Espace d’échanges du site IDRES sur la systémique

L’individu et le système

lundi 20 mars 2006 par Schmit Alexia

INDIVIDU

« Lorsque j’observe quelqu’un, je suis le créateur de sa réalité pour moi mais je n’ai pas de critères valables pour savoir si cette réalité correspond à celle qu’il a de lui-même (J. Duss Von Werdt) »

Mythe et modèles

Lors de la première rencontre, le thérapeute se fait une idée de l’individu en fonction de ce qu’il amène comme problématique. Le thérapeute avec ses valeurs, ses croyances va se constituer une représentation de l’individu. Cette représentation n’est pas la réalité, ce n’est qu’une représentation. La personne consultante va elle-aussi se faire une représentation du thérapeute.

L’histoire qui émerge dans la conversation thérapeutique est co-créée par le thérapeute et le client : l’histoire du client est un choix de choses dites et d’autres qui restent non dites. Le thérapeute co-construit l’histoire du client par les questions qu’il pose, les positions qu’il adopte, ce qu’il dit,.... Le thérapeute aide les clients à raconter leurs histoires. Il créé un contexte dans lequel le « pas encore dit » peut être dit.

Il est important que le thérapeute reste à l’écoute de son vécu personnel, de ses sentiments et de ses réactions dans le contexte de la thérapie. Le thérapeute peut s’interroger sur la fonction de son vécu par rapport au client et essayer de comprendre la signification des sentiments qu’il ressent dans ce contexte spécifique.

Le thérapeute maintient un « dialogue interne « au départ de ses questions. Il utilise ses observations, son intuition, son imagination, ses propres réponses personnelles en forme d’image, d’ambiance et de symboles pour l’ouverture et le développement du processus thérapeutique.

Comment ses observations et les choses qu’elles lui évoquent pourraient avoir un sens pour la conversation thérapeutique ?

Exemple : si face à une personne, je ressens de l’irritation je peux me poser la question de l’utilité pour mon client que je sois irrité.

Pour Mony El Kaim, le thérapeute ne peut pas séparer ce qu’il est de ce qu’il observe car ce qu’il voit est interprété à travers ce qu’il est , de son histoire et de sa carte du monde (croyances par rapport au monde influencées par les expériences dans le passé).

Le thérapeute doit faire de l’auto-référence à savoir :

  • il doit apprendre à écouter son vécu
  • travailler avec son vécu tout en restant rigoureux
  • prendre un certain recul par rapport à son vécu
  • faire partie du système et observer les règles du système.

Pour rencontrer quelqu’un et pouvoir l’aider cela suppose d’être positionné comme sujet de sa propre histoire, de revisiter ses liens de sujet à un autre sujet, de pouvoir réinterroger le cadre au sein duquel on travaille et de chercher à comprendre l’interaction avec un ensemble social ; nous somme les uns et les autres en situations d’apprentissage (Perrotin).

Dans le travail thérapeutique, il ne s’agit pas d’échanger du réel contre du réel mais de mettre en interaction deux modèles, celui du patient et celui du thérapeute. Il y aura transformation tant chez le patient que chez le thérapeute.

Celui-ci tirera un apprentissage de cette interaction pour les situations suivantes. Cela fait référence au phénomène de co-évolution, de co-développement qui implique une personne au système qui demande de l’aide et une personne au système qui donne de l’aide.

Selon Caillé, toute routine dans un travail thérapeutique, le fait d’être trop attaché à une solution représente un facteur de risque(risque de nier l’originalité et de ne pas voir que toute thérapie est un nouveau défi avec de nouvelles circonstances). Le contenu d’une thérapie doit toujours être surprenant et changeant. Pour Caillé, il est important que le thérapeute soit conscient qu’il utilise un modèle. Il doit également avoir une idée générale des différents modèles dans la mesure où si on essaie de reconnaître le modèle de l’autre, il faut savoir à quoi il ressemble.

Les modèles sont multiples, organisent nos relations et sont inconscients pour la plupart. Ils ont été appris précocement et peuvent se transformer. Tout système ne peut exister sans modèle. Le modèle que nous utilisons est une chose qui organise notre propre regard, qui nous met dans l’état même de structurer notre rencontre.

Caillé se pose la question de savoir si lorsque nous rencontrons une personne nous sommes conscients que nous créons un modèle. Sommes-nous conscients lors de la rencontre que l’attitude que nous adoptons nous place dans un type de relation plutôt qu’un autre ? Selon lui, toute personne qui entre en contact avec un professionnel va se placer dans une attitude qui exclut son propre modèle. Elle pense qu’elle a perdu cette capacité de s’autoréparer. Dans ce contexte, elle devient très influencée par les circonstances de l’entretien. L’attitude du thérapeute va déterminer ce qu’il peut se passer. L’objectif est de faire apparaître en séance les différents modèles de la personne. Le thérapeute ne doit pas être le maître des modèles. Il n’y a pas de bons et de mauvais modèles.

Avant d’intervenir, le thérapeute doit faire apparaître la mise en place du problème, l’expérience de la personne, ses choix, ses attitudes, ses habiletés à s’adapter aux différentes situations, les circonstances qui ont fait qu’une situation a été plus difficile pendant que d’autres analogues ne l’ont pas été.

Pour Caillé, il existe un niveau mythique du modèle, c’est-à-dire certaines choses que nous prenons pour juste (croyances) et un niveau rituel du modèle, c’est-à-dire un certain nombre de façons d’agir. Si le thérapeute ne prend pas la peine de connaître le niveau mythique du modèle, il va décrire le système de manière erronée car il n’aura que la moitié du modèle et donc va proposer des solutions inappropriées.

Cette notion de modèle chez Caillé nous fait penser à la notion de mythe familial chez Cassiers.

Pour lui, les mythes familiaux ne sont pas pathologiques mais bien nécessaires et normaux car ils fondent les rôles et les valeurs. Pour remplir leurs fonctions, ils doivent répondre à une cohérence interne et être partagés par le groupe pour fonder une croyance. Le mythe assure la cohérence consciente du sujet et sa conviction nécessaire de maîtrise de lui-même. Il lui définit les règles de ses comportements et le sens de sa destinée.

Le récit mythique est à la fois imaginaire et logique. Il permet au sujet de se donner une image intelligible de sa naissance, de sa place, et de son rôle dans la famille et la société, de sa destinée et de sa mort. Il offre une enveloppe cohérente à la représentation que l’humain se donne de lui-même comme sujet et comme groupe et légitimise cette représentation. Le mythe familial représente également l’image interne que la famille se donne d’elle-même et au maintien de laquelle tous les membres contribuent fortement. Il fonctionne comme moyen de résistance aux changements, permettant ainsi le maintien de l’homéostasie familiale (selon Ferreira).

Un patient désigné produit et se maintient dans un symptôme afin de préserver l’équilibre de la famille. Toute personne fut elle isolée tente de maintenir en toutes circonstances une forme d’équilibre lui permettant de préserver ce qui à ses yeux est primordial. Il faut dés lors comprendre en quoi consiste cet équilibre que l’individu tente de sauvegarder. L’observation du processus d’équilibration permet de repérer les ressources de la personne qui lui permettent de mettre en place des comportements d’adaptations afin de faire face à des situations difficiles. Repérer les ressources nous donne une indication sur la difficulté elle-même et nous permet de mettre en œuvre une stratégie de changement.

La notion de résonance.

L’histoire de chacun nous prédispose à être plus ou moins sensible à certains comportements. Certains comportements trouvent en effet une résonance dans notre propre histoire. Dans le cas où un comportement donné trouve résonance chez l’autre, ce comportement ou règle va être amplifié.

La notion de résonance est importante quand la situation thérapeutique est bloquée. Il est intéressant de se poser alors la question de savoir quelle résonance pourrait faire ce blocage car cela pourrait nous mener vers une impasse où la conversation thérapeutique se coince et devient alors répétitive et pauvre. Cette impasse survient dans la conversation interne du thérapeute où il ressent un sentiment d’impuissance. Il s’agit d’une détérioration de la relation qui se caractérise par un retrait émotionnel. Si l’impasse thérapeutique persiste chaque membre voit sa relation aux autres devenir plus rigide.

D’ailleurs Whitaker propose comme solution une supervision permettant au thérapeute de prendre de la distance et de réfléchir sur sa position afin de prendre conscience de ses observations et de ses sentiments.

Dans la relation thérapeutique il n’y a pas que des individus en interaction, il y a aussi un assemblage de divers éléments possible qui influencent le fonctionnement normal et pathologique de l’individu et participant à la relation thérapeutique.

Il est possible que le client tente de sculpter le comportement du thérapeute en ce sens que le client essaye de faire répéter au thérapeute quelque chose qui a une signification pour lui.
Nous nous trouvons alors face à une situation d’isomorphisme (correspondances des relations à l’intérieur de différents systèmes).

Ex : dans le contexte d’une thérapie individuelle le patient essayera de répéter avec le thérapeute les comportements et les relations qu’il connaît.
Ex : dans le contexte d’une thérapie familiale il est possible que la famille reproduise dans le système thérapeutique les mêmes règles que dans le système familiale dans un soucis de protection des différents membres de la famille.

 Modèle systémique individuel

Parmi les nombreuses lectures que nous avons effectuées concernant le modèle d’intervention systémique individuel, notre attention a été attirée par le modèle de R. Scandariato

1. Caractéristiques générales des interventions avec une seule personne

La thérapie individuelle partage les objectifs thérapeutiques et la durée de la thérapie familiale. Ces deux approches diffèrent par la fréquence et le niveau d’intervention.

  • Au niveau de la durée, les interventions sont brèves. Il y a un nombre total de séances restreint.
  • En terme d’objectifs thérapeutiques, celui des thérapies individuelles découle de la vision des thérapies familiales. Un symptôme surgit dans le cadre d’une famille ayant un fonctionnement rigide qui place ses membres dans des rôles tellement statiques que cela bloque leur développement personnel. L’objectif est alors, dans ce cadre, de permettre au système de se dégager de ce fonctionnement répétitif. Le thérapeute doit faire une hypothèse sur la fonction du symptôme et la communique à la famille (ou à la personne). La vision des membres de la famille (ou de la personne) va changer. L’approche n’est pas centrée sur la résolution du symptôme mais sur la reformulation de ce que fait la famille, de manière à lui donner un sens différent.
  • Au niveau de la fréquence, les séances sont généralement hebdomadaires. Cependant, une fois par semaine est peut-être trop soutenu comme rythme et il vaut mieux parfois espacer plus les séances.
  • Au niveau de l’intervention, en individuel , le thérapeute n’a pas d’informations concrètes sur le déroulement des choses. L’intervention porte ainsi sur la façon dont la personne imagine le fonctionnement de sa famille. C’est donc un travail sur l’image de sa famille. Le thérapeute se centre sur le rôle particulier de la personne au sein de sa famille. De plus, l’intervention est influencée par ce que la personne choisit de dire ou pas sur son système mais également sur sa participation à d’autres systèmes importants pour lui.

Le changement vise donc une seule personne. Cependant, on peut imaginer que ce changement va influencer les autres membres du système.

2. indications

Cette intervention brève, centrée sur les relations, où le thérapeute a une part active, a des indications précises. Il en existe deux :

  • le style : la demande des personnes est paradoxale et construite sur le modèle « aidez moi à faire disparaître mon symptôme sans rien changer des règles de fonctionnement. Il s’agit alors d’attentes magiques, de solutions venant de l’extérieur, sans engagement de la part de la personne. On pourrait faire l’hypothèse que cette demande est le signe d’un fonctionnement familial riche en contradiction, où la fonction de la personne a pris le pas sur son évolution personnelle. Toute prise de conscience mettant cela en danger, la seule solution est donc une intervention « magique », supprimant la souffrance. Une demande paradoxale est donc un indice sur le style des relations dans le système familial de la personne et sa participation à ses relations.
  • Le contenu : le but de l’intervention systémique étant de se libérer des rôles (rigides) au sein du système familial, le contenu de la demande doit faire référence à ces rôles ou a u moins que le système familial tel que le sujet se l’imagine soit accessible à l’exploration. Le fonctionnement familial est rarement au centre de la demande tel quel, on constate souvent plus d’émotions des personnes quand elles abordent la souffrance des membres de leur famille que quand elles parlent d’elles-mêmes (signe de leur participation active au système).

Exemple

Mademoiselle B, 19 ans, inscrite en première candidature, arrive à la première séance dans un état de grande anxiété. Elle est accompagnée par son petit ami, qui reste dans la salle d’attente. Elle demande d’emblée à être hospitalisée, parce que l’ambiance à la maison est insupportable et qu’il lui faut un endroit protégé pour se reposer. Elle a une sœur âgée de 17 ans, qui quelques jours auparavant a fait une crise où elle disait qu’elle en avait marre de la famille. Les parents se sont adressés à un service de pédopsychiatrie, qui a proposé une hospitalisation d’une semaine pour la sœur, qui serait suivie d’une psychothérapie en ambulatoire. Mademoiselle B. venait alors me demander, suivant ses propres termes « une prise en charge totale, comme ma sœur » tout en disant « mais je sais bien que ce ne sera pas possible ». Cette façon contradictoire de s’exprimer sera constante tout au long de l’entretien. Elle décrit ses parents comme des gens très anxieux, vite affolés, ne supportant aucune manifestation de vie de sa part comme par exemple de parler fort ou rire. Ils sont en traitement psychopharmacologique depuis plusieurs années. Le père sortait d’une période d’incapacité de travail pour dépression, qui avait duré un an, et venait d’être remis au travail dans un poste à moindre responsabilité. Quand on demande à Mademoiselle B si elle n’a jamais songé à quitter la maison, elle réagit en disant que ce n’est pas possible, et que si ses parents allaient mieux, tout irait bien.
Elle donne l’impression d’une grande passivité et de ne pas vouloir prendre elle-même la responsabilité d’une demande : c’est le service où sa sœur a consulté qui est à l’origine de sa venue, dit-elle. Elle avait précédemment été en psychothérapie pendant un peu plus d’un an, thérapie interrompue par le thérapeute devant l’attitude passive de Mademoiselle B. Elle a un petit ami depuis deux ans, qui est devenu partie prenante du système familial. C’est ainsi que depuis que la sœur avait été hospitalisée, c’est-à-dire quelques jours avant la consultation, il logeait à la maison pour soutenir Mademoiselle B. (R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne)

3. techniques d’intervention

3.1 hypothèses sur la fonction du symptôme

Il est indispensable d’avoir fait des hypothèses aussi claires que possible du rôle que joue le symptôme dans la dynamique familiale, même si la personne n’est plus en relations directes avec sa famille. En effet, la participation fantasmatique à la dynamique familiale produit des effets identiques à une vrai participation.

Exemple :

Mademoiselle B se présente comme faible, anxieuse, totalement submergée par ce qui se passe dans sa famille. Ses crises dépressives sont à ce point frappantes qu’elles obligent son père et sa mère, eux-mêmes anxieux et déprimés à s’occuper d’elle, notamment en lui prodiguant une foule de conseils qu’elle s’empresse de ne pas suivre, après les avoir sollicités. D’une certaine manière, elle mobilise ses parents sur un autre sujet de préoccupation que leur propre dépression. Elle suit en cela la façon de faire de sa sœur. Autre détail important : la coïncidence dans le temps entre la fin de la période dépressive du père et la décompensation des deux filles. Le père venait à peine de reprendre son travail quand une nouvelle crise familiale s’est ouverte. A partir de ces éléments on peut faire l’hypothèse que le symptôme de Mademoiselle B sert à protéger ses parents, en particulier son père, d’une rechute, en les amenant à penser à elle plutôt qu’à eux-mêmes. On peut penser que le meilleur moyen pour aider un de ses parents déprimés n’est pas d’essayer de lui remonter le moral par de bonnes paroles mais plutôt de se déprimer davantage que lui, pour le stimuler en le faisant venir à son aide. Une autre fonction de la dépression de Mademoiselle B consiste à maintenir la cohésion de la famille en faisant en sorte qu’elle reste à la maison (alors que sa jeune sœur a tendance à sortir plus souvent) et en attirant son petit ami dans le système familial (il a remplacé symboliquement la sœur de Mademoiselle B en logeant à la maison pendant la durée d’hospitalisation). (R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne)

3.2 surdétermination

Une personne peut être membre de plusieurs systèmes en même temps. Lorsque deux systèmes acquièrent la même importance, la personne peut être prise entre deux. Si un symptôme survient, il a la même valeur de maintien de l’homéostasie, ce qui a pour fonction d’allonger le temps pendant lequel la personne reste en équilibre entre les deux systèmes.

Exemple :

Le petit ami de Melle B est venu s’installer dans la famille pour la rassurer. Son implication dans le système familial est évidente mais cela n’explique pas en quoi les symptômes de Melle B assurent une meilleure homéostasie de son couple. En fait, le petit ami dépense une énergie considérable pour soutenir Melle B. Un jour, elle vint à la séance accompagnée de son petit ami. Elle demanda de les recevoir ensemble parce qu’elle se sentait un peu confuse et que son ami qui la connaissait bien pourrait parler à sa place, mieux qu’elle-même pourrait le faire. Il semble donc clair que le symptôme met constamment le petit ami dans la position d’aidant. Melle B expliquera que son ami adore qu’on ait besoin de lui. Elle cite un souvenir : pendant quelques jours son moral allait mieux. Elle voyait son petit ami tous les jours et il semblait s’ennuyer. Puis un soir il reçut un coup de téléphone d’une amie qui avait le cafard, et il partit immédiatement la consoler, laissant Melle B en plan. Par contre, quand elle va mal, il est aux petits soins pour elle. On voit alors, comment le symptôme de Melle B, en plus de la fonction qu’il a dans sa famille d’origine, sert à maintenir l’intérêt de son petit ami et a valeur de renforcement homéostatique pour les deux systèmes. (R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne)

3.3 redéfinition

A partir d’une situation décrite ou observée, il s’agit de proposer une explication des faits, complètement différente de celle donnée par la famille ou par la personne. On parle donc d’un changement de sens.
La redéfinition a plusieurs objectifs :

  • relativiser les explications qu’imagine la personne ou la famille, puisque à partir des mêmes éléments le thérapeute amène une toute autre vision qui est aussi valable. Ce qui peut alors ébranler la rigidité de la personne ou de la famille et permet d’assouplir les défenses.
  • On ne propose pas n’importe quelle interprétation. Le thérapeute choisit de recadrer positivement. Il s’agit d’une redéfinition du symptôme et de sa fonction, souvent décrits comme négatif par l’entourage, en montrant son côté positif (ou parfois en dramatisant).

Exemple :

Melle B se plaignait amèrement du manque de liberté qu’elle subissait dans sa famille. Son père était très anxieux et ne supportait pas le moindre bruit ni le moindre changement. C’est ainsi que, par exemple, on ne pouvait pas changer les meubles de place. Un jour, cependant, elle décida de déplacer les meubles de sa chambre. Quand mon père entra, dit-elle, ce fut terrible. Sans lui donner le temps de terminer, je lui dis que son père s’était sûrement mis à remettre les meubles à leur place originelle. Elle répliqua, étonnée, que son père s’était contenté de faire une remarque et était sorti. Je lui dis que d’après la description qu’elle avait faite du comportement de son père devant le changement, il avait semblé logique qu’il se mette immédiatement à remettre les meubles à leur emplacement primitif. Pour me montrer alors que son père est tout de même très anxieux devant le moindre changement, elle expliqua qu’elle s’était mise à repeindre sa chambre, sans en parler à son père dont elle craignait le refus. Celui-ci arriva alors qu’elle avait déjà repeint la moitié de la chambre et il commença à se fâcher, disant que c’était beaucoup de désordre, qu’il n’aurait pas fallu repeindre, que c’était mieux avant,...Je lui dis qu’il avait sûrement pris un pinceau et qu’il s’était mis à repeindre dans la couleur initiale. Oh non, dit-elle, il n’est quand même pas comme ça !.
Ce type de recadrement amène le sujet à se demander si les choses sont vraiment aussi extrêmes qu’il a tendance à le croire. Dans ce cas particulier, il est très important de savoir si le père de Melle B est réellement aussi anxieux que sa fille le dit, puisque nous avons fait l’hypothèse que le symptôme de Melle B présentait un caractère d’escalade par rapport aux autres membres de la famille. Constater qu’après tout son père n’est pas si anxieux que cela peut l’amener à se dire qu’elle n’a pas à être, elle, si dépressive. (R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne)

3.4 prescription du symptôme

Il s’agit de demander à la personne de continuer son comportement ou à avoir son symptôme sans essayer de les diminuer ou de les « soigner », voire même d’encourager l’accentuation du symptôme.
Cependant, il ne faut pas confondre avec une technique comportementale qui viserait simplement l’extinction du symptôme. Dans ce cas-là, la disparition du symptôme provoquerait l’apparition d’une autre difficulté, dans un autre domaine,...

Faire une injonction paradoxale sans analyse profonde de la situation pourrait renforcer les résistances ou pire être toxique (prescrire un comportement dangereux qui est suivie à la lettre).Réaliser une prescription paradoxale est la dernière étape du processus décrit ci dessus (hypothèses sur la fonction, recadrement positif, prescription du symptôme). Chaque prescription doit être adaptée à la situation. Il n’existe pas de formule stéréotypée.

La prescription du symptôme n’arrive donc pas à n’importe quel moment. Après avoir trouvé le sens du symptôme et d’avoir renvoyé une vision de la situation opposée à celle de la personne. Le thérapeute par le prescription, interprète l’existence du symptôme et son maintien comme la preuve de la justesse de son hypothèse sur la fonction du symptôme : « si votre symptôme continue, c’est bien la preuve que vous souhaitez continuer à protéger votre famille de cette manière. Et après tout si vous êtes persuadés qu’ils ont besoin de votre aide, pourquoi pas !? »( R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne). La personne est alors face à deux solutions : soit elle accepte l’interprétation du thérapeute, sa vision des choses change. Le symptôme disparaît ou à tout le moins la souffrance. Soit , et c’est souvent cette solution que l’on rencontre, la personne refuse l’interprétation. Il faut alors que la personne fasse la preuve que le thérapeute se trompe. La seule solution alors est de laisser tomber le symptôme. On assiste ainsi à un réaménagement du rôle de la personne dans la famille.

Exemple :

Après avoir expliqué à Melle B la fonction de son symptôme recadré positivement, nous l’avons encouragée à rester déprimée tant qu’elle n’aurait pas l’impression que ses parents, et particulièrement son père, n’auraient plus l’impression que ses parents n’auraient plus besoin de cela pour ne pas aller plus mal. Après un moment d’étonnement, elle marqua un net désaccord avec l’interprétation. Nous répondîmes que nous nous trompions peut-être, mais que jusqu’à présent, tout ce qu’elle disait allait dans le sens de cette hypothèse et que nous ne changerions pas d’avis tant qu’elle ne parviendrait pas à nous convaincre du contraire. Elle me fit part, alors, de l’effet désastreux que sa dépression risquait d’avoir sur la relation avec son petit ami.
Il fallut alors explorer la fonction de son symptôme dans ce couple, la recadrer positivement en montrant la gratification narcissique qu’avait le petit ami à s’occuper d’elle quand elle était déprimée et lui dire de persévérer dans une attitude qui, apparemment, semblait utile à la fois, pour soutenir son père et attirer son petit ami, et ce, jusqu’à ce qu’il lui semblerait que son père puisse s’en son aide et que son petit ami soit attiré par autre chose en elle. Melle B refusa ces hypothèses, du moins verbalement. Au fil des séances, bien que continuant à se dire déprimée, de nombreux changements se produisirent dans les faits. Ses attitudes se firent rapidement plus sthéniques, elle recommeça à se maquiller, décida de partir en vacances avec des amis puis trouva du travail en vue de rendre financièrement indépendante de ses parents et de quitter la maison. (R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne)

3.5 négociation

Notons quand même que cette étape n’est pas indispensable à la réussite de toutes les interventions systémique. On peut également aider la personne à changer explicitement le rôle qu’il croit devoir tenir dans sa famille. Il faut bien sûr pour cela que la personne ne soit pas trop rigide.

Exemple :

Un homme de 30 ans, d’origine africaine, vivant seul en Belgique depuis deux ans consulte pour des difficultés survenant lors des examens depuis l’école secondaire (érections et éjaculation pendant l’examen).Cette situation le perturbait beaucoup et lui avait fait rater deux années. Monsieur est le 2e enfant d’une fratrie de 9 enfants. Son frère aîné est devenu malade mental et est décédé lors d’une cure traditionnelle. Le frère a eu beaucoup de difficultés scolaires. Monsieur s’est retrouvé dans sa classe. Les symptômes surviennent à cette époque là. Dans cette culture, le frère aîné est très important, il doit servir d’exemple et de soutien à la fratrie. Le symptôme pourrait donc avoir pour fonction de permettre à Monsieur de ne pas dépasser son frère au niveau scolaire et donc social, afin de ne pas perturber la hiérarchie familiale traditionnelle. Il permet quand même à Monsieur de se rassurer sur ses capacités, par son caractère particulier d’affirmation virile. Après avoir partagé cette hypothèse, nous lui avons proposé de réfléchir à la façon dont il allait tenir son nouveau rôle, puisque après la mort de son frère, Monsieur se retrouvait aîné de la fratrie. Dans la suite de la thérapie, on ne parla plus du symptôme, qui disparût assez vite, mais bien de ses projets en tant qu’aîné. (R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne)

 Conclusion

On critique parfois cette méthode en disant qu’on « manipule les gens » car on obtient un résultat en prétendant le contraire. Cependant, ces interventions ont lieu au sein d’un contexte thérapeutique. L’objectif dans ce contexte est la diminution de la souffrance. Le résultats de ces interventions vont donc dans ce sens, on ne peut pas parler de manipulation. Reste la façon d’y arriver à cette diminution de souffrance. La thérapie systémique appartient à une approche plutôt directive mais la prescription du symptôme ne dit pas précisément à la personne ce qu’elle doit faire. L’initiative du changement provient de la personne. Le changement n’est ainsi pas conditionné par l’extérieur, par le thérapeute. De plus, l’hypothèse du thérapeute fait partie des multiples possibilités d’hypothèses existantes. Elle est donc aussi vraie et légitime que les autres

Une des limites de cette approche individuelle porte sur l’impact de l’intervention. Celle-ci s’intéressant à la fonction que pense devoir tenir une personne dans sa famille, les améliorations sont relatives car cela ne permet de débloquer que les choses au niveau des relations entre la personne et l’image qu’elle se fait des désirs de sa famille à son égard ( R. Scandariato, les interventions systémiques avec une seule personne). La personne va alors pouvoir continuer son développement et épanouissement personnel. Ce changement va également avoir des répercussions sur les autres membres de la famille mais de façon indirecte.

Par ailleurs, toutes ces interventions ne peuvent exister que dans un climat de confiance entre la personne et le thérapeute. Il s’agit de la condition incontournable pour toute amélioration de la situation problématique.


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