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Don

mercredi 15 juin 2011 par Morelli Maria , Mathieu Nathalie

Le don est un système d’échange fondateur du lien entre les générations. Le premier moment capital dans la construction du lien est celui du don de la vie. Ce don est susceptible d’être apprécié différemment par celui qui le reçoit. Dans une famille, l’échange ne répond pas à des critères de réciprocité strictement égalitaire. Chaque partenaire devient à tour de rôle donataire et donateur.

Ce don de la vie inscrit l’individu dans une relation faite d’obligations ouvrant sur l’altérité. En effet, pour prendre place dans l’histoire familiale, l’individu doit admettre qu’il n’existe pas au seul principe de son existence. Il doit dès lors identifier ce qui lui a été donné. Mais dans le même mouvement, l’expérience du manque, inhérente à la condition humaine et à une société inégalitaire, introduit un accès à l’altérité, à la différence. Ce repérage du manque et/ou de la dette s’effectue en confrontant sa propre expérience à celles vécues par ceux que l’on côtoie à l’intérieur ou à l’extérieur de la famille, confrontation révélatrice des inégalités sociales.
Ainsi, don et manque sont intrinsèquement liés : comprendre ce qui pousse à donner à son tour conduit à analyser ce qui dans le don reçu invite le donataire à se sentir en dette et/ou à percevoir un manque.

Le donataire a donc une position centrale dans la spirale du don.
Donner, recevoir et rendre ne peuvent être considérés comme des moments distincts de la circulation du don. Ce sont des séquences qui se superposent partiellement.
Lorsque la position de donataire évolue vers celle de donateur, l’acte de donner se développe dans le sentiment d’avoir reçu, en lien ou non avec celui d’avoir manqué. Mais le don ne sera reconnu comme tel par le destinataire que s’il s’inscrit dans une relation intersubjective où les partenaires se reconnaissent mutuellement comme sujets.
Si le don n’est pas reconnu, seuls émergent les règlements de comptes. La dette est alors constamment imputée à l’autre, la relation intersubjective n’aura pu s’établir entre le donateur et la donataire.

Dans la circulation du don, sujets et objets sont inséparables : donner signifie à la fois se séparer, montrer que l’on se différencie du monde des objets que l’on donne, mais en même temps, faire passer quelque chose de soi dans ce que l’on donne. Si le donataire se sent personnellement accepté comme sujet dans ce don, il recevra alors celui-ci comme une invitation à donner à son tour. Si au contraire, le donataire sent que le don ne lui est pas vraiment destiné, il n’est alors pas vraiment reconnu par le donateur comme une personne ayant sa propre subjectivité, et il refusera dès lors la relation dont il se sent prisonnier.

S’accorder mutuellement le statut de sujet passe par l’acceptation de l’altérité. Dans la cadre intergénérationnel, donner à ses descendants ce que l’on a reçu de ses ascendants, c’est laisser la trace d’une continuité entre générations. Donner plus que l’on a reçu consiste dans certaines situations à estimer que le don n’a pas répondu à l’attente. C’est aussi avoir perçu un manque dans cet héritage. Cette perception ouvre la possibilité de le mettre à distance partiellement en le transformant afin d’accéder à l’altérité. Cette perception de la différence dans la dotation et son éventuelle souffrance le poussent à vouloir transformer l’héritage reçu. Cette transformation est marquée à la fois par les conditions sociales d’existence et par les ressources que l’individu peut mobiliser pour augmenter sa marge d’initiative.
Prendre du recul, mettre à distance l’héritage reçu et le réinterpréter suppose de discerner ce qui a été donné mais aussi ce qui ne l’a pas été.

Comprendre la dynamique du don entre générations suppose de saisir le sens attribué à ce don par le donateur, mais aussi et surtout le sens affecté par le donataire. Si dans une même dynamique, l’acte de donner signifie aussi recevoir et rendre, ces trois actes, tout en se superposant partiellement, prennent place à des moments différents et n’impliquent pas forcément une relation binaire avec seuls deux partenaires concernés par la circulation du don. Ils peuvent aussi s’inscrire dans une relation ternaire : par exemple, donner à ses enfants, c’est rendre à ses parents ; donner à ses petits-enfants, c’est tout à la fois donner à ses enfants et recevoir de ceux-ci. La circulation du don met souvent en scène un « tiers », lequel est dépositaire du don qui ne lui est pas uniquement destiné.

De même, se reconnaître dans une position débitrice ne se fait pas automatiquement. Cela dépend du sens que l’on donne à ce qui a été donné et du sentiment éprouvé par le donataire d’avoir été accepté à la fois comme semblable et singulier.
Pour permettre une distanciation et favoriser la réinterprétation de l’héritage reçu, le support d’une instance tierce est souvent nécessaire.
La confrontation des héritages de chaque conjoint, selon que ceux-ci se révèlent contradictoires ou convergents, produit une nouvelle configuration, une nouvelle dynamique faite d’obligations : la famille n’est pas qu’un lieu de réconfort et de dons, elle est aussi prise dans ses contradictions et inégalités.

Courtois A., Le temps des héritages familiaux. Entre répétition, transformation et création, Thérapie Familiale, 2003/1, Vol.24, P.85-102.

Bloch Françoise, Buisson Monique. La circulation du don. In : Communications, 59, 1994, pp. 55-72.


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