Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

LA FAMILLE ADOLESCENTE : SI LOIN... SI PROCHE.

par Elida Romano

mardi 31 mars 2009 par Romano Elida

 LA FAMILLE ADOLESCENTE : SI LOIN... SI PROCHE.

 Présentation

L’adolescence progresse entre enfance et âge adulte en imprimant au temps familial de brusques mouvements d’accélération et de ralentissement. Parents et adolescents avancent et reculent dans un monde où les routes ne sont plus tracées.

A ce carrefour de leur vie, en effet, ils partagent de façon aiguë une croyance commune : celle de leur dissemblance. Il y a lutte entre vécu de dissemblance et réalité d’appartenance.

Parfois, dans cette lutte, l’intensité des symptômes impose l’hospitalisation en milieu psychiatrique. Elle est, il est vrai, cohérente avec l’impuissance parentale et l’inaccessibilité de l’adolescent. Lorsque l’institution accepte le transfert de responsabilité que signe l’hospitalisation - désignation de l’adolescent -, elle confirme les parents dans leur incompétence et l’adolescent dans sa solitude et sa qualité d’étranger au monde familial. L’hospitalisation, quand elle s’avère indispensable, doit avoir pour objectif la réactivation des liens familiaux dans le sens d’une requalification parentale.

Des cas cliniques sur « Groupes Thérapeutiques des Adolescents » et des séances de « Thérapie Familiale » seront exposés.

 Résumé

par Leguebe Sandrine

Présentation de l’institution et du cadre de travail

Formée à l’école italienne de Selvini Palazzoli, elle travaille depuis 18 ans en hôpital psychiatrique à Aubervilliers où elle reçoit des adolescents et des familles d’adolescents. Elle est responsable d’une équipe de quatorze thérapeutes formée de psychiatres, psychologues, assistants sociaux et infirmières psychiatriques, ayant minimum quatre ans de formation en thérapie familiale. C’est un service d’adolescents et d’adultes.

Groupe d’adolescents, thérapies familiales et thérapies individuelles se font en même temps. Le moment de l’adolescence est toujours le moment où les parents se sentent impuissants. Ils ont tendance à mettre des limites rigides avant de finir par démissionner. Dans certains cas, le seul recours est l’hôpital psychiatrique. Pour accepter l’hospitalisation d’un adolescent, il faut que l’adolescent soit d’accord mais aussi que les parents acceptent de venir en thérapie familiale au moins deux fois semaine. Si l’enfant refuse de donner son accord à l’hospitalisation, l’équipe va s’entretenir avec jusqu’à ce qu’il finisse par le donner.

Elida Romano va nous parler du travail fait avec les adolescents durant et après leur hospitalisation. Pour ce faire, elle va, tout d’abord, faire une petite présentation théorique avec des généralités sur les adolescents. Ensuite, elle va nous montrer quelques vidéos sur la façon dont cela se passe sur le terrain. Enfin, elle va nous présenter un suivi qu’elle a effectué avec une famille.

Notions théoriques concernant l’adolescence en général

Vous trouverez ci-joint le diaporama concernant cette partie :

Quand il y a un problème dans la famille, ces familles commencent à se resserrer sur elles même et sur leur appartenance. L’adolescent ne peut donc essayer d’avoir des groupes d’appartenance à l’extérieur de la famille que si ce geste n’est pas considéré par la famille comme abandon ou comme trahison. Dans les familles symptomatiques, l’extérieur est vécu comme dangereux. Ce sont des familles fort fermées. Plus forte est l’installation du symptôme et plus la famille a tendance à se recentrer sur elle-même. Elida Romano fait ensuite référence à Bozormenyi-Nagy et sa notion de « loyautés invisibles » en parlant de la loyauté qui unit les membres de ces familles où n’importe quel mouvement peut être perçu comme trahison. Elle fait également référence à Withaker qui a défini l’autonomie comme le moment où on peut accepter qu’on appartienne à quelqu’un. En effet, pour elle, il est important de savoir qu’on ne peut pas parler d’autonomie sans parler de relations.

Les processus de différenciation des adolescents passent par des périodes chaotiques. C’est toujours dans les extrêmes, ou on est comme papa et maman ou complètement différent. Il n’y a pas de passage entre les deux extrêmes.

Elle fait également référence à Withaker, quant à sa conception selon laquelle plus on appartiendra et plus on sera capable de se différencier. Elle reprend aussi son idée de dette qu’elle voit comme positive. Pour elle, devoir quelque chose à quelqu’un est une force qui dit que quelqu’un a fait quelque chose pour nous et que nous pouvons également faire quelque chose pour l’autre. Elle reprend également son idée de « sauts dans le temps » en disant qu’il est intéressant d’aller dans le passé pour pouvoir progresser vers l’avenir. C’est une façon de mettre les familles en mouvement.

L’adolescence est le moment où la relation parents-enfants doit se renégocier. Ce qui pose des difficultés autant pour l’adolescent que pour le parent vu que il y a réciprocité et l’autorité symétrique doit disparaître. Si il n’y a pas disparition de l’autorité symétrique, le nid familial devient forteresse. L’adolescent ne peut ainsi réagir que par passage à l’acte. Dans ce contexte, le symptôme apparaît donc souvent comme un compromis paradoxal entre les finalités individuelles de l’adolescent et les finalités familiales.

On parle des « familles adolescentes » car l’adolescence est un moment important dans la famille. C’est toujours le moment où les parents se sentent incompétents. Les adolescents vont caricaturer leur personnalité dans un climat répressif. Quand on a des adolescents, on devient autoritaire puis c’est trop difficile de maintenir le « non » donc on finit par abdiquer parce qu’on ne sait pas quoi faire. Le résultat est donc l’abdication des parents. Dans certains cas, le seul recours est l’hospitalisation dans un service psychiatrique.

Ce sur quoi il est intéressant de s’interroger est ce qu’on va faire de l’hospitalisation. En effet, l’acceptation d’hospitalisation risque de confirmer les parents dans leur incompétence et l’adolescent dans sa solitude et sa qualité d’étranger au monde familial. Il faut donc se demander comment accepter l’hospitalisation en s’assurant de la compétence des parents.

Il y a une équipe d’admission qui va accepter l’hospitalisation avec des conditions très claires : il faut que l’adolescent soit d’accord pour l’hospitalisation et que les parents soient d’accords de venir deux fois semaines. Si l’ado n’accepte pas l’hospitalisation, l’équipe va travailler pendant quelques heures avec l’adolescent jusqu’à ce que celui-ci accepte. Tout ce travail est fait par l’équipe d’admission.

Apres cette rencontre de l’équipe d’admission, la famille passe à la rencontre avec l’unité familiale qui travaille à l’intérieur du service.

Les adolescents hospitalisés ont souvent arrêté l’école depuis un certain temps. Pour eux, la poursuite de la scolarité est quelque chose d’important. Il y a un lycée près d’Aubervilliers ou le chef de service a de bons contacts avec le directeur. On va donc essayer que l’adolescent continue sa scolarité.

Groupes d’adolescents

On le propose à la famille dés le premier entretien avec la famille. Cela se déroule une fois par semaine dés le début de l’hospitalisation. Cette demande est faite directement à l’intérieur de la famille car on a besoin de l’acceptation de la famille pour pouvoir travailler avec les adolescents. Cet espace de groupe de parole est à la jonction de deux espaces de groupes d’appartenance, celui avec la famille et celui avec les pairs. Cet espace intermédiaire remplit la fonction d’intermédiaire entre les deux espaces. Celui qui raconte son histoire est en train de se former et la circularisation du problème favorise la réécriture de la situation.

L’idée des groupes d’adolescents est de rentrer dans les groupes en demandant de quoi ils veulent parler ou bien elle lance une idée.

La plupart des adolescents reçus en hospitalisation sont ceux qui ont fait des tentatives de suicide. Au sein des groupes adolescents, chacun retrouve un espace personnel respecté par les autres ce qui permet à tous une prise de distance qui permet une élaboration d’un processus de différenciation. On va travailler la différence entre rupture et séparation pour leur permettre de savoir de séparer sans avoir besoin d’avoir recours à la rupture. La co-évolution de ces deux processus thérapeutiques semble évoluer vers la stabilisation du système familial. Pour Elida Romano, il est important de travailler avec ces deux espaces.

Parfois, celle-ci se retrouve dans les deux contextes mais les adolescents peuvent dire ce qu’ils veulent car le pacte est qu’on ne dit pas dans les familles ce qui se dit dans le groupe. Ainsi, même ce qui est dit lors du groupe et semble important à dire aux parents n’est pas répété par Elida Romano. Dans un premier temps, elle attend que l’adolescent le dise lui-même à ses parents et si elle trouve que cela doit être dit elle peut en parler lors du groupe adolescent en demandant à l’adolescent si il accepte de lui faire confiance pour qu’elle l’aide à le dire aux parents. Ils peuvent ensuite travailler avec le groupe sur la meilleure manière d’aborder le sujet avec les parents. Il faut attendre que les adolescents soient prêts et respecter le temps de la famille.

Dans chaque groupe, on demande à ceux qui sont là depuis le plus longtemps, d’aider les nouveaux à s’intégrer. C’est une manière adéquate de passer le relais dans des groupes toujours en mouvement.

Dans les groupes adolescents, on va travailler surtout l’utilisation des limites, la recherche des compétences et la circularisation de la difficulté.

Questions-réponses

  • Comment décider de la sortir de l’hôpital ? Elle n’a rien avoir avec cela.
  • Comment faites vous avec les parents séparés et recomposés ? Elle convoque toujours les couples séparés. Pour elle, c’est la convocation des parents et on ne divorce pas comme parent mais bien comme homme et femme. Les premières séances c’est toujours avec les couples des parents.
  • Comment se passe la sortie du groupe adolescent ? Ce sont des choses qui sont discutées et décidées au sein du groupe adolescent.
  • En convoquant les parents séparés ensemble, n’avez-vous pas eu l’impression que les enfants entretenaient les symptômes pour maintenir leurs parents ? Elida Romano considère que pour se séparer il faut se mettre ensemble. Les réunir serait ainsi une manière de les aider à se séparer. Elle part du principe que c’est le couple parental qu’on convoque et non le couple conjugal et que si ceux-ci ont des divergences, elles touchent le couple conjugal. Quand on travaille les conflits parentaux, on travaille en réalité les conflits conjugaux masqués.

Extraits de séances du groupe adolescent

Elida Romano nous propose ensuite des séquences vidéos tournées lors des groupes adolescents. Nous y voyons sept jeunes en train de discuter avec elle et son collègue. Elle les laisse parler entre eux sans trop intervenir de façon à ne pas prendre le rôle de parent.

Lors de la séance, une des jeunes filles énonce le fait que par son symptôme, elle déstabilise toute la famille, qu’elle est le centre de la famille. Elle dit de façon claire que c’est à la fois un fardeau et un privilège d’être le centre de la famille. C’est une manière pour la jeune fille de dire qu’elle a envie de grandir mais qu’elle ne peut pas.

Elida Romano ne s’intéresse pas vraiment la vérité des dires des patients. Pour elle, la vérité ce n’est pas ce qui est dit mais ce qu’on construit et ce que les patients disent est donc automatiquement vrai.

Extraits d’entretien familial : famille de Sophie

Sophie a fait une fugue, s’est senti très mal et a téléphoné pour se faire hospitaliser. On assiste à la séance où ils préparent la sortie de l’hôpital. Les parents sont séparés, chacun est en couple et à un enfant de six mois. Le fait que les parents de cette jeune fille sont séparés n’a pas empêché de les voir toujours ensemble.

On voit durant l’entretien un saut dans le passé de la famille, comme en parle Withaker, lorsque la mère de Sophie voit dans le rapport entre sa fille et son ex- conjoint, le rapport qu’elle entretenait elle-même avec son propre père.

Lors de la dernière séance, Il est courant de consulter la famille pour voir si l’aide qu’on leur a apportée a été adéquate. Dans le cas exposé, chaque membre de la famille devait inviter une personne au choix en séance. On voit que lorsqu’on propose d’amener quelqu’un, la famille se présente comme elle est actuellement. C’est une façon de se rassembler pour se séparer.

Ce qui est intéressant c’est que la jeune fille dit qu’elle n’est plus capable de fuguer, qu’une barrière est mise entre « elle et elle ». Cela montre qu’elle arrive à s’approprier la partie qui lui appartient ce qui montre, selon Elida Romano, que la thérapie réussit.

Présentation d’un suivi familial : Florian et sa famille

Elida Romano nous présente ensuite le cas de Florian. Celui-ci a été hospitalisé le lundi et Madame Romano l’a rencontré le mercredi avec sa famille. Florian était déprimé et est devenu confus. C’est à cause de cette confusion que sa mère l’a emmené à l’hôpital.

Lors de la première séance, tout le monde a été convoqué. Sont présents Florian, sa mère, sa tante, sa cousine et sa grand-mère.

Florian vit avec sa mère. Elle a rencontré son père, est tombée enceinte et le père est parti avant l’accouchement. Florian qui a dix-huit ans n’a donc jamais rencontré son père. Il vit avec sa mère seule. Annie a une sœur, Catherine, qui vit avec sa fille et n’est jamais non plus sortie avec le père de sa fille. La grand- mère est le grand-père se sont séparés quand les filles étaient jeunes (Annie dix ans et Catherine sept) et la grand-mère a eu une dépression durant trois ans et ce sont Annie et Catherine qui se sont occupées de leur mère. Le père est parti avec une fille qu’il a épousée et, après quelques années sans voir les filles, toute la famille s’est réunie ensemble jusqu’à la mort de cette femme. Ensuite, le père est retourné avec son premier amour, mais cette femme a tout coupé car elle ne veut pas que la famille se voie. Tout cela a été dit à la première séance.

En ce qui concerne la vie de famille, il est à noter que la grand-mère de Florian vit en face de chez Annie et à coté de chez Catherine

A la deuxième séance, Elida Romano aurait bien voulu la présence d’un homme. Comme le grand-père n’est pas venu, elle a parlé de lui durant dix minutes en espérant que celui-ci serait présent lors de la prochaine séance. A la fin de la séance, elle a insisté pour qu’il vienne et a demandé à Florian de l’amener. Selon elle, Florian est le seul à pouvoir le faire venir car la porte d’entrée est toujours le patient désigné. De plus, si le grand- père ne vient pas, c’est Florian qui a échoué. Par principe, elle apporte toujours de l’importance à trois générations. En entretien, elle essaye de voir ce qu’Elsa utilise pour réguler la distance avec sa mère pour voir si on peut étendre cela à Florian.

Elle parle également d’hospitalisation psychiatrique de façon à anticiper la rechute pour qu’elle n’arrive pas. Il est intéressant de voir que le grand- père, lorsqu’il vient à la troisième séance, émet de lui-même l’hypothèse qu’il y a trop de femmes dans la famille. Madame Romano partage cet avis depuis longtemps mais il fallait que ce soit quelqu’un à l’intérieur du système familial qui amène cette hypothèse.

L’hospitalisation peut être créative et productive quand elle est bien utilisée. En effet, le moment de l’hospitalisation est un moment adéquat pour commencer un travail avec la famille car le système est plus ouvert sur les propositions.

 Fichiers d’enregistrement

 Vous trouverez ci-dessous les documents audios que vous pouvez télécharger pour écouter la conférence :

Voir en ligne : Un autre article

Romano Elida

Articles de cet auteur

enregistrer pdf
Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 3936 / 992536

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SAVOIR THÉORIQUE  Suivre la vie du site Documents pédagogiques : conférences,videos,notes de (...)  Suivre la vie du site Échanges à partir des conférences   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License