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Haley Jay

L’approche stratégique

mercredi 1er mars 2006

L’approche stratégique

En 1950, Jay Haley a contribué aux premiers pas des approches systémiques auprès de G. Bateson, avec J.H. Weakland et Don D. Jackson.

En 1960, il a étroitement collaboré avec Don D. Jackson, P. Watzlawick, P. Papp et V. Satir dans le cadre du Mental Research Institute. Il fut également très lié à M.H. Erickson et à S. Minuchin.

Développée par Jay Haley et Cloé Madanes, la thérapie stratégique est aujourd’hui un des modèles psychothérapeutiques les plus influents. Pragmatique, non orthodoxe et ne craignant pas la controverse, cette approche se fonde sur l’idée que les thérapeutes doivent œuvrer de façon active, directive et avec habilité. Du fait de sa clarté et de son caractère pratique, la thérapie stratégique est un des modèles les plus simples à acquérir. Un thérapeute stratégique bien formé sait traiter la gamme entière des problèmes fondamentaux qui peuvent lui être présentés.

J. Haley décrit l’approche stratégique ainsi : « le clinicien provoque ce qui se passe dans la thérapie et met au point une approche pour chaque problème (...) c’est en grande partie le thérapeute qui prend les initiatives. Sa tâche consiste à identifier les problèmes résolubles, fixer les objectifs, concevoir les interventions qui permettent de les atteindre, examiner les réponses et réactions qu’il obtient pour corriger son approche et, finalement, examiner le résultat de la thérapie afin de déterminer si elle a été efficace. Le thérapeute doit être extrêmement attentif au patient et à son environnement social. » J. Haley élabore donc une démarche axée sur le changement et la prescription de directives.

Les concepts auxquels J. Haley est attentif sont, comme pour S. Minuchin, les stades de développement familial et la hiérarchie, le pouvoir. Il introduit également le concept de symptôme, notion centrale dans les courants stratégiques.

Le symptôme est « une « tactique relationnelle », une communication, un comportement adaptatif aux comportements des autres membres du système, une méthode de négociation, en même temps qu’un arrangement élaboré en collaboration implicite avec autrui. L’ensemble des membres du système est concerné. Chaque partenaire fournit sa contribution au maintien du symptôme qui, indirectement, satisfait des besoins chez chacun ».

La lecture des relations en termes de pouvoir est fondamentale pour J. Haley (place de chacun dans la hiérarchie, enchaînement des séquences interactionnelles,...) : elle autorise le thérapeute à se mettre clairement en position haute pour prendre le contrôle de la relation thérapeutique et prescrire des tâches aux patients et aux familles. Repérer qui prend l’initiative et comment les faits définissent une ligne de conduite permet de ne pas suivre le « symptôme » ou les événements mais d’observer quel est le processus en cours et éventuellement de précéder les événements et de bloquer leur enchaînement habituel. Le processus d’interaction est ici central.

L’approche stratégique implique la prise en compte des différentes phases du cycle de la vie familiale. Le thérapeute doit avoir une solide compréhension de ce qui est normal à différents âges et stades de la vie. Dans cette perspective, certains problèmes sont considérés comme inévitables.

L’objectif de l’intervention est de résoudre le problème essentiellement à l’aide des directives données, de façon directe ou indirecte par le thérapeute. Cet objectif doit être précis et atteignable. Il s’agit de formuler le problème « de manière à le rendre accessible à une solution » et donc de le décrire de façon à ce qu’on puisse « compter, observer, mesurer » les symptômes et évaluer leur modification. L’objectif est d’induire un changement dans le comportement sans passer par la compréhension du problème et de retrouver une spirale positive dans la séquence des comportements en changeant une séquence.

Pour ce faire, diverses étapes sont distinguées. Dans le premier entretien, que l’on peut voir comme le résumé du processus thérapeutique tout entier, J. Haley note cinq phases :

·#la phase de la rencontre : le thérapeute commence avec chaleur et respect à élaborer une relation de coopération avec les membres du système familial.

·#la phase où on explore le problème : le thérapeute interroge le patient ainsi que les personnes importantes de son entourage sur le problème présenté.

·#la phase interactionnelle : les clients sont amenés à discuter entre eux des différents points de vue exprimés. L’accent est mis sur l’interaction des clients entre eux et non avec le thérapeute.

·#la phase où l’on fixe un objectif : un contrat thérapeutique est établi dans lequel les problèmes présentés et les buts de la thérapie sont définis en termes pratiques. La contribution de chaque partie à la thérapie est aussi mise au clair.

·#la phase où l’on définit des tâches : le thérapeute donne des directives en rapport avec le problème présenté.

Les deux premiers tiers du processus thérapeutique visent à résoudre le problème présenté tandis que le dernier tiers est davantage consacré à la consolidation du changement, à l’orientation des clients vers l’avenir et à la fin de la thérapie. La thérapie stratégique exige de la souplesse car chaque cas suit un cours qui lui est propre.

En thérapie stratégique, l’intervenant dissèque un problème présenté en tenant compte de quatre variables que l’on peut rassembler sous l’acronyme de PUSH : la protection, l’unité, la séquence et la hiérarchie.

· La protection : cette notion offre une lecture positive de la manière dont certains membres d’une famille essaient d’en aider d’autres de diverses façons inefficaces. L’hypothèse de la protection est un point de départ thérapeutique, même si ce n’est pas toujours la meilleure façon d’aborder un problème. Recourir à ce concept permet aussi de voir les symptômes comme des incompatibilités dans la hiérarchie familiale.

· L’unité : en thérapie stratégique, le triangle est l’unité de construction fondamentale suffisamment importante pour permettre de décrire une coalition ou d’autres types d’interactions complexes et assez simple pour constituer un outil pratique en thérapie. Un thérapeute peut avoir dans son bureau une vingtaine de clients impliqués dans un problème, il essaiera de toute façon de voir leurs relations à ce problème sous l’angle d’une triangulation de groupes et d’individus.

· La séquence : le thérapeute s’intéresse à l’ordre séquentiel des interactions impliquées dans le problème présenté. Le but est de remplacer des séquences de comportements inadaptés par d’autres plus saines qui doivent conduire à éliminer le problème et à instaurer une hiérarchie plus normale. Dans le changement de séquence, il est important de tenir compte de la phase du cycle de vie familiale dans laquelle un client se trouve.

· La hiérarchie : il s’agit de décrire, dans un contexte générationnel, l’expression de l’amour, de la protection et du pouvoir dans une famille. Une hiérarchie adéquate résulte de la capacité d’imposer des règles et ce qui en découle, mais aussi de celle de protéger, d’apaiser et de rendre heureux.

Pour amener le client à faire l’expérience de nouveaux modes d’interaction et de faire en sorte qu’ils s’y adaptent, le thérapeute lui donne des directives. Celles-ci peuvent être directes, quand le thérapeute veut que le client fasse quelque chose de spécifique ou indirectes, quand l’intervenant veut amener son client à faire quelque chose mais sans le lui demander.

Elles peuvent également être primaires, elles visent directement à résoudre le problème présenté ; préparatoires, elles créent le contexte nécessaire pour résoudre le problème ; ou terminales, elles aident à mettre fin à la thérapie une fois le problème résolu. Ces directives peuvent encore être paradoxales. On peut en retrouver trois types. Les premières consistent à prescrire le symptôme : le thérapeute demande aux clients de continuer à avoir le symptôme qu’ils se sont engagés, avec le thérapeute, à changer. Les deuxièmes consistent à susciter de la résistance à une amélioration : le thérapeute demande aux clients de s’empêcher de changer. Les troisièmes consistent à faire semblant : les clients jouent à faire semblant qu’ils ont un symptôme.

La thérapie stratégique est exigeante.

En effet, la connaissance du problème et du contexte, la sympathie, la compétence et l’empathie sont des éléments qui contribuent à instaurer une relation de coopération entre le thérapeute et ses clients. Si l’un de ces critères fait défaut, les chances de réussite de la thérapie diminuent. Haley insiste sur le caractère essentiel de la confiance dans le mode d’approche stratégique. Ainsi, quand une relation n’est pas assez solide, les paroles du thérapeute ne sont pas entendues par ses clients. Il est également important de noter que si au début de la thérapie, le thérapeute joue un rôle d’expert, à la fin il instaure une relation plus égalitaire. Cela afin d’encourager le client à se considérer de nouveau comme compétent puisqu’il n’a plus besoin du thérapeute. Une fois la thérapie initiale terminée, la pratique actuelle du mode d’approche stratégique prévoit d’inviter le client à des séances de « contrôle » périodiques afin de maintenir l’influence de la thérapie et faciliter le retour des clients au cas où ils seraient confrontés à de nouveaux problèmes.

Pour ce qui est du choix des interventions du thérapeute stratégique, Cloé Madanes propose un important cadre perceptuel. Elle présente les dilemmes humains qu’il s’agit de traiter en thérapie comme une lutte entre amour et violence. Sa définition de cette lutte fait apparaître quatre dimensions dans l’interaction familiale : la domination et le contrôle (problèmes de délinquance, de violence et comportements incongrus), le désir d’être aimé (troubles de l’alimentation, symptômes psychosomatiques, phobies, dépression, angoisse), l’amour et la protection (indiscrétion, possessivité, domination, tendances suicidaires, obsessions) et le repentir et le pardon (violence sexuelle, actes sadiques). En rapport avec ces quatre dimensions caractéristiques se regroupent les principaux aspects sur lesquels le thérapeute se concentre. Par exemple, pour la domination et le contrôle, le thérapeute fera attention à la correction de l’organisation hiérarchique, à la négociation et aux contrats, au changement des bénéfices,...

Le thérapeute doit se montrer actif, directif, habile, en même temps que chaleureux et respectueux.

Il ne se contente pas de discuter des relations à modifier, il va jusqu’à exiger un comportement nouveau, des interactions différentes pour résoudre le problème. Il vise à changer par des actes la manière dont les membres d’une famille se traitent mutuellement. Ils amènent ainsi les gens à se comporter différemment afin qu’ils vivent des expériences subjectives nouvelles. Il lui appartient donc de planifier ce qu’il voudrait voir se produire en thérapie et d’en prendre l’initiative. En cas d’échec, la responsabilité lui en incombe.

Pour des compléments théoriques et des exemples concrets, voyez « Dans les dédale des thérapies familiales » et « Panorama des thérapies familiales ».


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