Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique
Les grands courants/grandes écoles de la thérapie familiale

Bateson Gregory

Naissance de la thérapie familiale

mercredi 1er mars 2006

1. Introduction : Naissance de la thérapie familiale

En travaillant sur « la modélisation dans la thérapie familiale », une question nous est rapidement venue à l’esprit : « quel champ recouvre la thérapie familiale ? ».

Il nous a alors semblé important de revenir sur la naissance de ce vaste champ. Nous avons rapidement été confrontés à la difficulté de retracer un historique des thérapies familiales car il n’existe pas de développement spécifique d’un courant de pensée, mais plutôt un certain nombre de synthèses variées qui s’opèrent à partir d’horizons divers : la psychanalyse, la cybernétique, la linguistique, la théorie des systèmes, etc.
A travers nos lectures, nous avons été interpellés par le fait que malgré l’importance que revêt le mouvement systémique pour les thérapies familiales, celui-ci ne recouvre nullement l’ensemble des tendances de ce champ.

Dans les années 1920-1950, face à la division et à la croissance constante des spécialités, des scientifiques cherchèrent des principes autour desquels pourraient s’intégrer les sciences naturelles et sociales. En 1932, Ludwig Von Bertalanffy, un biologiste, développa les éléments de la théorie générale des systèmes. Celui-ci décrivit les rétroactions négatives comme des processus qui visent à ramener à la norme tel ou tel élément d’un système.

Le caractère général de la théorie des systèmes fut perçu comme une des sources de compréhension plus vaste, une nouvelle façon de voir les objets étudiés et le monde dans lequel ils existent. Elle fut immédiatement utilisée par des scientifiques de haut niveau dans les domaines de la biochimie, du management et de la sociologie, qui l’appliquèrent aux théories spécifiques à leur champ d’études.

Les thérapeutes familiaux, s’inspirant des travaux sur la théorie générale des systèmes, comparèrent analogiquement les familles à des systèmes ouverts en état d’équilibre et les symptômes à ces rétroactions négatives : les comportements symptomatiques des patients, ainsi compris, purent désormais être décrits comme des « tentatives de protection » d’un ensemble familial trop peu flexible pour supporter le changement.

Nathan Ackerman, à peu près unanimement reconnu comme le père de la thérapie familiale, fut frappé par l’impact des facteurs environnementaux sur la santé mentale et sur le fonctionnement des familles. Dés 1937, il insistait sur le fait que la famille doit être vue comme une unité avec des interactions qui influencent le développement et le fonctionnement de ses membres.

L’origine de la thérapie familiale systémique est à situer aux Etats-Unis dans les années 50. Leur développement en Europe fut plus tardif. A cette époque, des thérapeutes qui ne se connaissaient pas s’intéressèrent au fonctionnement des familles dont un membre présentait un problème de santé mentale. Des praticiens tels que Don D. Jackson et Jay Haley avaient ainsi remarqué que l’amélioration de l’état de santé de tel ou tel membre pouvait parfois entraîner l’apparition d’un problème chez un autre membre de la même famille, alors que d’autres thérapeutes avaient remarqués des améliorations en chaîne. Ces données cliniques contradictoires amenèrent les chercheurs à s’interroger sur les liens potentiels qui pouvaient exister entre la problématique d’un individu et celle de l’ensemble de sa famille. A partir de 1955, ils finissent par constituer un « collège invisible », c’est-à-dire une référence commune bien que géographiquement dispersée.

D’autres disciplines appliquaient la théorie générale des systèmes à l’étude des systèmes humains, en développant des théories différentes de celles utilisées par la psychiatrie. La première fut la cybernétique, science étudiant les façons suivant lesquelles un mécanisme ou un organisme contrôle le passage de l’information pour s’auto-réguler. Elle se développa durant la guerre 1939-45, dans des groupes de recherche composés d’ingénieurs, de mathématiciens, d’anthropologues, de physiologues, , ... Avec la théorie de l’information et de la communication, la cybernétique contribua fortement au développement du paradygme nouveau que constitue la systémique.

Dans les années trente, un nombre croissant d’anthropologues préfèrent le fonctionnalisme à l’évolutionnisme : à l’inverse des évolutionnistes qui se contentaient de replacer les éléments culturels dans une perspective historique sans les inscrire dans leur contexte actuel, B. Malinowski s’efforça de décrypter les pratiques culturelles de certaines tribus en postulant qu’elles remplissaient une fonction précise par rapport à l’ensemble du corps social considérés.

De même, Bateson étudia les Iatmul de Nouvelle-Guinée au cours de ces mêmes années et s’interrogea sur le rôle du Naven (1936), cérémonie qui permettait de sceller la solution d’un conflit au sein d’un groupe. En 1942, sa rencontre avec la cybernétique lui permet d’aller plus loin dans ses hypothèses en y ajoutant le concept de « feed-back négatif ». Intégrant alors à ses réflexions la théorie des types logiques de B. Russel, il parvient à étudier des phénomènes de changement selon cette perspective hiérarchisée. Persuadé qu’il était sur la voie d’une théorie heuristique applicable à la fois à la sociologie et à la psychiatrie, Bateson s’intéressa alors aux alcooliques et aux schizophrènes.

Alors qu’il travaille au Veterans Administration Hospital de Palo Alto, il se consacre à l’étude des processus de communication avec une équipe de chercheurs issus de divers horizons, tous influencés par les travaux de M. Erickson. En 1956, avec Don Jackson, J. Haley et J. Weakland, il publie un article « Toward a theory of schizophrenia ».

Dans cet article, repris unanimement dans tous les ouvrages de thérapie familiale, Bateson donne pour la première fois une théorie complète de la schizophrénie fondée sur les troubles de la communication dans une famille considérée comme un système. L’importance de ce texte n’échappe à personne et il devient nécessaire de se situer par rapport à cette théorie, soit qu’on y adhère ou qu’on la rejette.

En 1959, Bateson se retire du groupe de Palo Alto et Don Jackson fonde le Mental Research Institute (MRI). Au MRI, Don Jackson attire dans sa nouvelle équipe Paul Watzlawick, linguiste, spécialiste en communication et psychothérapeute. Watzlawick, Beavin et Jackson publièrent en 1967 Pragmatic of Human Communication (Une logique de la communication) qui présente les rôles de la communication dans les relations interpersonnelles, les niveaux de communication, les types différents de messages inclus dans chaque échange ; les paradoxes sont présentés comme une partie normale de tout échange. La famille est présentée comme essentiellement un système ouvert.

Par ses volumes Le langage du changement ; Changement, paradoxes et psychothérapie ; La réalité de la réalité, Watzlawick exerça une immense influence auprès de tous les thérapeutes familiaux.

Comme le souligne Mony Elkaïm (1995), « l’une des plus grandes originalités du champ des thérapies familiales vient de ce qu’il a été constitué par des thérapeutes qui ne se connaissaient pas et qui l’ont crée à la même époque à partir d’intérêt complémentaires. Depuis lors, aucune orthodoxie attitrée ne s’est imposée aux dépens d’une autre, de sorte que les thérapeutes familiaux appartiennent aujourd’hui à de multiples chapelles, mais assurément pas à une Eglise unifiée. »


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