Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

APPROCHE FAMILIALE DE LA VIOLENCE A L’ADOLESCENCE

BANTMAN, P. (2009). Enfances & Psy, 4, n°45, 71-81.

vendredi 13 février 2009 par BANTMAN

APPROCHE FAMILIALE DE LA VIOLENCE A L’ADOLESCENCE

Docteur PATRICK BANTMAN Psychiatre des Hôpitaux, Thérapeute Familial , Hôpital Esquirol (94413) Secteur 94G16

Depuis dix ans, une équipe de Thérapie Familiale Intersectorielle existe au sein d’un CMP rattaché à l’Hôpital Esquirol. Nous y traitons des familles et des couples dont l’indication est faite à l’extérieur du service dans nombre de cas. Depuis quelques temps nous recevons des familles avec des adultes jeunes voire adolescents qui sont parfois aussi suivis dans le cadre du service.

Nous recevons des familles et des couples à Charenton, mais nous recevons également des familles dans un cadre médico-judiciaire dans une autre commune. Nous sommes amené à travailler avec des jeunes patients, et surtout confronté à des problèmes de violences survenus dans des contextes différents (en familles, à l’hôpital psy, en consultation, au dispensaire, aux urgences de l’hôpital général, dans le cadre d’une consultation éducative).

Nous avons établi un protocole impliquant la famille dans certaines situations de violence. Ce programme a consisté en des entretiens familiaux conduit par des membres de l’équipe de Thérapie Familiale associés souvent à des prises en charge individuelles dans le même cadre ou pas.
Dans notre optique la famille n’est pas considérée comme responsable de la violence au sens causal mais son aide est souhaitée afin d’appréhender la problématique dans toute sa complexité interactionnelle .Les facteurs à l’œuvre sont souvent multiples et intriqués. En effet, à l’adolescence, entrent en jeu et en résonance, des troubles psychiques certains, mais aussi des assises familiales et sociales perturbées.

Les pédopsychiatres constatent fréquemment depuis quelques années une augmentation de l’instabilité psychomotrice , des conduites d’opposition, des troubles du comportement ainsi que des abus sexuels. La pathologie dite névrotique témoignant d’une conflictualité intrapsychique mentalisée tend par contre à se raréfier.
La clinique psychanalytique de la crise adolescente nous montre que si l’adolescent vient révéler les tensions d’une époque, l’adolescent nous renverrait dans le miroir déformé, le reflet de ce que la société nous propose (Richard Rechtman). Richard Rechtman et d’autres évoquent la tendance à mettre en perspective la diversité des comportements « déviants » des adolescents avec l’avènement d’un nouveau « malaise dans la civilisation ».

Nous parlerons avec D.Destal de « familles adolescentes », ces familles qui ne sont pas préparées , qui vivent les choses dans l’ici et maintenant. C’est une problématique centrée autour de la tension entre la différenciation ou l’autonomisation et le sentiment d’appartenance. Comment quitter la maison sans que ce soit une rupture ? Dans cette famille comme d’autres , les problèmes rencontrés renvoient à l’adolescence des parents. Ils répondent à leur adolescent en adolescent. Ils sont en symétrie aigue car ils se comportent comme des adolescents.

Comment se met en place la violence familiale ?

La pratique de thérapies de couples et de familles nous montre la fréquence de comportements violents évoqués (violences sexuelles, maltraitances,...) . .
On entend par violence familiale toute forme de violence qui s’exerce dans le cadre de relations familiales, de relations d’intimité, de dépendance ou de confiance. La violence peut être physique, verbale, émotionnelle ou sexuelle ; elle peut également prendre la forme de mauvais traitements ou de négligence.
Il m’a paru important de distinguer des situations où existe, au niveau familial, le risque de « chosification » de l’enfant entraînant la maltraitance :

A. La maltraitance : expression d’une crise dans le cycle vital d’une famille.
Dans le premier cas la problématique de maltraitance est en rapport avec des stratégies adaptatives de la famille (mort, naissance, départ,exil, …)

B. La maltraitance comme expérience organisatrice de la phénoménologie familiale : les familles transgénérationnellement perturbées.
Dans le second cas , Il existe malheureusement des situations tragiques où la violence intra-familiale, et en particulier la maltraitance d’enfants, est le résultat d’un mode de vie qui va créer une problématique singulière, très souvent transgénérationnelle. Ce sont les situations les plus fréquentes.
Dans ces cas parler de la violence, c’est aborder la souffrance de la honte, le désir de revanche, mais c’est aussi mettre à jour souvent des comportements identiques dans les générations antérieures.
Il s’agit de familles où les adultes ont tendance à répéter des comportements abusifs sur leurs enfants qui, à leur tour pourront devenir des parents abusifs.
Les interactions comportementales et les discours d’un ou des deux parents abusifs m’ont fait penser à des adultes qui ont dû grandir dans un « tissu familial » et « social » carencé au niveau maternel.
Ainsi par exemple, le père ou la mère se présente à travers son langage naturel comme un être humain affamé d’amour, ayant un besoin énorme d’être confirmé dans son identité et ses valeurs personnelles. Ces adultes devenus parents vont très souvent attendre de leurs enfants qu’ils comblent totalement ou partiellement ces carences du passé. Il existe ainsi un risque de « chosification » de l’enfant dû au fait qu’il est imaginé comme « objet de réparation ». L’adulte souhaite d’une part que l’enfant ne vive pas ce qu’il a connu et veut lui épargner les souffrances et les carences qu’il a rencontrées dans son enfance.
Mais par contre, il va aussi attendre de l’enfant, le respect, l’approbation et la disponibilité qui lui ont manqué durant son enfance.
Le fait que les parents veulent réparer, à travers l’enfant, leur propre tragédie historique, peut nous expliquer que parfois, la maltraitance ne se répète pas dans la génération suivante avec la même intensité dramatique, mais cela n’exclut pas le risque d’appropriation de la part de l’adulte du projet existentiel de leur enfant comme une façon de se réaliser à travers lui. Ce phénomène nous fait penser à l’utilisation de l’enfant comme objet transitionnel ou, pour utiliser une image métaphorique, « l’enfant nounours de ses parents » (BARUDY J., 1988).

Il y a donc dans la situation décrite, le danger de troubles graves au niveau du processus de différenciation de l’enfant avec le risque d’une appropriation par l’adulte du corps de l’enfant comme source de tendresse, d’affirmation de soi, entraînant la possibilité d’une relation incestueuse (BARUDY J., 1988).

C. Dans une troisième circonstance, Il y a des familles à transactions violentes comme il y a des formes de violence quand on ne peut plus communiquer.
Très souvent dans ces familles , l’autorité a été exercée d’une façon abusive , entraînant souvent la maltraitance des enfants .Ces dysfonctionnements ont entraîné des failles profondes chez les enfants au niveau de l’intégration et de la transmission de l’autorité parentale .Pour cette raison , il aura en tant qu’adulte des difficultés à définir d’une façon adéquate les relations quand il devra exercer et/ou se soumettre à l’autorité de personnes qui représente des figures d’autorité .Il est important de mettre à jour ces comportements, qui existent parfois depuis longtemps avant qu’on ose en parler .

D. Pour terminer , ce que l’on constate fréquemment en clinique, cette fois c’est ce que nous appellerons des situations familiales avec de très grandes carences identitaires entre parents et enfants.
C’est ce que dans notre jargon nous appelons des situations où existe peu de différenciation entre l’attitude des parents et les enfants. Peu d’interdits sont posés et souvent les parents se comportent comme de grands adolescents. Cette difficulté à poser la loi associée parfois aussi à une certaine fascination de la part des parents pour ces enfants qui transgressent . Il est fréquent de constater dans certaines familles où existent des problèmes de passages à l’acte chez les adolescents, une certaine « fierté » de la part des parents, comme si ceux-ci admiraient inconsciemment le comportement de leurs enfants. Cette situation n’est pas pour nous, sans évoquer ce que repèrent les sociologues autour de la difficulté de l’exercice de la fonction parentale (La « déchirure paternelle » (Hurstel 1996).
Cet aspect est également fréquent dans de nombreuses familles , où plus aucune autorité paternelle ne peut s’exercer , et où domine l’ »angoisse » et la « peur » des parents , vis-à-vis d’un ou de plusieurs enfants.
Souvent le sentiment d’impuissance des parents augmente le risque de violence de leur côté ( Bugental ,1989)
Les adolescents qui ont eu une enfance très perturbée, abandonnique ou avec des ruptures affectives, ou qui ont été soumis eux-mêmes à la violence des adultes vont être évidemment une proie facile pour ces réactions violentes. Ils vont être amené en raison des blessures et des traumatismes qu’a créé cette violence à répéter activement ce qu’ils ont subi plus ou moins passivement durant l’enfance. Pendant sa première enfance, cet adolescent n’a pas reçu la sécurité affective qui lui aurait donné une image positive de lui-même, une espèce de sécurité interne qui ferait qu’il se sentirait moins dépendant de son environnement.
Pour l’enfant maltraité, la réaction sera la peur qui peut aussi pousser l’enfant à faire peur. On trouve ainsi beaucoup d’actes de violence chez l’enfant qui à peur. Dans de nombreux cas, on a à gérer cette peur qu’il faut confronter avec notre propre peur. Peur de ce qui vient de l’extérieur, peur de l’étranger qu’on vit comme intrusif.

Comment ces entretiens familiaux peuvent les aider à ce moment-là ?

Je ne parlerai pas du travail réalisé au cours des thérapies ou de ces consultations, mais de ce qui m’a étonné dans l’attitude des parents dans ces situations très différentes. Dans certains cas les entretiens avec la famille peuvent êtres accompagnés par un travail parallèle avec l’adolescent. En tant que parents, ils se sentent dépassés par les événements, n’ayant pas ou plus les moyens d’intervenir face à un enfant mis longtemps en position de toute puissance. On trouve la gène voire la honte à évoquer ce qu’ils vivent d’abord comme un échec.
Souvent les « agirs » adolescents ont été abordés comme des modes de protection devant ce que la demande d’un autre a d’insupportable. À un moment donné commencent « les histoires », la responsabilité des parents est alors engagée.
Quand cette souffrance commence à s’exprimer face à des situations de violence, il est frappant de constater à quel point cela pèse pour eux, alors que la première impression donne l’impression fausse qu’ils ne sont pas impliqués. Ces parents sont au contraire totalement immergés dans les difficultés, et, totalement dépassés.
Nous voudrions insister sur l’importance du rôle parental et de la disponibilité des parents, quand on aborde la question de la violence.
Je pense ainsi à mon expérience auprès de familles « soit disant » distantes de leur enfant qui me montre des parents qui sont prêts à se mobiliser à condition qu’on les interpelle sans qu’ils se sentent coupables. Les parents sont dans certains cas, engloutis dans leur propre difficulté ou leurs difficultés de couple. .
L’histoire est souvent jalonnée de traumatismes in élaborés, gardant toute sa charge émotionnelle. La filiation s’établit autour de ces traumatismes dont les effets sont transmis sur les enfants. Dans un autre cas le père donne à la mère la fonction parentale afin d’éviter toute confrontation avec le père patriarche, et, ce sont ses enfants qui eux vont l’affronter afin de le protéger vis-à-vis de ses conflits infantiles.
Il est inutile aussi d’insister sur le poids des perturbations transgénérationnelles. En particulier, les silences sur les origines et la filiation sont fréquents. Une règle de base concernant la violence familiale est que le secret perpétue la victimisation (Almeida et coll.).

Qu’attendons nous de ces entretiens ?

Une approche familiale de la violence doit être capable de fournir beaucoup d’exigences :

  • Fournir rapidement de la sécurité aux victimes
  • S’opposer au sentiment d’impuissance et de manque de confiance
  • Minimiser l’escalade
  • Aider à préserver ou permettre de renouer la relationavec l’enfant agressif
  • Il est important d’aider les parents à appréhender leur fonction sans les culpabiliser ou leur donner de leçons
  • Il convient de soutenir les parents et de les encourager à ne pas accepter cette maltraitance comme un phénomène naturel et inéluctable
  • Dans beaucoup de situations , il y a une intrication des problèmes parentaux et ceux des enfants .Il ne s’agit pas pour nous d’en faire le constat , mais de faire progresser cette situation en travaillant avec les parents sur leur rôle parental sans parti pris pour l’un ou l’autre .

Dans les situations que nous rencontrons on peut voire comment la famille sécrète ses propres risques , en accumulant certaines difficultés et génère à la longue, des formes de violence par des passages à l’acte. Il faut reconnaître la difficulté des soignants et accompagnateurs de terrain pour réussir à enrayer ces processus de destruction. Elle se démultiplie de façon dramatique , lors que les processus de clivage et d’enfermement ont réussi à isoler la famille du monde social. Les intervenants eux mêmes sont enfermer dans une logique linéaire qui les met dans l’obligation de séparer où d’exclure pour arrêter l’escalade de violence. Ils sont aussi « contaminés » par les dysfonctionnements psychiques dus à la chronicisation de la situation . Il nous semble que le fait d’organiser des rencontres, quand cela est possible avec l’ensemble de la famille, permet d’établir (mais cela ne marche pas toujours) un espace de dialogue qui permet des rencontres entre des points de vue différents voire incompatibles. Cela permet la sortie de la paradoxalité (je voudrais que cela change, mais je n’y crois pas, et je ne crois pas que vous réussirez), le retour de la pensée, la circulation des affects, la levée des non-dits et des situations de secrets familiaux. La réunion du réseau familial , comme l’appelle C. Guitton permet de mobiliser les ressources émotionnelles, affectives et mémorielles de l’histoire familiale .Elle permet aussi de resituer la problématique dans l’histoire familiale, de mettre à jour les dissensions et la souffrance des membres , bien avant que le problème survienne .Les hypothèses que nous élaboreront servent l’objectif de mieux comprendre leurs intrications avec les difficultés familiales .Elles sont fragiles et la famille a rarement au début une demande pour elle-même. Il est frappant cependant de constater dans un deuxième temps une élaboration de la demande qui permet d’organiser une prise en charge pour le jeune (ce qui est souvent notre but avoué), voire pour la famille ou le couple pouvant déboucher sur une thérapie du couple ou de la famille.

BIBLIOGRAPHIE (1) Douville O. Des adolescents en errance de lien. L’Information Psychiatrique No1- janvier 2000-
(2) Guitton C. Aux risques du temps. Mémoire pour le concours Erié, juin 2000.
(3) Huerre P. et C. La violence juvénile. A partir d’expertises réalisées auprès de 100 adolescents criminels et de 80 adolescents victimes de crimes ou d’agressions . Nature tomeXIII-No1-fevrier 2000
(4) Naouri A. Comment ne pas se préoccuper de la parentalité ? Synapse-Mars 2000.
(5) Théry I. Couple , 77 Filiation et Parenté aujourd’hui. Rapport au Ministre de l’Emploi et de la Solidarité et au Garde des Sceaux .Ed.O.Jacob-juin 1998.
(6) Lazartigues (A) ET COLL. Nouvelle société , nouvelles familles :nouvelle personnalité de base ?De la personnalité névrotique à la personnalité narcissico-hédoniste .L’Encéphale , 33 , 2007 , MAI-juin 2007, cahier No1 ;
(7) Racamier (P-C). L’inceste et l’incestuel , 1995, Ed. Puf.
(8) WINNICOT, D.W. De la pédiatrie à la Psychanalyse -PAYOT 1975.
(9)BERGERET J. La violence fondamentale,l’inépuisable Oedipe Paris,Dunod.
(10) Balier C. Psychanalyse des comportements violents ,Paris ,PuF, 1988, 287 p.
(11)Kohut H :« Réflexionsur le narcissisme et la rage narcissique », Rev.Franç.Psych., 4, 1978, pp683-719.

Mots clés :violence famille-intrication-différenciation-carence-représentation

Resumé Exemple 1.
Magali est reçue à la consultation d’action éducative de Nogent à sa demande, ainsi que celle de son éducatrice. Il s’agit d’une adolescente de 15ans 1/2, lors de l’entretien, elle relate des difficultés avec son père qui la « harcèle » constamment. Magali présente depuis 3 ans des difficultés d’adaptation scolaire, elle ne fréquente plus d’établissement pratiquement depuis le début de l’année, et, à la maison, les heurts avec son père sont constants avec, depuis peu, des échanges de « coups ». Magali est une enfant adoptée, à l’âge de 3 mois M. et Mme J avait déjà une fille d’environ 7ans, et, explique cette adoption par des problèmes médicaux chez Mme J. L’investissement des parents adoptifs fut très important (« un rêve réalisé ») et Magali a toujours su qu’elle était adoptée. Magali a toujours été une enfant un peu « difficile. Elle avait beaucoup de rancœur vis-à-vis de son père adoptif, pas très souple, selon sa mère. Les problèmes semblent avoirs débuté, il y a trois ou quatre ans, après un avortement, date à laquelle Magali avait des manifestations caractérielles : cassait des objets, les jetait à travers la pièce. À ce jour la situation est devenu intenable, avec des crises violentes, elle jette à son père : « tu vas crever, j’aurai ta peau ». Magali est totalement déscolarisée depuis le début de l’année, des scènes violentes l’opposent à son père, elle sort tous les soirs, fréquente des jeunes en grande difficulté, et auxquelles elle semble totalement s’identifier, elle est amaigrie et éclate facilement en sanglot. Devant l’importance du conflit familial nous avons proposé quelques entretiens avec la famille. Au cours de l’unique entretien réalisé avec Magali et ses parents, les parents relateront les circonstances de l’adoption, et évoqueront l’impossibilité pour la mère de Magali de garder sa fille, comme mère-célibataire au Sri Lanka. Magali devant ce récit découvrit que sa mère n’était pas une prostituée comme elle le pensait, et qu’elle l’avait gardée jusqu’à 3 mois. La souffrance de Magali devant ce récit provoqua sa colère d’apprendre que ses parents « lui avaient toujours mentit ». Selon ses parents, il ne s’agissait pas là d’un « secret » au sens habituel. Tout cela Magali le savait déjà. Mais, pour Magali, il en était autrement, elle venait de réaliser qu’elle avait vécu avec sa mère pendant 3 mois. Elle avait eu des « liens »avec sa mère. En réponse à Magali sur la souffrance de perdre quelqu’un de cher, le père évoque la mort d’une sœur, il y a 40 ans. Ce souvenir le « hante ». Ce souvenir, il l’a occulté toutes ces années, et ce n’est que très récemment qu’il repense à elle. Ce qui nous interpelle dans cette famille, c’est avant tout la relation entre le père et la fille adoptive, et le destin du secret des origines. Le père se plaint amèrement de la désaffection de Magali, il a l’air marqué par son enfance et un deuil non fait, que semble réactualiser le conflit avec Magali. Ce père est en train de craquer dit sa femme, « à cause de Magali », mais aussi semble-il de la manière dont ce conflit réactualise sa propre histoire infantile. Il est l’objet de la haine « mortifère » de Magali. Le conflit est intense, et la violence explosive, associé à la culpabilité chez Magali et à l’atteinte à sa vie propre par l’anorexie et l’amaigrissement. Elle essaye de se dégager de l’emprise et de la soumission à son père, par la haine. Les parents sont surpris de voire la réaction de Magali au récit de l’adoption ; ils pensaient avoir déjà tout « relaté » à de nombreuses reprises sur les conditions de l’adoption. Cette famille nous semble débordée par les conflits majeurs qui opposent les « valeurs » des parents surtout le père et Magali. Le père dont l’origine familiale, sa culture orientent vers un respect des valeurs familiales, et, dont le deuil non fait d’une sœur plus jeune a laissé une blessure profonde, ne comprend rien à l’attitude de sa fille, et, réagit par une surprotection et une emprise étouffantes au comportement de sa fille. Nous évoquerons pour interpréter le sens de ce drame familial la notion d’« incestuel » dont parle par Paul Claude Racamier. Pour P.C.Racamier « incestuel » qualifie ce qui dans la vie psychique individuelle et familiale, porte l’empreinte de l’inceste non fantasmé, « sans qu’en soient nécessairement accomplies les formes génitales » (P.C.Racamier, L’inceste et lincestuel- Les éditions du collêge 1995). Dans le cadre d’une relation incestuel l’emprise cède le pas à la complicité. L’objet incestuel est considéré comme un objet narcissique. L’objet incestuel comme l’évoque Racamier « ne sera pas entier », il sera partiel ; il ne sera pas intérieur : il sera un bouche-trou ». Pour commencer il aura été adulé comme Magali. « Peu à peu avec douleur et avec rage », l’objet incestuel réalise « qu’il a été utilisé, parasité, disqualifié, floué dans ses désirs propres ». Le conflit devient alors intense

Exemple 2
Mr D.est venu consulter au CMP pour entreprendre un travail analytique. Au cours de l’entretien avec la psychologue, il évoque les problèmes qu’il rencontre avec ses deux enfants âgés de 15 et 17ans. Il s’agit surtout pour le plus jeune de problème scolaire, de comportement agressif, avec toxicomanie, ayant entraîné l’intervention du juge pour enfants et une mesure éducative. Devant ces difficultés, la psychologue proposera à Mr D d’entreprendre une Thérapie Familiale dans le même CMP.
Nous recevrons La famille D très peu de temps après. Il s’agit d’une famille sympathique de 4 personnes, le père est médecin généraliste, travaille beaucoup, et est peu présent, la mère est au foyer. Elle souffre du climat familial, des disputes violentes, auxquelles elle ne peut plus faire face. Les préoccupations des parents concernent à la fois l’ambiance à la maison, et les difficultés d’Antoine, le plus jeune qui ne travaille pas du tout. Cette famille d’origine nord africaine dégage cependant une impression d’affection entre les membres et une attention de chaque vis-à-vis des autres. Il est beaucoup question du respect, et l’intérêt des parents pour leurs enfants est considérable. Nous recevrons aussi les parents seuls au cours de cette thérapie entreprise qui a duré 1 an. Ce qui est apparu, c’est la solitude de la mère face aux problèmes de ses enfants, le père absent par son travail, n’intervenait peu voire pas du tout dans la position d’autorité rendue nécessaire par le comportement de ses enfants .Il se conduisait un peu comme un grand frère, très proche de ses enfants, dont il partage le gôut pour le sport. Il nous confia au cours de nos entretiens avec sa femme, un secret, que lui aussi à l’âge de ses enfants avait eut de nombreux problèmes avec l’autorité et le système scolaire. Il avait été mis à la porte d’établissement scolaire. Nous avons invité MrD à évoquer ses difficultés de jeunesse à ses enfants, ce qu’il fit quelques temps après. Nous avons aussi essayé de modifier le fonctionnement du couple afin que l’exerçice de l’autorité ne repose pas entièrement sur Mme. Nous insisterons dans cette présentation sommaire de cette thérapie sur le décalage entre l’attitude du père, celle de la mère et les problèmes posés par les enfants. Le père au début n’intervenait et n’exprimait pas son autorité. Il a d’ailleurs longuement évoqué son problème avec son propre père. Récemment alors que la famille se manifestait pour des problèmes de violence concernant cette fois le fils aîné, le père a évoqué les difficultés du couple et à parler du « refus » de sa Femme à le laisser engager une psychanalyse. À ce moment aussi, il semble que la problématique paternelle et celle du couple viennent interpeller les thérapeutes et que le passage assez stupéfiant des symptômes d’un frère à l’autre, nous apprends que rien n’est réglé et que le glissement homéostatique vient se mettre au service de l’unité familiale probablement menacée. Dans ce cas, nous semble confronté à la problématique de non-différenciation entre parents et enfants. Le père incapable d’assumer un rôle autoritaire se met au sein de la fratrie tout en se proposant en modèle d’identification pour ses enfants.

Exemple 3
Dans une autre histoire, Fabien est pris dans une relation de rivalité entre ses parents en instance de séparation. Chacun se renvoyant la responsabilité de la violence de leur fils. Fabien se bat avec son frère, et, ses parents sont incapables de les séparer. Ils étaient complètement absorbés dans leurs propres difficultés. Il a fallu que sa violence atteigne un point tel que la justice à dû intervenir, pour que ces parents commencent à réagir... Il est frappant de voir à quel point les parents ont renoncé à leur rôle de parents et sont absorbés par leur conflit. Pour appréhender leur situation, il a fallu à la fois les resituer vis-à-vis d’eux-mêmes et dans leur responsabilité vis-à-vis de Fabien. Dans cette situation nous n’avons pas rencontré les enfants qui refusaient de venir. Nous avons travaillé avec les parents sur leur responsabilité vis-à-vis de leurs propres enfants. Nous avons vu lentement évoluer leur position et se désengager progressivement de l’attitude projective qui caractérisait chacun. La place de la violence des enfants renvoie à la violence du père et la démission maternelle. Le rôle des aïeux souvent retrouvés dans ces contextes dysfonctionnels est ici aussi présent, puisque le seul refuge que l’enfant put trouver était chez sa grande mère. Celle-ci accepta de participer à quelques entretiens. Cet exemple d’une situation de consultation éducative nous a semblé particulièrement éclairant de l’intrication des problèmes parentaux et ceux des enfants. Il ne s’agissait pas pour nous seulement d’en faire le constat, mais faire progresser cette situation en travaillant avec les parents sur leur rôle parental sans parti pris pour l’un ou pour l’autre, ce qui était difficile compte tenu du contexte où s’intriquaient également des éléments psychopathologiques liés à la nature sado-masochiste de la relation entre les parents, et la position psychorigide à la limite de la paranoïa du père. Elle révéla aussi la place importante jouée par un grand parent.


enregistrer pdf
Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 2950 / 1028907

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SAVOIR THÉORIQUE  Suivre la vie du site Échanges à partir d’articles , bibliothèque, dictionnaire (...)  Suivre la vie du site Articles réservés aux contributeurs   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License