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Les grands courants/grandes écoles de la thérapie familiale

Minuchin Salvador

L’approche structurale

mardi 20 juin 2006

L’approche structurale

Le créateur de cette approche est le psychiatre Salvator Minuchin, qui l’élabora, dans les années 1960, en collaboration avec Braulio Montalvo. S. Minuchin collabore également 10 ans avec Jay Haley. De leurs échanges naquirent deux modèles frères mais nettement différenciés : le modèle structural et le modèle stratégique.

L’approche structurale de S. Minuchin était novatrice à trois niveaux :

-elle privilégiait une conception familiale et non plus individuelle des problèmes,

  • elle était spécialement adaptée aux milieux défavorisés,
  • elle faisait appel à l’action et à des techniques concrètes, plus proches du mode de fonctionnement de la population suivie, plutôt qu’à la parole et aux théories abstraites.

S. Minuchin appréhende la famille comme un système qui possède son fonctionnement propre, avec ses tensions et ses alliances, ses sous-groupes, sa volonté de s’en sortir et de faire face aux stress. La famille a acquis une force qui correspond à sa logique interne. Les relations intrafamiliales sont à comprendre comme une tentative pertinente de solution au problème rencontré. Selon S. Minuchin, une famille ne peut remplir correctement ses fonctions que si sa structure n’est pas perturbée. Il entend par « structure famille saine » l’établissement de frontières clairement délimitées entre les générations et les individus.

Les principaux concepts développés par S. Minuchin dans son travail avec les familles sont la structure, les types de relations, les frontières, les stades du cycle de vie et les stress.

1. La structure

Elle est l’ossature d’une organisation, d’un groupe. Habituellement, elle correspond dans une famille à l’ordre des générations. Chaque génération constitue un sous-système propre délimité par une frontière claire. Les disfonctionnements sont liés à une transgression des frontières séparant les sous-systèmes. Une famille ne se réduit pas à la somme dynamique biopsychiques de ses membres. L’organisation dépasse les individus et il est important de s’y intéresser. (Par exemple dans une institution, en prenant appui sur certains documents tels un organigramme, un règlement d’ordre intérieur,...). S. Minuchin invite le thérapeute à dessiner la carte structurale de la famille afin de visualiser les relations observées dans « l’ici et maintenant ». Cette carte n’est que la représentation que le thérapeute se fait d’une situation à un moment donné. Un autre thérapeute pourrait la dessiner autrement. Elle sert de repère. Elle permet, outre d’identifier les sous-systèmes, de différencier le sous-système exécutif du sous-système censé obéir. Les personnes qui décident sont positionnées en haut, les personnes qui suivent les directives, en bas.

2. Les types de relations

La carte structurale identifie aussi les alliances, les implications excessives et les conflits. Il est intéressant que le thérapeute qui a rencontré une famille se situe lui-même sur la carte structurale afin de visualiser avec qui il se sent en alliance ou en conflit. De cette place, il pourra alors mobiliser le système et mieux définir en quoi sa position dans le système l’empêche, par exemple, de rejoindre la famille.

3. Le type de frontières

Les frontières sont dessinées entre le système et l’extérieur, entre les sous-systèmes ou entre les personnes, constitue également un élément du diagnostic. Les frontières intrafamiliales peuvent être : · non perméables, rigides : chacun se retrouve isolé dans le système et est amené à se débrouiller tout seul. Le sentiment d’appartenance est faible et la gratification personnelle ne peut venir que de l’extérieur. · perméables, diffuses : quand il arrive quelque chose à quelqu’un, tout le monde est concerné. Le sentiment d’appartenance est intense et constitue la source majeure de gratification avec comme corollaire un fléchissement de l’autonomie. · semi-perméables, souples, claires : chacun se sent libre de parler ou d’exprimer un désaccord avec les autres.

Si la frontière qui entoure la famille est rigide, le thérapeute devra prendre du temps pour s’affilier à la famille. Si elle est diffuse, il risque d’être pris dans le chaos et l’événementiel familial. Le thérapeute qui occupe une position floue, par exemple, une position charnière entre deux ou plusieurs sous-systèmes, suscitera l’irritation des uns et des autres qui essaieront de vérifier à quel système il appartient vraiment. Le thérapeute structural clarifie les frontières diffuses et ouvre celles qui sont trop rigides.

4. Les différents stades du cycle de vie

Ils correspondent à l’arrivée ou au départ des membres de la famille. Ils constituent des facteurs bousculant la structure familiale. Quelles solutions novatrices sont alors mises en œuvre pour résoudre les problèmes ou épreuves liées aux grandes étapes de la vie ? Les moments critiques sont ceux où les besoins d’appartenance se heurtent aux besoins individuels et/ou aux besoins d’intégration sociale. A chaque étape et au sein de chaque génération, les questions de proximité/distance se reposent. Un problème peut se révéler une difficulté de passer à une étape ultérieure. Changer de stade de vie nécessite un réajustement de chacun, éventuellement une modification des règles et un changement des rôles.

5. Les facteurs de stress

Ebranlant un système, ils peuvent être intrafamiliaux, liés au cycle évolutif (naissance, décès,...) ou extrafamiliaux, ils affectent un seul membre de la famille (perte d’emploi) ou tout le système (déménagement, exil,...).

Dans l’approche structurale, l’intervenant se base sur ce qu’il observe dans l’ici et maintenant et non sur l’histoire ou les processus qui ont contribué à la production du symptôme. Il regarde les patterns relationnels qui maintiennent un symptôme. Il observe les alliances et les conflits entre les personnes présentes. Quelle place chacun occupe-il dans l’espace, qui est assis à côté de qui, qui prend la parole en premier, qui prend le pouvoir dans le système et comment ?

L’objectif de l’intervention du thérapeute structural est la restructuration du système : changer les relations pour modifier les comportements ou la manière dont les choses sont vécues. Créer un autre métasystème où se dérouleront des expériences structurales inédites qui induiront éventuellement un mieux être réparateur en élargissant l’éventail des processus habituellement utilisés. Selon S. Minuchin, cette intervention thérapeutique se fait toujours en deux temps : l’accommodation, durant lequel l’intervenant s’affilie au système et le respecte, ce moment à aussi une visée diagnostic ; et la restructuration dans lequel il s’agit de modifier les relations, de construire de nouvelles frontières pour rétablir la place de chaque génération, en vue d’améliorer les capacités adaptatives de la famille face aux stress intra et extrafamiliaux. A chaque mouvement de restructuration, le thérapeute risque d’introduire un déséquilibre. S’ensuit souvent la nécessité d’une nouvelle accommodation pour rejoindre le système et le soutenir dans les changements attendus.

Pour ce faire, l’intervenant peut avoir recours à diverses méthodes :

1. Mettre en acte les configurations transactionnelles habituelles

Encourager la famille à agir en séance plutôt que de l’écouter décrire des événements. Le thérapeute peut observer ses patients en action et concourir à tisser de nouveaux modes de communication.

2. Jouer sur l’espace

La réorganisation spatiale permet de mettre en scènes les transactions familiales. Il s’agit d’utiliser l’espace concret de manière métaphorique pour matérialiser la proximité ou la distance entre les personnes.

3. Délimiter les frontières

Le thérapeute doit aider chaque membre de la famille et chaque sous-système familial à négocier à la fois l’autonomie et l’interdépendance de leur territoire psychologique afin que ses patients accèdent à un meilleur épanouissement psychosocial au sein du groupe familial.

4. Surmonter les tensions et les stress

Afin de visualiser les capacités de restructuration de la famille, le thérapeute induit des tensions dans une partie du système. Il peut soit bloquer les configurations transactionnelles habituelles, soit souligner les divergences, soit expliciter les conflits, soit nouer des alliances ou des coalitions temporaires avec l’un des membres de la famille.

5. Attribuer des tâches thérapeutiques

Au cours des séances, le thérapeute indiquera comment et avec qui les membres de la famille devront communiquer ou prescrira des devoirs à faire à la maison.

6. Se servir des symptômes

Une manœuvre de restructuration possible est, pour le thérapeute, de renforcer le symptôme en augmentant son intensité ou de réduire son importance en le redéfinissant ou en s’intéressant à un autre symptôme.

7. Manipuler l’ambiance affective

Après s’être allié à la famille, l’intervenant peut, imitant sous forme amplifiée le style émotionnel de la famille, provoquer une rétroaction génératrice de changement.

8. Le soutien, l’instruction, la guidance

Dans certaines occasions, le thérapeute pourra apprendre à la famille comment chacun pourrait confirmer les autres dans les rôles qui leur incombent.

Bien que cette approche relève de la première cybernétique, le thérapeute est ici un participant actif du système thérapeutique. Car la structure « lue » par l’intervenant est une donnée « réelle » et presque objectivable, qui peut être tenue pour indépendante de la structure du milieu d’origine du thérapeute, si bien que celui-ci est en droit de se considérer comme un « observateur neutre », en dépit de l’usage stratégique qu’il fait de cette lecture. L’intervenant est directif, engagé, empathique et respectueux du système familial.

Bibliographie

Maladie mentale et hospitalisation psychiatrique
Familles, psychothérapies et société
Joel Elizur, Salvador Minuchin
Traduction : Serge Kannas
Préface : Serge Kannas
Collection : Carrefour des psychothérapies
Editeur : De Boeck

Familles en thérapie Érès 1998

L’Enfant dans la famille ...

Elwyn James Anthony, Cyrille Koupernik, International Association for Child Psychiatry and Allied Professions - 1970 - 448 pages -

Pour des compléments théoriques et des exemples concrets, voyez « Dans les dédale des thérapies familiales » et « Panorama des thérapies familiales ».


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