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Les grands courants/grandes écoles de la thérapie familiale

Andolfi Maurizio

Intervention provocatrice et approche trigénérationnelle

mercredi 1er mars 2006 par Di Martino Isabelle

Maurizio Andolfi et l’école de Rome : intervention provocatrice et approche trigénérationnelle
La thérapie familiale n’est apparue en Italie que dans les années 1967-1968 avec l’ouverture par Mara Selvini du Centre pour l’étude de la famille à Milan. Un peu plus tard, en 1969-1970, ce type de traitement commence à se développer à Rome grâce à l’impulsion de recherches sur les facteurs familiaux et sociaux de la toxicomanie chez les adolescents.

En 1975, Carmine Saccu crée l’Institut de thérapie familiale de Rome. L’école de Rome comptait au départ essentiellement quatre psychiatres : Maurizio Andolfi, Carmine Saccu, Paolo Menghi et Anna-Maria Nicolo.

Le groupe s’est séparé en 1989. Cette école a beaucoup étudié les systèmes familiaux rigides avec un patient psychotique. La notion de système thérapeutique fait ici son apparition. Andolfi ne peut concevoir la thérapie sans un élargissement des problèmes à la famille trigénérationnelle. L’approche trigénérationnelle prend en compte non seulement l’histoire personnelle du patient, mais aussi celle des parents et celles des relations qu’ils ont entre eux, ainsi qu’avec leurs familles d’origine respectives.

 Les concepts clés

1. Le symptôme

Au départ, le symptôme présenté par un patient était essentiellement considéré comme un signal d’alarme indiquant chez chaque membre de la famille un profond malaise qui n’a cessé de s’amplifier avec le temps. Selon cette conception, le thérapeute voyait tous les symptômes comme faisant partie d’un même problème non spécifié, avec quelque chose de générique qui lui appartenait de découvrir. Dans un second temps, Andolfi et son équipe se sont intéressés à la fonction du symptôme et à l’idée que chaque membre est le point spécifique de connexion entre l’individu et la famille, le système familial assignant des rôles et des tâches à chaque membre. Le comportement symptomatique signale que l’équilibre familial est en danger et a pour fonction de maintenir la stabilité du système. Le danger est celui de la rigidification des rôles avec une diminution de l’espace personnel de chacun.

2. Famille « en danger » et famille « rigide »

A partir de la théorie des différences entre familles « enchevêtrées » et familles « désengagées » de Minuchin, Andolfi et ses collègues ont distingué les familles en fonction de leur évolution dans le temps et de la persistance des symptômes. Ils ont alors établi une distinction entre une famille en danger et une famille qualifiée de rigide en fonction de leur plus ou moins grande flexibilité au changement et aux variations des fonctions remplies par chaque membre dans le contexte familial. L’école de Rome a étudié les systèmes rigides dans lesquels le rapport entre l’homéostasie et la transformation tend vers l’homéostasie du système. Le concept d’homéostasie est compris ici dans le sens de non-changement dans les systèmes rigides où il est impossible de changer les règles de fonctionnement. La crise est définie comme un moment où un changement imminent se prépare. Elle peut être une occasion propice car chacun est déstabilisé dans son rôle.

3. Provocation et contre-provocation

Même si officiellement la demande de thérapie porte sur le changement, intimement la famille n’est pas prête à changer. Nous retrouvons ici la notion de demande paradoxale. Vu a priori comme un agent de changement le thérapeute est en quelque sorte attaqué ou mis à l’épreuve par la famille. Cette attaque contre le thérapeute au sein même du système thérapeutique ainsi que le symptôme exprimé par un membre de la famille sont autant de provocations.

Pour l’école de Rome, la provocation assigne aux autres membres de la famille ou au thérapeute un rôle rigide qui l’empêche d’être lui-même. Il n’y a cependant là aucune intentionnalité. Face à cette provocation, le thérapeute risque de répondre par une contre-attaque, par l’annulation de lui-même suite à son sentiment de disqualification ou encore par la déprime.

Le thérapeute doit alors prendre du recul et analyser ce qui se joue dans ce processus (Quelle est la fonction de cette attaque ?). Le thérapeute ne doit pas se sentir personnellement attaqué. C’est la fonction qu’il occupe dans le système thérapeutique (agent de changement) qui est attaquée. Le thérapeute va se décaler face à ses attaques en soutenant, voir en amplifiant le non changement, l’homéostasie de système. Cette homéostasie est en réalité l’alliée de la transformation et non son ennemie. Le thérapeute dispose de différents types d’interventions qui sont autant de contre-provocations.

La provocation thérapeutique

Celle-ci s’adresse à la fonction du symptôme et non à la personne. Le thérapeute contraint les membres de la famille à éprouver la souffrance liée à la fonction assignée à chacun dans le système. Il crée alors une émotion forte qui vise à laisser entrevoir à chacun une possibilité de changement. La clef de la porte d’entrée du système thérapeutique est donnée par le patient identifié et ce qu’il montre. Dans un système rigide toutes les informations passent par lui. Il monopolise toute l’attention et fait en quelque sorte écran par rapport aux émotions enkystées ou à l’histoire transgénérationnelle. Il faut attribuer au comportement symptomatique une fonction qui permette de relier les membres du système entre eux, et rendre ainsi interactive la tension qu’ils ont déversée sur le patient identifié. S’il veut à terme provoqué un déséquilibre, le thérapeute doit commencer par se substituer à la fonction équilibrante du patient identifié et se mettre au centre du système thérapeutique. Soit, le thérapeute affronte le patient identifié en direct, le plus souvent quand le symptôme est dans l’agressivité envers autrui. Soit il l’ignore ou le met à l’écart, le plus souvent quand le symptôme est dans la destruction de soi. Le stress dont le patient identifié était l’unique dépositaire est placé sur le thérapeute, qui devient le point de passage obligé des tensions familiales. Le thérapeute induit alors un déséquilibre qui empêche l’immobilité du système familial. Dans les systèmes très rigides, cela oblige à faire des interventions fortes. Lorsque le stress est finalement redistribué entre tous les membres de la famille, le thérapeute peut se retirer. § L’amplification Le thérapeute amplifie les phénomènes décrits et le carcan dans lequel chaque membre du système est mis. Le thérapeute souligne donc le bien fondé de la « fonction du symptôme ». Par l’amplification, il oblige la famille à se resituer autrement ; la famille indique alors au thérapeute qu’il se trompe en montrant que les choses ne sont pas aussi graves. Elle est mise au défi de changer.

La négation stratégique

Celle-ci vise à nier la thérapie ou un changement observé à un moment donné par les clients. Au lieu de s’extasier devant une amélioration, le thérapeute fait comme s’il n’avait rien remarqué et continue à exprimer ses préoccupations face à la problématique. L’objectif est que la famille ne se referme pas quand il y a des ouvertures en raison de sa peur de changer. La famille est amenée à trouver d’autres manières de fonctionner en autorisant ses membres à parler de leurs émotions pour mieux les mettre à distance et mieux s’individuer. Elle renforce ainsi les changements qu’elle opère progressivement.

Comment le problème est-il défini ?

Le symptôme constitue une représentation symbolique qui, tant dans son origine que dans sa manifestation, est le fruit d’une interaction entre l’individu porteur du symptôme et les membres du système qui l’entourent. Le symptôme est une tentative de solution à des problèmes, mais cette tentative devient le problème. Le symptôme vise à régler les conflits sous-jacents entre cohésion et autonomie.

 L’objet de l’observation

La fonction du symptôme est un élément essentiel à garder à l’esprit. Elle sert d’hypothèse de travail. Quel rôle le symptôme assigne-t-il à chaque membre du système, quelle réaction provoque-t-il ? etc. De plus, réfléchir à la place que le système assigne à l’intervenant et à la fonction que lui-même occupe dans le système est indispensable.

 Les objectifs de l’intervention

L’intervention vise à ce que les membres du système acquièrent une image plus précise d’eux-mêmes et des autres, et d’eux-mêmes par rapport aux autres, réussissant ainsi à définir, de façon toujours plus claire, une sorte de frontière entre le propre soi et celui d’autres personnes significatives. L’objectif est de relancer une capacité de transformation dans les systèmes rigides. Il vise l’émergence de plus d’affirmation et de créativité individuelles.

 Les outils de l’intervention

La crise, le patient identifié et la fonction du symptôme sont autant de porte d’entrée dans une famille. Le thérapeute garde à l’esprit que la prise en compte de l’homéostasie du système est l’alliée du changement. Il tient compte des processus en cours pour ne pas répondre directement aux attaques, aux provocations par l’attaque (agressivité) ou par la défense (se confondre en excuses). Au contraire, il amplifie la provocation. Par la provocation, le thérapeute bouscule la fonction du symptôme tout en soutenant la personne. Il amplifie ce qui est montré comme problème, les règles de fonctionnement. Dans les systèmes rigides, il recourt à la négation stratégique comme renforcement homéostatique pour permettre paradoxalement de continuer à libérer les capacités du changement. En utilisant ces différents outils, le professionnel est invité à limiter son désir d’aider les personnes. Ce faisant, ce serait son propre narcissisme qu’il soutiendrait d’abord. Mais s’il va trop vite, la famille ne tardera pas à pointer à nouveau le patient identifié et ses symptômes. Un changement trop fragile ne peut se maintenir.

 La position de l’intervenant

L’intervenant est directif, engagé mais neutre. Il n’hésite pas à se confronter en direct avec les participants, interpelle chacun individuellement de façon forte. Ce faisant, il provoque la fonction de chacun et la manière dont les membres de la famille sont étroitement liés les uns aux autres. Il n’utilise donc pas la métacommunication. Dans les systèmes rigides, il se confronte en direct au patient identifié voulant souligner que son comportement est en fait banal. Par ce biais, il indique indirectement que le patient a d’autres ressources. Il empêche les autres membres de la famille de venir en aide au patient identifié, évitant que se perpétue la fonction d’infirmier de l’un autour de la fonction de malade de l’autre. Comme nous l’avons mentionné plus haut, le thérapeute essaie de prendre la place centrale qu’occupe le patient identifié dans le système. Dans un deuxième temps, il se retire du centre, interagit avec les membres ou les fait interagir, tout en continuant de nier les améliorations. Lorsque les membres de la famille ont mis en place de nouvelles façons d’agir et lorsque le jeu relationnel est modifié, le thérapeute se retire.


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