Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

La voix de l’enfant

Techniques psychothérapeutiques avec les enfants

jeudi 2 décembre 2010 par Scheyvaerts Pascale

Résumé du livre de Carole Gammer : « La voix de l’enfant »
Technique de la vidéo et utilisation du génogramme

La voix de l’enfant dans la thérapie familiale

I. La vidéo, un outil d’intervention.

La vidéo est rentrée depuis bien longtemps dans les usages de la thérapie familiale et elle est courant utilisée pour les formations et les supervisions.
Toutes les personnes présentes peuvent étudier de près ce qui est dit et fait par les différents membres de la famille ainsi que par le thérapeute.
Outre que la technique de la vidéo ait un intérêt pratique pour les personnes en formation et en supervision, elle peut également être utilisée dans le traitement thérapeutique lui-même. On visionne alors la vidéo de la famille en sa présence. Elle devient donc une intervention technique.
La technique de Carole Gammer utilise consiste à visionner une séquence concernant la famille seule, réalisée au domicile quelques jours au préalable. Elle fait également appel à la vidéo microanalyse clinique.

Qu’est ce que la microanalyse clinique ?

Cette technique consiste à filmer une courte interaction entre deux ou plusieurs protagonistes. Par exemple, une jeune maman jouant pendant cinq minutes avec son jeune enfant. Cette interaction est ensuite indexée en différentes séquences, et ce, en passant la bande au ralenti ou image par image.
Cela permet, grâce à un système de codage détaillé et fiable, de différencier des variations de comportement sur de très brèves périodes. Les nuances de mouvements, les mimiques, l’orientation des regards, les changements de postures, les intonations et d’autres détails encore peuvent ainsi être indexés. De nombreux schémas des influences réciproques systémiques se dégagent très rapidement.

Mais pourquoi les thérapeutes familiaux devraient ils se soucier d’étudier ces comportements interactionnels à des micro-niveaux ?

Pour plusieurs bonnes raisons :
• La microanalyse modifie l’observation que le thérapeute peut avoir habituellement d’une séance de thérapie familiale. Les subtilités non-verbales seront davantage repérées. Les observations qui découlent d’une séance familiale in vivo ne mettront naturellement pas aussi bien en valeur les infimes détails qui vont ressortir de l’étude vidéo.
• L’autre raison vient de l’apprentissage du développement de l’enfant.

La vidéo est donc une technique extrêmement efficace dans les interventions de thérapie familiale. On regarde avec la famille une courte séquence montrant ses membres en interaction. Chacun peut découvrir en détail des schémas interactionnels et y réfléchir. Cette technique présente beaucoup de similitudes avec la technique de « mise en scène ». La plupart des familles l’apprécient beaucoup, elles ont le sentiment que cette procédure leur donne le moyen de comprendre une partie des modes systémiques de leur comportement quand elles sont réunies.

Mais comment parler à une famille de ce qui est vu à l’écran ? Comment l’utiliser pour passer à la pratique ?

Carole Gammer utilise la méthode développée par Downing. Celle-ci consiste à mettre l’accent sur l’exploration et sur l’émergence de stratégies de changement chez les membres de la famille eux-mêmes. Souvent, on utilise aussi de brèves investigations sue l’enfance de l’un ou des deux parents pour établir des parallèles avec ce qui est vu dans la séquence vidéo.
La vidéo peut être réalisée par la famille elle-même à la maison, par le thérapeute dans son cabinet. Quant au sujet à filmer, c’est-à-dire le type de scène ou d’interaction, il est souvent judicieux de choisir un problème typique relié à l’interaction, exactement comme une technique de mise en scène. (exemple d’un petit garçon de trois ans qui mange difficilement ; une vidéo sera prise lors du repas. Le père filmera la mère et l’enfant, ensuite la mère filmera le père et l’enfant. Une tierce personne peut également filmer la famille. On peut aussi organiser un repas au sein du cabinet du thérapeute.)

Remarques :

• Le mode usuel d’expression non verbale est profondément ancré en nous. Il ne peut donc être si facilement changé. Les interactions filmées ne sont donc que très partiellement artificielles.

• La question se pose aussi de savoir si toute la famille doit être présente lorsque la vidéo est explorée. Pas obligatoirement. On décide à l’avance avec la famille qui sera présent. La vidéo peut être revisionnée à plusieurs reprises et ce, en présence de différents intervenants.

• Un autre avantage de l’intervention vidéo est qu’elle se prête tout aussi bien au travail de thérapie familiale sur les problèmes touchant les enfants et les tout-petits. De nombreuses familles sont en difficultés face à leur tout petit (bébé qui pleure et qui ne veut pas dormir). Face à un jeune enfant qui ne parle pas ou très peu, le visionnage de la vidéo s’avère fort utile. Pratiquement, toutes les relations entre le tout petit et les autres membres de la famille sont « procédurales » par nature, c’est-à-dire corporelles et non-verbales. La microanalyse peut donc montrer avec précision ce qui se passe réellement au niveau procédural. Cela permettra aux parents de se forger des représentations plus concrètes de ce qu’il se passe. Des représentations entièrement nouvelles de ce qu’ils pourraient souhaiter peuvent aussi apparaître. Au travers de ces représentations et des discussions qui suivent avec le thérapeute, des chemins vers de nouvelles solutions peuvent être trouvés.

Illustration :
La famille Bérault est venue consulter pour Caroline, 5 ans, avec qui les deux parents ont des difficultés à établir les limites. Il lui arrive souvent de ne pas collaborer et elle est parfois agressive avec eux.
Il ressort du premier entretien que la famille doit faire face à un autre problème qu’ils considèrent plus urgent. Leur jeune fils de 9 mois, Gérald, n’arrête pas de pleurer et dort très peu la nuit.
Deux des trois sessions suivantes sont consacrées à l’intervention vidéo. Deux vidéos successives sont réalisées chez eux. Dans la première, ils se filment eux-mêmes ensemble quand ils mettent Gérald au lit, tard dans la soirée. Ils ont installé la caméra sur un trépied dans la chambre du petit et l’ont laissée tourner.
Lors de la séance, alors qu’ils visionnent la vidéo, il devient évident pour eux qu’ils « surstimulent » tous ensemble Gérald, et tout particulièrement au moment où il doit se calmer avant de s’endormir. Ils sont surpris, un peu choqués et même capable de rire de ce qu’ils viennent de découvrir. En discutant avec la thérapeute, ils se forgent une série de nouvelles idées sur les interactions possibles avec Gérald à ce moment de la journée. Ils étudient la manière dont ils le portent, le tiennent, le ton de leurs voix, leurs expressions faciales et autres.
Dans la seconde vidéo, réalisée au même moment de la soirée, ils peuvent noter les considérables améliorations. Ils continuent le travail sur la façon dont ils ont tendance à « forcer la note » durant leurs interactions avec leur fils ; le père qui rentre souvent immédiatement après l’appel de la mère et vice versa, de telle manière que Gérald n’a pas le temps de préparer une réponse cohérente à l’un ou l’autre des parents. Après quatre semaines, Gérald commence à avoir un meilleur sommeil.

II. UN REGARD SUR LE PASSE

Carole Gammer, spécialiste de la thérapie familiale pour enfant, considère que se pencher sur le passé familial peut être productif. Il lui arrive donc de se référer aux notions de loyautés secrètes, de droits et de dettes mais aussi d’utiliser le génogramme. Ces concepts sont très motivants pour les familles : dès qu’une famille saisit que ses problèmes reflètent un contexte historique plus large, elle est beaucoup plus apte à s’attaquer à des changements concrets. Elle veut se libérer de la malédiction héritée et retrouver son pouvoir d’agir. Toutefois, Carole Gammer pense qu’il faut changer ça ? ».
Par rapport aux enfants, il peut être préférable d’aborder certains aspects du passé avec les adultes seuls.
Nous pouvons travailler avec trois sortes de passé :

1. Le passé familial
Il s’agit de l’histoire de cette famille particulière qui vient en thérapie. L’histoire de la relation du couple parental, même avant la naissance des enfants, y est comprise.

2. Le passé individuel
Il s’agit ici de l’histoire personnelle d’un membre de la famille

3. Le passé multigénérationnel
Ce passé remonte à l’histoire des parents de chaque parent et parfois même au-delà.

Pour quelles raisons peut-on explorer le passé familial ?

Le plus souvent, c’est pour voir comment les expériences passées des parents ont affectés leurs comportements vis-à-vis de leurs enfants.
Les traumatismes, les pertes peuvent également être un point de départ à l’exploration du passé familial.
Ou encore, on peut mettre l’accent sur des schémas répétitifs ou des symptômes déjà notés dans les générations antérieures.

Plus concrètement, comment cela se passe t’il ?
Carol Gammer demande souvent aux familles de construire un génogramme sur deux générations. Elle utilise un tableau et elle invite chaque personne à choisir une couleur. Chacun dessine son carré ou son cercle. Les parents commencent, ensuite les enfants. Chacun y indique son prénom et son âge. Remarquons qu’il se peut qu’il faille d’abord mettre en lumière la trajectoire de la relation parentale. Les conflits et désaccords présents ne prennent que tout leur sens qu’une fois l’histoire antérieure identifiée.

Illustration p 127

On peut souvent faire participer les enfants. Par exemple, on peut leur demander ce qu’ils savent de la rencontre de leurs parents. On les invite ensuite à intervenir et à poser des questions s’ils le désirent. On les interroge s’ils sont déjà au courant de ce que leurs parents racontent lors de la séance.
Attention, il est des cas où il n’est pas recommandé de faire participer les jeunes enfants. Par exemple, si le parent a fait de la prison, s’il s’est drogué et /ou prostitué.
Le passé individuel concerne normalement le passé de chaque adulte. Il s’agit alors d’explorer son enfance ou une période adulte précédant la relation qu’il a avec son partenaire actuel.
Dans les familles qui comportent des enfants nés de relations antérieures, nous pouvons poser des questions sur l’histoire des anciennes relations de couple de chaque adulte. Il est également nécessaire de s’informer sur les arrangements qui ont été pris concernant les enfants.

Voici quelques exemples de questions :

• Parlez-moi de vos relations adultes antérieures ?
• Avez-vous eu des enfants ensemble ? Quels sont leur âge et leur prénom ?
• En tant que couple comment êtes-vous arrivés à définir le rôle de chacun vis-à-vis des enfants nés de la précédente union ?
• Comment votre ex-femme ou ex-mari traitent-ils le nouveau ou la nouvelle partenaire ?
• Soutiennent-ils la relation actuelle ?
Une relation antérieure avec un autre partenaire comportant divorce, séparation ou remariage peut quelque fois aider à éclairer le présent. L’exploration du passé individuel est presque toujours conseiller lorsque les parents ont des problèmes chroniques avec leurs enfants. Ils ont chacun leur comportement avec les enfants et sont l’un et l’autre persuadés que c’est leur méthode qui est la bonne. Dans ce cas, l’exploration consiste à faire prendre conscience aux parents que leurs convictions sont en fait le reflet de leurs histoires d’enfance respectives. L’un des parents reproduit-il le comportement de son propre père ou de sa propre mère ? Ou, au contraire, a-t-il choisi, sur la base d’expériences négatives antérieures, d’adopter un style radicalement différent ?

Le passé multigénérationnel.

Le passé multigénérationnel inclut au minimum l’histoire des deux parents de chaque adulte. : où ont-ils grandi, les relations dans la fratrie, comment les grands parents se sont-ils rencontrés,… ? Il est également intéressant de se pencher sur la génération antérieure. Toute cette investigation ne se fait pas en quelques minutes, il est donc intéressant de laisser les jeunes enfants à la maison. En effet, leur faculté de concevoir une histoire multigénérationnelle est limitée et ils trouvent ces discussions longues et ennuyeuses.
Dans quel cas est il indiqué de se pencher sur le passé multigénérationnel ?
Le face-à-face avec une histoire élargie est particulièrement indiqué dans le cas de maladies graves ou chroniques, de problèmes psychiatriques et/ou de schémas de comportement destructeur qui semblent se répéter de génération en génération (schizophrénie, troubles bi-polaires, tentatives de suicide, traumatisme et/ou traumatisme collectif comme une guerre, un exil,…). Il est intéressant d’explorer également les traditions positives, les rituels, les croyances et les valeurs de la famille.
Exemples de questions à poser :
• Quelles étaient les professions des grands parents ?
• Quelles étaient les valeurs de vos grands parents ?
• Donnez trois adjectifs pour décrire chacune des personnes représentées sur le génogramme
• Quelles sont les traditions culturelles, religieuses et ethniques de chacun de vos parents durant son enfance
• Pour chacune des personnes : sont-ils mariés, divorcés, ont-ils des enfants, où vivent-ils ?

Illustration

Mr et Mme Pelletier ont besoin d’aide à cause de la jalousie et de la compétition incontrôlables qui existent entre leurs enfants : Martin, 8 ans et Nicole, 11 ans. Au cours des trois premières séances, la famille fait quelques avancées dans ce domaine, mais les progrès sont lents et la situation parait engluée. La thérapeute se sent elle-même enlisée dans les notions hautement idéalistes et irréalistes des parents concernant les formes « d’amour » et « d’harmonie » qui devraient régner entre un frère et une sœur. Ils décident donc d’une exploration de l’histoire multigénérationnelle pour la quatrième séance. Alors qu’ils réfléchissent à ce vaste génogramme, il en ressort que le père de Mr Pelletier a rompu toutes relations avec ses deux frères avant sa naissance. Il s’agissait d’une dispute entre les frères pour savoir qui hériterait de l’affaire familiale ; une ferme. Mr Pelletier a grandi sans jamais connaître les tantes, oncles et cousins de sa famille paternelle.
Mr Pelletier lui-même était enfant unique et na jamais voulu plus d’un enfant pour être sûr que ses enfants ne devraient pas faire l’expérience de ce qu’il avait enduré avec ses frères. La mère de Mr Pelletier, de son côté, est tombée très malade après sa naissance. Elle venait d’une famille de huit enfants qui avaient connu la faim. Pour ces deux raisons, elle était d’accord avec son mari pour ne pas avoir d’autres enfants.
Enfant unique, Mr Pelletier se sentait très isolé. Il enviait les autres enfants qui vivaient au sein d’une fratrie. Cette histoire personnelle l’a amené plus tard, en tant qu’adulte, à vouloir plus d’un enfant. Mme Pelletier était également enfant unique, ce qu’on appelle « l’enfant miracle », elle était née quand sa mère avait 44 ans et son père 48. Ses deux parents avaient eux-mêmes été enfants uniques. Alors qu’ils procèdent à l’exploration de l’histoire familiale, il devient de plus en plus évident que ces deux adultes n’ont aucune idée de la réalité de la vie quotidienne au sein d’une famille nombreuse. C’est un univers qu’ils ne connaissent tout simplement pas. Il n’est pas étonnant qu’ils fassent pression sur leurs enfants avec de très hauts standards. Dans les séances qui ont suivi l’établissement du génogramme, leur nouveau désir de connaître le fonctionnement normal des enfants à l’intérieur d’une fratrie a fait une énorme différence.

Quand, au cours d’une thérapie, faut-il se tourner vers le passé ?

Il n’y a pas de règles à ce sujet. Carol Gammer préfère, quant à elle, éclaircir les objectifs de traitement dans un premier temps. Les petits sauts dans le passé ne concernent généralement que le passé familial et le passé individuel. L’exploration multigénérationnelle s’en suit.
Tout comme dit précédemment, si la famille vient consulter pour une tentative de suicide, un trouble alimentaire, des maladies psychiatriques,… une exploration du passé multigénérationnel peut être indiquée tout de suite.
Par contre, si la famille est en crise au moment de la première séance, il faut commencer par résoudre ce problème. La stabilisation de la situation devient le but prioritaire.

Et lorsque la famille se refuse de parler du passé ?

Il ne faut pas insister mais il est intéressant de connaître les raisons du refus. Le travail sur le passé est certes un élément utile mais pas essentiel à la thérapie.


enregistrer pdf
Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1626 / 992536

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SAVOIR THÉORIQUE  Suivre la vie du site Échanges à partir de livres et des notes de lecture  Suivre la vie du site Échanges à partir des notes de lecture   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License