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Les grands courants/grandes écoles de la thérapie familiale

Bowen Murray

mercredi 1er mars 2006 par Mainhagu

 Les grands courants/grandes écoles de la thérapie familiale

  Murray Bowen : la théorie bowenienne ou la Bowen Family Systems Theory (BFST)

Les travaux de Bowen, tout comme ceux de Boszormeyi-Nagy et d’Andolfi sont classés dans le champ des thérapies familiales intergénérationnelles.

L’idée de base de l’ensemble de ces travaux est que l’étude des problèmes actuels trouve un éclairage particulier à la lumière des conflits intériorisés dans le passé, en particulier familial.

C’est ainsi que de génération en génération, se transmettrait un certain héritage psychologique.

Bowen a commencé à travailler avec les familles dès 1946. Il a mis en évidence l’importance de l’inclusion des familles d’origine dans le processus thérapeutique.

 Les concepts clés

La théorie Bowenienne, dont la dernière mouture date de 1975 comporte huit concepts fondamentaux.

1. La différenciation du soi

Bowen définit ce premier concept comme un processus de croissance personnelle.

Il vise à sortir des relations fusionnelles, que l’on rencontre spontanément lorsqu’il y a angoisse, lorsque la cohésion du système est mise en péril de l’intérieur ou de l’extérieur.

Il est élaboré par un individu au sein de son groupe d’appartenance.

Selon Bowen, face à des situations anxiogènes, le travail de différenciation permet de dépasser le recours au symptôme. Bowen définit l’angoisse comme la peur d’une menace réelle ou imaginaire.

Il la divise en deux types.

  • L’angoisse aiguë apparaît chez un individu confronté à une menace réelle.
  • L’angoisse chronique s’applique à un état qui existe indépendamment de tout stimulus particulier (peur de ce qui risque d’arriver).

Cette angoisse chronique, par ailleurs, est susceptible de se transmettre d’une génération à l’autre. Bowen pose dès 1960, le postulat selon lequel il existe un continuum entre la normalité, la névrose et la psychose : d’après lui, les différences seraient bien davantage de nature quantitative que qualitative.

Bowen fait l’hypothèse de l’existence de deux « soi » : un soi solide, ou self de base, sorte de noyau caractériel résultant d’interactions au cours de l’enfance et ne se modifiant plus par la suite malgré la pression des relations interpersonnelles, et un pseudo-soi, ou pseudo-self, partie superficielle modelée pour établir les relations extrafamiliales. Ce dernier représente la partie fonctionnelle du soi.

Pour Bowen, les troubles psychopathologiques ne sont pas considérés comme des signes de maladie mais comme des réactions démesurées à l’angoisse.

Bowen abandonne tout diagnostic psychiatrique pour se référer à son échelle de différenciation de soi, sorte d’échelle de maturité émotionnelle.

Arbitrairement, il la fait aller de l’indice zéro (symbiose totale) à l’indice cent (autonomie complète). En bas de l’échelle se trouvent donc les individus peu différenciés, c’est-à-dire qui ont tendance à fusionner dans les relations interindividuelles.

Lorsque plusieurs individus d’une même famille ont tendance à fusionner, à se mélanger, comme dans certaines familles immatures,

Bowen parle de fusion moïque familiale indiférenciée ou encore de masse indifférenciée de l’ego familial.

A l’autre extrémité de l’échelle, le sujet adulte en parfaite santé mentale, n’a aucun problème à maintenir les frontières de son moi. La relation primaire que l’enfant noue avec ses parents joue un rôle capital dans la différenciation du soi. Les parents et l’enfant progressent, ensemble et naturellement, sur la voie de l’autonomisation émotionnelle.

Or, la distance qui peut être parcourue sur ce chemin dépend du degré personnel d’autonomie que le père et la mère ont eux-mêmes atteint dans la relation qu’ils ont entretenue avec leurs propres parents. L’angoisse chronique des parents, aussi bien que leur propre manque de différenciation, peut faire obstacle au processus naturel de développement.

Bowen nomme attachement émotionnel irrésolu le reste d’attachement qui subsiste entre les parents et l’enfant. La différenciation va aussi de pair avec la capacité personnelle de distinguer entre les comportements automatiques qui relèvent du système émotionnel (largement inconscient) et ceux qui sont fondés sur les système intellectuel ou découlant d’une faculté de penser.

A un très faible niveau de différenciation, l’automaticité du système émotif domine ; émotions et intellect sont confondus.

A un haut degré de différenciation, la prise de décision est guidée à la fois par le pôle intellectuel et par le pôle émotionnel.

2. Les triangles

Bowen a constaté que chaque fois qu’un système familial dépasse un certain seuil d’angoisse, un processus familial caractéristique, qu’il nomme triangulation, tend à se mettre en place : les relations duelles deviennent de plus en plus instables, puis sont finalement remplacées par des relations à trois participants.

A l’intérieur d’une famille, différents triangles se forment et se déforment de façon récurrente. Le troisième individu a deux possibilités. Soit il joue le rôle de tiers : c’est-à-dire qu’il permet de métacommuniquer sur la relation en restant émotionnellement détaché.

Soit il est triangulé, au sens au Bowen l’entend, c’est-à-dire qu’il est pris comme partenaire dans une alliance contre un autre.

Par exemple, lors de trop fortes tensions au sein d’un couple, le conflit est dévié sur un enfant qui est triangulé et pris à parti pour faire alliance avec un parent contre l’autre. Il lui devient difficile de réellement parler en son nom propre. Le travail de différenciation implique donc aussi de se sortir des relations triangulaires. Lorsqu’un triangle s’avère insuffisant à faire « baisser la pression », d’autres triangles se forment : Bowen parle de triangles imbriqués les uns dans les autres, additionnels et cumulatifs. Si les tensions sont très fortes dans les familles et que les triangles familiaux sont épuisés, le système familial triangule des personnes extérieures à la famille (services sociaux, médecins, amis, etc.).

3. Le système émotif familial nucléaire

Selon Bowen (1978), ce concept décrit pour toute une famille mais sur une seule génération, des modèles de fonctionnement émotif. Entre le père, la mère et les enfants, certains de ces modèles sont fondamentaux et recopient ceux qui existaient dans les générations précédentes ; ils se répéteront dans les suivantes. Ainsi, tout couple est constitué de deux individus présentant un niveau de différenciation plus ou moins semblable, même si, au niveau actuel du fonctionnement, l’un est en position dominante et l’autre apparaît comme plus anxieux. Le système émotif de la famille nucléaire est lié à l’équilibre entre les forces poussant à la cohésion et celles poussant à l’individuation. Lorsque les problèmes liés à l’attachement émotionnel n’ont pas été résolus, la famille met en place un certain type de fonctionnement, très caractéristique, que Bowen a décrit sous la forme de quatre configurations émotionnelles :

- le conflit conjugal : D’intensité variable et souvent à rebondissement, ces conflits suscitent une série d’attaques et de contre-attaques qui s’enchaînent réciproquement et qui, en général, interdisent toute résolution véritable du problème.

- l’hyperfonctionnement d’un des conjoint et l’hypofonctionnement de l’autre : Ceux-ci traduisent une complémentarité rigide dans laquelle le partenaire en position basse peut présenter une maladie chronique, un problème social, etc. L’autre partenaire qui hyperfonctionne se développe au détriment du premier. Le premier membre du système conjugal se décharge de ses responsabilités sur l’autre, tandis que le second gère en retour un secteur décisionnel de plus en plus large.

- la projection de l’angoisse sur un enfant : Cette configuration, liée aux tensions du triangle parental constitue une version particulièrement pernicieuse de la projection familiale (voir point e). Les parents ne sont pas capables de laisser l’enfant en dehors de leurs sentiments, pensées et actions. La fusion entre la mère et l’enfant augmente au point que ce dernier devient symptomatique ou dépendant. Bowen appelle « enfant triangulé » celui qui, ayant été au centre du processus de la projection familiale, à une moins bonne adaptation à l’existence.

- la mise à distance émotive : Plus l’angoisse devient importante dans un couple, plus les conjoints s’éloignent. La limitation des contacts peut prendre différentes formes : fuite dans le travail, dépression, etc. Au final, la séparation émotionnelle peut aboutir à une cohabitation indifférente, puis à une séparation pure et simple de la vie commune.

4. La mise à distance émotive ou Cut-off

Le concept bowenien de « coupure émotionnelle » s’applique aux situations qui se caractérisent par une mise à distance émotionnelle maximale. : Cette distance peut consister en une véritable séparation physique ; comme elle peut être également intériorisée. Cette mise à distance dénie en quelque sorte ce qui reste d’attachement émotif à résoudre. La personne agit comme si elle était plus indépendante qu’elle ne l’est en réalité.

5. Le processus de projection familiale

Celui-ci rend compte de la transmission inégale du processus de différenciation parentale. En règle générale, les sujets chez qui la différenciation sera la moins marquée auront été plus fortement exposés à l’angoisse chronique et à l’immaturité de leurs géniteurs que leurs frères et sœurs.

6. Le processus de transmission multigénérationnelle

Pour les individus les moins différenciés, les taux bas se transmettent à la génération suivante en s’aggravant. Ainsi, selon Bowen (1984), « il faut trois générations pour faire un schizophrène ». Parfois, au contraire, des individus augmentent leur degré de différenciation et le transmettent. Ici la répétition transgénérationnelle du processus de projection familiale a conduit vers une amélioration de la « compétence émotionnelle ».

7. La position dans la fratrie

Bowen souligne que la position occupée dans la fratrie influe aussi bien sur les processus familiaux que sur les attitudes particulières qu’adoptent les individus angoissés. Bowen, s’étant inspiré des travaux de Toman (1961) sur les profils de personnalité suivant la position de chacun dans la fratrie, intégra ce paramètre important dans sa grille interprétative en repérant dix positions type, auxquelles ils associa des modes de pensée et des traits de comportements caractéristiques. Toujours selon Bowen, la position que le parent occupait dans la fratrie, ce qu’il a vécu avec ses frères et sœurs, induisent la nature d’une partie de ses relations avec ses propres enfants.

8. La régression de la vie en société

C’est en étudiant les adolescents délinquant que Bowen en est arrivé à l’idée que le problème émotif dans la société était semblable à celui qui existe dans la famille. A un autre niveau, l’angoisse de la famille peut se trouver alimentée par un contexte d’insécurité sociale. Certaines familles réagiront alors plus mal que d’autres. Il en résultera des phénomènes de régression. Bowen attribue ces phénomènes à un faible niveau de différenciation au niveau sociétal. Tout se passe comme si la société elle-même réagissait comme un système émotif, dysfonctionnant lorsqu’il y a trop d’angoisse chronique. Comment le problème est-il défini ?

Le symptôme où le problème est un comportement comme un autre, simplement exagéré car lié à l’angoisse et à un faible degré de différenciation. La pathologie mentale se rattache donc à une « maladie émotive », dont l’angoisse est le facteur principal. Le symptôme est à la fois témoin et régulateur de l’angoisse.

 L’objet de l’observation

A partir du moment où l’individu est considéré dans sa dimension multigénérationnelle, et que l’on postule l’existence primordiale d’un champ émotionnel familial, l’étude de la famille élargie s’impose. Ainsi, il est arrivé à Bowen d’hospitaliser des familles entières, dans d’autres cas, il n’a même pas été nécessaire de faire venir en entretien le porteur du symptôme. Un niveau d’observation tout aussi important porte sur le thérapeute. Celui-ci devra faire un travail sur lui-même, afin de ne pas se trouver débordé par ses propres affects ; il devra donc travailler ses propres problèmes de différenciation du soi, d’angoisse et de triangulation. La formation de triangles relationnels auxquels participent les thérapeutes constitue un élément incontournable de la thérapie. Le thérapeute doit être conscient du fait qu’il est utilisé par la famille, et prendre du recul sur ce phénomène. Bowen parle de détriangulation pour exprimer le contrôle du thérapeute sur sa propre participation au processus émotif.

 Les objectifs de l’intervention

L’objectif principal du traitement est le renforcement de la différenciation de soi individuelle ou systémique. La gestion du soi constitue le fondement de la thérapie. Le but est donc d’aider chaque individu à se défaire de l’enlacement émotif par lequel il se trouve enchaîné dans sa famille d’origine en devenant observateur plus objectif de celle-ci. Il s’agit d’articuler les notions d’autonomie et de différenciation avec celle d’appartenance. Pour cela, il faut sortir des relations triangulaires, diminuer l’angoisse avec d’autres moyens que de faire alliance, fusionner ou tout rejeter.

 Les outils de l’intervention

Bowen incite son client à poser des actes concrets : il l’envoie à l’encontre des membres de sa famille. Il l’invite à parler de personne à personne. Il s’agit de parler pour soi, en dehors de tout jeu d’alliances. Par ce mouvement, il essaie de sortir de la « masse du moi familial indifférencié ». Le thérapeute repère les alliances en se rappelant qu’elles sont un indicateur d’angoisse. Il veille à sortir les personnes des alliances ou des triangles dans lesquels elles sont mises ou se mettent. Pour différencier le « facteur émotif » du « facteur intellectuel », l’intervenant soutient chez son client la mise en mots (verbalisation), l’aide à reconnaître ses émotions, à les nommer et à en prendre distance. Deux outils également largement utilisés par Bowen sont le génogramme et la place dans la fratrie.

 La position de l’intervenant

L’intervenant agit un peu comme un « coach ». Il reste aux côtés de la personne, l’accompagne et soutient ses efforts. Il préserve sa différenciation et à le souci de définir son propre soi par rapport aux familles. Selon Bowen, ce n’est pas en séance que se fait le travail thérapeutique, mais plutôt en dehors de celle-ci, c’est-à-dire dans la réalité des relations vécues et dans les actes posés par la personne incitée à se mobiliser par le questionnement du thérapeute.

Bibliographie

Dans le dédale des thérapies familiales
Un manuel systémique
Marie-cecile HENRIQUET-DUHAMEL - Muriel MEYNCKENS-FOUREZ
©2007 (1ère édition 2005)
Relations - collection fondée par Jean-Claude Benoit, dirigée par Marie-Christine Cabié
ISBN : 2-7492-0392-9
EAN : 9782749203928
14 x 23,5, 224 pages

Mainhagu Pierre
La différenciation du soi , les triangles et les systèmes émotifs familiaux
Murray Bowen

Voir en ligne : Pour en savoir plus...

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