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Conférence de Stephan Hendrick

Thérapie brève : à la quête des thématiques relationnelles mortifères

mardi 28 octobre 2008 par HENDRICK , Leguebe Sandrine

 À la quête des thématiques relationnelles mortifères

Stephan Hendrick

  1. Présentation

Stephan Hendrick est psychologue, chargé de cours à l’université de Mons. Il travaille à l’hôpital psychiatrique de Mons « Chêne aux Haies » et il a écrit un livre intitulé : « Un modèle de thérapie brève systémique ».

 2. Introduction

Le terme « mortifère » ne doit pas être vu comme renvoyant à la mort mais plutôt à ce qui est malade, à ce qui est problématique. Les pathologies lourdes sont passionnantes même si elles nous confrontent à des difficultés.
Nous avons souvent tendance à aborder les choses sous l’angle de la réussite. Cette procédure unique est dommage car il est parfois intéressant de se demander pourquoi ca a coincé dans telle ou telle situation. Pour cela et pour illustrer la dynamique systémique, Stephen Hendricks commence par nous relater un échec présent.

  3. Présentation d’un cas clinique

  • Situation clinique :

Claudia, fille de 27ans, schizophrène, ayant un langage désorganisé et utilisant des termes assez crus. Celle-ci utilise des termes incestueux notamment concernant son père. Elle montre une certaine ambivalence par rapport à sa mère. Les parents sont divorcés et un premier contact avec la mère permet de savoir qu’elle ne veut pas de contacts avec son ex époux.
La prise en charge se fait par une équipe systémique plutôt d’orientation dynamique.
La mère se présente comme une petite femme froide, piquante et déterminée. Claudia est très énervée pendant l’entretien, un projet en centre de jour la tente beaucoup. La mère, quant à elle, se montre plus incertaine.
Le troisième entretien avec Claudia et ses parents se déroule de façon chaotique. Claudia agresse notamment son père pour ensuite faire cause avec. Le père se montre, pour sa part, agressif et disqualificatif avec les membres du personnel.
Une prochaine invitation est déclinée par le père et acceptée par la mère. Celle-ci débarque à l’entretien amenant avec elle une kinésiologue ainsi que des idées pour les soins de sa fille. Le psychiatre vient à l’entretien et recadre un peu les choses.
A certains moments, Claudia décrit bien le contexte dans lequel elle est mise. Madame et son ex mari ne croient pas à la possibilité de l’hospitalisation. La mère est devenue une sorte de coach pour sa fille et veut la faire aller à l’étranger pour voir un guérisseur.
Claudia a déjà fais deux tentatives de suicide ; l’une lors d’une hospitalisation précédente et la seconde chez sa mère. Ces deux tentatives n’ont jamais été verbalisées dans un cadre thérapeutique.
Les entretiens n’apportent pas grand chose car il n’y a pas de questionnement de la mère sur le vécu de sa fille. Claudia, pour sa part, se montre harcelante, provocante et agressive avec le personnel ce qui laisse craindre à Stephan Hendrick une escalade.
Durant les vacances, la prise en charge est interrompue en raison du départ en vacance des parents ainsi que des membres de l’équipe soignante. L’escalade se poursuit jusqu’à ce que Claudia finisse par agresser un infirmier avec une agrafeuse.
Si une mesure de protection est prise on répète à un scénario préinscrit dans la famille, d’où l’hésitation des membres de l’équipe concernant la prise en charge à adopter. On finit par adopter une prise en charge triangulaire avec la famille tout en continuant une prise en charge individuelle de Claudia.

  • Echanges sur le cas :

Voici les diverses questions posées ainsi que les réponses données par Stephan Hendrick :
Quelles étaient les circonstances de l’hospitalisation ? Celle-ci s’est faite en raison de l’incapacité de la mère à contenir les propos de Claudia.
Pourquoi une thérapie familiale au sens strict ne pouvait elle pas avoir lieu ? Elle ne pouvait pas avoir lieu car ce n’était pas la demande. Il n’y avait même pas de demande d’entretien familial.
Met on ensemble des gens séparés lors d’entretiens familiaux ? A priori non mais certaines personnes ont suffisamment dépassé leurs conflits que pour que l’entretien soit vivable.
L’équipe avait elle des attentes concernant les entretiens familiaux ? L’attente concernait le fait de s’informer de la situation. Ce qui est assez positif durant un entretien consiste à créer une alliance avec la famille.
Une prise en charge individuelles était-elle prévue ? Il y avait une thérapie individuelle, un ergothérapeute dont le travail était centré sur la psychose ainsi que des zones de travail avec les infirmières car les prises de repas etc. sont une autre façon d’entrer en relation avec le patient.
Que faites vous quand le lien avec l’institution est cassé ? Dans cette famille, il y a eu peu d’informations dans le récit en ce qui concerne les moments difficiles. On peut analyser la demande mais on ne peut travailler qu’avec ce que les gens nous amènent.
Qu’en est-il de la chronicité dans l’histoire de la famille avec l’Institution ? Le père n’a pas répondu quand il lui a été demandé pourquoi il en voulait à l’hôpital. Le fait que les personnes choisissent un cadre hospitalier est une manière de trouver un contenant.
Les propos incestueux de la fille ont-ils étés pris en compte ? Cette thématique ne vient pas en avant plan dans la thérapie individuelle mais Claudia met cela en scène dans les couloirs. Peut- être le comportement du père vis-à-vis de l’institution est il défensif par rapport à ses prétendus abus.

  • Lecture que fait Stephan Hendrick de la situation :

Stephan Hendrick pense avoir raté une occasion de dire, en réunion, lors de la première phase d’évaluation, que la famille n’est pas preneuse d’entretiens familiaux et que si celle-ci ne l’est pas on risquerait d’en arriver à des conflits de loyauté.
Selon lui, le pattern était pré écrit et il était prévisible que la violence allait se reproduire. La question est de savoir si on peut dire d’emblée qu’on refuse d’hospitaliser. Il faut tenir compte du fait que psychologues et psychiatres se situent différemment face aux maladies mentales. Il faut aussi tenir compte de l’éthique médicale selon laquelle on ne peut pas dire que parce qu’une famille ne se plie pas aux exigences, on doit cesser la prise en charge.
Stephan Hendrick propose la solution qui consiste à programmer une date de sortie et de reprogrammer une date d’admission. Il voit cette possibilité comme un essai mutuel de quelques semaines en offrant la possibilité de dire à l’autre qu’on n’a pas envie de travailler avec. Pour lui, il faut pouvoir se payer le luxe de dire qu’il faut y avoir une fin d’hospitalisation sans attendre un élément déterminant de façon à baliser. Il voit ceci comme une manière de permettre l’ouverture d’un espace de parole avec la famille en leur demandant ce qui fait qu’ils veulent continuer mais qu’ils bloquent, et ce sous forme de demande de conseil.

  4. Aperçu du livre « Un modèle de thérapie brève systémique »

  • Un mot sur les thérapies brèves systémiques

Dans les thérapies brèves, ce qui intéresse c’est de clarifier les processus de changement. Les pratiques spécifiques des thérapies brèves sont : la focalisation constante sur une thématique, rendre le patient actif, les encouragements du client à modifier ses expériences, l’autoévaluation, l’attention appliquée à la vie quotidienne, le concept de compétence, la sélection des patients ainsi que l’utilisation des techniques spécifiques facilitant le changement.
L’épistémologie systémique est d’emblée dans le changement. Il y a une coté éclectique.

Le modèle est conçu sur trois postulats de base :

  • Le système a des compétences.
  • La porte d’entrée c’est l’interactionnel, le lien.
  • Il faut ponctuer les choses dans une durée.

A partir de ces postulats, il a opérationnalisé des principes et mis au point des techniques. Ces postulats doivent, selon Stephan Hendrick, être gardés en tête durant toute la durée des processus thérapeutiques. Parler d’une fin serait notamment instiller l’espoir et assurer la cohésion.

Principes :

  • Traduction pragmatique des postulats
  • Règles qui gouvernent les actions du thérapeute
  • Autorise des processus de type essai- erreur
  • Appliqués à des degrés divers selon le style interactionnel du patient.

Techniques :
Il existe plus d’une technique et aucune obligation d’en utiliser une particulière.

➢ Exemple de postulat de compétence

On peut utiliser les cinq principes. Ex : utiliser les solutions du patient et non celles du thérapeute. Il y a les techniques de question miracle, des exceptions, des échelles. C’est plutôt une technique du savoir que de l’être. Selon Stephan Hendrick, quand on fait une dépression, il y a toujours moyen de ne pas faire. Par contre, quand on dit « être dépressif » c’est un statut, ca touche à l’identité et ca renvoie donc à quelque chose de plus difficile à modifier.

➢ Exemple de postulat relationnel

On sait aujourd’hui que la dépression à des affects interactionnels, dépressifs, somatiques etc. On a également montré que quand un des affects est déclenché à nouveau, les autres affects se déclenchent également. Pour Stephan Hendrick, c’est une bonne nouvelle car ca veut dire qu’on a cinq portes d’entrée vers la dépression. Il nous illustre cela par le cas d’une dame qui savait qu’elle allait tomber en dépression car elle n’avait pas d’appétit. On s’est rendu compte que l’expérience corporelle était plus forte chez elle. On a donné à cette dame un médicament pour ouvrir l’appétit et comme elle a recommencé à manger, elle s’est dit que sa dépression était terminée.
Monsieur Hendrick amène aussi l’idée qu’il faut travailler la vision qu’on a en tant que psychologue. Si on voit une pathologie comme lourde, difficile, on risque de le transmettre au patient, et inversement.
Il nous propose d’utiliser comme principe celui d’utiliser les interactions corps-esprit. Ces expériences sont parfois tenaces, persistantes, mortifères et d’ou le titre parce que leur ancrage est multiple (fruit de l’évolution dans l’espèce, ancrée dans notre culture, dans nos habitudes sociales). Ex : nos habitudes sont tenaces mais elles peuvent être modifiées dans des temps courts.

5. Cas : comment donner naissance à une fleur ?

Stephan Hendrick nous raconte ici le cas d’une dame venue le consulter car elle n’arrivait pas à tomber enceinte sans qu’il y ait de causes biologiques. Celle-ci vient avec une dépression et des maux de tête très tenaces. Elle a eu une enfance très insinécure. Sa demande est de faire disparaitre les maux de tête et de l’aider à tomber enceinte. Etre enceinte est une obsession pour elle. Il est constaté qu’elle est hyper vigilante par rapport aux symptômes de la dépression.
Stephan Hendrick a utilisé avec elle la technique des exceptions. Il lui a ainsi demandé quand est ce qu’elle se sentait sereine. Apres lui avoir répondu qu’elle était sereine lorsqu’ elle faisait du jardinage, ils ont discuté de jardinage pendant toute la séance. Lors de l’entretien suivant, le psychologue a reparlé de jardinage à la dame en reprenant exactement ces termes à elle. Il lui a également proposé d’arrêter un an les tentatives d’être enceinte en argumentant que ca pourrait avoir un effet bénéfique sur les maux de tête.
On voit que dans ce cas, la technique des exceptions à permis de faire ressortir les moments où madame était apaisée. De plus, le sujet du jardinage permettait de parler de fertilité sans en parler.
Quand la patiente revient quelques mois plus tard, elle n’a plus de maux de tête et est enceinte.

  • Théories de l’attachement

Celles-ci sont, selon Stephan Hendrick, en complément à l’approche systémique et ont un grand intérêt dans le sens où les gens n’ont pas peur de filmer. Durant son exposé, il commence à nous parler de Lorenz et de l’emprunte avant de continuer avec Harlow et son expériences sur les primates qui montre l’importance des caresses. Il fait ensuite un détour par les travaux de Spitz sur les bébés humains avant de nous parler de Bowlby. Ce dernier qui, ayant repris tous les travaux cités précédemment, a vu dans le système d’attachement une fonction de maintien de proximité entre les parents et leur progéniture. Ce système procure, selon lui, un avantage à l’espèce en ce qui concerne la protection de la progéniture. L’inverse de l’attachement serait l’exploration. Il fait ensuite référence aux travaux d’Ainsworth et de la Strange Situation Procedure qu’elle a mis sur pied. Procédure qui consiste en une observation en huit phases comprenant une mère, un enfant et un étranger avant de classer en catégories d’attachement en fonction d’un décodage minutieux des enregistrements.

Il nous parle aussi de Mary Main et de ses travaux sur ce qu’il reste de l’attachement à l’âge adulte. Ayant remarqué que les enfants sécures était cohérents dans les adjectifs choisis pour qualifier leurs parents et les récits narrés alors que les insécures ne l’étaient pas, elle s’est demandée comment ca s’était passé dans les générations ce qui lui a permit de mettre en lumière le fait que c’est a peut prés les mêmes schémas et les mêmes catégories d’attachement qui se répètent.
Un modèle interne opérant à été induit par ces travaux et la transmission générationnelle de ce modèle pourrait expliquer selon Stephan Hendrick, pourquoi certains patients sont si résistants au changement. Il parle aussi d’un phénomène de filtrage qui va expliquer par exemple qu’une enfant battue va rechercher un partenaire disposé à devenir un mari violent.
Il donne un exemple d’application en proposant, pour savoir si un enfant est sécure, de convenir avec les parents qu’à un signal particulier ils partiront de la pièce et reviendront quelques minutes après. Ce laps de temps avec l’enfant permettant d’observer comme celui-ci réagit au départ des parents, en tête à tête avec un étranger et au retour des parents.

  • Troubles de l’attachement

Pour illustré ces troubles, l’orateur nous a proposé la vidéo du petit John, un enfant de 11mois séparé dix jours de sa mère.
Si un enfant est séparé des mois de sa mère à une période critique, on remarque une fonte de l’hippocampe qui est la zone liée aux émotions ainsi que dans certains cas, un nanisme affectif. On s’est également rendu compte lors d’expériences sur les bébés singe que les caresses d’une mère peuvent activer des gènes responsables de la capture des hormones de stress.
L’orateur se base sur ces recherches pour nous transmettre qu’on peut se montrer caressant d’un point de vue symbolique dans la relation à l’autre. Rien que le fait de s’intéresser à la personne et de lui demander si elle prend bien soin d’elle peut être vécu comme une caresse.
A la question de savoir comment cela se fait qu’on est capable d’avoir une telle capacité de résistance à la souffrance d’autrui (comme illustré dans la vidéo du petit John), Stephan Hendrick répond que notre filtrage perceptif fait qu’on voit ce qu’on a envie de voir et qu’on apprend à se blinder.

  • Troubles de l’attachement et psychopathologies

Ce n’est pas parce qu’un enfant aura un attachement insécure qu’il va développer un trouble de l’attachement. Les enfants ont des compétences pour s’en sortir. Pour illustrer ces compétences, Stephan Hendrick nous propose deux vidéos ; l’une montrant différentes stratégies utilisées par les enfants pour être pris par leurs parents et l’autre montrant les efforts des enfants pour attirer l’attention de leur mère face au « still face » ainsi que leurs réactions face à une mère au visage inexpressif.

  6. Conclusion :

L’observation des interactions non verbales est vraiment très riche, c’est un point de travail thérapeutique tout à fait puissant. En comprenant ce qui se passe dans l’ici et maintenant de la séance, on peut tirer des hypothèses. Si on est convaincu que les gens ont des performances, alors on peut avoir un champ de travail fabuleux. Soigner le patient en psychiatrie passe aussi par le fait de soigner le lien entre l’équipe et le patient.

Un ouvrage récent de l’auteur :

Voyez l’article 281

Vous pouvez télécharger ce fichiers en mp3

Vous pouvez aussi télécharger les diaporamas suivants en pdf :


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26 octobre 2008
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34.6 Mo

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