Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

Les thérapies familiales psychanalytiques

samedi 18 mars 2006 par Bartel Anne Sophie

Les thérapies familiales psychanalytiques

A l’origine des thérapies familiales on trouve les psychanalystes, qui pour différentes raisons, étaient amenés à prendre en compte l’entourage du malade mental.

En cela, ils s’écartaient de la pensée de Freud qui, même si elle se structure autour des conflits inconscients de la famille nucléaire, n’est pas à proprement parler interindividuelle, puisqu’elle s’applique à se concentrer sur l’intrapsychique.

Certains psychanalystes se sont efforcés de modifier leur point de vue en tirant profit de la richesse de l’approche systémique mais d’autres, en revanche, ont voulu et veulent rester fidèles aux conceptions fondamentales de Freud.
En conséquence, il existe toute une gamme d’attitudes qui vont de l’approche exclusivement systémique à l’adhésion totale au modèle freudien.
Ceci ramène au problème de la boîte noire. Alors que pour les psychanalystes c’est là que se trouve la clé de tous les problèmes, pour les systémiciens son exploration est inutile, car seuls importent les échanges entre boîtes noires. Pourtant les systémiciens, même les plus rigides, sont contraints de faire référence au contenu de la boîte noire, et quand ils ne le décrivent pas, il ne peuvent se passer de le désigner : pour S. Minuchin, c’est le besoin d’identité, pour V. Satir la maturation, pour Bowen l’intégration (la différenciation), pour Selvini l’hybris,...

L’enchevêtrement de ces deux approches rend difficile la clarification de ce qui appartient en propre à l’une ou à l’autre. H.E. Richter pense qu’il est cependant possible de classer certaines formes de thérapies familiales comme psychanalytiques en considérant deux critères :

  • elles doivent s’appuyer sur la théorie psychanalytique même si elles s’efforcent d’intégrer la dynamique des relations interindividuelles dans la famille,
  • elles doivent tenter de permettre aux participants de repérer leurs conflits inconscients et de les élaborer.

Les principaux représentants de ce courant de la thérapie familiale psychanalytique sont André Ruffiot, Alberto Eiguer, Evelyn Granjon, Jean-Pierre Caillot, Gérard Descherf, Paul-Claude Racamier, Didier Anzieu, Serge Tisseron, Simone Decouvert.

Les thérapeutes familiaux psychanalytiques se servent de modèles théoriques différents mais on en commun certaines exigences techniques : le protocole est organisé comme toute autre thérapies analytique de longue durée aux séances rapprochées ; un cadre strict, l’accent mis sur l’histoire de la famille actuelle et transgénérationnelle visant à la construction du passé refoulé, analyse du contenu verbal et des productions fantasmatiques, notamment par le récit des rêves et intérêt pour le transfert et le contre-transfert.

Les thérapies familiales psychanalytiques admettent que le patient porteur de symptômes est en fait l’expression de conflits intrafamiliaux. Il est tenu particulièrement compte des liens qui existent entre la disposition psychique d’un individu et celle du groupe qui fait pression sur lui sans qu’il cesse pour autant de contribuer à la détermination de ce groupe. Une importance primordiale est attachée à l’influence qu’on les processus d’échange, le plus souvent inconscients, entre proches parents sur la personne atteinte de troubles mentaux, sur le caractère de ces troubles, sur ces symptômes et leur déroulement. On constate souvent qu’un individu atteint dans son psychisme ne peut guérir tant qu’un profond désordre marque la vie familiale qui l’entoure.

En principe, le patient est allongé et se livre à des associations libres tandis que l’analyste, placé derrière lui, interprète le matériel livré en séance (transfert, rêves, résistances, silences,...) et facilite la prise de conscience. Les séances ont lieu régulièrement, deux à trois fois par semaine, pendant plusieurs années en général. Si le patient n’est plus « une » personne mais la « famille » toute entière, cela n’est plus praticable de la sorte. La famille et le ou les thérapeutes sont assis en cercle et ne peuvent se retrouver plusieurs fois par semaine.

Si, dans ce type de thérapie, il est tenu compte des conflits d’un membre, c’est avant tout pour la signification qu’ils prennent dans la dynamique familiale. La théorie psychanalytique, qui classiquement s’applique au patient isolé, tient compte ici des différents participants.
Au cours des séances, les principes psychanalytiques de base sont donc utilisés et on cherche à faire prendre conscience aux analysants les conflits qui les « opposent tout en les unissant ».

L’idéal selon Ruffiot est que l’indication d’une thérapie familiale psychanalytique soit posée par une autre équipe et que le premier contact des thérapeutes familiaux, plusieurs co-thérapeutes présents à chaque séance, se fasse avec la famille tout entière.

Le but est ainsi exposé à la famille : « Nous vous rencontrons afin de comprendre avec vous les difficultés que vous rencontrez en famille. Quand un membre de la famille a des difficultés psychologiques, souffre, cela a des répercussions sur l’ensemble de la famille. C’est une souffrance pour toute la famille. » C’est la raison pour laquelle les séances ont lieu avec, si possible, toute la famille réunie.
Sont aussi exposées les règles fixant le cadre, une heure chaque semaine ou tous les quinze jours. La règle de présence bigénérationnelle simultanée : les séances n’ont lieu que si au moins deux générations sont présentes. La règle d’association libre, présentée comme une invitation à parler, penser, fantasmer. La règle d’abstinence : les thérapeutes ne donneront pas de conseils.

Ces thérapies utilisent comme outil thérapeutique l’écoute de la circulation fantasmatique à tous niveaux et l’interprétation. Le privilège accordé par les thérapeutes aux productions imaginaires, aux dépens des gestes, des comportements, des faits familiaux, est renforcé par des interventions ne portant jamais sur ce qui s’est passé mais toujours sur ce qui s’est pensé à un moment précis. L’interprétation sur situe dans le transfert, en particulier à partir du matériel onirique.

Cette approche sous-entend que les membres de la famille, en particulier les parents, acceptent la vision groupale du sens du symptôme. Leur arrive-t-il de répondre que c’est l’enfant qui est malade et qu’eux n’ont aucune difficulté, parce qu’ils le pensent réellement ou parce qu’ils se sentent menacés dans leur fragilité psychique par l’idée d’un travail qui les impliquerait ? Qu’en est-il des familles qui sont peu motivées, ou qui n’ont au départ que de faibles capacités associatives ?,...

L’objectif du thérapeute n’est pas de traiter les psychismes des individus singuliers mais de traiter l’appareil psychique familial lui-même. En effet, chaque famille est composée d’éléments qui, avant d’atteindre à un équilibre personnel (psychisme individuel) doivent tous passer par un stade où ils investissent « l’objet famille », « l’objet-groupe archaïque ». L’appareil psychique familial fonctionne donc comme le contenant des psychismes de chacun. Il recueille les rêveries individuelles grâce auxquelles est maintenu « un courant psychique profond » assurant la cohésion de la famille. Cette cohésion va jusqu’à se manifester par un onirisme à contenu commun. L’objectif du thérapeute est d’amener la famille à partager cet onirisme et à partager par là une énergie dévoyée ou bloquée jusqu’alors.

Ruffiot considère, comme cela est constant en pratique psychanalytique, que le symptôme est un compromis entre une pulsion et la défense contre cette pulsion. Dans cette perspective, il s’abstient donc de toute action ayant pour but direct la suppression du symptôme. Mais par ce fait, le symptôme reste une manifestation pathologique susceptible en outre d’avoir un effet pathogène sur l’ensemble du groupe familial.

A ce niveau, la seule différence perceptible est que, pour les systémiciens, le symptôme est une conduite positive, la seule possible dans la situation donnée, tandis que dans l’approche psychanalytique, le symptôme garde un aspect négatif, renvoyant à un disfonctionnement à l’intérieur du psychisme d’une ou plusieurs personnes du groupe familial.

Des concepts comme celui de transfert par exemple, sont fort utiles pour rendre compte de la réelle possibilité qu’a un individu de déclencher chez l’autre un certain type de comportement par le déplacement d’une problématique passée dans un agi actuel.

Au cours de la relation thérapeutique, il importe de repérer dans le jeu relationnel entre analysant et analysé, tous les phénomènes liés au transfert par lequel le patient « préfère vivre le contenu de son souvenir plutôt que de connaître ce souvenir ».

Ainsi, les affects d’amour ou de haine, les sentiments de persécution, de rivalité, etc., du patient vis-à-vis de son thérapeute doivent être compris comme des répétitions d’expériences passées, d’attitudes à l’égard des parents et peuvent être interpréter comme tels.
Dans la famille, les phénomènes transférentiels se développent de façon complexe et inconsciente pour chacun des membres. En organisant un cadre thérapeutique approprié et grâce à sa formation personnelle, le psychanalyste s’efforce de les repérer et, par des interprétations adéquates, il aboutit à une clarification des relations, qui perdent ainsi leur caractère pathologique.

Références :

  • Dictionnaire de psychiatrie et de psychopathologie clinique. Jacques Postel. Larousse
  • Les thérapies familiales, J. Maisondieu, L. Métayer, Que sais-je ? PUF.
  • Panorama des thérapies familiales, M. Elkaïm.

enregistrer pdf
Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 2661 / 1030577

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SAVOIR THÉORIQUE  Suivre la vie du site Documents pédagogiques : conférences,videos,notes de (...)  Suivre la vie du site Notes prises lors de cours : échanges à partir (...)   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.1 + AHUNTSIC

Creative Commons License