Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Les resources de la fratrie

Sous la direction de Edith Tilmans-Ostyn et Muriel Meynckens-Fourez

mardi 24 mars 2009 par Vincart Véronique

Ce commentaire a été rédigé par Véronique Vincart dans le cadre du groupe « systémique »

Nous avons choisi de faire référence à ce livre dans le cadre de notre intérêt à la question « divorce et systémique ». La place occupée par une personne dans sa famille d’origine à des implications sur sa relation de couple et la construction de sa famille future. Les relations au sein de la fratrie sont un premier apprentissage de la vie sociale, des rapports avec ses paires.
Nous accorderons donc une attention particulière dans ce livre aux questions qui concernent ce thème tout en reprenant les idées principales reprises par ses auteurs. Il s’agit en effet d’un ouvrage collectif abordant la question de la fratrie sous différents angles.

6 parties :

I. De la fraternité à la fratrie

II. La fratrie, levier psychothérapeutique

III. Application à des constellations particulières

IV. Atouts et limites du travail avec les fratries en institution

V. Du rôle familial au rôle professionnel

VI. Eclairage psychanalytique

 I. De la fraternité à la fratrie

B.Fourez nous rappelle que nous évoluons dans un monde où l’horizontalité a pris le pas sur la verticalité.
Nous avons des rapports qui se veulent de plus en plus égalitaires, refusant souvent l’exercice du pouvoir, donnant moins d’importance à ce qui préexiste à l’individu et donnant une plus grande attention au présent, à l’expression de nous même. Il y voit une fragilisation du lien social qui serait basé sur la coexistence de singularités. Selon B.Fourez, ce lien postmoderne n’est en soi plus un véritable lien social.
La relation conjugale dans un tel contexte est plus fragile et soumise à une remise en question permanente.
Il conseille dans les consultations familiales d’être attentifs à cette dimension verticale, en interrogeant notamment les fratries sur ce qu’ils souhaitent transmettre aux générations futures, de ce qu’ils ont eux-mêmes reçu en terme de valeurs,…

M.Meynckens rappelle dans le chapitre suivant différents fonctionnements des familles ainsi que les grands principes de la communication.
Elle évoque le fait que la naissance d’un premier enfant est un des premières causes de divorce ou de séparation des couples.
Chaque naissance remodèle les structures et liens au sein de la famille.
Le rôle de l’aîné étant celui d’ouvrir les portes, celui du cadet de les fermer.
Elle nous montre comment le système familial peut utiliser ses membres pour créer des alliances diverses décrites par différents auteurs comme Caplow (coalition), Minuchin(la triangulation), Haley (le triangle pervers)
Ces jeux d’alliance et de manipulation à la limite de la conscience viennent en réponse aux différents stress tant internes qu’externes qui secouent les familles et les angoissent .

Il est fréquent de constater que des conflits au sein d’une fratrie rejouent les conflits des générations antérieures.
Elle rappelle que être parent c’est aussi accepter l’existence de disputes, de jalousie et de rivalité au sein de la fratrie et qu’il est parfois vain de vouloir les éviter ou de trop vouloir comprendre.

La rivalité au sein d’une fratrie sera différente notamment en fonction de l’âge des enfants, de l’écart entre eux, du nombre d’enfants et du fonctionnement psychoaffectif de chacun.

Elle se tourne vers la psychanalyse pour expliquer différents mécanismes de défenses adoptés par les enfants pris dans des conflits.
Chaque enfant va réagir face à ses propres pulsions agressives de façon particulière en fonction de son âge, du contexte et de son fonctionnement propre.

Elle aborde ensuite les risques liés au phénomène normal de désidentification décrit par Viorst. « Ce néologisme désigne la distinction entre frère(s) et sœur(s) qui affecte à chacun des caractéristiques affectives et relationnels inverses de celles de l’autre. Ce mécanisme constitue une défense contre la rivalité fraternelle en fournissant à chaque enfant une identité séparée mais égale. Il ne permet pas aux autres qualités de se développer, figeant ainsi la personne dans une identité claire et renvoie l’individu à la question de savoir qui il est vraiment.

Elle rappelle aussi comment les relations fraternelles constituent un apprentissage essentiel pour la vie conjugale

 II. La fratrie, levier psychothérapeutique

Edith Tilmans-Ostyn

Elle est d’emblée attentive aux premiers messages donnés par la famille qui fait une demande de thérapie.
Il est important d’explorer les enjeux et les risques pour et avec la famille d’un travail thérapeutique tout en questionnant le rôle qui est attribué au thérapeute par la famille avant de se pencher sur la plainte. Une attention particulière est également prise pour établir un cadre suffisamment rassurant. Pour cela, elle demande l’aide de la famille, leur demandant de la rassurer sur les limites à ne pas dépasser.

Elle accorde une grande attention à l’expression des enfants en thérapie indiquant à la famille qu’ils ont un sens pour elle.
Elle questionne également le sens de la présence ou l’absence de certains membres de la famille, les implications que cela peut avoir après la séance,…ainsi que les expériences antérieures de thérapies.

Lorsque des parents font une demande de thérapie centrée sur un jeune enfant, elle propose d’emblée d’élargir le cadre, proposant à la famille de venir au complet tout en laissant la décision à la famille elle-même.

Elle collecte la façon dont chaque membre se situe par rapport au problème exposé et veille à savoir ce que chacun a compris de cette démarche en interrogeant en premier le plus jeune.

Elle va utiliser l’expression souvent non verbale ( le dessin,..) comme indice dans son travail avec la famille tout en proposant d’autres outils métaphoriques à toute la famille. (la baguette magique, les totems (si les membres de ta famille étaient un animal)
Ce travail avec l’enfant va l’aider à rejoindre l’enfant dans l’adulte. « Grâce à la demande que font les adultes pour leurs enfants, notre travail consiste ici à rendre assimilable pour les adultes leur passé traumatisant. »

Plus particulièrement dans un contexte de traumatismes à répétitions (parents maltraités qui maltraitent à leur tour leurs enfants) , elle propose au thérapeute (pour éviter qu’il ne protège uniquement l’enfant contre l’adulte) d’osciller entre les deux fonctions de soutien et de protection, en assurant une structure de réalité qui protègera l’enfant contre la maltraitance actuelle.

Elle reprend le phénomène de désidentification cité plus haut en disant qu’il peut avoir des répercussions à long terme sur la vie adulte et dans la vie de couple et rappelle que selon Dicks (1967) la séparation ou le divorce est en premier lieu un essai de séparation d’une emprise étouffante de ces relations précoces et durables.
Elle cite Hirsch « on n’est pas amoureux du partenaire mais du type de relation qu’on peut établir avec lui ». Elle ajoute que « les recherches de différences à tout prix, avec construction d’un faux self, peuvent se rejouer dans les divorces où les adultes ne se séparent pas émotionnellement de leur partenaire mais du souvenir relationnel avec leur frère ou sœur, cette fois ci dans la réalité plutôt que dans l’imaginaire. Cette démarche de séparation, voir de divorce est vécue comme seule issue pour développer le soi original dans toutes ses potentialités ».

« Le travail du thérapeute peut consister en partie à rendre possible un nouveau comportement dans le couple qui met un des partenaires en déloyauté par rapport au mythe de sa famille d’origine qui le ligote. Le processus de séparation émotionnel et de différenciation commence à s’activer vers un investissement différent dans le couple. » (En proposant par exemple à un membre du couple un entretien avec sa fratrie).

Elle cite différents outils métaphoriques mais également issus de la culture (vidéo, romans) pour permettre un changement créant ainsi un espace transitionnel. Cela permet un élargissement du champ des choix personnels et une ouverture vers de nouvelles perspectives construites sur base d’autrui. Elle propose donc une série de titres de livres, films, … se rapportant à différents thèmes.

En conclusion, elle favorise la création de groupes de paroles d’enfants partageant la même place au sein de leur famille.

Dans le chapitre suivant, elle propose la possibilité en thérapie d’un changement de cadre sous certaines conditions et réserves que nous ne développerons pas ici.
Elle propose dans sa pratique notamment d’inviter à un moment donné la fratrie d’une personne qui vient en thérapie individuelle. L’invitation de la fratrie en séance peut signaler la fin de la thérapie.

Elle attire l’attention des thérapeutes qui travaillent avec des couples sur l’importance d’accorder du temps nécessaire aux évolutions personnelles surtout si les deux conjoints ont connu dans leur propre parcours une situation de distance émotionnelle importante avec sa propre famille. Leur phase d’apprentissage mutuel et de partage affectif est laborieuse et cela vaut tout particulièrement lorsqu’il s’engagent dans en thérapie.

Le travail consiste selon elle a pouvoir également explorer les capacités de pardon par rapport au passé car « aller mieux c’est aussi montrer qu’on pardonne à autrui et qu’on dépasse les évènements traumatisants du passé »
C’est aussi faire le deuil du temps perdu et être attentif aux impossibilités de changement ainsi que les risques qui y sont liés.

Le thérapeute doit également être attentif à l’évolution du patient, fait le parallèle avec l’attitude décrite par Winnicott d’une mère suffisamment bonne.

En conclusion, elle indique qu’il est important que le thérapeute porte son attention sur les relations fraternelles à chaque niveau générationnel afin d’éviter de « confirmer le mythe sociétal que l’avenir dépend exclusivement de nos expériences relationnelles avec nos parents ».

 III. Application à des constellations particulières

M.Simeon parlera dans un autre chapitre du devenir de la fratrie dans les séparations et le recompositions.

Notre civilisation est confrontée à un plus grand nombre de divorces. Cela a une incidence sur la composition de la famille et sur les liens intrafamiliaux au sein des fratries.

En manque de repères légaux notamment, la famille recomposée doit au cas par cas trouver ses propres repères, sa propre structure et surtout ses propres règles.
La justice ne définit en effet pas les droits et devoirs des beaux parents et beaux enfants. (notamment par rapport à l’exercice de l’autorité,…)
A coté d’une grande créativité constatées dans ces familles certains risques et dérives sont parfois présentes : le pouvoir pris par les enfants (décidant parfois de l’entrée ou du maintien des « étrangers dans leur famille), des transgressions au sein des fratries recomposées,…

Ces interventions sont le plus souvent brèves et ne sont pas nommés comme thérapeutiques

« La demande explicite est généralement une attente de reconnaissance, de médiation, d’aménagement familial, …Elles demandent beaucoup de souplesse au niveau des formations des séances et une grande rigueur quant aux retransmissions des échanges » .
Elle conclut chaque séance sur la question « qu’avons-nous compris ensemble, que devrions nous transmettre aux autres, en fonction du projet qui nous rassemble ? »
Enfin, « les démarches thérapeutiques consistent à rejoindre tant les espoirs des adultes que les besoins centrifuges des adolescents impliqués. Elles soutiennent les frères et sœurs rassemblés dans une démarche paradoxale : comment construire un projet pour être ensemble sans l’être vraiment, mais où il faut être ensemble pour l’élaborer ».
« Elle consiste enfin a : expliciter à l’enfant et son/ses parents la souffrance ressentie devant tous les changements à vivre ; aider les parents à reconnaître les services rendus et à lui exprimer sa gratitude ; réfléchir aux zones de responsabilité et aux positions singulières qui doivent être maintenues pour un temps tout en favorisant une progressive resocialisation auréolée de succès ; rassembler la grande famille pour convenir du nouveau code familial. »

M-C. Henriquet parle des enjeux de la migration sur le plan identitaire et systémique. L’immigration modifie la structure et les liens de la famille. La place de chacun, les valeurs qui sont véhiculées, les repères d’identité, d’autorité,…
Ces familles sont prises en permanence dans une tension entre « il faut garder nos traditions et nous valeurs » et « il faut nous adapter ».
Elle évoque l’importance de pouvoir renouer avec le passé pour permettre un nouveau fonctionnement au sein de la famille. Le thérapeute est donc là pour aider ce passage et aider notamment la famille à créer des ponts entre le passé, le présent et le futur.
(revenir sur les solutions trouvées auparavant par la famille en cas de problèmes,..)
Elle indique également que le thérapeute doit pouvoir s’ouvrir à une autre culture, un autre fonctionnement en acceptant par exemple d’aller rencontrer la famille dans son milieu (montrant ainsi que le thérapeute abandonne une partie de son cadre pour s’ouvrir à celui de l’autre).
L’intervention d’une médiatrice-interprète est nécessaire pour éviter qu’un membre de la famille joue ce rôle.

Dans son chapitre sur le handicap, M.Meynckens évoque notamment trois éléments qui influencent les possibilités d’acceptation du handicap dans la famille et cinq facteurs qui agissent sur les attitudes de chacun des membres et qui influencent la relation entre eux et avec l’enfant handicapé.

La présence d’un handicap chez un membre de la famille a également des répercussions sur le fonctionnement de la famille.

Il existe une tendance fréquente dans ces familles où un ou plusieurs membres dont les enfants se situent dans un rôle de soignant ou dans un rôle de patient identifié.

Le risque du coté de l’enfant handicapé est qu’il soit soit surprotégé ou rejeté.

Un risque au niveau de la famille est d’étouffer ses sentiments négatifs, d’agressivité,.. vis-à-vis du membre handicapé, de ne pas autoriser son expression et de créer ainsi un silence autour de la personne qui peut être partagé par l’entourage familial et professionnel.
La honte et la culpabilité sont en partie sous-jacent à cette interdiction.

Cela influence également la relation au sein du couple. Celui-ci est mis à rude épreuve. Certains parviennent à se rapprocher. Il est également fréquent que chacun vive un sentiment de solitude, attendant de l’autre qu’il le soutienne,.. chacun ne vivant pas en même temps les mêmes sentiments,..
Les pères sont souvent exclus de la relation

Les implications du handicap sont aussi fonction de la place de l’enfant handicapé dans la famille (cadet,..), du cycle atteint par la famille (adolescents,…).

 IV. Atouts et limites du travail avec les fratries en institution

M. Meynckens parlera ensuite de son expérience de travail avec les familles au sein d’une institution.
La famille est bouleversée lors d’un placement d’un ou plusieurs enfants.
Se crée alors des sous systèmes, des alliances et apparaissent souvent des conflits. Le travail avec les familles n’est pas thérapeutique à proprement parlé. Il s’agit de rencontres mensuelles dans lesquelles les fratries sont mobilisées et jouent un rôle de « co-thérapeute ».

Autre cas de figure d’un travail avec les familles au sein d’une structure hospitalière pour adultes.

B. Gilain et S. Housen interrogent la possibilité d’un travail avec les fratries au sein d’un hôpital psychiatrique pour femmes adultes.
Pour eux, le travail avec les fratries est un atout complémentaire au traitement.
Ils commencent par exposer les limites du travail avec les fratries (par rapport au secret professionnel, l’approbation du patient,…)
Ils proposent essentiellement des rencontres avec les fratries dans certains cas de figures comme : l’élaboration d’un projet de visite ou d’un retour définitif d’une patiente chez un membre de sa famille, la prise en compte de la demande de la fratrie lors de l’hospitalisation d’une patiente,…

 V. Du rôle familial au rôle professionnel

Dans la 5ieme partie, ce livre interroge l’influence du rôle familial de chacun sur son rôle professionnel

Tout d’abord, Ch. Vander Borght nous invite à reprendre les axes de verticalité et horizontalité présentés par B. Fourez.
Nous nous situons tous par rapport à ces axes de verticalité (représentant les générations antérieurs, le rapport à l’autorité de parents,…) et d’horizontalité (relations avec nos paires,…)
En supervision, Ch. Vander Borght analyse ces dimensions dans nos relations professionnelles. Elle développera la notion d’autorité et de référence dans l’axe de verticalité et les notions d’attachement, de sécurisation et de ressources dans l’axe d’horizontalité.

Edith Tilmans évoque dans le chapitre suivant la façon dont elle utilise différents moyens de la thérapie dans les formations de thérapeutes.
Notamment par la création d’un groupe de paires, favorisant l’émergence de solidarité au sein du groupe, utilisant le groupe pour permettre à chacun d’expérimenter le plus possible ses capacités personnelles au service de la thérapie et de forger son propre style. Elle propose également l’utilisation de différents outils métaphoriques utilisé en thérapie.

 VI. Eclairage psychanalytique

Un dernier chapitre écrit par Marianne Debry est consacré à la vision psychanalytique de la fratrie. Il aborde notamment les notions suivantes : l’axe narcissique (le double et le clan), l’axe objectal (l’amour et l’agressivité).


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