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La thérapie racontée par les familles

Par Andolfi Maurizio Claudio Angelo Paola d’Atena chez de boeck

lundi 16 mars 2009 par Leguebe Sandrine

 La thérapie racontée par les familles

 Introduction

Maurizio Andolfi présente ici ses collaborateurs et les co-auteurs de ce livre. Ce livre a été écrit dans le but de présenter au lecteur une étude consacrée à la recherche clinique concernant l’efficacité et les résultats de la psychothérapie familiale. Ce qui fait la particularité de ce livre est que les théories sur lesquelles le développement se base ont été élaborées avec des professionnels mais également les usagers.

De plus, la recherche s’est ciblée non pas sur des thérapies réussies mais sur des thérapies pour lesquelles il y a eu interruption ou qui n’ont pas pu démarrer et ce dans l’optique d’en dégager les causes ainsi que les effets que cela a engendré sur les familles mais aussi les thérapeutes. La base de ce livre se constitue donc de rencontre de différents thérapeutes avec une quinzaine de familles quelques années après leur thérapie et l’analyse rétrospective qui en a été faite nourrie par les données que les familles ont apportées.

 Première partie : Présupposés théoriques et présentation de la recherche

Chapitre 1 : Trois générations en thérapie : un modèle évolutif de thérapie familiale

Ce livre se réfère au modèle trigénérationnel de Withaker, Bowen, Framo et Williamson. Celui-ci est utilisé pour la première fois comme outil d’évaluation des résultats obtenus à la suite d’une recherche.

Pour la recherche, les familles ont donc été contactées quelques années après leur thérapie. Elles ont visionné les entretiens qui avaient eu lieu et familles et thérapeutes ont pu apporter une quantité d’informations sur les passages les plus significatifs de la thérapie.

1- L’échantillon de la recherche

La recherche s’est concentrée non seulement sur les psychoses et les troubles majeurs de la personnalité mais également sur des formes de pathologies sociales que sont l’anorexie et la boulimie. L’approche trigénérationnelle a permis ainsi de mettre en évidence des similitudes dans ces différentes pathologies et notamment le fait que l’adolescence d’un enfant concorde souvent avec l’age de la maturité des parents et de leur retraite mais également le décès des grands-parents. Une lecture évolutive permet donc de rendre compte de la complexité de ce qui se passe au niveau du système familial. L’apparition d’un symptome chez l’adolescent pourrait ainsi être lue comme une problématique qu’a la famille de répondre aux tâches développementales auxquelles elle doit faire face durant le moment de transition qu’elle traverse.

2- Le modèle multigénérationnel

L’approche trigénérationnelle permet de prendre en compte la dimension historique évolutive du système familial. On appréhende ainsi l’histoire personnelle du patient mais aussi celles des membres de sa famille ainsi que les relations qui unissent les membres entre eux. Cela permet d’entrevoir les croyances partagées, les valeurs transmises, les mythes, les scripts etc. Cela ouvre également la porte à une nouvelle lecture qui n’est plus horizontale mais verticale et concerne les choix de conjoints, les attentes, les loyautés etc.

3- L’enfant chronique

La recherche a permis de revisiter le concept d’ « enfant chronique ». La position assumée par les « enfants chroniques » étant celle d’adultes incapables de sortir d’une position de soumission par rapport à leurs parents et dont le développement personnel serait mis en échec par un sentiment de dépendance affective mal dissimulé qui aurait des répercussions sur l’intimité du couple ainsi que sur la fonction parentale. Le fait de travailler sur plusieurs générations a permis de mettre en lumière le fait que la dépendance affective n’est pas seulement présente chez l’enfant chronique mais également chez son parent, et s’inscrit dans une dynamique relationnelle basée sur la réciprocité.

4- La coupure émotionnelle

La coupure émotionnelle est une autre forme de déséquilibre affectif dans lequel la relation parent enfant s’étant interrompue sans passer par un processus de séparation graduelle, l’adulte se construit une image déformée de lui-même où il y a coupure avec sa propre appartenance ce qui le pousse a chercher des liens compensatoires sans y parvenir. Il s’agit alors de mettre en place un processus pour reconstruire les liens dans le présent afin de pouvoir élaborer activement les pertes.

5- Les sauts temporels et la mémoire procédurale

Maurizio Andolfi et ses collaborateurs ont étés frappés par le potentiel de changement qui est mobilisé lors d’une seule rencontre réunissant les trois générations ainsi que par la permanence des souvenirs de ces réunions, des années après, autant chez les thérapeutes que chez les membres des familles. En effet, ces souvenirs étaient restés en mémoire de façon assez vivaces. Les souvenirs les plus présents sont ceux concernant des émotions ce qui semble bien coller avec l’idée d’une mémoire procédurale par laquelle les souvenirs d’évènements ne sont pas forcément liés aux faits mais bien aux sensations et vécus que ces faits ont fait naître en nous. Les liens thérapeutiques se créeraient ainsi par les émotions partagées entre thérapeutes et patients. La prise en compte de la dimension émotionnelle a permis d’appréhender le fait qu’il est difficile d’évaluer une thérapie sur le moment car le vécu émotionnel prend son sens après la thérapie.

6- La théorie du family stress et du coping system

Les recherches ont permis de constater que les familles étaient plus en mesure de mobiliser leurs ressources face à des évènements stressants et traumatiques après la thérapie. La thérapie leur aurait permis de construire une sorte d’anticorps face aux nouveaux problèmes. Les théories du family stress et coping system seraient utiles pour comprendre untel phénomène. C’est comme si l’expérience liée au stress venait renforcer la force de l’individu, l’aidant à prendre plus facilement conscience des compétences dont il dispose. Ce changement dans la capacité de gérer les évènements viendrait d’un changement structural familial et individuel engendré par la thérapie. La confiance serait une donnée importante, la famille, se sentant en sécurité pour s’exposer pourrait par la suite se sentir plus à l’aise et s’exposer plus facilement.

7- Le passage de la provocation à une perspective évolutive de la thérapie familiale

La réflexion sur l’après thérapie a poussé les thérapeutes a passer d’une approche centrée sur la provocation à une approche basée sur la compréhension évolutive et historique de la famille dans laquelle le symptôme donne une compréhension de monde relationnel propre à chaque famille. On s’intéresse ainsi à la place qu’occupait le symptôme dans l’économie affective de la famille. Dans cette nouvelle approche, le thérapeute est devenu mobilisateur des ressources intergénérationnelles et médiateur qui favorise la restauration de coupures émotionnelles et d’incompréhensions relationnelles.

8- La thérapie commence quand elle s’arrête

Pour Maurizio Andolfi la thérapie commence quand elle s’arrête. Cela fait référence au fait que la thérapie commence quand la famille a pris conscience de sa capacité à aborder de nouveaux problèmes et a mit sur pied une méthodologie de travail qui lui permet de faire face aux crises. L’intérêt d’espacer les séances est que le changement s’inscrive dans la temporalité.

9- Les résonances du thérapeute

Apres les thérapies, des questionnaires semi- structurés ont étés proposés à la famille ainsi qu’au thérapeute de façon vérifier les souvenirs les plus significatifs dans le processus thérapeutique. Durant la thérapie, il n’y a pas que la famille qui doit fournir un investissement personnel, le thérapeute doit lui aussi toujours se remettre en question et s’auto analyser. C’est donc un processus de transformation mutuelle dans lequel les émotions et idées des uns se connectent avec les émotions et idées des autres. Ainsi, une expérience à connotation négative chez la famille est rarement vue comme ayant une connotation positive pour le thérapeute et vice versa. Dans l’étude, les chercheurs se sont aussi intéressés à la motivation des membres de la famille. Un thérapeute ne saurait été neutre en thérapie familiale. Il est fait référence a Withaker selon qui la meilleure façon d’utiliser le contre transfert en thérapie familiale serait de verbaliser en séance tous les liens qui font sens pour le thérapeute avec sa propre histoire.

Chapitre 2 : Panorama de la recherche en psychothérapie

1- Recherches sur les effets de la psychothérapie individuelle

Dans le domaine de la psychothérapie individuelle, Migone propose d’illustrer la chronologie des études et des différents aspects du problème en trois phases.

Dans une première phase qui va de 1950 à 1970, on s’intéressait plus aux résultats de la thérapie en se focalisant sur l’avant et l’après. Ces recherches essayaient de répondre aux sept questions suivantes : La psychothérapie est-elle efficace ? Selon les problématiques traitées, quelles sont les thérapies les plus efficaces ? La psychothérapie est-elle nuisible ? Quel rapport y a-t-il entre les coûts et les bénéfices de la thérapie ? Existe-t-il une corrélation positive entre l’efficacité de la psychothérapie et sa durée ? Y a-t-il un rapport entre l’efficacité et l’expérience du thérapeute ? Les résultats sont-ils durables ?
Il faut remarquer que les échantillons pris en considération lors de ces études étaient peu représentatifs car ils comportaient surtout des étudiants universitaires aux problèmes atypiques. De plus, la durée du traitement était le plus souvent inférieure à la durée habituelle d’une psychothérapie.

Dans une seconde phase, l’étude s’est portée sur l’étude du rapport entre le processus thérapeutique et ses effets. L’étude devient alors plus complexe et tente d’analyser les modèles thérapeutiques.

Dans une troisième phase, l’intérêt se porte plus particulièrement sur l’étude du processus dans le but d’identifier les microprocessus thérapeutiques. La cherche se centre ainsi sur les techniques du thérapeute, le comportement du patient et l’interaction thérapeutique.

La recherche sur les psychothérapies individuelles a permis de réinterroger les modèles thérapeutiques existants. Ce qui semble ressortir des études est que la centralité de la personne du thérapeute fait partie des variables qui participent aux effets positifs de la psychothérapie. De plus, les thérapeutes, quelle que soit l’école dont ils sont issus, agissent grâce à des facteurs de soin communs.

2- L’évaluation en psychothérapie familiale

Pour évaluer les thérapies familiales, il faut tenir compte non seulement des difficultés liées aux thérapies individuelles mais en plus de celles liées à la spécificité du setting proposé en thérapie familiale. Le point commun entre toutes les thérapies familiales est qu’elles consistent à « prêter une attention particulière à la relation entre les membres de la famille. » Le groupe témoin est vu dans ce genre d’études comme inintéressant car non représentatif. En ce qui concerne les critères d’évaluation, il semble que l’approche multidimensionnelle de l’effet de la thérapie et multi méthodologique afin de voir non seulement ce qui se passe du coté du thérapeute mais aussi du coté de la famille.

3- Présentation de la recherche sur les effets de la thérapie familiale

L’objectif global de la recherche qui a été menée concerne la mesure selon laquelle la durée de la thérapie à une incidence sur l’effet. Il s’agissait aussi de voir les raisons qui ont amenés les familles à ne pas démarrer, à interrompre ou à terminer le processus thérapeutique. Les hypothèses de départ étaient que le non démarrage de la thérapie était lié à une absence de motivation de la famille et à l’incapacité du thérapeute à établir un contrat significatif.

En ce qui concerne la méthodologie, cela a consisté en une approche multi méthodologique dans laquelle l’interaction thérapeutique était prise comme unité d’analyse. Les bases ont été les récits de familles et les enregistrements vidéo des séances sur un échantillon de cent deux familles. Une fiche informatisée a été utilisée pour recueillir des informations et les chercheurs ayant rempli la fiche sont ceux qui ont regardé les vidéos.

La mémoire était importante dans la recherche étant donné que les témoignages se sont basés sur les souvenirs de thérapie. Andolfi et ses collaborateurs voient la rencontre de follow-up de la famille comme une occasion pour les membres de celle-ci pour s’écouter mutuellement et comparer les souvenirs de la thérapie, les vécus et l’impact de celle-ci. Le follow-up permet également de récupérer une perspective temporelle de l’histoire familiale sur la durée.

En ce qui concerne les souvenirs gardés, lorsque la thérapie s’arrêtait avant d’avoir commencé, parfois les souvenirs des membres de la famille se relient à peu d’éléments ou sont pratiquement absents. A’l’opposé, parfois, un nombre de séance réduit avait eu un effet durable comme si elles avaient débloqué quelque chose.

4- Indications de la recherche

Il ressort des recherches qu’il y aurait des différences entre les problématiques de couple et les problématiques familiales concernant le non démarrage, l’arrêt précoce ou la fin de la thérapie ce qui a été pris en compte dans l’analyse faite. Il semblerait que pour les couples, le non démarrage de la thérapie viendrait d’un manque de motivation de l’un des deux membres du couple, d’un conseil du thérapeute en raison des thérapies individuelles de chaque conjoint ou d’une invitation des familles d’origine en séance qui heurteraient le couple. Les rencontres pourraient tout de même avoir parfois joué le rôle de mini thérapie. Pour ce qui est des familles, le non démarrage serait plus lié à une difficulté du thérapeute d’établir des liens avec certains membres ou une manque de volonté de poursuivre de l’un de ceux-ci. L’interruption précoce et le non démarrage auraient un sens différent qu’ils aient lieu dans la famille ou dans le couple. En ce qui concerne le couple, la rencontre thérapeutique aurait pu être un contexte qui a fait émerger les difficultés conjugales. En ce qui concerne les familles, il s’agirait plus d’un échec thérapeutique à établir le contact avec la famille.

 Deuxième partie : Les thérapies non démarrées ou ininterrompues

Chapitre 3 : Les thérapies non démarrées : cas cliniques

Lorsqu’une thérapie ne démarre pas et qu’il y a eu donc arrêt avant les trois premières séances, cela veut dire qu’il y a eu empêchement. Il peut s’agir d’une non motivation de la part de l’un des membres mais aussi d’un manque de motivation de la part du thérapeute. Il se pourrait aussi que ces brèves rencontres aient suffis à engendrer un changement au sein de la famille.

S’en suivent ensuite diverses situations de couples puis de familles ou la thérapie a arrêté avec le témoignage des membres concernant leur vécu de la thérapie. Les thérapies non démarrées semblent avoir été perçues par les thérapeutes comme une thérapie « perdue ». De plus, comme dit plus haut, ce n’est pas parce qu’une thérapie s’est arrêté précocement qu’il n’y a pas eu d’effets positifs. Il semble en effet que des imputs ont étés dans certains cas reçus par les membres de la famille ou du couple produisant ainsi un changement. Une telle situation se produirait quand il y aurait une situation spécifique caractérisée par le synchronisme entre le temps évolutif du couple ou de la famille et les modalités de l’intervention thérapeutique.

Dans les difficultés majeures pouvant provoquer l’arrêt de la thérapie, on retrouve la question du manque de motivation chez l’un des participants. La sollicitation de la famille d’origine peut aussi poser problème dans les couples quand un rapport de confiance n’est pas encore établit avec le thérapeute. De même pour faire venir un membre de la famille en séance avant que la famille ne se sente en confiance. Il est donc important pour le thérapeute de se montrer attentif et de faire preuve de sensibilité pour pouvoir saisir le moment le plus opportun pour faire des demandes et des provocations thérapeutiques à la famille.

Chapitre 4 : Quand la thérapie ne se poursuit pas

Andolfi et ses collaborateurs ressortent de leurs travaux que pour qu’il y ait au préalable une motivation et un rapport de confiance. L’absence de confiance en la thérapie chez les couples venait d’une décision de séparation déjà prise de l’un des partenaire ou d’un manque de confiance dés le départ dans une thérapie. Deux certitudes qui participeraient à la consolidation de la confiance et de la motivation seraient l’idée que le thérapeute possède des compétences et qu’il est capable de résoudre les problèmes portés par la famille. Une chose fort intéressante est qu’on remarque qu’un ensemble d’évènements qui semblaient confus prennent sens après coup quand les souvenirs sont réorganisés.

Il est important que le thérapeute crée rapidement et de façon durable une relation thérapeutique afin de pouvoir mettre en place des interventions efficaces. Cette relation deviendra thérapeutique lorsqu’elle pourra modifier les valeurs et les contenus donnés aux comportements d’une personne ou du moins quand elle suscitera des questionnements chez le sujet. Le lien de confiance n’est tout de même pas le seul facteur responsable d’un arrêt de thérapie, d’autres facteurs peuvent être présents. Il se peut notamment que chaque membre de la famille envisage la thérapie mais en ayant des finalités différentes.

Il faut remarquer aussi que la famille d’origine peut représenter un outil explosif. Cette venue en séance peut aussi bien être positive que négative. Un membre de la famille peut notamment avoir peur que la venue de ses parents n’augmente l’enchevêtrement de la famille. D’autres pourraient perdre leur statut d’adulte devant leurs parents.

 Troisième partie : Les thérapies achevées :Réflexions croisées

Chapitre 5 : les couples se racontent

En ce qui concerne la thérapie de couple, il semble que quelques années après la fin de la thérapie de couple, les conjoints prennent conscience d’avoir trop souvent mis de coté leur propre authenticité dans le couple, et, de ce fait de s’entre trahi et d’avoir trahi ses enfants. Ce sentiment d’auto trahison semble décentrer le problème des défauts du conjoint pour les recentrer sur la personne elle-même amenant ainsi une prise de conscience plus élevée. Ce concept d’auto trahison se consoliderait avec le temps et viendrait d’une volonté inconsciente de ne pas savoir et de ne pas voir. Les conjoints masqueraient ainsi leur authenticité dans le but de préserver une illusion d’union totale. Il arrive aussi que la demande de thérapie de couple soit camouflée par une demande en rapport avec le problème d’un enfant.

Andolfi et collab voient la mémoire comme étant une ressource au service de l’histoire personnelle. Celle-ci permettraient de reconstruire des scènes du passé dont des détails sont incohérents afin de les rendre cohérentes. Les souvenirs changeraient ainsi selon les circonstances dans lesquelles ils sont évoqués. En ce sens, le but de la thérapie serait d’inférer un processus transférentiel ou le sentiment d’inachèvement de la thérapie permettrait à la famille de se réapproprier son propre temps évolutif et sa propre histoire.

Il est ensuite fait allusion à Bowen et à sa façon de s’interposer en séance entre les membres du couple afin que ceux-ci ne communiquent pas ensemble avant qu’ils ne se soient chacun reconnectés avec leur famille d’origine afin de s’en différencier. Cette envie de faire reconnecter les membres du couple est reprise par Andolfi qui fait venir les familles d’origine en séance. Cela repose sur l’idée que l’on ne peut pas se séparer avant de s’être reconnecté. Il est également fait référence à Withaker et à ses sauts dans le temps. La rigidité du couple peut nous permettre d’aller à la rencontre des blocages intergénérationnels qui pèsent sur l’évolution du couple et de la famille.

Il est arrivé souvent chez les couples rencontrés que la crise conjugale était présente dés le mariage. Dans ce cas, le thérapeute en tant que tiers dans la relation peut augmenter la distance d’incompatibilité qui sépare les membres du couple. Il semblerait que les couples en difficulté sont tout de même en mesure de transformer leurs dysfonctionnements relationnels, et dé trianguler ainsi les enfants, lorsqu’ils ont le sentiment d’être soutenus et aidés à retrouver les ressources individuelles et groupales nécessaires au changement.

Chapitre 6 : Familles avec des adolescents anorexiques

Par les témoignages du follow up des familles d’anorexiques, on peut voir les similitudes qui ressortent dans la symptomatologie.
L’anorexie est une maladie multifactorielle qui se développe selon Selvini Palazzoli à la confluence de facteurs spécifiques de la culture occidentale tels que la valorisation de la maigreur et la présence de certaines modalités interactives dans la famille. Il est à remarquer que chez les anorexiques, le caractère autodestructeur du comportement alimentaire est souvent nié par la famille. Nous pouvons donc dire qu’il s’agit d(un désordre ethnique qui s’inscrit dans un contexte social et historique particulier, que c’est un trouble lié au rôle de la femme, que c’est un trouble adolescent qui exprime une difficulté à grandir et à se différencier d’une organisation familiale qui dysfonctionne.

Différents modèles explicatifs de l’anorexie coexistent :

  • Le modèle médical qui cherche l’origine organique de la maladie et dont la prise en charge est constitué d’une hospitalisation adaptée au poids du sujet.
  • Le modèle psychodynamique ou l’anorexie est vue comme pathologie psychosomatique et ou l’intérêt est porté sur les aspects psychologiques qui sous tendent les troubles d’ordre physique.
  • Le modèle comportementaliste porte pour sa part plus d’intérêt aux comportements actuels. Il voit l’anorexie comme une phobie de la nourriture et la traite en modifiant des perceptions erronées sur son propre corps ainsi qu’en modifiant nos cognitions.
  • Le modèle systémique relationnel s’intéresse plus à l’anorexie dans le rôle qu’elle remplit dans la dynamique familiale. Haley part de l’hypothèse que le symptôme est l’expression d’une organisation familiale qui dysfonctionne à cause de pactes intergénérationnels et de conflits conjugaux non exprimés. Il met l’accent sur la phase du cycle de vie de la famille dans laquelle s’inscrit le comportement du jeune. Les thérapeutes de la recherche se sont pour leur part surtout référés au modèle expérientiel de Withaker en centrant le travail avec les familles sur la redéfinition des hiérarchies, des coalitions dysfonctionnelles et des sous-systèmes familiaux le tout dans une optique tri générationnelle.

Pour Andolfi, la famille en difficulté se caractérise par un blocage temporel comme si la vie familiale s’arrêtait face au problème d’un enfant. La thérapie a pour but de remettre la dimension temporelle. Il est aussi utile de relever le fait que le sujet anorexique n’est pas le seul à souffrir. En effet, il est ressorti de la recherche que les frères et sœurs, de par l’accablement des parents sur la pathologie de l’anorexique et les relations privilégiées qui unissent celle-ci à sa famille, se sentent exclus du système familial et qu’il peut donc être fort intéressant de les inclure correctement dans la thérapie. Comme dit précédemment, l’intérêt est d’activer les ressources familiales afin de pouvoir assumer le parcours évolutif qui s’était brusquement interrompu.

En résumé, l’anorexie pourrait débuter par un sentiment d’inadéquation vécu par certaines jeunes filles à l’adolescence. L’anorexique peut se sentir valorisée par sa maigreur et avoir un sentiment de compétence en raison du contrôle qu’elle exerce sur elle-même. Les dynamiques relationnelles présentent au sein du système familial pourraient soutenir ce comportement. Par la suite, l’image altérée renvoyée par le miroir ainsi que l’angoisse liée à la nourriture contribueraient à faire perdurer le comportement.

Pour ce qui est des aspects communs présents dans les familles d’anorexiques rencontrées, on repère le moment d’apparition de prédilection comme étant l’adolescence. Il y a également une similitude dans la façon dont les jeunes filles voient la maladie en mettant l’accent sur le coté hystérique et la dépression tout en passant sous silence la gravité de la maladie. On retrouve également des difficultés au sein du couple conjugal ou entre l’anorexique et l’un de ses parents. Il ressort aussi que le père joue généralement une place en retrait dans le système familial et reprend une place active petit à petit durant la thérapie. Une identification de la jeune fille avec sa propre mère serait aussi assez courante ainsi que l’amélioration de l’espace du couple après la thérapie.

Chapitre 7 : Familles avec des jeunes adultes psychotiques

La psychose est actuellement vue dans une optique multifactorielle ou coexistent des facteurs intra-individuels et des facteurs environnementaux. Une remarque qui semble pertinente est qu’il est important de voir le comportement du sujet dans les interactions avec sa famille mais sans omettre ce qui se passe chez le sujet. L’accent est également mis sur la nécessité de ne pas évaluer une thérapie trop hâtivement, ce qui risquerait de ne pas prendre en compte tous les changements, mais de veiller à prendre également en compte la suite d’événements significatifs qui se sont produits.

Pour travailler avec les familles ayant un membre psychotique, il est tout d’abord important d’écouter tous les sujets abordés sans perdre de vue la motivation et l’attente des personnes les plus impliquées car cela contribue à favoriser le changement de posture des personnes impliquées.

Chapitre 8 : Thérapie avec la famille et nœuds relationnels

Lorsqu’il s’agit d’évaluer le bien fondé d’un suivi individuel qui nous est demandé, il s’agit de tenir compte du temps et de l’objectif de la demande. Le thérapeute doit aussi s’interroger sur l’utilité ou l’importance subjective de sa réponse pour le patient. Andolfi et ses collaborateurs considèrent ainsi que dans le cas ou le sujet est prit dans une forte dépendance et une faible différenciation, il vaut mieux que celui-ci soit confronté aux personnes dont il dépend. Par contre, cela pourrait être utile dans le cas où la personne a pris conscience des noeuds relationnels qui l’empêchent de prendre sa propre indépendance et de se différencier.

Il pourrait également être utile pour le thérapeute de savoir amener des expériences personnelles, anecdotes ou autres en séance car cela pourrait avoir un impact normalisant sur les membres de la familles ou le sujet seul. Cela permet de ne pas mettre seulement en avant le coté « malade » des sujets.

En thérapie, apprentissage et imitation sont deux notions importantes qui permettent de faire l’expérience d’un climat relationnel au sein d’un contexte significatif avant de l’intégrer et de l’appliquer dans les relations de tous les jours. Dans un premier temps, les sujets imitent les comportements du thérapeute avant de se les approprier.

Andolfi attire aussi l’attention sur la question de la médication. En effet, alors que l’objectif d’une psychothérapie est l’acquisition d’autonomie, le médicament peut être ressenti comme une dépendance. De plus, le médicament n’est pas un objet neutre mais un objet qui prend sens dans l’histoire du sujet mais aussi dans l’histoire de sa relation avec le médecin. Ainsi, il y a une influence des relations personnelles et des rapports sociaux concernant le sens donné au médicament. Il semble que ce sens semble négligé dans la plupart des cas. Pourtant, il est intéressant d’en tenir compte, le médicament et la place donnée au prescripteur pourraient notamment renforcer le sentiment de contrôle et de dépendance. Alors que dans ce cas de figure, le médicament serait néfaste, celui-ci pourrait également servir d’instrument de médiation dans une autre situation.

En ce qui concerne la spécificité de la relation thérapeutique, celle-ci pourrait être vue comme une salle d’entraînement dans laquelle le temps occupe une place centrale pour arriver à un changement. ^

Pour ce qui est du rôle de la fratrie, il ressort de la recherche que contrairement à ce que l’ont pourrait penser la fratrie n’est pas toujours une ressource et c’est notamment le cas lorsque les frères et sœurs viennent forcés sans s’impliquer activement dans la thérapie. La fratrie est intéressante en ce qui concerne l’appartenance familiale lorsqu’il y a entre les frères et sœurs un degré de loyauté élevé, de l’intimité et de la proximité.

Il ressort également des follow up que les métaphores et les objets métaphoriques sont des instruments thérapeutiques et relationnels relativement efficaces. La persistance des souvenirs liés à des situations ou une métaphore a été utilisée confirme l’importance le rôle important que joue la métaphore en tant qu’instrument cognitif qui introduit de l’inédit. La métaphore permet ainsi des lectures alternatives et ouvre ainsi une porte sur de nouvelles perspectives que ce soit pour la famille et pour le thérapeute. Pour être utile, la métaphore doit être pertinente et être placée à un moment adapté dans le temps de la thérapie afin de pouvoir être reçue par la famille


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