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Prendre place : la famille, l’école, la thérapie. Yveline REY, Lucien HALIN.

Psychothérapies créatives, Ed. Fabert, 2008.

jeudi 23 avril 2009 par Fraiteur Julie

Prologue : Question de place ?

Alors que les anthropologues, les sociologues et les psychologues s’expriment en termes de statuts et de rôles, les thérapeutes familiaux parlent eux en termes de fonctions ou de positions.
Qu’en est-il de la place ? Largement usité, le mot « place » prend place en psychothérapie : quelle est ma place dans mon système familial, professionnel, amical, social ? Quel est l’impact de cette place dans la construction de mon identité, dans mon développement personnel ? Cette place a-t-elle toujours été la même ? Ai-je eu beaucoup ou peu de place ?

On peut utiliser la métaphore des matriochkas qui s’emboîtent les unes dans les autres pour appréhender le concept de place.

  • Il y a la plus petite poupée qui sert en même temps de socle aux autres. C’est la place au quotidien, celle que l’on trouve en naissant ou plus tard en fonction des évènements de la vie. Exemple : Madame est l’aînée de deux soeurs dans un milieu social aisé alors que Monsieur est le cadet de sa fratrie et arrive après une grossesse non désirée. Deux places différentes au sein de la famille.
  • La deuxième poupée de taille légèrement supérieure englobe la première : c’est la poupée de la résonance émotionnelle. C’est la façon dont je vais éprouver cette place en termes d’importance, de reconnaissance, de pouvoir, de perte, de manque, d’absence, ... Dans l’exemple, Madame ressent sa place comme privilégiée et à conserver coûte que coûte tandis que Monsieur n’est pas aussi ravi de la sienne mais il lui reconnaît quelques avantages et a du mal à l’abandonner.
  • La troisième poupée correspond au sentiment de place, c’est le sens que l’on attribue à la place. Le sentiment de place ne peut se forger que dans l’interaction avec les autres, dans ce qu’ils nous renvoient.
  • La quatrième poupée est la moins visible. Il s’agit du récit que je fais de mes changements de place et comment je les relie à certaines valeurs (d’insignifiance, de confiance, de reconnaissance, de responsabilité,...) et aussi aux actions et réactions qu’ils ont pu provoquer.

« Le bonheur, c’est d’être à sa juste place ». En tant que professionnels, nous rencontrons des personnes qui ne se sentent pas à leur juste place. La psychothérapie est une façon de revisiter cette « injuste place » dans sa dimension spatiale mais aussi dans son rapport à l’importance ou à la reconnaissance, dans sa dynamique temporelle et également en explorant la place dans la maison, dans la famille et dans l’école.

1.Danse avec la place

La place dont l’origine vient du mot latin « platea » désigne un espace ouvert, un lieu public, un endroit réservé mais ce terme signifie aussi le fait d’être admis dans un groupe, dans une position ou un rang donné.

Place et importance :
Enfants, nous étions à notre place, près de notre mère, nourris de toutes les importances. Ensuite la décentration s’est amorcée par l’accès à la différence, la distance, les nuances. Nous sommes alors partis à la conquête d’autres places, variables dans leur importance mais toujours en conservant l’espoir d’être quelque part au centre. Place et importance s’influencent de manière circulaire. Une place peut donner de l’importance ou au contraire en retirer.
Il y a aussi des places qui sont données avant la naissance, comme ce fût le cas pour l’ancienne noblesse.

Place et appartenance : une question de légitimité ?
Il est difficile de parler de place sans faire référence à un contexte. Ce contexte génère des liens ou des systèmes relationnels qui fondent aussi les appartenances.
Si vous voyez une personne qui passe dans la rue, quelle place allez-vous lui attribuer ? Certainement aucune. Vous ne la salueriez même pas. Elle n’occupe pas de place psychologique pour vous mais une place uniquement spatiale. Avoir une place, c’est être identifiable dans la rue, dans la famille, le couple, l’institution. C’est pourquoi place et appartenance sont indissociables. Ce sont les autres qui donnent une légitimité à la place qu’on occupe.
Mais il existe aussi des places illégitimes : celles que l’on obtient par effraction et que l’on garde par la force, la domination ou la violence. Ces places reçoivent rarement l’assentiment des autres.

Place, indépendance et interdépendances :
Parfois, la place se vide lorsque celui qui l’occupait disparaît. En thérapie familiale, on utilise la chaise vide pour figurer l’absent. L’absence peut donc simultanément être un vide ou une présence. L’absence peut devenir plus pesante qu’une présence comme le montrent certains deuils. Il s’agit alors de l’ombre de la place : celle qui empêche ou qui détruit. Une des fonctions principales de l’ombre est de se montrer sans se montrer. L’ombre de la place (instituteur, infirmière, militaire) suffit à suggérer une présence et à la redouter, et sur le plan positif, l’ombre protège et abrite. Prenons l’exemple de l’élève qui progresse à l’ombre du maître jusqu’à ce qu’il puisse lui-même occuper une place inscrite dans son parcours. La dépendance se transforme subtilement en interdépendance. Toutefois, dans certaines situations, l’ombre devient si prégnante que la protection devient prison et ne permet pas de trouver sa place.

Place et conscience de sa place :
Le sentiment de place, s’il apparaît assez tôt, va se construire et évoluer au cours de la vie. La place va s’affirmer au fur et à mesure des interactions avec les autres et cette capacité à se différencier ne se fera que par la capacité à se lier. Par exemple, lorsque les autres ont trop d’importance et qu’il y a peu de différenciation, la personne éprouve des difficultés à trouver sa place et est dans le mimétisme.
Avoir conscience de sa place, c’est pouvoir garder l’idée de son importance tout en permettant à l’autre de percevoir l’importance que vous lui accordez et qu’il se donne.

Certaines rencontres peuvent renforcer le sentiment de place, d’autres sont sans importance et ne laissent pas de trace. C’est donc au sein de la famille que va se développer le sentiment d’avoir une place ou encore de ne pas être à sa place. Occuper une place d’aîné, d’enfant unique, de petit dernier, « d’accident » n’est pas la même chose. La place qu’on occupe à la naissance nous marque dans la réalité de la structure familiale (aîné, cadet,...) et dans les représentations familiales (histoire, mythe).

La conscience de la place est également très importante dans le couple. Former un couple implique de donner une place à l’autre et une place au couple au détriment le plus souvent de sa propre place qui dans tous les cas devra être re-négociée. Mais la place que je perds en tant qu’individu peut être bien souvent compensée par celle que je trouve en tant que membre d’un groupe.
Toutefois, le manque de place ou la perte de place dans un couple peut être cruellement ressenti si la personne a une place unique et sanctifiée dans d’autres appartenances (famille d’origine, travail) ou au contraire si elle souffre d’un manque chronique de place.

Place et autorité :La hiérarchie est intimement liée à la notion de place.
L’autorité dépend le plus souvent de la place et la place dépend aussi de l’autorité ; ce qui n’est pas toujours le cas de la compétence.

2.Maison, Maisonnée, famille...Histoires de places

La maison est l’enveloppe matérielle (murs, sols, portes, fenêtres, toit), la maisonnée comprend tous ceux qui vivent sous le même toit (personnes et animaux) et la famille, quant à elle, désigne le lien de parenté qui unit les personnes habitant dans ce même lieu.
Ces considérations doivent être nuancées :

  • on peut faire partie de la même famille sans forcément vivre sous le même toit (divorces, familles recomposées,..)
  • la notion de maisonnée avec ses cris d’enfants, sa grande table rassemblant plusieurs générations (mais aussi le silence des secrets, les rivalités plus ou moins masquées,...) devient presque obsolète.

Les maisons ont leur propre personnalité : elles possèdent un style, une architecture, une distribution qui ne peut qu’influencer ses habitants qui en retour peuvent la transformer ou la recréer. Pourquoi tel couple va choisir ce type de maison, pourquoi certains vont choisir la campagne alors que d’autres préfèreront un appartement en ville ? Il y a un rapport d’influence réciproque entre maison et famille.
Comme le souligne Edith Goldbeter (2002), la maison condense l’ensemble des valeurs, des forces et des vulnérabilités familiales.

Entretiens familiaux dans le cadre de l’hospitalisation de Bénédicte, 18 ans, à la suite d’une bouffée délirante. Depuis quelques années, la mère étant de plus en plus absente, Bénédicte est devenue la maîtresse de maison. Une forte alliance s’est créée avec le père. Peu de temps avant l’hospitalisation, la famille a déménagé dans une demeure ancienne et fortifiée, que les enfants surnomment le château fort, totalement aménagé par les soins de la mère.
Celle-ci a installé une chambre et un bureau pour Bénédicte au dernier étage, alors que les chambres des parents et des autres enfants sont à l’étage inférieur et que les pièces de vie sont au rez-de-chaussée. Elle motive son choix en avançant que son aînée pourra ainsi avoir davantage d’autonomie.
Pour Bénédicte, sa mère a voulu reprendre sa place de maîtresse de maison et la mettre à l’écart.
Cette redistribution de l’espace (dans l’ancien logement, Bénédicte partageait avec sa soeur une chambre qui jouxtait celle des parents) entraîne une redistribution des places.
Cette situation montre comment l’occupation des lieux et leur agencement renvoient à d’autres thèmes comme ceux du mythe familial, de la communication, des frontières entre l’intérieur et l’extérieur mais aussi des limites entre les générations et au sein de la même génération.
Le choix d’une maison fortifiée est loin d’être anodin. Il exprime certainement pour cette famille le besoin d’être protégé ou la nécessité de marquer une limite infranchissable entre le dedans et le dehors. Toutefois, les limites internes vont se montrer floues permettant à Bénédicte d’occuper une place qui n’était pas la sienne. La redistribution de l’espace permet à la mère de remettre des limites entre les générations et de reconquérir son propre territoire.
Cette échange autour du pouvoir et du territoire ne passe guère par les mots : il y a une distorsion entre le discours analogique (réaménagement de l’espace qui exclut Bénédicte de l’étage du reste de la famille) et le discours verbal officialisé (« Ainsi tu auras plus d’espace et d’autonomie ma fille »). La réponse sera tout aussi analogique : « S’il n’y a plus de place pour deux maîtresses de maison, je m’en vais, seulement ce sera à l’hôpital pour montrer combien je souffre et ce qu’ils m’ont fait ».
La place devient dans cette famille une construction complexe et renvoie un message paradoxal qui pourrait de résumer comme suit « comment prendre place sans prendre de place ? »

EIGUER A (2004) relève différentes fonctions de l’habitat :

  • la fonction de contenance et de différenciation intérieur/extérieur (dans la situation ci-dessus, l’abri protecteur devient une prison étouffante) ;
  • la fonction d’identification qui révèle les signes marquants de la famille ainsi que les spécificités de chaque membre au travers de ses goûts et de ses préférences (la mère semble avoir choisi pour tous les autres et laisse peu de place aux spécificités individuelles) ;
  • la fonction de continuité historique (le choix d’une maison fortifiée a quelque chose à voir avec l’histoire de cette famille) ;
  • la fonction créatrice qui se manifeste entre autres par l’agencement des lieux, la décoration et le choix du mobilier (créativité mise au service d’un renforcement du pouvoir qui passe par la domination du territoire) ;
  • la fonction esthétique (derrière une somptueuse façade se trouve un univers figé).

On peut difficilement parler d’habitat sans évoquer les objets qui y circulent : bibelots, meubles,...
Ils font partie intégrante de l’identité de la maison et des personnes qui y vivent. En effet, ce sont des traceurs d’espace, des marqueurs de place, des conteurs d’histoires et aussi des bornes du temps familial (petite cuillère en argent de la vieille tante, serviettes brodées aux initiales de la famille, photo jaunie du grand-père) qui permettent de raconter la place de chacun dans la maisonnée.

La place est aussi une question de pouvoir et de puissance : la bonne place donne du pouvoir mais la puissance peut éventuellement donner une place. Généralement les parents sont supposés avoir à la fois du pouvoir (par leur statut hiérarchique dans les générations) et de la puissance (en termes de fiabilité, protection, responsabilité et autorité). Dans certaines situations, on observe une inversion entre pouvoir et puissance (enfant-roi, tout puissant), ou une assimilation de la puissance au pouvoir (excès d’autoritarisme d’un parent). Ceci résulte bien souvent d’un glissement de places dans la maison et dans la famille.

Exemple de glissement de places et de remise en place : une famille consulte pour des difficultés avec les adolescents (16 et 14 ans). Ceux-ci se querellent sans cesse, l’aîné présente des idées suicidaires et frappe sa mère lorsque celle-ci exige quelque chose de manière un peu autoritaire. Il existe une grande confusion tant au niveau des places dans la maison (les enfants ont toujours eu peur du noir et les parents dorment chacun avec l’un d’eux. Ainsi les enfants ne dorment jamais seuls et les parents ne se retrouvent jamais ensemble.), que des places dans les générations (grand isolement par rapport aux familles d’origine associé à un sentiment de honte et de culpabilité envers les parents disparus).
Les parents se comportent comme si les enfants avaient toujours 2 ans. L’avenir n’est pas envisagé et pas non plus envisageable. La thérapie proposera un redéploiement du temps familial et permettra de réinventer l’histoire familiale. Les parents (parfois reçus seuls) commenceront à reconstruire leur autorité (puissance) par une alliance renforcée et permettront à leur fils de partir en voyage scolaire. Une fois rentré, celui-ci voudra dormir seul. Les parents redeviennent auteurs et acteurs dans le système familial et dans leur environnement.

Connaître sa place dans sa lignée d’appartenance et trouver ou faire sa place dans la maison et la maisonnée sont des ingrédients indispensables à la construction identitaire.

3. Familles et thérapeutes : la question de la place

« Entrez, prenez place ». La thérapie nous confronte toujours et très directement à la question de la place. Il y a bien sûr la place de chacun dans la famille telle qu’elle se présente lors du premier contact, la place du patient ou du problème qui a motivé la consultation. Mais derrière cette place objectivable, il y a une autre place plus subjective qu’on ne pourra explorer qu’à partir de techniques comme le génogramme ou encore le génogramme imaginaire.

Regards théoriques et cliniques
Il n’y a pas de rôle, de statut ou de fonction sans place mais l’on a tendance à assimiler celle-ci aux autres concepts alors qu’elle se situe en fait à un niveau logique différent.
Boszormenyi-Nagy I nous éclaire grâce à ses quatre groupes de déterminants qui influencent la réalité relationnelle :

a. La dimension des faits :
La place correspond à un fait, un évènement. Dans la plupart des cas, on ne choisit pas sa place, et on en fait l’expérience. Cette succession d’expériences que je vis de manière unique aura une incidence sur mon développement psycho socio affectif.
Exemple : Myriam, adoptée à l’âge de 6 mois, perd sa mère adoptive à l’âge de 5 ans. Deux ans plus tard, elle est confrontée au remariage de son père. Avec une femme qui va la détrôner de sa position de seul élément féminin de cette maisonnée, à nouveau elle devra reconquérir sa place.

b. La dimension de la psychologie individuelle :
Comment la place que j’occupe va influer sur le processus dynamique de ma construction identitaire ? Dans l’exemple ci-dessus, les places successives de Myriam, le vécu et les stratégies pour y faire face vont participer à la construction d’une identité marquée par la peur de l’abandon.

c. La dimension transactionnelle :
Il n’y a de place que par rapport à celles des autres. En thérapie, l’intervenant systémicien devra garder à l’esprit différentes questions afin d’appréhender le concept de place :
Quelle est la place de chacun sur la photo de famille ?
Le patient a-t-il une place, trop de place ou celle d’un autre ?
Y a-t-il une concurrence et pour quelle place ?
Quel rôle implique cette place ? Quelle fonction sert-elle ?
Quelles sont les règles explicites, implicites au jeu de la place ?

d. La dimension de l’éthique relationnelle :
Cette dimension concerne la question de légitimité de la place.
Exemple : Michaëla est née après une soeur qui est morte « étouffée ». Elle dit : « Ma mère ne me regardait pas...elle était entièrement absorbée par son chagrin... Il a fallu que je me batte pour avoir une place, je n’en avais aucune, ma soeur morte occupait toute la place. »

La place de la rencontre, la place dans la rencontre :

a. La place de la rencontre :
« Prenez place, mais attention, en prenant cette place vous perdez un peu de la vôtre ! » évoque la place dans la rencontre thérapeutique. Ce qui se joue aussi dans cette rencontre c’est la possibilité d’éprouver sa place au sein de cet espace, d’envisager d’y rester ou d’en changer, de se mettre à la place de l’autre...c’est le jeu des places.
Dans certaines situations la famille essaie de ne pas investir cette place, d’y échapper : « je suis venu parce qu’on m’a dit de venir », ou « avec déjà tous ces gens qui essayent de nous aider, je n’y crois pas trop ».

b. La place dans la rencontre :
Certains thérapeutes choisissent de s’asseoir à côté d’un membre de la famille pour soutenir cette personne. Or, ce positionnement efface la frontière symbolique entre le groupe famille et le groupe intervenants et peut être vécu comme une intrusion dans le territoire intime de la famille.
Autre cas de figure, le face-à-face raide et distant qui soulignera le mur infranchissable entre les deux systèmes. Mais y a-t-il de bonnes places ? Il n’y a pas de bonne place à priori, elle est plutôt à créer, à construire. Il doit toutefois avoir une propriété qui doit avoir une place : le VIDE. Il s’agit d’offrir une place au rien, une place où peuvent émerger l’improbable, l’étrange, l’imprévu. C’est à l’intervenant de faire en sorte que cette place soit possible (Selvini-Palazzoli M avec son questionnement circulaire, Onnis L. avec ses sculptures, Caillé et Rey avec les objets flottants,...)

4. A l’école des places

Longtemps, il ne fut question que de places à l’école. Il est à la bonne place, il travaille bien. Il est dans les dernières places du classement, il n’est pas intelligent. La place de devant pour ceux qui voient peu et celle près de l’enseignant pour les indisciplinés.
Encore aujourd’hui, l’enseignant qui signale un enfant au psychologue scolaire parle généralement en termes de place : « il n’a pas sa place dans ma classe ». Pourquoi cette difficulté de trouver sa place ?
Exemple : un garçon, le plus petit de sa classe, affublé de grosses lunettes, réussit peu à l’école, devient impoli et traîne dans la cour avec les plus rebelles. Intellectuellement précoce, il a compris que s’il veut être tranquille, il ne doit pas montrer ses capacités. Il lui est ainsi possible d’avoir une meilleure place à l’école.

L’entrée en maternelle, outre les conséquences de la rupture d’avec le milieu familial provoque pour chaque enfant une mise en insécurité, une déstabilisation de ses attitudes, un changement de ses repères qui peuvent être ressentis avec violence et qui n’en sont pas moins nécessaires. Grâce aux interactions au sein de la classe, l’enfant va pouvoir ressenti sa propre place.

5. L’investigation de la notion de place à l’école et dans l’examen psychologique

Les auteurs ont développé deux méthodes qui s’apparentent à celles des objets flottants utilisés en thérapie, et qui permettent d’appréhender le concept de place, notamment dans le contexte de l’évaluation psychologique en milieu scolaire.

a. L’épreuve des gommettes
L’utilisation des gommettes permet de décrire l’ambiance à l’aide de deux critères :

  • la distance (la distribution dans l’espace des membres de l’entourage significatif de l’enfant).
    L’épreuve comprend deux étapes : Comment c’est actuellement ? Comment il faudrait que cela soit pour que tout aille mieux ?
    Cette épreuve est avant tout un décrypteur/stimulateur de changements.
    Les distances sont évaluées en fonctions de frontières et de zones. La feuille est séparée en quatre zones : la première zone (en bas de la feuille, proche du sujet) est celle de la grande proximité, zone fusionnelle ; la deuxième zone est celle des présences affectives ; la troisième zone est celle de la mise à distance mais aussi celle de la présence ; la quatrième zone est celle des rejets ou des abandons.
    Le sujet devra placer les membres de son entourage dans ces différentes zones.
    La distance spatiale est considérée comme un analogique de la distance affective. Etre loin signifie ne pas être proche sur le plan affectif.
  • l’humeur (la tonalité émotionnelle et l’ambiance relationnelle)
    Pour chaque personne placée dans les différentes zones, le sujet doit associer une ou plusieurs gommettes symbolisant l’humeur de cette personne (ou animaux).

Comme dit précédemment, l’épreuve comporte deux temps :
Le premier temps est une description de l’état initial, le second temps propose une description de l’état espéré de la situation pour que tout aille mieux. La différence des deux états (variations des humeurs et des distances) permet d’appréhender les éléments à observer pour conduire à ce qui est souhaité et donne un indice de l’énergie investie en faveur du changement.
Il est intéressant également d’estimer la congruence (humeur du sujet et ambiance du contexte ; distance entre les personnes) et de chercher les raisons des discordances, si discordance il y a.

b. L’épreuve des rencontres :
Il s’agit de proposer au sujet de qualifier la place de soi et celle des autres.
La symbolisation de l’importance se fait en utilisant trois ronds de diamètres différents (petit, moyen, grand). Un grand rond symbolise une grande place, un moyen une place moyenne, ...
La symbolisation de l’interaction se fait en plaçant trois points alignés sur une feuille et qui symbolisent (dans l’ordre) : la place que l’on espère avoir, la place que j’ai et la place des autres.

Exemple :
grand rond - petit rond- petit rond
La personne estime qu’elle a une petite place, elle voudrait en avoir une plus grande et pense que les autres ont une petite place. Il est déjà possible d’envisager que le sujet est en phase de conquête d’une place plus importante.

Un deuxième temps permet d’évaluer la stabilité des choix.
Enfin, un troisième temps permettra la mise en signification de toute la symbolique (soumission/ domination) par le sujet. Cette technique ouvre un espace médiateur d’observation, puis d’élaboration entre le sujet et le thérapeute.

Conclusion :
Famille, école, thérapie, la question de la place est centrale à tel point qu’on l’oublie. C’est dans le contexte de leur travail de psychologue en milieu scolaire et dans celui de thérapeute de couple et de famille qu’est apparue, à Yveline Rey et Lucien Halin, la pertinence de cette notion de place et son potentiel opérationnel.
En guise de conclusion, nous retiendrons ces quelques mots des auteurs : « Il s’agit tout le temps de la même chose : de places, et si possible d’une meilleure place. Et cela depuis toujours et c’est heureux, veillons à ce que personne ne s’estime à sa place ».


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