mais à la communication !

Qu’est-ce qu’un secret de famille ?

1. Qqch. qu’on ne dit pas et qu’il est interdit de connaître et qui est douloureux pour les parents.
Porte à la fois sur le contenu qui est caché et sur un interdit de dire et même de comprendre qu’il puisse y avoir, dans une famille, qqch qui fasse l’objet d’un secret.
L’important est qu’un enfant grandisse avec l’impression qu’il est tenu à l’écart de qqch d’important, pour son parent ou pour lui-même, et qu’il est condamné à essayer de le deviner en devant faire, en plus, comme s’il n’avait rien vu !
2. « Tout dire » est un mirage. « Dire tout ce qu’on sait » est bien plus proche de la réalité d’un dénouement des secrets. Si le « tout dire » n’existe pas, être authentique est sans doutes la meilleure façon d’éviter la construction de secrets familiaux pathogènes.
3. Comprenant qu’on lui cache qqch mais incapable de savoir quoi, l’enfant est poussé à lancer son imagination dans des constructions qui, loin de calmer son angoisse, la majorent au contraire bien souvent.
4. La plupart de ces secrets ne sont pas dus à des actes honteux ou coupables, mais à des traumatismes vécus par une génération et incomplètement élaborés par elle (-> silences, gestes, émotions incompréhensibles…).

A l’origine des secrets de famille

Chaque génération confrontée à un secret qu’elle ne maîtrise pas, a tendance à construire ses propres secrets en réaction. Après la 3ème génération, le souvenir du secret initial est effacé, mais de nouveaux secrets sont apparus. -> « Familles à secret », où la règle du secret perdure.

Les suintements du secret (ex : match rugby enf. genoux père violenté…)

• Le propre du secret n’est pas seulement de n’être pas dit avec des mots. Il est tout autant d’être dit avec d’autres canaux de communication, notamment gestuel, tonal, mimiques… Autres formes de symbolisation. Fait que ces diverses formes de symbolisation ne soient pas congruentes = suintements du clivage.
• Lorsqu’un événement est gardé secret, il divise toujours le psychisme de celui qui le garde. Cette division « sécrète » des conduites et des paroles contradictoires ou paradoxales pour l’enfant. A travers ces suintements du secret (mots répétés, lapsus, comportements…) l’enfant pressent une souffrance de son parent. Et il a tendance à s’en imaginer responsable !

La feintise

• L’enfant reçoit des indices contradictoires qu’il ne peut pas rapporter à un système de croyance unique : il ne sait pas quel statut attribuer à ce qu’il perçoit ! -> On peut comprendre qu’un parent puisse « tromper » un enfant et le perturber gravement sans le vouloir ni même parfois s’en rendre compte. Il « suffit » pour cela qu’il soit porteur d’un secret qui divise son propre psychisme !

Les secrets et le Secret

• Le secret ne peut donc pas uniquement se définir en termes de communication et de relation. Avant d’être une forme de relation, il est une forme d’organisation psychique, parfois partiellement consciente, mais d’autrefois totalement inconsciente. ->
• secret= phénomène relationnel
Secret= phénomène psychique
• Ce qui caractérise le Secret, c’est le fait que la personnalité de son porteur soit coupée en deux, clivée. Ce clivage provoque chez ses proches des expériences qu’ils sont amenés à cliver à leur tour.
Sous l’effet d’un Secret qu’il pressent, la personnalité d’un enfant ou d’un adulte est toujours amenée à se couper en 2 : d’un côté il est obliger de repérer existence de secret douloureux par multiples indices pour pas confronter trop brusquement son parent à cette zone douloureuse de sa personnalité (loyauté, parentification…), et de l’autre il est obligé de faire comme si ce secret n’existait pas !
⇒ Capacité de dissimulation de l’enfant, il apprend à cacher ses sentiments…
• Le Secret enfermé dans le psychisme du parent provoque des perturbations de sa communication, notamment avec ses enfants. Puis ces perturbations et les efforts faits par l’enfant pour s’en accommoder, déterminent chez lui des troubles psychiques qui, à leur tour, perturbent ses communications avec ses propres enfants etc etc sur plusieurs générations.
• Les troubles liés à un Secret ne disparaissent pas forcément avec sa divulgation : l’enfant continue à fonctionner de façon clivée. Une partie de sa personnalité peut en tenir compte, mais celle qui a été clivée sous l’effet des distorsions des communications familiales continue à fonctionner comme si elle ne le savait pas !
Suintements : point de vue objectif : ce qu’enfant peut observer du clivage et des symbolisations partielles.
Feintise : phénoménologique : ce que l’enfant éprouve à leur contact.
Secret : métapsychologique : réside dans le clivage du parent responsable de ces suintements, et également le clivage, différent, que l’enfant installe en lui sous l’effet de ce qu’il éprouve face aux suintements du Secret du parent.

Le drame de l’enfant qui pressent un secret

• Pour enfant, l’important n’est jamais l’événement initial (qu’il leur est d’ailleurs impossible de connaître), mais leurs questionnements et leurs doutes à son sujet, et plus encore, dans les choix qui en découlent. (cf. Trauma/Traumatisme)
1. (Petit enfant) Peut se sentir responsable et coupable de la souffrance qu’il ressent chez son parent.
2. (Plus grand) Imaginer que ces parents sont coupables d’actes terribles qu’ils voudraient lui cacher -> perte de confiance en parents et adultes.
3. (Ado.) Plus de confiance dans sa capacité à voir le monde -> perte confiance dans ses propres capacités.
• -> Clivage personnalité ->Création de nouvelles situations de secret ! Comme ils ne peuvent pas maîtriser les secrets dont ils sont victimes, ils tentent d’en créer d’autres qu’ils puissent contrôler !
Un secret de famille anodin (ou que tout le monde connaît et fait semblant d’ignorer) en cache bien souvent un autre qui peut être très grave, dans les générations précédentes.

Comment parler des secrets de sa famille à ses enfants

• Evoquer les questions douloureuses qui les travaillent, non pas pour tout leur expliquer, mais pour les rassurer sur le fait que ce n’est pas de leur faute si ils souffrent. En parlant tôt de leurs questions, (à partir des questionnements de l’enfant) les parents se familiarisent peu à peu eux-mêmes avec les mots pour en parler et, quand l’enfant est assez grand pour comprendre, les mots viennent tous seuls sur leurs lèvres.
• Donner à l’enfant le droit de se questionner et de questionner ses parents.
• Réalité qui lui a été cachée jusque là ne doit pas lui être évoquée comme un secret mais comme qqch dont il a été difficile de lui parler et autour de laquelle le parent reste à sa disposition pour lui apporter les informations qu’il pourrait souhaiter.
• Il ne s’agit pas de donner en une seule fois à l’enfant toutes les infos dont l’adulte dispose, mais simplement de lui signifier sa liberté de questionner et de comprendre.
• L’important est d’éclairer l’enfant à partir de ce qu’il connaît (ex : sparadrap, sida. Bagarres maman gd père, inceste…) S’aider avec « qu’est-ce que tu as imaginé ? »
• Un enfant qui est dans une telle situation avec ses parents peut alors entendre les choses les plus difficiles car ces choses ne lui seront confirmées qu’au fur et à mesure qu’il aura la possibilité de s’en donner ses propres représentations, au rythme de sa propre maturation.

Que faire quand on se sent victime d’un secret ?

• Partager ses forces en 3 !
1. Poser des questions : il me semble que qqun dans notre famille a du cacher qqch un jour…
2. S’intéresser à histoire groupe social ou région géo où vécu famille
3. S’interroger sur sa propre histoire, moments qd ressenti ceci ou cela, discordance -> retrouver chemin des constructions qu’on en a faites.
Faire part de nos questions à nos enfants.

• Secrets qui hantent nos familles ne sont pas forcément dus aux fautes de nos ancêtres. Même si la culpabilité ou la honte ont fini par entourer le silence familial, ces secrets peuvent être liés à des événements douloureux dont nos ancêtres ont d’abord été les victimes, ou même les témoins, mais que leur environnement social ou culturel ne leur a pas permis d’élaborer.

Honte :

La honte s’avère intimement liée au secret. Si le secret générateur de honte est connu, celui qui en est le détenteur se sentira humilié.
Honte = désintégrateur de liens. Avoir honte revient à se sentir coupé du reste du monde. Un individu peut avoir honte de ses actes, de sévices subis, mais aussi de sa famille, quand bien même il n’aurait rien à se reprocher lui-même. Nommer la honte, reconnaître l’existence de ce sentiment chez son patient revient à faire un premier pas vers la reconstruction du lien.


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