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Mon évolution dans le processus de formation à la thérapie familiale systémique

samedi 21 juin 2008 par Dufranne Céline

Mon évolution dans le processus de formation à la thérapie familiale systémique

Au terme de cette première année, les réflexions sont nombreuses et surtout délicates à formuler. Je me lance enfin…
Je déploie un regard neuf sur mon travail de psychologue à plusieurs niveaux.
Dans un souci de clarté pour cette rédaction, je scinde ma pensée en cinq pistes de réflexions. Elles m’ont toutes conduites à beaucoup de questionnements.

Résonances :

S’éveille en moi une nouvelle manière de m’utiliser à l’intérieur du système thérapeutique. Je me rends compte de la place active que j’occupe comme individu faisant partie de ce système.
J’intègre désormais plus consciencieusement, avec ce modèle systémique, mes émotions qui sont en train de se vivre durant mes entretiens.
Ce que je ressens renvoie effectivement à mon histoire personnelle, mais pas uniquement. La nouveauté est que cela renvoie également au système où ce sentiment émerge : le sens et la fonction de ce vécu deviennent des outils au service même du système thérapeutique. Ce que je croyais être exclusivement des « interférences » (affects ou réactions qui ressurgissent p.ex) focalisent mon intérêt autrement. Ce n’est plus seulement une « interférence » mais un nouvel horizon qui s’ouvre à moi. Mes propriétés personnelles entachent bien sûr la description de mes observations. Mais ceci prend un sens différent, naissant. Je commence à maîtriser ces « interférences » pour les employer en résonance face à certaines situations.

Je perçois alors mieux dans mes sentiments des éléments presque « capitaux » pour l’analyse et le devenir du système thérapeutique.
Dorénavant quand je vois un patient, un couple ou une famille, j’écoute davantage ce qui naît en moi. J’y prête attention. J’apprends à écouter mon vécu et j’utilise ce que le patient fait émerger en moi. « Est-ce que ça a une utilité de fonctionner comme cela, pour qui, pour quoi ? ». J’intègre le fait que ce que je ressens est plus important qu’il n’y paraît et que cela a une fonction et un sens particulier dans un contexte donné, tant pour eux que pour moi. « Qu’est-ce qui fait que je vis cette chose là à ce moment précis ? Quelle fonction pour moi et pour le contexte plus large auquel j’appartiens ? Et surtout comment utiliser cela ? »

Bien entendu, je reste prudente dans ma construction, j’essaie de prendre du recul. C’est tout un cheminement personnel que je suis en train d’entreprendre depuis le début de la formation.

Constructivisme et phénoménologie :

Je rentre petit à petit dans une préoccupation systémique en m’intéressant aux concepts mais aussi aux significations des concepts. Ces concepts qui éveillent des images en moi, j’apprends à les questionner.
Mes observations sont des constructions liées à mes croyances du moment. Je me rends compte de la situation paradoxale que constitue déjà simplement le fait que le discours que je tiens, est un discours sur un monde que je crée dans l’acte même de sa description.
J’essaie donc de rester vigilante aux images qui me viennent dès la première rencontre. J’identifie plus mes croyances, je tente de confronter mes concepts et les leurs, je vérifie alors mes représentations, mes constructions du réel,…

Le problème présenté est perçu positivement = Une fonction de traduction :

« Il n’est jamais trop tard pour avoir eu une enfance heureuse :il suffit d’y porter un autre regard » Milton Erickson

Je découvre une manière de dire et de communiquer, plus « appropriée », dans la mesure où elle apporte une dimension plus positive à laquelle je ne prêtais pas suffisamment d’attentions. Par des connotations positives, j’apprends à transmettre sous un autre angle. Je lie davantage certains « dysfonctionnements » à une fonction utile. Penser positivement, c’est-à-dire autrement. Pointer les ressources, orienter sur les potentialités, plutôt que « ce qui ne va pas ». Pour ce faire, je sollicite mon langage : j’apprends « à penser et à formuler à l’envers ».
J’ose quelques tentatives en consultations. Par exemple, en traitant la « souffrance » du patient non comme un échec relationnel mais plutôt comme une tentative de solution pour le système familial. Cela déculpabilise, rassure, entraîne un changement de perspective, élargit le champs des possibles. Je découvre les « compétences » …

Je retiens que mon intervention ne s’effectue pas dans la recherche d’une « vérité » du système ou de ses membres, mais dans l’élargissement du champs de leurs possibles... Je pense que cette recherche de l’utilité d’un symptôme dans un sens positif élargit déjà simplement les possibilités.

J’aime aujourd’hui parler en ces termes positifs. J’essaie de me « conditionner » à entrevoir cet autre façon de penser avec les patients. Parler en terme de fonction, d’utilité, valoriser les compétences. « Il n’y a jamais d’échec, il y a seulement des résultats et des nouvelles informations » (G.Ausloos)
La pensée systémique apporte une fonction de traduction qui optimise mon travail de tous les jours.

Génogramme, travail avec la famille élargie :

En utilisant le génogramme, je regarde des dynamiques relationnelles (horizontales, verticales) auxquelles je ne m’attardais pas autant auparavant. Outre le fait que cette technique me permette de schématiser plus rapidement la composition familiale et les relations entre les membres, je me rends compte plus généralement combien cet outil révèle davantage de données fondamentales. J’élargis donc amplement mon horizon de travail.

J’ai également acquis un regard neuf à ce sujet dans le travail que je peux entreprendre avec les patients. En effet, certains patients apprennent à lire en eux-même à travers cette représentation schématique de leur famille élargie (p.ex : « homework » à réaliser par le patient pour la consultation suivante ; base pour travailler par la suite ensemble).
Je n’utilise pas le génogramme de la même façon pour tous mes entretiens, car dans certains cas, j’ai l’impression qu’il peut paraître incongru pour certaines familles. Je fais référence à un questionnement émanant de notre groupe d’échange sur la manière et le bon moment pour introduire cet outil. Je suis assez réticente par exemple a le proposer d’emblée alors que, dès les premiers échanges, la famille a une demande « structurée », une plainte précise au sujet du « patient désigné ». Dans ces cas, je m’expose à un risque. Je crains de donner l’impression de ne pas écouter la plainte en déplaçant trop ouvertement le problème sur la famille élargie. En outre, Ausloos parlait d’intrusion lorsque le génogramme était investi directement avec « les écorchés vifs » (expression par laquelle il désignait les patients qui se présentaient pour les premières fois en thérapie). Je commence donc à expérimenter l’utilisation du génogramme autrement, en faisant mes propres essais et erreurs.

La construction systémique de ma subjectivité :

L’exercice proposé en groupe (qui consistait à présenter ce qui me caractérise dans ma façon permanente d’entrer en relation avec les autres et en quoi elle est utile au système familial) m’a amené à réaliser mon propre génogramme et m’a obligé à observer certaines relations familiales et d’autres côtés de moi-même.

En parallèle du travail que je réalise pour les autres familles dans le cadre professionnel, je m’attèle donc à m’intéresser beaucoup plus à mon histoire familiale. C’est à présent un travail en deux phases qui se trame en moi.
Dans ce travail personnel, beaucoup d’affects ont émergés en moi au début, mais ceux-ci laissent désormais la place à une nouvelle connaissance constructive tant pour moi que pour les patients. Cet état de questionnements et de trouble me permet de mieux comprendre le travail que je peux réaliser en tant que psychothérapeute avec mes patients.

Cet exercice, me fait passer par là où certains de mes patients devront probablement aussi passer ; me fait sentir les difficultés que devra surmonter une famille dont je m’occuperai, me permet de mesurer ce que je demanderai à cette famille.

Il apparaît évidemment la question du travail thérapeutique personnel. Puisque si l’univers des relations est un univers de perceptions et de significations, si je peux agir sur quelque chose véritablement c’est d’abord sur ma représentation de la réalité. Ce qui présuppose de donner certains éclairages aux expériences passées.

Conclusion :

Assimiler la pensée systémique, l’intégrer dans son entièreté va probablement constituer un travail de longue haleine.

Je mets en avant plan la mise en perspective de la dynamique relationnelle, complexe, pleine de sens, dans son unicité et avec le plus de créativité possible.

Je fais partie du système. Je prends une part active en produisant du sens et une certaine créativité qui semble s’enclencher .

J’ai conscience d’une vision encore très réductrice qui m’habite lorsque j’émets mes premières hypothèses. Je tente de les vérifier, mais malgré tous mes efforts pour obtenir plus de « justesse », j’ai encore bons nombres chemins à explorer…

Plus je crois avancer dans ce processus de formation, plus je crois comprendre les choses qui m’entourent et plus je suis acculée de confusions et de sentiments complexes d’impuissance et de craintes. Dans ce processus systémique, je me sens infiniment petite… Au commencement…
Plus je construis et plus tout se déconstruit…Sentiment paradoxal qui m’anime et qui est un peu, je l’avoue, décontenançant !
Un bon en avant et un bon en arrière… (voire plus…) Plus j’en sais, moins je sais ce que je fais.

Je retiens essentiellement, par rapport à cette formation à la pensée systémique, l’idée qu’il s’agit avant tout de « se déformer » ; de déconstruire quelque-chose. Cette formation est une sorte de « mise en tension de moi-même ». Idée que j’apprécie particulièrement car j’en ressens précisément ce phénomène de « déformation » ; ce qui crée la difficulté car à cela s’ajoute un sentiment d’insécurité. Puisque là où je ne m’interrogeais peu, les choses « certaines » je les entrevois différemment, je me questionne aujourd’hui et ces choses deviennent autres .

Ce repositionnement qui bouscule mes certitudes entraîne à présent une nouvelle approche de mon travail auprès des systèmes thérapeutiques. Je travaille sur moi-même constamment depuis que je participe à cette formation . Je traverse une sorte de crise propice aux remises en questions. Une perspective de changement est introduite et évolue dorénavant en moi.


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