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Stage parental

jeudi 17 juillet 2008 par Billiet

 Les critiques opposées au stage parental : un questionnement dans notre travail.

Quel espoir pour le stage parental ? Il a cette élégance que connaissaient bien Quasimodo ou Shrek. Est-ce que dans ce monde de chevaliers blancs où les justiciers pourfendent le crime et la misère ce vilain petit ogre pourrait trouver une place pertinente ?

Est-il bien une mauvaise réponse à une réelle question1 ? A-t-il quelques forces ou uniquement des faiblesses2 ? Les critiques, à tort ou à raison, ont été virulentes et nombreuses. Aujourd’hui, la réalité a dépassé la fiction. Plusieurs parents sont en stage. Certains l’ont même déjà terminé. Le stage dure trente heures. Quel effet a-t-il ? Quelles sont ses caractéristiques, ses spécificités, sa bosse ?

 1. Juger des parents pour les faits de leurs enfants ?

Une des critiques majeures de cette mesure réside dans le fait qu’elle est une condamnation des parents. Il semble invraisemblable, inapproprié, de juger des parents pour les délits de leurs enfants. Qui pourrait dire d’un parent qu’il est inadéquat, inapte, mauvais. En ordonnant un stage parental, le juge condamne-t-il les parents sur ces motifs ? La justice peut-elle dire cela ? Ce jugement dit-il : « Vous êtes des incompétents, incapable d’éduquer votre enfant ! Nous allons vous apprendre à être de bons parents ! »

« Nous allons vous montrer comment éduquer votre enfant… »

Malheureusement, toutes les interventions dirigées vers la jeunesse porte intrinsèquement ce message. Mais peut-il en être autrement ? Comment en intervenant ne pas discréditer le rôle parental ? L’intervention suppose, nécessite un besoin, un manque et propose d’y remédier. Cette nouvelle mesure semblait cristalliser cette infâme accusation et être le summum de cette stigmatisation.

Nous pensons que toute intervention présume un lien entre les « dysfonctionnements » de l’enfant et le fonctionnement de ses parents. Pout tous les enfants placés et leurs parents et pour toutes les familles suivies par le SAJ, le SPJ, il y a une signification sociétale de ce lien.

Le poids de cette hypothèse, de cette « accusation » est énorme et impossible à supprimer.

Les éducateurs qui travaillent dans le résidentiel font parfois ce constat paradoxal que leurs échecs peuvent amener des solutions dans les familles. Ils peuvent se demander s’ils ne sont pas très « bons » quand ils sont très « mauvais » et vice-versa. Que pourra faire cet éducateur, le psychologue, ou n’importe quel intervenant pour permettre à la relation parents-enfants de reprendre tous son crédit quand l’existence de sa fonction affirme le contraire, quand son rôle est un stigmate de plus.

Comment sortir de cet équivoque constat qui fait que la réussite de l’intervention n’est possible que s’il elle échoue ?

Quelqu’un sait-il comment leur re-donner leur place ?

Si l’on est d’accord avec ça, l’on peut peut-être considérer que nommer ce lien explicitement est un des, ou le seul, moyens pour se désaccorder de cette harmonieuse mésentente. Commencer par avouer cette hypothèse sous-jacente en début d’intervention peut il empêcher qu’elle ne s’y retrouve terrée tout au long de l’intervention ? Commencer par ne pas présumer de notre toute puissance et s’en remettre aux compétences des parents pourrait être une clé pour débloquer ce paradoxe. Le stage parental renferme peut-être cette clé.

Nous avons donc la folie de penser que peut-être, aujourd’hui, grâce à cette mesure, en réalité, le message change, l’intervention n’a plus le même sens.

Voici ce que nous entendons chez les juges : Vous, parents, vous allez pendant trente heures tenter d’envisager, avec ces intervenants et avec d’autres parents, ce que vous pourriez faire vous-même pour aider votre enfant. Car moi (le juge) je ne sais pas ce qu’il faut faire, je sais seulement que vous êtes les mieux placés pour arrêter cette délinquance. Je ne veux pas savoir ce que vous ferez pendant dette intervention et n’aurai pas de compte rendu par le service. Voilà le message. Voilà le cadre de notre travail.

Ce cadre est soutenu par l’interdiction de rapport faite à notre service. Nous ne sommes pas là pour expliquer ce qui se passe au juge, nous sommes là pour travailler les questions qu’interroge la délinquance.

Nous pensons pouvoir participer à une nouvelle manière de travailler dans l’aide à la jeunesse qui doit encore faire ses armes et qui malgré les critiques laisse entrevoir de belles potentialités. Peut-être que concrètement le message parvient à se sortir de son paradoxe. Le juge peut dire autre chose que « Vous êtes responsables, on va s’en occuper. » Aujourd’hui, il peut dire « Vous êtes responsables, vous allez vous en occuper ».

 2. Comment évaluer un désintérêt caractérisé.

Une autre critique importante porte sur l’évaluation faite par le juge d’un désintérêt caractérisé. Comment évaluer un désintérêt caractérisé ? Qu’est-ce que ce désintérêt manifeste ? Comment un juge pourrait-il se prononcer sur ce fait qui est au final un jugement de valeur ? Et comme le dit très bien monsieur Laqdim « une famille d’origine étrangère n’a peut-être pas le même système de valeur ou le même modèle de référence qu’une famille « belgo-belge ». Cette question est celle qui taraude les services de l’aide à la jeunesse : Comment évaluer la nécessité d’intervenir dans une famille. Comment évaluer l’intérêt de l’enfant ?

Ne pensez-vous pas que ces deux jugements sont similaires ? Quelle différence y a t il entre supputer une défaillance familial et un désintérêt caractérisé à un fait qualifié infraction ?

Il est clair que la question de la mise en danger potentiel de l’enfant justifie ce procès d’intention. Mais pourquoi dans un cas et pas dans l’autre ?

L’aide contrainte s’arrête elle quand vient la délinquance ? Pourquoi ? Qu’est-il prévu dans ce cas de figure ? Ne peut-on pas également considérer l’enfant délinquant comme un enfant en danger, si c’est le cas ?

Le stage parental est, pour nous, une sorte de complément de l’intervention de l’aide contrainte lorsque la délinquance a surgi.

1 « Le stage parental : une mauvaise réponse à une réelle question »,interview de Christine Mahieu réalisée par Etienne Cleda, Les cahiers de prospective jeunesse, n°42, mars 2007

2 « Le stage parental et ses faiblesses » Solayman Laqdim, jdj, n°269, novembre 2007


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