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Gregory Bateson

par Jean-Claude Benoît Éditions Érès

vendredi 27 mars 2009 par Benoît Jean-Claude

Voici deux chapitres pour faire connaissance avec le contenu du livre.

CHAPITRE V

 COMMUNICATION, PSYCHOTHERAPIE ET FAITS RELATIONNELS

Edité en 1951 à San Francisco par Jurgen Ruesch, et Bateson, voici donc Communication : The Social Matrix of Psychiatry. (Trad. française : Communication et société) ». Ce livre comporte deux parties, dont la seconde est entièrement de la main de Bateson et nous retiendra ici particulièrement.

Dans une deuxième partie, nous évoquons des textes de dialogue entre une fillette - disons Cathy - et son père, un savant. Ce sont les métalogues, néologisme créé par Bateson. Ces écrits épistémologiques personnels de 1948 à 1964 sont groupés en tête de Steps. L’humour se mêle là aux thèmes les plus sensibles de nos existences relationnelles.

Premiers contacts avec la psychiatrie américaine

Ruesch et Bateson partagent un intérêt commun pour le thème de la communication. Ils constatent combien celle-ci se dégrade lors de troubles mentaux. Ils vont utiliser l’expression de système relationnel en tant que référence face à la pathologie psychique et à ses échanges interpersonnels difficiles. Pour eux, il existe chez ces patients et avec leurs proches une difficulté particulière concernant la communication sur la communication, en particulier. Bateson nomme ce fait métacommunication et, sur ce point, il utilise les différences visibles entre les mœurs occidentales et les mœurs américaines.

Chaque individu d’une culture - et il en va ainsi dans « the american way of life » - s’aligne sur des comportements et des contextes relationnels partagés lors d’échanges au quotidien. Ces conduites sont gérées en réciprocité avec autrui. Elles sont fonction des traits psychiques personnels dominants : indépendance ou coopération, modération ou rigueur, comportements appropriés ou non. D’origine européenne, les auteurs constatent que les Américains acceptent assez aisément des compromis face aux changements qui leur sont imposés par l’évolution sociale. Le système relationnel américain se fonde sur des équilibres comportementaux en réciprocité qui facilitent un vécu collectif, en particulier familial.

Au sein des familles, l’autorité est partagée. Les décisions sont prises plutôt en commun, avec l’idée d’une coopération collective qui soit favorable tant aux parents qu’aux enfants. Les inévitables conflits sont traités selon le modèle : « acceptez que j’exprime mon désaccord devant vous ». Nos auteurs soulignent la nature pragmatique de ce modèle relationnel qui libère des initiatives personnelles clairement exprimées. Les jeunes américains acquièrent un mode de croissance équilibré et réciproque, grâce aux concessions faites de part et d’autre : « La dynamique familiale comporte ici une unité de tâches partagées, de rôles interchangeables, mouvant selon les circonstances et tous liés par un but commun. » Notons que ceci concerne aujourd’hui bien des groupes familiaux de notre continent européen : ce thème de la liberté d’expression juvénile se fait constant.

Nous abordons ici la deuxième partie de ce livre, apportée par Bateson lui-même.

 Vers la métacommunication

Métacommunication, ou communication sur la communication : ce sera par exemple le ton de la voix ou le geste qui accompagne un propos. La complexité est naturelle chez tout être humain engagé dans une relation à autrui. Ce fait banal prend place parmi les éléments basiques d’une théorie des échanges relationnels et concerne par exemple l’incertitude voire l’angoisse pouvant survenir lors d’échanges en cours entre humains, quelques soient leurs âges. Là, des métacommunications sont nécessaires pour traduire toute situation relationnelle et de la plus fréquente ou la plus sûre jusqu’à la plus incertaine ou la plus déroutante. Ce fait relationnel est courant en psychologie. On constate là que deux types d’informations - abstraites et concrètes - sont nécessaires lorsqu’il s’agit par exemple de faciliter les interactions entre les membres d’une famille. Pour Bateson, il s’agit aussi de la notion basale de codification - ou encodage. Une codification est présente d’une façon explicite ou non dans toutes les théories du soin psychologique. C’est un processus de production de messages selon un modèle de signes susceptible de transmettre de l’information. Pour ceci, il faut qu’existe une relation à la fois au plan intime et au plan de l’ « exprimé » entre les individus concernées. Ceci nous renvoie à la notion d’une complexité des échanges interhumains, fussent-ils des plus courants.

Au niveau de notre système nerveux central, on note de plus la possibilité que la présence du corps soit utilisée comme composant analogique des vécus émotionnels. Par exemple, il nous arrive habituellement d’utiliser notre corps comme le lieu d’une réponse empathique aux émotions exprimées par un tiers devant nous. Une imitation kinesthésique manifeste notre participation à l’échange en cours, en particulier affectif. Ceci concerne aussi le soutien que tel patient va obtenir de son thérapeute. Ces transmissions interpersonnelles sont autant de gestalten, formes qui se préciseront dans le dialogue simultané. Ce sont des informations échangées. Et « toute information est multiplicative », précise Bateson. En effet, chaque élément d’information comporte à la fois une assertion positive et le déni de l’assertion opposée.

 Hasard, codes et valeurs : quand la croyance repose sur la confiance

Au plan concret, la nature multiplicative de toute information est illustrée par le jeu bien connu des « vingt questions ». Il s’agit-là de deviner de façon assurée l’objet ou l’être que le partenaire choisit mentalement. Ce jeu comporte à chaque étape le rejet d’un élément énoncé. Il concerne finalement un seul objet ou être parmi « 2 puissance 20 » : plus d’un million de possibles explorés. Ceci permet au joueur d’identifier l’élément concerné. Bateson développe ici le thème des codes et des valeurs qui imprègnent nos échanges dans nos univers relationnels complexes. En chacun de nous, un système de valeurs personnelles marque des préférences, en réseau.

Ce réseau accepte ou refuse certains vécus et il concerne toute notre vie quotidienne. Est rappelée ici une découverte essentielle de Freud : chaque humain tend à valoriser dans le monde extérieur ce qu’il ressent affectivement comme positif. On doit aussi à Norbert Wienner la notion d’un lien étroit entre le concept d’information et celui d’entropie négative.

Voici deux exemples concrets, tels Bateson aime les glisser dans ces thèmes.

Lors de son petit déjeuner, Mr. X. organise un mélange d’œufs et de bacon, côte à côte sur son assiette et il crée là aussi une rencontre improbable avec d’autres humains, tels ceux qui ont participé à la vente de ces aliments. Ou encore, Mr. X. fera sa cour à telle jeune femme de façon à ce qu’elle lui offre son cœur sans hésitation. Dans ces deux cas, « à la recherche de valeurs, Mr. X. crée une congruence entre telle chose en sa tête et un élément extérieur. » Bateson conclut : « Entropie négative, valeurs et informations sont des faits similaires dans la mesure où le système auquel ces notions se réfèrent est un humain précis et son environnement. Ce sujet agit de façon à ce qu’en recherchant telles ou telles valeurs, il puisse établir une congruence jusque-là improbable entre ses idées et son environnement. » Les humains vivent grâce à une confiance réciproque. Quand A se comprend avec B, ils partagent ce thème : « Nous sommes en train de communiquer ». De plus, ils peuvent échanger des propos du type « Va-t-il pleuvoir aujourd’hui ? » ou d’autres, plus sérieux. Le ton signale aussitôt le code social qui anime cette relation. Et aussi quand je dis à un tel « le chat est sous la table », cette proposition implique cette autre : « Le mot chat convient à cet animal-là ». Au plan clinique, la psychiatrie apporte des exemples d’une distorsion des systèmes de communication et leurs discordances. Dans les troubles graves, les faits émotionnels prennent souvent une allure chaotique et paradoxale, et pourtant ils expriment aussi des sentiments personnels. Pour sa part, l’artiste manifeste aussi une forme de dédoublement appuyé sur sa création : « ce tableau est ma réalité personnelle ». Quand au publicitaire, il va fournir un mensonge, au moins relatif...

Dans tous ces cas, existe ce double niveau : communication et métacommunication. Ainsi, tout se passe comme si l’humain ne pouvait échapper à divers paradoxes dans ses échanges à autrui, compte tenu de ses normes intimes et de ce double jeu, par exemple du corps et de l’âme.

 Le psychothérapeute et son épistémologie

Ici, pour Bateson, les soins psychologiques s’appuient sur des actions et un vocabulaire technique mais « leurs méthodes se montrent quelque peu incertaines ». Elles se heurtent à l’ambiguïté des contextes relationnels et au fait que chacun voit « le monde tel qu’il est », mais aussi « tel qu’il le perçoit ». A ce niveau, les écoles psychothérapiques se montrent bien diverses. Habituellement, le thérapeute et son client tenteront « d’accorder leur relation de soin à la singularité de chaque rencontre thérapeutique ». Pour une bonne part, la tâche thérapeutique consiste à concevoir et utiliser une deutéro-représentation, complexité ou ambiguïté appropriées aux besoins évolutifs du patient. L’intervenant apporte là une attitude de compréhension réciproque, avec le risque pris par chacun dans cet engagement.

Citons : « Il s’agit, par exemple, du proverbe français << on ne peut faire d’omelette sans casser des œufs >>. Ce proverbe implique que des patterns relationnels sont détruits dans le but que d’autres soient créés et le coût de ce moment est défini qualitativement en de nouveaux modèles, jetant par la fenêtre les données quantitatives des troubles. »

L’évolution d’une psychothérapie s’accompagne d’une croissance des informations affectives apportées au thérapeute, tout comme à son client lui-même. Toutefois, pour les psychothérapeutes, « il existe une différence entre tel intervenant qui se fixe des buts a priori et tel autre qui recherche l’appui de patterns nouveaux chez son client. » Quoiqu’il en soit, le thérapeute accepte de se lier à un processus évolutif ainsi facilité chez le patient. Celui-ci va découvrir que lui-même peut changer de façon positive au fil des soins.

Alors, les soins psychologiques vont être confrontés aux sciences exactes et souvent considérés comme opposés à celles-ci, en une séparation formelle. Il existe pourtant une certaine convergence entre ces deux « camps », surtout quant sont abordés les phénomènes de communication et d’interaction. Ceci est évident en ce qui concerne en particulier les troubles affectifs et mentaux. Quelle que soit la complexité de ceux-ci, ils n’échappent pas au thème d’une certaine convergence entre sciences exactes et sciences humaines. Ceci est particulièrement vrai dans le champ du soin relationnel.

Pour Bateson, la notion d’information prend alors un sens de liberté humaine. Il précise que les conceptions du savoir psychiatrique peuvent accueillir le thème d’un sens apporté par des gestalten. Il s’agira là de ces valeurs existentielles et vivantes, qui sont nécessaires à nos vies relationnelles si complexes. La réflexion concerne ici la résistance opposée par tout humain à une perception de soi et d’autrui fondée sur une pensée mécaniciste dont le modèle serait projeté sur sa vie relationnelle. Pour sa part, la relation du soin psycho-affectif se définit comme une rencontre égalitaire entre deux humains. Cette rencontre thérapeutique possède une exigence de reconnaissance réciproque, avec cette égalité et cette convergence relative utile aux soins psychiques.

 « Une théorie du jeu et de l’imaginaire »

Publiés en 1954 puis introduit dans Steps en 1971, ce texte et les suivants appartiennent au groupe de nouveaux apports publiques de Bateson, soit sous forme d’articles dans des revues ou lors d’interventions dans des colloques es sciences humaines. Ils marquent une nouvelle étape dans sa théorie de la communication humaine, individuelle, groupale et culturelle. Il s’agit d’un reflet captivant des premiers engagements de l’anthropologue dans les soins psychologiques. Là vient se manifester l’humour heureux du chercheur à qui son savoir anthropologique permet de décrypter des ambiguïtés relationnelles courantes, avec l’engagement dans le champ clinique des soins psychologiques et leurs complexités relationnelles.

Voici un exemple de son style sur ce plan.

« Quand je vous dis <>, j’implique plusieurs niveaux logiques.

Primo, je précise que le mot <> désigne une certaine catégorie d’objets et, secundo, que pour moi ce mot n’a pas de fourrure et ne peut pas griffer… J’évoque de plus un complément d’information - une <> - concernant ma relation avec vous. Par exemple : << Je vous donne cette information amicalement >>, ou encore : << Ceci est un jeu>>. Là, le niveau de cet échange nous concerne vous et moi. Et cette complexité recèle le fait que les messages méta-communicatifs restent implicites pour la plupart. Dans tout soin psychologique existe l’évocation de faits affectifs dont les aspects positifs ou négatifs vont être alors étudiés. »

Dans la théorie de la communication, l’évolution des espèces fait que les organismes du niveau le plus élevé « identifient un signe en tant que signal. » Quotidiennement, les individus concernés se reconnaissent entre eux. Mais ils constatent aussi que « les signaux peuvent n’être que des signaux », certes capables de fiabilité mais aussi d’être éventuellement déroutants, falsifiés, niés, corrigés, etc.

Bateson évoque une visite au zoo de San Francisco, et décrit là le fait relationnel de communications complexes.

Citons. « Ce que je perçus alors est un phénomène connu de chacun. Je vis deux jeunes singes jouant, c’est-à-dire s’engageant dans une séquence interactive où les actes ou signaux étaient similaires à une lutte mais différents à la fois. Il était évident pour l’observateur humain qu’il s’agissait d’un <> entre les singes concernés. » Ainsi, le phénomène si crucial du jeu ne peut-t-il survenir que si les organismes concernés sont capables de communiquer à un niveau méta, c’est-à-dire complexe : ils échangent des signaux comportant le message : « ceci est un jeu ». L’étude de ce message et de son emploi relationnel montre clairement l’existence d’un paradoxe assumé par les participants. Ceci peut se traduire pour Bateson par : « ces actions où nous sommes là engagés, ne désignent pas les actions qu’elles affirment vouloir désigner »… Le jeu transmet un double message paradoxal : la morsure ludique d’un jeune singe à son aîné signale une agression mais dénie au même moment celle-ci, de façon clairement perçue par les deux participants et avec un plaisir partagé.

 Complexités logiques en psychologie et en psychothérapie

« Dans cette région confuse de l’art et la magie - voire des religions - se croisent des êtres humains qui créent des métaphores douées de sens pour eux : c’est comme le drapeau pour qui certains acceptent de mourir, ou bien le sacrement religieux qui rend pensable un futur Paradis. » Les symboles ont leurs pouvoirs en nous. Réalité ou incertitude, objectivité ou intuition, il existe là une complexité qui évoque nos aspirations. C’est ici une allusion au thème de la carte et du territoire, de l’objectivé et du vécu. Pour Bateson, il existe ici en nous la tentation de dénier ces différences. Mais, le message précisant « ceci est un jeu » nous incite à un retour à l’innocence vécue dans la communication, avec un niveau de purs signaux émotionnels. En fait, ce message crée un cadre contradictoire analogue au paradoxe classique d’Epimenides :

« Je mens »… Bateson illustre celui-ci par ce diagramme :

• Les vérités suivantes sont erronées.
• Je vous aime.

• Je vous hais.

Ici, la première affirmation est elle-même contradictoire. Elle est de plus complétée par les suivantes, en une contradiction ambiguë.

Le rêve ou l’imaginaire nous apportent bien plus de rigueur que ces paradoxes humains : en effet leurs messages sont des affirmations dénuées de complexité. Le rêveur est là incapable de dépasser les images qui s’imposent à lui. Dans cet état, il lui est impossible de nuancer. Et pourtant ce sont des messages qui le concernent directement. Le mode d’être du rêve est une emprise à un niveau primaire où la carte - ce qu’il voit - co-existe avec des états intimes - ce qu’il ressent. Sa passivité s’accompagne d’une émotion vécue comme existence. Contenu et contenant sont fondus l’un en l’autre.

Paradoxalement, il est fait allusion à une situation concrète, mais saisie dans un flux irréel. Si le rêve plaisant est un jeu, le cauchemar nous rappelle à des réalités plutôt pénibles. Au plan du réel, le message « ceci est un jeu » - exprimé corporellement par un animal jeune ou verbalement par un humain - fait lui-même partie d’un ensemble expressif confus. Là s’exprime l’ambiguïté des rencontres et des nécessités relationnelles du « toi et moi », lorsque une certaine créativité se manifeste et, précise Bateson, lors qu’est évité le conformisme.

 Qu’en est-il de la psychothérapie ?

Bateson aboutit à la conclusion que ces réflexions concernent directement « le phénomène particulier qu’est la psychothérapie. » Pour lui, il s’agirait d’abord de répondre à quelques questions :

= Certaines formes de psychopathologie sont-elles spécifiquement caractérisées par des anomalies dans l’emploi par le patient des formes et des paradoxes évoqués ci-avant ?

= Existe-t-il des techniques de psychothérapie concernées par ces formes et ces paradoxes ?

= Est-il possible de concevoir un processus thérapeutique en fonction de ces ambiguïtés ?

De fait, en premier lieu, toute psychothérapie vise à modifier des habitudes méta-communicatives des patients. Il s’agit d’utiliser le niveau méta pour modifier de façon positive les règles pathogènes utilisées par eux. Elle les conduit vers des règles ou des modalités de fonctionnement différentes. Ceci comporte la recherche avec le thérapeute d’un niveau psychique donnant au patient plus de souplesse intime. La ressemblance entre l’action psychothérapique et le jeu est à souligner. Il s’agit là d’une saisie de messages interactifs neufs au plan de la vie quotidienne et des relations concrètes interpersonnelles. De même que le pseudo-combat dans le jeu des jeunes singes évoqués plus haut montre un lien vivant, de même la pseudo-haine vis à vis d’un proche - telle qu’elle va s’exprimer en thérapie - peut rencontrer ainsi une image qui dépasse cette pseudo-haine, grâce à ce thème du jeu. On peut noter que la plupart des soins psychologiques sont conduits vers ce type de créativité.

Bateson conclut : « Nous penserons que des paradoxes induits par une abstraction formelle vont apparaître nécessairement dans toute communication plus complexe que les signaux d’humeur biologiques mais que, sans ces paradoxes, l’évolution des faits de communication serait bloquée. La vie serait alors un échange sans fin de messages formels, un jeu aux règles rigides, privée de croissance ou d’humour. ».

 Les « métalogues » de Bateson

Il s’agit de dialogues concernant des processus mentaux. Six métalogues seront présentés partiellement ici. Ils furent publiés entre 1948 et 1954, puis introduits finalement en tête de Steps en 1972. Chaque fois, un thème psychologique se développe entre le père - un savant - et sa fillette, naïve et spontanée à la fois…et ceci sérieusement entre eux, autant qu’il est possible. Voici la définition de l’auteur : « Un métalogue est une conversation sur tel ou un sujet problématique. Cette conversation devrait être telle que non seulement les participants échangent sur le problème mais que la structure de leur conversation relève globalement du même thème ». Bateson précise : « Seules certaines des conversations présentées ici atteignent ce double but. En particulier, l’historique de la théorie de l’Evolution est inévitablement un métalogue entre l’homme et la nature, dans lequel la création et l’interaction des idées doivent nécessairement illustrer le processus de l’Evolution. »

Il paraît nécessaire de présenter ici - et même partiellement - les premiers échanges constituant ces textes si originaux, et ainsi d’inciter à leur lecture complète dans la traduction française du Seuil. J’ai le souvenir d’une collègue américaine chevronnée qui accepta de bavarder avec moi un moment - un quart d’heure le long d’une avenue de New York… - sur nos thérapies familio-systémiques. D’après elle, ma formation alors en cours bénéficierait avant tout de la lecture attentive de ces métalogues.

Dans la réalité, l’enfant curieuse présente ici deviendra une anthropologue reconnue. Née auprès de deux génies, elle ne cessa de les aimer et de les comprendre malgré leur séparation physique. Mead et Bateson se retrouvèrent épisodiquement au plan scientifique jusqu’aux dernières années de leurs vies et souvent en présence de Mary-Catherine, leur fille qui ne cessa se manifester à tout deux son attachement.

Pourquoi les choses se mettent-elles en fouillis (1948) ?

La fillette : Papa, pourquoi des choses se mettent-elles en fouillis ?

Le père : Que veux-tu dire ? Choses ? Fouillis ?

F. : Bon, les gens passent beaucoup de temps à ranger les choses, mais ils ne semblent jamais perdre leur temps à les déranger. Les choses semblent seulement se mettre d’elles-mêmes en désordre. Alors les gens sont obligés de les ranger à nouveau.

P. : Mais est-ce que tes affaires se mettent en fouillis, si tu n’y touche pas ?

F. : Non, non pas si personne n’y touche. Mais toi si tu y touches - ou quelqu’un d’autre y touche - elles se mettent en fouillis et c’est un pire fouillis quand ce n’est pas moi.

P. : Oui et c’est pour ça que j’essaie de t’empêcher de toucher les choses sur mon bureau. Parce que mes affaires se mettent en un pire fouillis quand elles sont touchées par quelqu’un d’autre que moi.

F. : Mais est-ce que les gens mettent toujours en fouillis les affaires des autres gens ? Pourquoi le font-ils, Papa ?

P. : Là, arrête une minute. Ce n’est pas si simple. Avant tout, que veux-tu dire par « fouillis » ?

F. : Je veux dire… alors je ne peux pas trouver des choses, et ça paraît tout mélangé. C’est comme si rien n’était en ordre.

P. : Bien. Mais es-tu sûre que tu veux dire la même chose par fouillis que ce que les autres disent.

F. : Mais, Papa, j’en suis certaine. Je ne suis pas une personne très ordonnée et si je dis que des choses sont en désordre, alors je suis sûre que tout le monde serait d’accord avec moi.

P. : Très bien, mais penses-tu que tu veux dire la même chose par le mot « fouillis » que d’autres personnes qui l’emploieraient ? Quand maman met tes affaires en ordre, sais-tu où les trouver ?

F. : Hum… parfois. Parce que, tu vois, je sais où elle met les choses quand elle les range.

P. : Oui, j’essaie de l’empêcher de ranger mon bureau, moi aussi. Je suis sûr qu’elle et moi nous n’avons pas le même sens pour « ranger ».

F. Papa, pensons-nous toi et moi la même chose avec « rangé » ?

P. J’en doute, ma chérie, j’en doute.
(…)

Pourquoi les Français (1951) ?

La fillette : Papa, pourquoi les Français agitent-ils leurs bras ?

Le père : Que veux-tu dire ?

F. Je veux dire quand ils parlent. Pourquoi agitent-ils leurs bras et tout ça ?

P. Bien. Pourquoi souris-tu ? Ou pourquoi balances-tu tes pieds, parfois ?

F. Mais ce n’est pas la même chose, papa. Je ne gigote pas mes bras comme font les Français. Je ne pense pas qu’ils soient capables de s’arrêter de le faire, papa. Le peuvent-ils ?

P. Je ne sais pas. Ils pourraient trouver difficile de s’arrêter… Peux-tu t’arrêter de sourire ?

F. Mais, papa, je ne souris pas tout le temps. C’est difficile de m’arrêter quand je souris. Mais je ne fais pas ça tout le temps. Et alors j’arrête.

P. C’est vrai. Mais les Français n’agitent pas leurs bras de la même façon tout le temps.

Silence

P. A quoi penses-tu ? Je veux dire : à quoi çà te fais penser quand un Français agite ses bras ?

F. Je pense qu’il est bête, papa. Mais je ne pense pas qu’il soit vu comme ça par un autre Français. Ils ne peuvent pas tous sembler bêtes les uns aux autres. Parce qu’alors, ils arrêteraient ça. N’est-ce pas ?

P. Peut-être, mais ce n’est pas une question si simple. A quoi d’autre te font-ils penser.

F. Bien. Ils semblent excités…

P. Bien, « bêtes » et « excités ».

F. Mais sont-ils vraiment aussi excités qu’ils le paraissent ? Si j’étais aussi excitée que ça, je voudrais danser ou chanter ou donner un coup de poing sur le nez de quelqu’un… mais ils font juste qu’agiter leurs bras. Ils ne sont pas vraiment excités.

P. Bien. Sont-ils aussi bêtes que tu les vois ? Et de toutes façons, pourquoi ne souhaites-tu pas parfois danser, chanter ou taper quelqu’un sur le nez ?
(…)

A propos des jeux et du sérieux (1953)

F. Papa, ces conversations sont-elles sérieuses ?

P. Certainement, elles le sont.

F. Ce n’est pas une sorte de jeu où tu te moques de moi ?

P. Dieu m’en garde…, c’est une sorte de jeux où nous nous amusons ensemble.

F. Mais, ce n’est pas sérieux !

P. Supposons que tu me dises ce que tu comprends par « sérieux » et par « jeux ».

F. Bien…, si tu es…, je ne sais pas…

P. Si je suis quoi ?

F. Je veux dire… ces conversations sont sérieuses pour moi, mais tu es peut-être en train de… t’amuser là à mon égard.

P. Certes pas. Jetons un œil à ce qui est « bien » et ce qui est « mal » à propos de « jouer » et de « jeux ». D’abord, je ne me soucie pas - pas beaucoup - à propos de gagner ou de perdre. Quand tes questions me mettent sur la corde raide, certainement j’essaie de penser un peu plus fort et clair et de bien voir ce que je veux dire. Mais je ne bluff pas et je ne te pose pas de pièges. Pas de tentatives de tricher. Ceux qui trichent ne savent pas vraiment jouer. Ils traitent le jeu comme si c’était sérieux.

F. Non, ce n’est pas ça pour toi…

P. Tu veux dire que je ne désire même pas tricher ?

F. Oui, c’est un peu ça.

P. Mais toi, désires-tu tricher et bluffer tout le temps ?

F. Bien sûr que non.

P. Alors, quand ?

F. Oh, papa, tu ne comprendras jamais.

P. Non, je ne crois pas. Vois-tu, je comptais sur notre façon de débattre juste-là, en te forçant à admettre que tu ne désires pas tricher. Et alors j’essayais d’aboutir à la conclusion que par conséquent ces conversations n’étaient pas « sérieuses » pour toi non plus. Seraient-elles une façon de tricherie ?

F. Oui…

P. D’accord, c’était ça, je pense. Je suis navré.

F. Tu vois, papa, si je trichais ou voulais tricher, cela voudrait dire que je n’étais pas sérieuse dans ce dont nous parlons. Cela voudrait dire seulement que je joue avec toi.

P. Oui, ceci a un sens.

F. Mais cela n’a pas de sens, papa. C’est un affreux méli-mélo…

P. Oui, un méli-mélo. Mais qui a encore un sens.

F. Comment, papa ?

P. Attends une minute. C’est difficile à dire. Tout d’abord, je pense que nous allons quelque part avec ces conversations. Elles me font très plaisir et à toi aussi, je pense. Mais en plus, je pense que nous obtenons de bonnes idées, et qu’alors le jeu nous aide. Je veux dire que si nous parlions logiquement tout le temps, nous n’irions à tout coup que nulle part. Nous serions seulement des perroquets avec leurs vieux clichés que chacun répète depuis des années.
(…)

  Papa, combien connais-tu (1953) ?

F. Papa, combien connais-tu ?

P. Moi ? Hum. J’ai à peu près une livre de connaissances.

F. Ne fais pas l’idiot. Est-ce une livre sterling ou un poids d’une livre ? Je veux dire, réellement, combien tu connais… de choses.

P. Bien, mon cerveau pèse à peu prés deux livres et je pense en utiliser à peu près le quart, disons, et l’utiliser au mieux aussi pour un autre quart.

F. Mais en connais-tu plus que le père de Johnny ? Et, en connais-tu plus que moi ?

P. Hum. En Angleterre, j’ai connu un petit garçon qui a demandé à son papa : « Est-ce que les pères en savent toujours plus que les fils ? », et le père a dit : « Oui ». La question suivante a été : « Papa, qui a inventé la machine à vapeur ? » Et le père a dit « John Watt » Et alors le fils lui dit : « Mais pourquoi n’est-ce pas le père de John Watt qui l’a inventée ? »

F. Je sais. Et j’en sais plus que ce garçon parce que j’ai appris pourquoi son père ne l’a pas inventée. Quelqu’un d’autre a pensé à cette chose avant que personne n’ait pu penser à une machine à vapeur. Je pense à quelque chose comme ça - je ne sais pas - il y avait quelqu’un d’autre qui avait découvert le pétrole avant que quiconque puisse faire une machine.

P. Oui, cela fait une différence. Je veux dire, ça signifie que la connaissance est une sorte de tricotage mêlé ou tissé comme une toile, et que chaque morceau de connaissance a seulement du sens ou de l’utilité grâce aux autres morceaux et…

F. Penses-tu que nous puissions le mesurer en yards ?

P. Non, je ne pense pas.

F. Mais, c’est comme ça que nous achetons le tissu.

P. Oui, mais je ne veux pas dire que c’est du tissu. C’est seulement pareil et ne serait certainement pas comme un tissu, mais plutôt à trois dimensions et peut-être même quatre dimensions.
(…)

 Pourquoi les choses ont elles des contours (1954) ?

F. Pourquoi les choses ont-elles de contours ?

P. En ont-elles ? Je ne sais pas à quelles choses tu penses.

F. Je veux dire quand je dessine les choses, pourquoi ont-elles des contours ?

P. Bien. Qu’en est-il d’autres sortes de choses. Un troupeau de moutons ? Ou une conversation ? Ont-ils des contours ?

F. Ne sois pas bête, je ne peux pas dessiner une conversation. Je veux dire des choses !

P. Oui, je cherchais à bien voir ce à quoi tu pensais. Pensais-tu : « Pourquoi dessinons nous des contours aux choses quand nous dessinons celles-ci ? » Ou veux-tu dire que les choses ont des contours que nous les dessinions ou pas ?

F. Je ne sais pas, papa. Dis-le moi. Que faut-il que je pense ?

P. Je ne sais pas, ma chérie. Il était une fois un artiste très irritable qui griffonnait toutes sortes de choses et après sa mort on a regardé dans ses livres et à un endroit on a vu qu’il avait écrit : « Les hommes sages voient les limites et alors ils les tracent ». Mais à un autre endroit il avait écrit : « Les hommes fous voient les limites et alors ils les tracent. »

F. Mais, que voulait-il dire ? Je ne comprends pas.

P. Bien. William Black - c’était son nom - était un grand artiste mais aussi un homme très irritable. Et parfois il faisait avec ses idées des petites boulettes de papier qu’il lançait sur les gens.

F. Mais qu’est-ce qui le rendait fou, Papa ?

P. Mais qu’est-ce qui le rendait fou ? Oh. Je vois, tu veux dire « en colère ». Nous devons rendre clairs les deux sens du mot « fou », si nous nous mettons à parler de William Black. Car bien des gens le pensaient fou - vraiment fou - dément. Et c’était une des choses qui le rendaient fou et en colère, en particulier contre certains artistes qui peignaient des images comme si les choses n’avaient pas de contours. Il les appelait « l’école des baveux ».

F. Il n’était pas très tolérant, n’est ce pas, Papa.

P. Pas tolérant ? Oh Dieu ! Je vois. C’est le genre de choses qu’ils vous mettent dans la tête à l’école.
(…)

 Pourquoi un cygne (1954) ?

F. Pourquoi un cygne dans ce ballet ?

P. Oui, et pourquoi une poupée dans Petrouchka ?

F. Non. C’est différent. Après tout une poupée est une sorte d’humain et cette poupée là est vraiment humaine.

P. Plus que les gens ?

F. Oui.

P. Mais est-ce encore une sorte d’humain ?

F. Oui. Mais le danseur ? Est-il humain ? Bien sûr, il l’est réellement. Mais sur la scène il ne semble pas humain, ou pas une personne, peut-être un super humain. Je ne sais pas…

P. Tu veux dire que le cygne est seulement une sorte de cygne et n’a pas de palme entre les orteils. Le danseur semble seulement une sorte d’humain.

F. Je ne sais pas. Peut-être quelque chose comme ça ?

P. Non. Je deviens confus quand je parle du cygne et du danseur comme deux choses différentes. Je voudrais dire plutôt que la chose que je vois sur la scène - l’image d’un cygne - est à la fois une « sorte d’humain » et une « sorte de cygne ».

F. Mais alors, tu voudrais utiliser le mot « sorte de » avec deux sens.

P. Oui, c’est cela. Mais de toutes façons, quand je dis que la forme du cygne est une « sorte » d’humain, je ne veux pas signifier qu’il (ou elle) est un membre de cette espèce ou genre que nous appelons humain.

F. Non, bien sûr que non.

P. Plutôt, il (ou elle) est d’un groupe plus large qui inclut les poupées. Petrouchka est le membre d’une autre subdivision et aussi les ballets de cygnes et les gens.

F. Est-ce que ton groupe plus large inclus les oies ?

P. Evidemment je ne peux pas savoir ce que signifient ici « sorte de ». Mais je peux savoir que tout le fantastique, la poésie, le ballet et l’art en général accordent du sens et de l’importance à la relation à qui je pense quand je dis que la silhouette du cygne est « une sorte » de cygne - ou un prétendu cygne.

F. Oui.
(…)

J’ai du limiter cette présentation aux premiers échanges entre ces deux partenaires bien particuliers. Cette limite concerne une première partie - en général la cinquième initiale - de chacun de ces textes. Leur lecture déroutante fascine tout autant qu’elle « poétise » à propos de savoirs précis.

 La préface de « Communication », dans l’édition 1968

Dans la présentation de ce livre dix-sept ans après sa première parution, Bateson fait le point quant à l’évolution du savoir sur le thème la communication.
Il rappelle que les sciences de l’information sont nées au moment de la deuxième guerre mondiale et qu’elles n’ont cessé de se développer depuis, en particulier dans le champ social et individuel. Il cite en particulier les travaux princeps de Wienner - Cybernetics : contrôle et communications chez l’animal et les machines et de Stanton et Weaver : La théorie mathématique de la communication. Par ailleurs, il note que des psychologues <que des psychiatres ont commencé à intervenir dorénavant en équipe sur un mode novateur, multidisciplinaire. Désormais, l’« homme psychologique classique » fait place à l’individualité de sujets engagés dans des rapports sociaux de plus en plus complexes. Se développent alors des interventions d’aide psychologique simultanées à la croissance individuelle et collective face à ces exigences interindividuelles qu’impose l’adaptation des humains aux mégapoles actuelles. Il s’agit de faire face à la multiplication des troubles de la personnalité, aux psychoses et aux troubles psychosomatiques.

Bateson note qu’il manque une théorie unifiée pour l’étude et le soin dans de telles relations en crise, individuelles et collectives. Alors, entrent en jeu de façon expansive les machines de la cybernétique et de la communication. Il devient évident que les relations individuelles, familiales ou de groupe s’incluent dans d’incessantes croissances, en des complexités facilement pathogènes. Le fait de nouveaux circuits relationnels humains est simultané à la croissance constante des découvertes technologiques. La notion de rétroaction - feed-back - apparaît comme un élément significatif à propos d’échanges multipliés dans ces groupes sociaux hétérogènes et d’une complexité grandissante, avec des souffrances relationnelles accompagnant cette dernière.

La théorie éco-systémique de la communication traduit une nouvelle conception des rapports interhumains. Il s’agit entre autres d’une étude in situ des rapports intrafamiliaux et de leur thème de croissances relationnelles complexes et simultanées, au niveau intime et social. On ne peut omettre non plus la venue opportune de nouveaux médicaments utilisés largement face aux troubles affectifs et mentaux.

Ainsi, la convergence entre physiologie, écologie et éthologie - tout comme entre psychologie, sociologie et psychiatrie - exige des études multidisciplinaires et une réflexion systémique face à ces complexités. Rendant hommage à la Théorie générale des systèmes de L. von Bertalanffy, Bateson précise : « La convergence entre la psychiatrie, la psychologie, la sociologie et l’anthropologie ouvre une issue vers ce que l’on peut nommer les sciences du comportement. » Citons encore : « L’ordinateur reflète désormais la gestion du cerveau humain, auxiliaire des tâches de stockage et de traitement, assumant la mise en composition des informations (…). La communication est devenue la matrice sociale de la vie moderne. »

 CHAPITRE X

 EPISTEMOLOGIE ET ECOLOGIE

Sous cet intitulé, la cinquième partie de Steps concerne la biologie et de l’évolution des espèces. Bateson se montre là sensible à l’unicité du vivant, de la plante à l’infusoire… jusqu’à l’humain. Il souligne les aspects contextuels similaires existant depuis les formes initiales de la vie jusqu’aux complexités humaines, et rend hommage sur ce point aux recherches de son père. Sur notre Terre, tout organisme manifeste la présence possible d’un contexte dans lequel de l’information va être reçue et échangée. Ce fait est une disponibilité du vivant qui se constitue alors comme non-structure, c’est-à-dire dans l’attente de nouvelles structures.

Le mot mind prend place là couramment, fait mental, ou être mental en relation. L’anthropologue psychothérapeute prend appui sur une clinique approfondie de l’humain en souffrance… mentale. Nous l’avons vu dans ses chapitres psychiatriques, où l’humain est pour lui aussi bien dépendant que créateur de son environnement relationnel, avec des chances et des risques. Alors, précise-t-il, « dans la mesure où il contient notre insanité, un être mental peut être sujet d’une éventuelle folie. »

Explication cybernétique

Ce chapitre débute par l’utilité de décrire certaines particularités de l’explication cybernétique. Celle-ci diffère de l’explication causale classique telle que : « la boule de billard B se déplace en fonction du choc et de l’angle reçus par la boule A qui la frappe. » Cette boule B ne peut faire autrement. Mais ceci ne vaut pas pour les faits biologiques. Ces derniers sont soumis à la théorie de l’Evolution et au fait de la sélection naturelle du vivant. Il s’agit de ceci : « ceux des organismes qui ne sont pas viables sur le plan physiologique et environnemental ne peuvent pas se reproduire. » L’Evolution suit toujours les voies de la viabilité : « Comme Lewis Carroll l’a souligné, cette théorie explique de façon assez claire qu’il n’existe pas aujourd’hui de mouches-pain-beure. »… Humour batesonien.

La cybernétique constate l’existence de contrôles : les sentiers du changement sont ouverts à des probabilités similaires. Les limites ou contrôles sur quoi repose l’explication cybernétique peuvent toujours être considérés comme facteurs de différences dans la probabilité des évènements. « Si je vois un singe tapant sur sa machine à écrire apparemment au hasard mais en une prose merveilleuse, il me faut imaginer un contrôle soit à son niveau, soit à celui de la machine à écrire. Peut-être lui fournit-on les lettres appropriées, ou la machine lui impose-t-elle celles-ci. Il doit exister là un circuit qui identifie les erreurs et les supprime. » Le même principe intervient dans le cas d’un puzzle, dont chaque élément doit se placer en un seul endroit précis et en fonction de faits tels que forme, image, couleur, etc. Pour l’informaticien, il s’agit là de limites ou contrôles. Ceci vaut également « pour un mot dans une phrase, un élément anatomique d’un organisme, le rôle d’une espèce dans son écosystème, ou le comportement d’un membre dans une famille. Tout ceci est géré négativement par une analyse des contrôles ». Les explications cybernétiques utilisent des cartes ou des métaphores rigoureuses. « En cybernétique, faire la carte est une technique d’explication chaque fois qu’un modèle conceptuel est utilisé ou, plus concrètement, quand on emploi un ordinateur pour traduire un processus communicationnel complexe ». Cette intervention peut concerner tout autant des relations et des événements que des objets. C’est là une science nouvelle qui propose ou impose en chaque cas une distinction entre des évènements et des objets au niveau du monde naturel. Et telle est son originalité.

Un fait déterminant ici concerne les relations entre un « contexte » et ce qui est désigné comme son contenu. Ainsi : « Un phonème n’existe que comme combiné avec d’autres phonèmes, créant alors un mot. Le mot est le contexte du phonème. Mais le mot n’existe - n’a de sens - que dans le plus large contexte de mon propos, qui lui-même n’a de sens que dans une relation. » Il faut donc s’intéresser aux systèmes de communication, qui sont ici plutôt au niveau stimulus-réponse qu’au niveau force-effet. Comparer les échanges peut éclaircir ce thème. Si ma boule de billard atteint une autre boule, l’effet est plutôt normal, positif ou négatif. Si je donne un coup de pied à un chien, l’effet est… plutôt douloureux et relationnel.

Dans ce cas-là et dans cet acte, ai-je eu raison ? Pour Bateson, une telle question « n’est pas triviale » et la réponse est à la fois subtile et fondamentale : « les choix ne se font pas tous au même niveau. »

Les alternatives ne manquent pas : rarement, parfois, souvent… et les nuances sont nombreuses dans nos relations. La cybernétique gère sans conscience vraie notre vie quotidienne et nos relations du moment ou en devenir. Avec Bateson, je peux me promener dans la forêt voisine et, suivant son conseil, je vais m’intéresser à ces grands chênes de telle colline. Mais, voici un paradoxe troublant. « A propos de ma perception, je ne peux pas affirmer : je vois cet arbre, parce qu’en effet cet arbre n’est pas à l’intérieur de mon système d’explications. Au mieux, il m’est possible d’avoir une image complexe de l’arbre, grâce à une transformation éco-systémique. Bien entendu, cette image je la vois avec l’énergie donnée par mon métabolisme. Et la nature de cette transformation est pour partie déterminée par des facteurs propres à mes circuits cérébraux : je fais l’image, avec ses diverses limites dont certaines me sont imposées par mes circuits cérébraux, et d’autres par l’arbre là-bas. Une hallucination ou un rêve seraient bien plus miens : ils sont produits sans les impératifs externes du réel présent. »

Redondances et encodages

L’étude de l’évolution entre les systèmes de communication humaine et avec d’autres êtres animés a montré que les éléments codés de la communication verbale diffèrent nettement des modes kinesthésiques et para-verbaux. Il existe certainement de nettes ressemblances entre ces derniers et les codes utilisés par les mammifères non-humains. En nous, existe le sentiment selon lequel l’évolution humaine a su dépasser les systèmes frustes de la communication animale. Mais, Bateson pense qu’il s’agit là… d’une erreur absolue. Il constate que « dans tout système fonctionnel capable d’une adaptation évolutive » et capable chez l’humain par exemple de créer une méthode nouvelle, l’ancienne est rejetée. La technique des flèches à silex taillé a disparu lorsque le métal fut découvert. De même, le déclin de certains organes ou compétences est aussi un phénomène systémique nécessaire, inévitable dans l’Evolution. Le langage verbal des humains vint remplacer chez nous la communication kinesthésique d’un niveau strictement animal.

Mais ce fut superficiellement, car cette dernière se développa encore et simultanément en nous. Il s’est agit de formes complexes nouvelles, telles les arts, la danse, la poésie, la musique. Au quotidien, la communication kinesthésique a prit alors les formes de l’expression vocale ou faciale et surtout gestuelle. Quand un garçon dit à une fille « je vous aime »…, il lui faut la convaincre aussi par une mimique et un ton congruents où réapparaît l’emploi d’une cinétique affective efficace : ton aimable, sourire, etc. Quand cela se passe mal, ne faut-il pas accentuer l’expression avec une forte sincérité affirmée ? Cet emploi de la cinétique se plie aussi aux exigences des propos allusifs impliquant amour, haine, peur, dépendance, respect, etc. Bien entendu, la complexité des relations sociales peut brouiller le propos et compromettre la relation en cause.

Limitant leur attention à la structure interne des messages matériels, les ingénieurs en communication ne peuvent pas facilement concevoir la richesse du concept de sens au plan humain… Ils ne perçoivent pas que les redondances qu’ils identifient peuvent être partiellement synonymes de « sens » au plan relationnel. Prenons en considération l’ensemble « message verbal donné plus phénomène objectif », alors naît un apport supplémentaire : « Si je vous dit il pleut et que vous regardez à la fenêtre, vous recevez une confirmation de ce que je vous communique ». Notons que cette façon de concevoir la communication groupe toutes les méthodes d’encodage sous une rubrique unique, celle de la partie pour le tout. Le simple message verbal il pleut doit être entendu comme une partie d’un ensemble plus large, là où il peut créer redondance ou prévision. Il s’agit alors de méthodes diverses et alors similaires : digitales, analogiques, iconiques, métaphoriques. On pourra citer ici ce que les grammairiens nomment synecdoque, ainsi la partie pour l’ensemble : une tête de bétail.

Pour Bateson, le thème de l’environnement et celui d’une partie pour le tout comportent aussi dialectiques et complexités. Le tronc d’un arbre signale la présence de racines cachées. Le chien qui montre les dents peut vous attaquer, tandis que le mordillage de la chienne à son chiot va manifester un jeu maternel. Pour sa part, la communication animale comporte nombre de messages relationnels, voire de propositions d’échange ou de coopération. Dans les échanges imagés les plus quotidiens, le langage iconique humain apporte l’exemple constant de son double rôle communicationnel et méta-communicationnel.

Les rêves ne sont-ils pas aussi une fonction humaine essentielle. Leur liberté imagée fait que le dormeur vit là - surtout inconsciemment - un univers de communication complexe et marqué de phantasmes, de rencontres et d’émotions multiples. Ces présences sont hors du temps réel, mais leurs émotions sont bien là. Autre champ émotionnel et relationnel : le théâtre. Le spectateur sait bien que le rideau et le plateau annoncent un autre monde. C’est seulement une pièce qui va se jouer, mais aussi elle s’empare de lui par cet imaginaire qu’il va vivre comme réel. Chez les humains, l’amitié ou la politesse des propos peuvent être niées par l’agressivité du ton ou par l’attitude et la posture négative qui les accompagnent. Il est important de souligner ce fait : l’apparition du négatif est un trait crucial dans la communication humaine. Ceci concerne notre reconnaissance des paradoxes relationnels humains, avec leur caractère de complexité. En termes de communication, il s’agit d’une étape qui nous rend possible paradoxalement de situer des aspects négatifs dans une classification telle que « ces items qui ne sont pas membres d’une classe définie peuvent être cependant perçus par nous en tant que non membres. »…

Projet conscient versus nature

Bateson manifeste souvent son estime pour Lamarck : celui-ci « est probablement le plus grand biologiste » dans notre histoire scientifique, à l’égal de Copernic et de sa révolution en astronomie. Il fut celui qui inversa l’image de l’évolution des espèces et qui fit partir celle-ci de l’infusoire vers l’humain : la vraie chaîne de croissance de la vie sur la Terre. Lamarck formula nombre d’idées modernes auxquelles Bateson fait écho. Tel est le fait : « Vous ne pouvez pas attribuer à une créature des capacités qui n’aient pas un organe ; un processus mental doit toujours avoir une base physique et la complexité du système nerveux renvoie à la complexité de l’être mental. » La cybernétique permet de mieux comprendre ce thème. Bateson rappelle l’exemple classique d’une machine à vapeur dont le fonctionnement est lié à un rotor : plus les boules du régulateur s’écartent et moins de fuel est donné.

La cybernétique s’est développée de façon extensive sur ce modèle. Il s’agit en particulier de systèmes d’autocorrection qui ont désormais une présence quotidienne dans nos vies. La mise en garde écologique nous fait percevoir que les développements industriels retentissent sur l’environnement humain dont leur contrôle autocorrectif est de plus en plus nécessaire. L’équilibre écologique de la planète doit faire face à ce problème : « Nous sommes en train de détruire rapidement tous les systèmes naturels de notre monde. (…) Des courbes exponentielles commenceront à apparaître. Certaines plantes deviendront herbe folle, certaines créatures disparaîtront et le système en tant qu’équilibre va tomber en morceaux. » Et cela fut écrit en 1968, période de révoltes juvéniles.

Il s’agit donc de nos sociétés actuelles et de leurs faux pas dans un système collectif qui se prête à de telles courbes exponentielles. Tout organisme individualisé peut être similaire à un arbre dans une forêt où l’ensemble maintient stable l’individuel. Mais l’être humain se trouve de plus en plus « segmenté » de multiples façons, lesquelles font appel à sa vigilance : « Et on peut dire que ce qui se passe dans votre vie au plan alimentaire, par exemple, ne devrait pas altérer votre vie sexuelle, ou que ce qui se passe dans votre vie sexuelle ne devrait pas modifier votre vie physique, etc. » Il existe là un ensemble comportemental plutôt mystérieux, mais certainement imposé à la vie de chaque être humain. Tout pas en avant supplémentaire vers une conscience accrue ne devrait-il ou ne pourrait-il pas conduire le système global - soi et environnement - vers une perception plus claire ?

L’addition des technologies modernes aux éléments de l’ancien système culturel est préoccupante. Désormais, des projets conscients seront confrontés à une machinerie latente de plus en plus efficace : systèmes de communication nouveaux, déplacements de familles ou de populations, armements, pesticides, et au positif : ces progrès médicaux qui changent nos vies. Pour Bateson, il est nécessaire de souligner que le sens commun - trop sollicité et de multiples façons - risque de perdre son rôle d’une sagesse ancienne et ceci pour des individualités personnelles de plus en plus sensibles ou fragiles : « L’urgence se fait constante, ou juste au coin de la rue. Et la vision à long terme va être ainsi sacrifiée à la précipitation. » Le plus grand désastre peut naître de « l’énorme croissance de l’arrogance scientifique. » Ce fait ne peut être compensé que par une sagesse qui signifie la reconnaissance et l’accueil d’une créativité systémique globale : « L’arrogance de la philosophie scientifique est désormais obsolète et à sa place existe la découverte que l’humain n’est que la partie de systèmes plus étendus, et qu’une partie ne peut jamais contrôler le tout. »

Buts conscients et adaptation humaine

« Progrès », « apprentissage » ou « évolution » : les similitudes et les différences entre les évolutions phylogéniques et les évolutions culturelles sont évaluées depuis des années. Ces matières sont à étudier à la lumière de la cybernétique et de la théorie des systèmes et, de plus, au niveau du rôle de la conscience des processus en cours dans l’adaptation humaine. Le développement d’une théorie de l’information est-il cohérent avec le thème des adaptations humaines en cours ? La conscience apportée par l’accueil du champ des informations n’est-elle pas engagée dans certaines distorsions de la technologie moderne, lesquelles menacent les équilibres entre l’être humain, sa société actuelle et son écosystème ? Tous les systèmes biologiques et évolutifs - organismes individuels, sociétés humaines et animales, « écosystèmes », etc. - constituent des réseaux cybernétiques complexes. Chacun de ceux-ci comporte des caractéristiques formelles et des sous-systèmes, éventuellement régénérateurs ou menacés d’un emballement systémique.

Pour Bateson, ces questions nous rappellent « Alice aux pays des merveilles » de Lewis Carroll, déjà évoqué ici. Que faire avec ce flamand rose, son long cou et sa petite tête d’oiseau quand il s’agit de pousser une boule qui est un hérisson, sous des… arceaux-serviteurs en livrée ? Alice manque totalement d’informations… en ce qui va gouverner son système de jeu.

Notre conscience manque d’informations au plan de ce qu’est la nature humaine en son environnement : ou bien il existe une distorsion de l’information, ou bien celle-ci se fonde sur le plus grand des hasards. Le contenu du champ de conscience est automatiquement extrait d’une pléthore considérable d’éléments mentaux, mais les règles et les choix de cette sélection demeurent mal connus. Toutefois, il semble que le système de sélection des informations au plan de la conscience soit en relation avec des faits tels que projets, attention et d’autres, semblables mais en demande de définition et d’élucidation.

En ce qui concerne de tels facteurs relationnels, Bateson suggère que la cybernétique du soi et du monde tend à ne pas être perçue par la conscience dans la mesure où l’écran de celle-ci est impliqué par des projets et des buts extérieurs choisis a priori. La fonction de la conscience est de coupler l’individu et les systèmes homéostatiques qui l’entourent. Ce fut un phénomène nouveau dans l’Evolution des espèces. Dans l’histoire de celle-ci, les étapes ont concerné les changements des organismes. Certaines étapes furent d’un genre intermédiaire quand les organismes changeaient de site. D’autres espèces ont su modifier leur micro-environnement, tels les abeilles ou les oiseaux, etc. La logique du processus évolutif soutient essentiellement l’espèce dominante, ses symbioses et ses parasites : « Pour sa part, l’homme - éminent modificateur de son environnement - a construit ses écosystèmes dans ses cités… mais aussi il a créé là ses symbiotes : champs de maïs transgéniques, cultures de bactéries, batteries de volailles enserrées, colonies de rats de laboratoire, etc. »

Notre savant poursuit : « La scène sociale est caractérisée de nos jours par l’existence d’un grand nombre d’entités auto-maximisées et qui ont légalement quelque chose comme le statut d’une personne : trusts, compagnies, partis politiques, agences commerciales ou financières, nations, etc. ». Biologiquement parlant, ces entités ne sont précisément pas des personnes et ne sont même pas des agrégats de vraies personnes. Ce sont des agrégats de parties de personnes. Il sera opportun de mentionner certains facteurs pouvant corriger ceci. Conscience et sagesse… Quand le philosophe Martin Buber parle de l’amour, il fait la différence entre les relations « Je-Tu », « Je-Il », voire « Il-Il ». Bateson précise alors : « Si la structure cybernétique complexe de nos sociétés et de nos écosystèmes est en quelque façon douée d’âme, de façon analogue il en résultera que la relation Je-tu est concevable entre l’homme, sa société ou l’écosystème. » Il conclut en évoquant Pascal : « Les arts, la poésie, la musique et les humanités sont des aires similaires où plus l’être mental est actif et plus de conscience va être présente, et certes où : le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. »

 Forme, substance et différence

Bateson introduit ce thème par la phrase de Korzybski : la carte n’est pas le territoire. Il précise : « Cette affirmation naît d’un très large champ de la pensée philosophique. Elle est venue de Grèce et s’insinue dans l’histoire européenne depuis plus de 2000 ans. » Avant la théorie évolutionniste de Lamarck et jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, on décrivait le monde vivant comme une structure hiérarchisée, avec un Etre Mental à son sommet. Une chaîne ou échelle fut donc conçue par Lamarck, en inversant celle des êtres vivants de notre planète comme en témoigne son livre Philosophie Zoologique (1809). Grâce à la découverte de la cybernétique, désormais « nous commençons à avoir une base solide qui nous rend capables de réfléchir à cet ensemble de problèmes. » Il s’agit de la « grande dichotomie épistémologique née sous l’impact de la cybernétique et de la théorie de l’information. » Hélas, « les cent dernières années ont démontré empiriquement que si un organisme ou agrégat d’organismes se mettent au travail pour leur seule survie et pensent qu’il y a là un choix offert à leurs seuls mouvements d’adaptation, alors leurs propres progrès vont en fait les détruire eux-même. (…) Un organisme qui détruit son environnement se détruit lui-même. L’unité de survie est l’ensemble souple organisme-dans-son-environnement. »

Réfléchissons à ce qu’est « une unité mentale ». Retournons au thème carte et territoire, et demandons-nous : « Qu’y a t-il sur le territoire qui passe sur la carte ? » Ce qui s’inscrit sur la carte ce sont en fait une ou des différences : altitude, végétation, ensembles humains, espaces, etc. Les différences sont les éléments qui s’inscrivent sur cette carte. Et qu’est-ce qu’une différence ? C’est un type de chose bien particulier, une matière abstraite… Dans les sciences exactes, les effets sont causés en général par des évènements, des impacts, des forces, etc. Dans le monde de la communication, de l’organisation, etc., vous quittez ce domaine-là pour un monde où les effets sont apportés par des différences. C’est « le mode des choses » qui passe sur la carte à partir du territoire : cela est différence.

Pour Bateson, il faut se rappeler aussi que zéro peut être une cause influente dans le monde psychologique, celui de la communication. « La lettre que vous n’avez pas écrite peut devenir un problème, une source d’énergie concrète si par exemple elle était souhaitée par votre contrôleur des finances »… Bateson précise que le mot idée peut être synonyme de différence. Et une différence qui crée une différence peut être l’élément de base d’une information. Il existe là des sentiers mentaux disponibles pour induire mes actes : « Nous obtenons ainsi une figuration du monde mental qui dans une certaine mesure échappe à la perception de notre image conventionnelle du monde physique. » Celui qui fait confiance au thème de la créatura - la vie opposée au plérome, lequel est matériel - peut s’intéresser aux sciences relationnelles. Il rencontre alors la créatura. C’est là que ce que nous nommons différence devient information ou entropie négative. Toutefois, les différences de ce type doivent-elles elles-mêmes être différenciées hiérarchiquement.

Une épistémologie cybernétique fait de l’être mental personnel « une disponibilité immanente liée à des thèmes relationnels et intimes, à la fois. Nos computations - au sens de devenirs prévus ou souhaités - sont concernées par des matières cruciales, chez nous, mammifères ». Au sens large de cette catégorie vivante, il s’agit d’amour, haine, respect, dépendance, attention à l’autre, performance, dominance, etc. « Tout ceci est crucial dans la vie de tout mammifère, et plus précisément est matière de relations. » A nous, humains, le fait mental nous permet la connaissance de la beauté et de la laideur, et de percevoir celles-ci dans nos relations courantes : « Les idées qui me semblaient miennes peuvent aussi devenir immanentes en vous. Au cas où elles survivent - étant vraies. »
Et voici que suit la Sixième et dernière partie de Steps : Crisis in the Ecology of Mind.

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