Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Coopération et approches systémiques

par Jacques Beaujean Éditions Érès

samedi 21 novembre 2009 par beaujean

Vous trouverez ici la table des matières.

Chapitre 7

 Le réseau d’échange de vignettes de savoir d’expérience : une source de développement professionnel

 Introduction

Nous devons donner à ceux qui se forment à la systémique le moyen de poursuivre leur formation à partir du terrain même de leur activité professionnelle, une fois leur formation initiale terminée.
Dès leur inscription, nous exigeons que cette formation s’accroche au concret de leur expérience professionnelle. Nous demandons que les praticiens aient un minimum d’expérience professionnelle de trois années. Si celle-ci n’est pas suffisamment en concordance avec la réalité de l’approche systémique, nous organisons des stages dans des lieux professionnels plus adéquats sélectionnés à cet effet.

Que penser d’une formation qui ne renforcerait pas l’idée d’une utilisation de sa pratique pour continuer à se former par l’expérience ?
Le bilan le plus sombre serait qu’après cette formation, celle-ci resterait lettre morte et ne connaîtrait pas d’applications concrètes.

Il faut que les praticiens en formation soient capables de tout mettre en œuvre pour se confronter à ce qu’ils ont appris dans la réalité de leurs lieux de travail, l’ajuster et l’anticiper dans toutes ses dimensions institutionnelles afin d’adapter leurs actions en fonction des succès ou insuccès. Il ne s’agit pas seulement de remplir un contrat de quatre années de formation - au total de 500 heures - mais d’organiser sur leur terrain professionnel tout ce qui sera nécessaire pour avoir la « liberté », entendez la responsabilité de leurs actes ; et l’accord pour organiser des interventions ou des thérapies suivant le modèle de la systémique.

Nous poursuivrons quatre objectifs. La formalisation ou l’énonciation du savoir d’expérience devront favoriser l’engagement du psychosociothérapeute dans la tâche de rencontrer des personnes en vue d’évoluer avec elles. Elle devra contribuer à l’évaluation du travail de chacun en étant capable de rendre compte auprès de collègues de la nature du processus de celui-ci et de son style personnel. Les collègues sont ceux avec qui on travaille mais aussi ceux qui œuvrent dans d’autres contextes. Il s’agit d’augmenter la capacité de coopération et d’échanges à travers la formation de groupes centrés sur la lecture ou sur des cas cliniques présentés grâce à la plateforme de travail collaboratif du site sur la systémique (http://systemique.be/spip/ ou http://www.systemique.be/spip/spip.php?rubrique1). Enfin ce sera assumer le suivi de ces situations cliniques, sorte d’évaluation sur le long terme par les liens que permet le site.

Savoir formuler ce que l’on fait est une grande richesse pour démystifier le côté magique de la psychothérapie. En effet, la psychothérapie est trop facilement vécue soit comme essentiellement compassionnelle et cathartique, soit d’essence magique tel un acte isolé de toute puissance. En fait,
c’est un processus fait de multiples petites touches, un peu à la manière des peintres impressionnistes.

 Prévoir l’intégration de la formation dans le travail du praticien pour mieux énoncer le savoir expérience

Les expériences professionnelles des thérapeutes constituent un capital de savoirs précieux pour leurs pratiques dont la connaissance et le partage vont permettre la progression et la légitimation de celles-ci. C’est un peu comme dans le cadre juridique où la jurisprudence constitue un corpus de jugements issus de la pratique et devient référence et ressource pour l’interprétation et l’application de la loi par les tribunaux. Encore faut-il que ces expériences servent vraiment au devenir du professionnel et soient choisies pour et par lui-même. En le dotant d’un outil de développement librement choisi, nous espérons qu’il ne se voie pas imposer par son institution un modèle qui servirait plutôt ses besoins de contrôle. Ceux-ci sont légitimes, certes, mais notre souhait est que notre méthode de travail reste au plus près de la réalité clinique et de sa spontanéité créatrice.

Le réseau de vignettes de savoir d’expérience vise à l’autonomie par la prise de conscience des actes psychothérapeutiques posés et de leur estimation quant à l’impact qu’ils produisent, mais ceci sans contraintes extérieures.
Les soignants se font parfois prendre de vitesse par les autorités administratives et pas toujours de manière avantageuse pour la qualité des soins.
On n’a pas toujours la chance d’occuper dans son travail un poste à partir duquel, on peut se créer un espace, où l’on est responsable du cadre de son travail d’intervenant ou de thérapeute. Dans l’organigramme et sur le papier la chose se vérifie. Par exemple, la hiérarchisation d’une institution prévoit à juste titre de distinguer des responsables de la gestion d’une unité de soins sans quoi les subsides accordés ou l’agrément pourraient être refusés. Ceux-ci sont en effet octroyés pour un mandat spécifique et il convient que le responsable ait les qualités requises pour assurer les garanties du travail bien fait. La population consultante y a droit. Il est cependant de l’intérêt de tous que chacun prenne ses responsabilités au poste où il se trouve et puisse pour son perfectionnement, en discuter dans un réseau avec d’autres.

Les vignettes de savoir d’expérience ne sont pas réservées aux seuls psychothérapeutes qu’ils soient psychiatres ou psychologues mais à tous les soignants qui veulent s’engager dans leur travail et augmenter leur implication. Il s’agit d’une sorte de journal de ses pratiques, en somme, qu’elles soient d’expertise, d’éducation, de soins, de contrainte ou d’accompagnement. Nous les proposons aussi bien à des médecins psychiatres ou généralistes qu’à des infirmières ou des éducateurs. La question qui se pose à chacun est la suivante : se sent-il responsable et capable de répondre de ses actes, de ce qu’il fait ou bien encore travaille-t-il sous les directives de quelqu’un d’autre. Dans les cas de co-animation, nous demandons toujours quel est le champ de responsabilité des co-animateurs pour apprécier l’implication de chacun. Prenez l’exemple des entretiens collectifs pratiqués à très bon escient en milieu psychiatrique. J.C. Benoit a développé ce travail avec un souci particulièrement aiguisé d’un plus grand respect du malade et pour cela il tient compte de son entourage familial et institutionnel et peut déjouer les instigations paralysant l’évolution des soins. Ce qui compte dans une telle relation est que chacun soit bien identifié par ce qu’il fait, pour ce qu’il est. Ce type d’intervention collective amène plus de solidarité dans la tâche commune du soin entre le malade, sa famille et les soignants.

 L’évaluation du suivi du travail et sa communication aux collègues

Il convient de créer un contexte de prise en compte de notre savoir d’expérience partant des praticiens eux-mêmes et constitué de façon à être rendu utile à l’ensemble des collègues. Notre travail prend appui sur des échanges cliniques qu’ils soient internes à l’institution ou ouverts en externe. Pour recueillir ce savoir, nous avons choisi l’écriture. L’écrit impose la lisibilité par des tiers, qu’ils soient familiers de la même épistémologie que le narrateur ou non. De plus est utilisé un dispositif tiers qui inclut plusieurs contextes de travail différents, afin de pouvoir nous articuler avec le mode de partage à travers notre réseau d’échanges du site systémique. Ceci n’exclut nullement l’organisation de groupes d’intervision qui peuvent se faire en fonction du contexte de travail. Il y a ainsi une validation par des pairs. Ce réseau appartient à la deuxième génération des sites web où chaque membre devient un participant actif de la construction du site. Nous n’avons rien inventé, mais avons bénéficié des techniques modernes et de la culture ambiante qui permettent qu’un phénomène comme Wikipedia puisse exister.

Il faut notamment conforter l’identité professionnelle des participants et assumer leur espace d’intervention.

Pour illustrer ce propos, imaginons un artisan aimant son métier. Il assume quotidiennement un travail parfois routinier. Mais, de temps en temps, de manière souvent inattendue, il découvre de nouvelles façons de réaliser son travail : « J’ai appris quelque chose aujourd’hui ». Ou, s’il commet une erreur : « voilà ça m’apprendra. Une autre fois je m’y prendrai autrement. » Des années durant, chacun accumule des connaissances sur son métier, constituant ainsi un savoir d’expérience. Alors comment pourra-t-il le transmettre ? Mais comment pourrait-il pour lui-même avoir un feedback sur l’évolution de sa propre pratique ? Quelles traces tangibles a-t-il de son évolution ? Vous me direz qu’il n’en a pas besoin... Mais cela lui serait utile ! Si cet artisan a acquis une notoriété, les historiens de l’art pourront rappeler l’évolution de sa pratique à travers ses réalisations concrètes. Cependant ne se réalisera que bien après sa période de vie professionnelle et ne lui servira pas à grand-chose. Il ne pourra pas s’en servir pour améliorer sa propre pratique. L’artisan qui pratique ainsi une démarche de curiosité, de découvertes et qui les mémoriserait, se construirait une histoire sur sa propre évolution professionnelle, une « connaissance de soi ». Celle-ci l’aide à affiner encore sa pratique. Sa lecture sera non seulement pragmatique mais aussi réfléchie dans la durée, dans une sorte de méta analyse continue. Il fera plus encore s’il se décentre de sa manière personnelle de travailler pour l’échanger avec d’autres. Il s’autonomise ainsi par son appartenance à une communauté d’échanges où il se sentira apte à reconnaître ses pairs dans leur différence mais pourra aussi se faire connaître auprès d’eux et se constituer une identité professionnelle.

 La coopération impose de croire dans la compétence du consultant.

Cette position relationnelle va être déterminante. Quelle que soit le type d’activité du praticien, il va devoir prendre une position relationnelle où il reconnaît au consultant la capacité de lui apprendre « quelque chose ». Tout comme « l’artisan », va être confronté à ses routines, se seront alors des découvertes recherchées ou inopinées, l’accumulation des expériences et le défi de les faire « vivre » en utilisant ce capital.
Le psychothérapeute pourrait prétendre détenir le savoir. Il est même « supposé savoir », face à l’insécurité des consultants. Dans la prise de contact souvent nos consultants espèrent un changement quasi magique. Ils témoignent ainsi leur peur de se découvrir ou de se confronter à l’autre.

Dans la plupart des situations cliniques, différents moments se chevauchent. Il lui faut trouver le cadre le plus approprié pour réunir les objectifs d’un travail possible. Il doit bien souvent recadrer le problème posé, donnant un sens aux symptômes au-delà de l’illusion thérapeutique. Il faut mettre en évidence les ressources du système consultant et, en même temps, s’affilier avec le système en ayant suffisamment de confiance ou d’espoir pour pouvoir donner l’ouverture à un possible changement. Et fort de cette liberté nouvelle, créée par l’acceptation d’une lecture différente par le consultant, celui-ci va prendre le risque de nouvelles interventions, et sera particulièrement attentif quant aux résultats.

Le travail du savoir d’expérience visera donc à mettre le thérapeute dans une position d’incomplétude vis à vis des personnes à rencontrer ; lui-même cherche à apprendre et s’appuie sur les ressources des systèmes qu’il rencontre. Il se décentre pour identifier son style propre et construit l’histoire de ses expériences en se projetant dans d’autres à venir ; il partage chaque histoire personnelle avec d’autres et s’ouvre ainsi à des horizons divers et se fait connaître auprès des siens. Pour l’intervenant lui-même l’autonomie, c’est oser prendre des risques d’ouverture, de la redéfinition etc… Pour un tel thérapeute le savoir d’expérience peut-être transmis par écrit dans une vignette de savoir d’expérience (VSE), celle-ci permet de mémoriser le feedback de chaque prise de risques et en assure la transmission auprès des collègues via la constitution d’un réseau d’échanges (RVSE).

 En quoi le suivi des situations peut être une évaluation sur le long terme par les liens déposés pour la même situation ?

Par ce biais, comment le thérapeute pourrait-il favoriser son autonomie ? Ceci reflète exactement comme dans l’évolution d’Internet. Les internautes eux-mêmes construisent le contenu des sites. Dans Wikipédia par exemple, les internautes collaborent activement au site par leurs écrits plutôt que de les recevoir passivement. Relevons qu’il est indispensable que ce travail de collaboration se réalise sous le contrôle de référents, garants du respect des questions éthiques. Il a été relevé dans Wikipédia, comme partout ailleurs, que certains internautes malveillants modifient les sites de leurs concurrents, par exemple....

Dans le cadre de la formation nous nous efforçons, pour la présentation d’un cas, qu’il y ait plusieurs vignettes, envoyées aux membres du groupe en formation par courrier électronique, une présentation orale en groupe de formation, formulée librement par associations de souvenirs, et un recours à un document audio ou vidéo pour de très courtes séquences.
Nous considérons que prendre conscience de la valeur d’un apport personnel et apprendre à le communiquer aux autres est essentiel pour accroître les capacités du futur thérapeute systémicien à travailler en équipe. Nous allons vers une époque où l’évaluation de notre efficience deviendra incontournable -cf les rapports de l’Inserm- et, par ailleurs, les entreprises se développent de plus en plus autour du capital que constitue le savoir.

Il nous faut donc cerner plus précisément ce que nous entendons par « savoir d’expérience », « vignette de savoir d’expérience (VSE) » et « réseau de vignette de savoir d’expérience (RSVE) ».

 Le savoir d’expérience et son emploi

Dans le savoir d’expérience, le bilan des techniques inclut les « possibles » entre patient et thérapeute. Cette position permet au thérapeute d’échapper au jugement de « réussite versus échec » de l’action du thérapeute, car elle inclut le sens de l’acceptation ou du refus du patient. Le savoir d’expérience fait appel à la notion de connaissance, dans le sens d’une information qui fait sens dans l’intersubjectivité des partenaires - savoir ou vécu émotionnel partagé - et à la notion de changement. Ce qui fait évoluer le système c’est « quelque chose qu’on ne savait pas » et qui étonne et apporte de la nouveauté. Ces expériences nouvelles seront élaborées au travers des concepts disponibles, lesquels se modifient ou s’adaptent à la lumière des expériences. Le savoir d’expérience est l’éprouvé dans la co-construction, c’est ce qui surgira de nouveau dans la rencontre avec le système consultant. Cela implique un vécu d’étonnement, un effet de surprise au moment présent et une procédure par essais et erreurs, ponctuée de feed-back. C’est l’apprentissage par le ressenti, une relation d’organisation apprenante réciproque.

 Le travail du savoir d’expérience

Si le thérapeute considère le consultant comme ayant des compétences, il doit accepter de « se laisser travailler » par lui, accepter que son client le force à s’interroger sur soi. Ceci demande la souplesse de pouvoir « plonger dans l’isomorphisme », réfléchir sur ses résonances, se faire complice du mode de fonctionnement du client, en accepter les dédales...Puis il s’agira d’être capable de se reprendre et de prendre distance, parfois en partageant son impuissance ou son désarroi.

Quand un tel système a amélioré la qualité de réception du problème posé en améliorant le contexte, le thérapeute peut opérer une lecture plus souple des faits et des événements. Il devient un système qui va permettre de se renvoyer un feed-back sur ce qui lui arrive par rapport au futur (par ex : qu’est-ce qui permet qu’un système puisse lui permettre de se rendre compte qu’il prend pour lui-même de mauvaises décisions ?). Le système thérapeutique et le système consultant vont donc réciproquement s’offrir la capacité de se donner un feed-back, centré sur la capacité à s’ouvrir, entrer en résonance, métaphoriser. Ce constat et son partage permettront que quelque chose se passe dans la rencontre, au niveau de la « thérapie, du thérapeute » et de celle de son patient. Ils auront chacun acquis une meilleure connaissance de soi.

Appréhender le savoir d’expérience requiert donc de pouvoir relater le « comment » la transformation thérapeutique s’est opérée, ce qui a été fait pour « débloquer » la situation : ce qui s’est passé dans l’échange, comment la vie relationnelle du patient a pu modifier l’expérience professionnelle de l’intervenant. Il est intéressant de rendre ces savoirs utiles à d’autres, mais ils sont le plus souvent tacites. La préhension de ce capital immatériel n’est dès lors pas évidente. Cette connaissance tacite peut cependant être rendue explicite à travers le langage et être soumise alors à réflexion. Le partage permettra au thérapeute d’examiner, de modifier ses façons de faire, ses règles d’action. Il pourra élaborer de nouvelles qui répondront peut-être mieux à certaines situations. Cette formalisation du savoir d’expérience et sa transmission est proposée par le biais de la vignette de savoir d’expérience, relation écrite (pour la formalisation et la trace) et partiellement codifiée (pour une communication aisée). Le partage du processus de connaissance mène à la constitution d’un réseau de professionnels, à la création d’un réseau d’échanges permettant de se forger une identité professionnelle.

 Comment rédiger une vignette de savoir d’expérience (VSE)

Réaliser une vignette, c’est mettre à la disposition d’autrui un certain savoir d’expérience, avec une convention de réciprocité implicite. Lors de la rédaction de cette vignette, il s’agit de répondre à la question : qu’est ce que cette situation m’a appris d’intéressant et que pourrais-je échanger avec d’autres ?
Écrire une VSE présente l’intérêt du travail de se réécouter, d’écouter la relation qui est en jeu, et aussi percevoir « l’affolement » vécu avec les clients dans le « lâcher prise » à permettre de métacommuniquer sur le vécu dans ce « lâchage ».

Tout comme l’utilisation des objets métaphoriques, la VSE ne peut être intéressante que quand les trois aspects suivants sont réunis dans son élaboration :

- le travail d’apprentissage sur soi . Quelle est l’action et la place que je me donne dans un système thérapeutique ? Quelle distance prenons-nous dans ce que nous vivons avec nos consultants ? Il s’agit ici de développer la connaissance de soi en ce qui concerne un mode propre de résolution de la place du thérapeute dans le système. La connaissance de soi s’accompagne de la capacité à lire les faits dans leur environnement, la vie, les choses qui changent et qui ne changent pas, la capacité à lire ces faits et événements de manière métaphorique. Par exemple, ce qui se vit peut-il s’expliquer comme un manque de légitimité ? Où celle-ci a-t-elle été perdue ? Comment savoir écouter « ailleurs ».Cette attitude du thérapeute requiert une attention à soi, une attention flottante, avec une attitude de l’ordre du relâchement.

- Le travail sur le contexte. Dans quel type de contexte professionnel l’intervenant s’inscrit-il ? Est-ce un contexte où le savoir d’expérience est reconnu, une organisation formatrice ? Pour s’immiscer dans la connaissance de soi, il faut accepter un changement de contexte qui inclut la capacité de créer une relation de confiance avec l’autre, donc à fortiori avec soi. L’introduction d’un contexte de confiance est souhaitable pour se rendre actif et pour réduire la rigidité ;

- Le travail sur les modèles, systémiques ou autres, qui donnent le cadre de lecture de nos expériences de terrain.

Ces aspects de la réflexion sont structurés en quelques champs de rédaction dans la vignette, afin de faciliter la transmission du message de savoir d’expérience :

Expérience acquise Le rédacteur va ici décrire son savoir d’expérience - ce qu’il pense pouvoir transmettre d’utile à d’autres dans ce qu’il a appris à partir de son action dans la situation vécue. Cela se rédige en utilisant le « Je » et relate ce qui a émergé du vécu, a été construit dans la rencontre avec le système consultant : idée, découverte, point d’interrogation, réussite, échec...
Catégorie Définit le contexte de travail (institutionnel, d’équipe ou administratif, expertise ou évaluation, intervention, thérapie). Des codes sont prédéfinis : par exemple, une intervention en milieu hospitalier psychiatrique aura le code IOB (I pour intervention, O pour santé mentale, B pour hôpitaux psychiatriques).
Phases de l’interaction S’agit-il du début de l’interaction, mise en place d’un cadre, évaluation avant un projet éventuel. ? S’agit-il de la fin, d’une interaction unique, d’une relation en cours, d’un follow-up ? etc….
Illustration de la situation Ce champ doit contenir de préférence ce qui illustre au mieux l’expérience acquise et pas la totalité de la situation. L’idée n’est pas d’être exhaustif sur une seule vignette, chaque situation peut apporter trois ou quatre vignettes. On privilégiera les faits et événements, ainsi que le contexte de l’offre et de la demande si l’expérience acquise parle du recadrage par exemple. Ou bien, toujours sur la même situation, on peut créer une autre vignette mais en retenant davantage les affiliations réussies ou ratées. De même, le processus thérapeutique peut être mis en évidence par la description des mythes ou des rituels de la famille et du système thérapeutique. Il peut être évoqué les repères par lesquels la famille et le thérapeute font aussi un feedback de leurs mobilisations, c’est-à-dire être attentif aux répétitions de part et d’autre.
Liens soit vers une VSE décrivant les renseignements obtenus plus tard sur l’évolution de la situation
• soit vers une autre catégorie, par exemple passer de l’intervention à la thérapie dans une même situation
• soit d’une expérience déjà évoquée dans une autre vignette.
Titre Il doit être évocateur du savoir d’expérience (et non de la situation).
Mots-clés Établis sur le savoir d’expérience et sur la situation.

Un certain nombre de précautions sont évidemment requises afin de respecter le secret professionnel, les exigences déontologiques et une éthique relationnelle : épurer son texte pour aider la lecture, transformer suffisamment pour rendre aussi bien les clients/patients que l’institution non identifiables, ne les communiquer qu’à l’intérieur du réseau de professionnels.
Le site est doublement protégé. Chaque inscription de participant se fera par le webmaster. L’adresse du site est la suivante : http://systémique.be/rvse.

 Construire un réseau d’échange : une dépendance qui accroît l’autonomie

Jacques Carbonnel, un enseignant retraité, écrivait : « L’autonomie se transforme actuellement en une valeur sociale qui fait consensus (...) Je me demande si les gens normaux, au lieu de toujours apprendre à être libres, autonomes, indépendants ne devraient pas aussi apprendre à se servir des autres. L’indépendance pousse à vivre seul, puisqu’on peut se passer des autres. Ainsi on prend l’habitude de vivre à côté et non avec, de se passer d’aide, de se suffire comme disent les paysans. Après juxtaposition on en arrive à l’ignorance, à la compétitivité, à la lutte ».

Il y a dans l’air du temps une confusion entre autonomie et indépendance, deux concepts qui ne ressortent pas du même référent : ainsi, il faudrait souligner que le concept de dépendance fait référence à la verticalité (hiérarchie) et à l’horizontalité (dépendance en séquence, avec le milieu), ce qui annule l’antagonisme ou l’identité supposés entre les termes de dépendance et d’autonomie : une dépendance à un niveau peut coexister avec une autonomie à un autre. La dépendance appartient nécessairement au domaine du relationnel : « Plus un système vivant est autonome, plus il est dépendant. Plus il s’enrichit en complexité et entretient par là même des relations multiples avec son environnement, plus il accroît son autonomie en se créant une multiplicité de dépendances. L’autonomie est à la mesure de la dépendance. » (Jacques Robin (3)).Le psychothérapeute participe également de cette dialectique de dépendance/autonomie. « L’autonomie est d’abord une question d’identité, de projet, d’image de soi » (Philippe Perrenoud, (2)). Conscient de ce qu’un fonctionnement en autarcie appauvrit, le thérapeute se développe, augmente ses compétences et ses qualités tant au contact de ses patients que de ses collègues. Dans la rencontre clinique, le client qui vient consulter est demandeur d’un savoir-mieux quant à lui-même et ce qui le préoccupe. Il vient « en aveugle » sur lui-même et cela lui pose problème. Le thérapeute est mis en situation d’en apprendre lui aussi davantage, de se rendre moins aveugle sur la situation et sur lui-même dans sa fonction professionnelle.Le psychothérapeute se trouve donc dans une position « d’apprenant », de celui qui cherche à apprendre des autres, cela pour s’affranchir de soi, de la peur de l’inconnu qui existe dans chaque nouvelle rencontre avec l’autre, fût-il patient. Cela permet l’ouverture à de nouvelles perspectives qui rendront plus autonome. A travers ces échanges, les thérapeutes tentent de se forger une identité professionnelle.

Les vignettes veulent inciter au partage des savoirs professionnels : un savoir échangé s’accroît à mesure qu’il est partagé. Le sens est d’élargir plutôt que de rétrécir : rencontrer d’autres comme expérience (de force et de fragilité) de la présence professionnelle. Se décaler de son savoir strictement professionnel pour ré-explorer de quoi sont faites les rencontres. La reconnaissance du non-savoir (= ouverture à l’expérience) existe toujours dans la rencontre psychologique, quelles que soient les compétences et savoirs professionnels. Le savoir théorique est à la fois nécessaire et insuffisant.
La collaboration à un réseau d’échanges aide les thérapeutes à se développer en ce qu’il permet :la contextualisation via des cadres multiples ; cela autorise une « compréhension multiple » (liens supplémentaires, place dans l’élargissement du cadre, modulation du sens via les autres représentations) ;la transmission : cela oblige à repenser, trouver où cale l’autre. Le décalage ouvre le système, permet d’autres pistes.

La collaboration se réalise par le partage et incite à une responsabilisation (on ne peut bénéficier sans contribuer) ;une contribution à l’altérité : ce que l’autre expérimente nous enrichit. Seul, on ne voit pas ce que l’on a pas compris. On ne voit pas et on ne sait pas ce qu’on ne voit pas. Il est nécessaire de s’exposer à l’autre, ce qui est difficile car c’est une prise de risque. Le sens prend sa place dans l’intersubjectivité ; la capitalisation des expériences, soit, une contribution au développement des ressources ; se responsabiliser, c’est-à-dire d’être acteur notamment par l’écriture de son vécu

Ce travail a été réalisé en collaboration avec Isabelle Neirynck et Julyanne Pugin et possède une version précédente sur le site.
Voyez http://www.systemique.be/spip/spip....

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