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Robert Neuburger

Les familles qui ont la tête à l’envers

Revivre après un traumatisme familial. Paris : Editions Odile Jacob (2005)

samedi 21 mars 2009 par Monville Christine

BUT de l’ouvrage =

  • proposer une définition du traumatisme –trauma familial
  • la transmission du trauma = transmission d’un sentiment de culpabilité dans des générations successives.
     cela permet ainsi de dégager des hypothèses de travail et de traiter les familles en faisant lien entre les symptômes et les traumas familiaux.

 PREFACE :

Ex : Mme ARTEMISE : hospitalisée en psychiatrie pour dépression depuis plusieurs semaines… Aucun progrès – Elle confie un secret : son mari est infertile, sa belle-mère le lui a caché. Sentiments de culpabilité et de loyauté chez la patiente.

L’hospitalisation de Madame sert à protéger les 2 familles :

  • éviter de dévoiler le secret
  • éviter d’arriver à la rupture

 Nécessité de CONTEXTUALISER les symptômes avant de poser un éventuel diagnostic !

 Travail uniquement possible s’il existe au préalable une relation de CONFIANCE instaurée entre le praticien et le patient.

 Certains symptômes peuvent être la conséquence à distance de traumas familiaux connus ou méconnus.

On ne saurait relier une pathologie à une origine unique.
Le principe systémique d’ EQUIFINALITE admet que des troubles différents peuvent avoir une origine commune, alors que certains symptômes semblables ont des origines très différentes.

 PREMIERE PARTIE : LES FAMILLES BLESSEES

Chapitre 1 : AUX ORIGINES DU TRAUMATISME

Ex (pg 17) : Suzie – 9 ans – abus sexuel extrafamilial provoque l’effondrement de la famille (père-mère-fille). Suzie développe une obésité. Aucune évolution après plusieurs mois…

Les parents se sentent coupables-responsables dans le regard de la famille élargie qui déconsidère la « modernité » du couple, modernité qui pourrait avoir indirectement « permis » que l’abus se produise.

1.1  : Une violence qui laisse des traces :

Sur le plan étymologique, une traumatisme = trace, conséquence immédiate et à distance d’un choc physique, isolé ou répété, volontaire ou non, touchant l’intégrité corporelle.

Freud étend cette notion au domaine psychique.

Un trauma physique n’entraîne pas forcément un trauma psy.et inversément.
Un trauma n’est pas une violence mais bien le PRODUIT d’une violence.

Des violences équivalentes peuvent laisser des traces traumatiques différentes : tout dépend de la sensibilité de la personne qui subit la violence, de son rapport avec celle qui l’exerce et du contexte.

1.1.1 : Les deux faces d’une même dignité :

Le corps psychique comporte 2 dimensions :

  • la dignité personnelle/ individuelle :
    Dignité = rapport de l’homme face à lui-même = liberté/droit/libre choix/droit de se déterminer, de penser, ….
    Cette reconnaissance passe par des rituels essentiellement religieux : baptême, circoncision, …
  • la dignité d’appartenance :
    Droit conféré à un individu de faire partie d’un groupe, d’être accepté comme membre.
    Droit d’un groupe à exister (famille, groupe social, Etat, Eglise,…)

 la situation traumatique attaque l’une et l’autre.

1.1.2 : Les frontières du Moi (pg 21) :

Ne pas être respecté dans son intégrité, intimité, corps, conviction, … = traumatisant.

 = négation de la dignité humaine, non respect de cette dignité.

 La souffrance vient du fait que l’individu ne sent pas son appartenance à tel ou tel groupe respecté.

• Le moi et l’intimité :
= le territoire d’intimité dans tout corps psychique dont chacun reste maître pour autant que la société l’y autorise.
= sécurité de base de l’individu. Assurance de ce droit à disposer de soi-même.

• Le Moi et l’appartenance :
L’appartenance = support identitaire.
= libre choix quand à la décision à participer/adhérer ou non à différents groupes…

Tout corps social peut être frappé par un trauma (ex : le 11/09/2001).

1.2 De l’individu à la famille : le passage

Ex : Suzie – 9 ans. Trauma individuel = non respect de son corps.
Trauma familial = non respect du « modernisme » de ses parents.

1.2.1  : Du mythe au traumatisme :

Dans les mythes familiaux, il y a 3 sortes de signifiants :

  • Les indicateurs du destin individuel : « ce qu’on doit devenir dans telle famille »,
  • « Comment on doit se comporter par rapport aux autres membres de la famille ? »
  • « Comment penser et agir face aux autres, aux étrangers du groupe ? »
    Ex. : en France : Liberté (individuel) – Egalité (groupe) – fraternité (étranger)
    Dans les familles, l’existence de ces 3 signifiants sert à faciliter la greffe nécessaire entre deux personnes qui fondent une famille.

Un trauma familial = conséquence d’une atteinte à la dignité d’un groupe familial comprise comme le droit de ce groupe à exister aux yeux de la famille élargie et plus largement aux yeux de la société dans laquelle vit ce groupe.
Cette dignité inclut le droit à exercer une forme de souveraineté sur un territoire d’intimité familiale (= liberté de gérer son existence tout en respectant les lois établies).

L’effet de ces attaques portées au mythe du groupe sera d’empêcher les mécanismes réparateurs, présents dans toute famille, de fonctionner.(pg 26)

1.3  : La source du drame :

Tout événement, banal ou dramatique, s’il attaque les convictions familiales, ses mythes, peut provoquer un trauma. Selon les cas, l’origine du trauma sera à chercher à l’intérieur du groupe (inceste, délis, meurtre, …) ou à l’extérieur (viol, décès lié à une maladie, infirmité due à un étranger).

La nature de l’événement traumatisant peut être banale mais être ressentie différemment selon les familles.

Ex : un mythe qui s’effondre : « on se dit tout, nous ! » = cette famille a un idéal de transparence, de liberté de parole (= mythe !). Elle peut alors être bouleversée en apprenant qu’un des fils se drogue en cachette. Cette dissimulation est douloureuse.

Une catastrophe ne crée pas forcément un trauma.
Ex : massacre ethnique peut engendrer un trauma individuel mais pas forcément un trauma familial grave.

Malgré les destructions, les souffrances, une catastrophe familiale préserve ‘identité du groupe. Elle peut même parfois la renforcer !

Le trauma familial peut être dépassé SI les racines identitaires sont suffisamment préservées et que la mémoire familiale est assez épargnée pour que l’histoire d’avant le trauma reste PORTEUSE D’AVENIR => capacité à s’auto-réparer !!

Ex (positif !) : Samuel PISAR = rescapé des camps de la mort et travaillant à rétablir le lien entre Est et Ouest.

1° Phase d’automythification : sentiment de toute puissance du fait d’avoir été choisi par le destin, d’avoir été plus fort que la mort.

2° Phase de dépression provoquée parla réaction sociale

3° Phase ordalique : appel au destin, besoin de réexister => relier le passé, le futur et faire œuvre de transmission au niveau familial et social.

1.4  : De génération en génération (pg 38) :

Ex (négatif !) : Grand-père paternel = ancien combattant, accusé d’avoir craché sur un monument aux morts de 14-18, condamné à 6 mois de prison => humiliation => défenestration.
La famille vit cette mort comme un abandon : « Mon père a abandonné ma mère » dit le fils des dizaines d’années plus tard ! => 4 générations avec une plaie ouverte dans le mythe familial (culpabilité au nom du GPP).

Ce qui détruit une famille est moins le massacre que l’atteinte mythique, qui peut en être la conséquence, et ses effets sur la transmission, sur la filiation => chez ces familles qui ont « la tête à l’envers », le passé compte plus que le présent !

1.5  : Crise, catastrophe, trauma, comment distinguer ?

Trauma familial >< crise, catastrophe familiale !

Trauma familial = toujours provoqué par des altérations partielles ou totales de ce qui faisait l’identité du groupe, de ce qui justifiait son existence et le maintenait vivant.

Catastrophe familiale = Changement trop massif pour les possibilités d’assimilation de la famille/groupe qui ne peut être intégré dans le temps d’une crise. Sa résorption se fait sur plusieurs générations. Ces souffrances peuvent malgré tout laisser indemne l’identité du groupe et renforcer la solidarité.

Crise familiale = événement physiologique qui permet d’intégrer des éléments nouveaux, des changements intérieurs au groupe ou contextuels.

 Chapitre 2 : QUAND ON A LA TETE A L’ENVERS

Qu’est-ce qui donne à penser qu’une situation est à relier à une histoire traumatique ?

  • soit la famille arrive à le formuler,
  • soit les différents symptômes apparaissent comme des indicateurs d’un trouble traumatique,
  • soit ils sont isolés et prennent tout leur sens quand ils sont regroupés et reliés à l’histoire familiale.

2.1  : Un rapport inversé au temps :

Effets destructeurs du trauma sur le mythe unificateur de la famille => conséquences incompatibles avec ce qui fait la base de l’existence de la famille/ sa raison d’être/Le futur n’existe pas mais seulement la SURVIE-méfiance.

Ex : étudiant qui n’a pas connu la guerre mais s’informe


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